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mai 2008

jeudi 15 mai 2008

Un peu de confusion latérale

Accueil des enfants à l'école les jours de grève, augmentation de la redevance... Une fois encore, je vous fais part de mon désarroi.

Hemispheres_2 Assurément, Commentaires & vaticinations est devenu un blog de droite. Refusant déjà, hier, de grimper dans le wagon des opposants par principe aux OGM, le voici qui se demande en quoi l'accueil des enfants dans les écoles un jour de grève est une atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales du citoyen.

Inutile de me resservir les arguments anti-accueil : ils sont admirablement synthétisés dans l'édito du jour de Libé, Didier Pourquery estimant (en substance) qu’une grève est censée gêner le patron et que, après tout, dans le service public, le patron, ben c’est le contribuable. CQFD. Bon, il reconnaît aussi que les familles sont bien emmerdées et qu’il n’est pas scandaleux de faire quelque chose pour elles, mais pas comme ça… Ah bon. Et comment, alors ?

Quoi qu’il en soit, mes propres gosses, qui fréquentent une école privée, ne sont pas concernés. Com-vat est de droite, on vous dit !

*

Dans la seconde affaire du jour, je ne sais pas encore si je suis de gauche ou de droite. Ou disons que mon point de vue devrait logiquement être considéré comme étant « de gauche », mais qu’il risque bien d’être qualifié de pré-fasciste par les classificateurs autorisés... Je parle ici de l’augmentation de la redevance télé, que la commission Copé repère enfin comme le moyen le plus logique de booster les finances de l’audiovisuel public.

Voyons voir : j’ai toujours été pour l’existence de télés et de radios hors-marché (de gauche). Je suis partisan d’un financement de ces médias par une taxe spécifique dont le montant correspondrait réellement à leurs besoins et progresserait chaque année, plutôt que par une dotation budgétaire soumise aux caprices du gouvernement du moment (de gauche). Je suis également favorable à la suppression de la pub, en parallèle d’une obligation d’autofinancement partiel de France Télévisions via la vente de programmes, BBC-style (encore de gauche, mais un peu limite tout de même, cette idée de gagner de l’argent…).

Mais voici que c’est la droite qui décide de faire un sort à la pub, une initiative immédiatement désignée comme ringarde (la réclame à la télé publique ne serait plus un vrai problème au troisième millénaire) et impossible à mettre en œuvre (les exemples étrangers sont autant de trompe-l’œil). Quant à l’augmentation de la redevance et au rattrapage des niveaux atteints en Grande-Bretagne et en Allemagne, c’est désormais une idée de droite puisqu’elle revient à taxer davantage les foyers modestes.

Bah, je vais quand même m’en tenir à mes principes et je verrais bien de quel côté du bastingage ils me font pencher. Mais tout de même, quelle angoisse ! Heureusement que je n’ai pas à me casser la tête pour faire garder les gosses les jours de grève, par dessus le marché…

© Commentaires & vaticinations

mercredi 14 mai 2008

Quand le sage montre l'OGM, l'imbécile regarde le couac parlementaire

Le pataquès parlementaire d'hier marque surtout le triomphe de l'obscurantisme. A quand l'interdiction du bouturage et de l'élevage sélectif des bovins ?

Frankenfood_2 Incroyable ! Nicolas Sarkozy se révèle incapable de faire adopter un texte par son armée de godillots. Comme hyperprésident, il se pose un peu là… Bientôt, il ne sera même plus en mesure de rappeler Rama Yade à l'ordre lorsqu'elle se pique de prendre son job au sérieux. D'ailleurs, les journaux sont tous d’accord sur ce point : l'affaire de la motion de procédure du député communiste Chassaigne est le symbole du « malaise » qui règne à l’intérieur de la majorité. Une « fronde », suggère même Laurent Joffrin derrière une Une évoquant un « camouflet pour l’Elysée ». C’est qu’ils semblent avoir enfin compris, nos élus de droite, à quel point les OGM sont devenus impopulaires auprès des Français ― de tous les Français. Les OGM, rendez-vous compte, ces horribles petits monstres de Frankenstein que l’axe FNSEA-Monsanto cherche à glisser dans nos assiettes !

Mais qu’importe : Sarkozy a beau être le laquais des puissances de l’argent, un consensus trans-partis s’est établi autour du refus des OGM en pleine nature (c’est bien la moindre des choses), mais également en laboratoire (à quoi bon faire des expériences puisque l’on sait déjà que les OGM sont une abomination ?). L’idéal serait même d’interdire tout débat sur la question, les arguments pro-transgénèse étant nécessairement répandus par d’affreuses crapules bourrées d’arrière-pensées. Et pendant que l’on pontifie sur la mécanique du couac parlementaire (absentéisme, vengeance et divisions à ma droite ; créativité, combativité et conscience écologique à ma gauche), sur les leçons politiques à tirer de l’événement du jour ou encore sur le précédent du PACS, on ne perd pas son temps à parler du fond.

C’est étrange, pourtant, la facilité avec laquelle l’opinion française a été retournée comme une crêpe par le josébovisme ambiant. A ce rythme, on se demande si les marchands de poudre à laver et de dentifrice accepteront longtemps de voir leurs produits vantés par des types en blouse blanche dans les tunnels publicitaires de TF1. C'est sûr, entre la vache folle, la couche d’ozone et le 11-Septembre, les « gens » ont fini par comprendre à quel point les sympathiques professeurs Nimbus d’antan s’étaient transformés en docteurs Folamour. Hum, comment ça le 11-Septembre n’a rien à voir avec les OGM ? Tout ça, c’est du pareil au même…

Que les OGM soient, dans de nombreux cas, la réponse à des besoins de réduction d’utilisation des pesticides au Nord et à la pénurie d’eau au Sud n’entre même plus en ligne de compte. Qu’ils permettent de produire vaccins et médicaments, encore moins. Ils font peur en général. On n’en veut pas. Et il faudra sans doute attendre la déferlante des discours anti-nanotechnologies pour déclencher un tel unanimisme anti-scientifique.

― Mais enfin, vous savez bien que les multinationales phytosanitaires et pharmaceutiques ne souhaitent pas faire le bonheur de l’humanité mais cherchent seulement à s’en mettre plein les poches ?
― Oui, tout comme les fabricants de lave-vaisselle ou de consoles de jeu. Faut-il les interdire aussi ?
― Mais enfin, vous savez bien que les semenciers OGM forcent les agriculteurs à racheter leurs semences chaque année ?
― Ah, parce que les agriculteurs n’y sont pas déjà contraints avec les semences non-OGM ?
― Mais enfin, vous savez bien que les OGM sont antinaturels ?
― Oui, à peu près autant que le bouturage en pépinière et l’élevage sélectif des bovins. Mais pas tellement plus que l’automobile, le chauffage central ou les soins aux cancéreux…

Bon, à la décharge des « gens », on les a tellement privés de débat avec le nucléaire (longtemps formidable, puis diabolique), l’hormone de croissance (idem) ou le cannabis (perpétuellement diabolique) qu’ils en ont perdu l’habitude de penser. Ou du moins de penser autrement qu’en termes de bon/mauvais, gentils/méchants, droite/gauche (le gène de la résistance à la pyrale est manifestement d’extrême-droite). Bah, Nicolas Sarkozy et le dernier carré de grognards restés fidèles à la rupture se débrouilleront sans doute pour faire adopter le texte à l’arrache. Un texte de toute manière suffisamment mal ficelé pour ne régler aucune question, y compris du point de vue des amoureux de la recombinaison d’ADN. Les gazettes en remettront alors une couche sur la terrible manœuvre politicarde, éviteront prudemment d’entrer dans un débat de fond et la France pourra rester ce vert paradis ou s'ébattent les pesticides et roucoulent les engrais. Bon appétit !

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mercredi 07 mai 2008

Sauver Le Monde

En jargon de presse quotidienne, Bad Godesberg se dit Wapping.

Lino Au milieu des années 80, la presse quotidienne britannique est dans de sales draps. Plombée (sic) par la version locale du Livre-CGT, qui lui impose de n'employer que ses propres troupes et interdit le passage à la photocomposition, elle fait se bidonner jusqu’aux patrons de presse français. C'est dire…

Avec ses coûts de fabrication ridiculement élevés, sa productivité anémique et sa distribution désorganisée, elle n'a pas besoin d’Internet pour passer pour moribonde. A l’époque, les journaux sont composés sur linotype ― c'est-à-dire sur de grosses machines dont le clavier commande la transformation de lingots de plomb en lignes de caractères ― et « maquettés » par des ouvriers typographes sur de lourds cadres métalliques. L’informatique éditoriale a beau être en plein boom, elle n’a pas droit de cité du côté de Fleet Street : qu’un journaliste s’avise de toucher à un clavier d’ordinateur, et c’est la grève ; qu’un journal recrute un ouvrier imprimeur qui ne soit  pas membre de la National Graphical Union (NGA) sur une fonction nouvelle, et c’est la grève.

C’est d’ailleurs la grève tout le temps, pour dire la vérité. Et les quotidiens britannique ont beau tenter de contourner le système du « closed shop » ou expliquer aux linotypistes qu’en troquant leur clavier de métallo pour celui d’un traitement de texte ils s’épargneront le saturnisme, rien n’y fait. La NGA est la vraie boss du secteur et n’a aucune envie d’introduire le loup informatique dans la bergerie. Et si les journaux doivent en crever, so be it.

En 1986, l’affreux Rupert Murdoch, propriétaire du Times, mais également d’une tripotée d’autres titres plus ou moins prestigieux, décide pourtant de balancer un grand coup de pied dans la fourmilière. Il fait construire, le plus discrètement possible, une sorte de complexe industrialo-tertiaire dans une banlieue de Londres ― le fameux Wapping ―, y transfère ses journaux, ses salariés volontaires et des ouvriers imprimeurs membres d’une organisation syndicale marginale dans le secteur, l’EETPU.

Que croyez-vous qu’il arrivât ? La grève bien sûr. Mais pas n’importe quelle grève. Non : une méga grève. La mère de toutes les grèves, même, la NGA se battant pour sa survie. Mais nous sommes dans les années Thatcher et la gauche assimile rapidement ce combat à celui des mineurs, dont le mouvement vient d’être brisé par la Dame de Fer. Car enfin, Murdoch est bien un méchant, non ? Et les ouvriers du Livre ont beau être des crapules aux salaires de ministres défendant les pratiques les plus archaïques qui soient, ils sont nécessairement le sel de la terre, aren't they ?

Bon, les journaux de gauche, The Guardian, The Observer, restent un peu en retrait du match de catch et se contentent surtout de compter les points. Tiens, The Independent, un quotidien centriste, en profite même pour se lancer, recrutant les journalistes de chez Murdoch hostiles au coup de force mais acceptant de venir travailler dans un journal rejetant les pratiques de la NGA ! Bah, il s’en fout, le magnat from down under. Sa bataille, il la gagne : la grève se transforme en un incroyable blocus de ses immeubles par le syndicat du Livre, dont les troupes tabassent à l’occasion les salariés non-grévistes (les flics tabasseront eux-mêmes les syndicalistes avec un grand enthousiasme, avouons-le), mais s’achève sur une victoire dont vont profiter tous les titres du pays. Le plomb est remplacé par l’informatique, le monopole d’embauche est supprimé et les journaux peuvent reprendre leur essor.

*

A l'orée des années 2010, la presse britannique est florissante. Ses tirages ridiculisent ceux de la presse française, ses journalistes sont deux fois mieux payés que leurs homologues gaulois et, ironie du sort, elle emploie bien davantage d’ouvriers du Livre que nos canards tout en leur offrant de meilleures conditions... Ce qui n’empêche pas la CGT, de ce côté-ci du Channel, de rester aussi inflexible que la NGA de l’époque en matière d’organisation, de pratiques et de défense de ses « acquis ». Oh, bien sûr le plomb a également déserté nos ateliers, mais il y a tellement d’autres moyens de mettre le secteur en coupe réglée. Contrôler l’impression et la distribution de 80% des journaux d’un pays, ça donne tout de même un certain entregent.

En tout cas, ça en donne plus que lorsqu'on se contente de l’écrire, le journal. D’où l’incroyable situation dans laquelle se trouve Le Monde, un quotidien dont le seul moyen de réagir à une crise structurelle est de décimer sa rédaction. Pas en agissant sur ses coûts de fabrication pour empêcher la transformation du Monde en produit de luxe : trop risqué. Pas en s’affranchissant du monopole de distribution des NMPP qui l’empêche d’être diffusé de manière efficace : impensable… Non, en postulant qu’un journal qui en donnera encore moins à ses lecteurs a de l’avenir !

A la décharge d’Eric Fottorino,  nouveau patron, virer des journalistes est à peu près le seul levier sur lequel il puisse effectivement peser. Et dans ce contexte, autant choisir de garder les « meilleurs » en sélectionnant lui-même les partants. A la décharge des journalistes, exiger un maximum de départs volontaires est humain : les « meilleurs », justement, ceux qui savent qu’ils retrouveront un poste ailleurs sans trop de difficulté, ou les plus vieux, ceux qui empocheront les indemnités les plus copieuses sont donc des candidats logiques. Mais j’ai beau tendre l’oreille, je n’entends ni les uns ou les autres évoquer l’hypothèse d’un déménagement vers quelque Wapping francilien comme alternative, histoire de changer le plomb en or. Bah, c’est le petit côté PS de nos journaux : Bad Godesberg, ça n’est pas dans notre culture.

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lundi 05 mai 2008

Go East, young man !

L'ANPE propose désormais à nos jeunes diplômés d'émigrer vers l'Inde pour un salaire de misère. Bravo ! Il était temps qu'elle se mette au parfum…

Indian_programmers_2 Les gazettes faisaient semblant de s'indigner, il y a quelques jours, des propositions de reclassement pour le moins exotiques (Brésil, Turquie…) offertes à ses salariés par une entreprise s'apprêtant à fermer un site en France. Pour mémoire, la loi impose à toute société ayant procédé à un licenciement économique de réembaucher ses anciens salariés en priorité, dès lors qu’un poste correspondant à leurs compétences est vacant et, surtout, quelle qu’en soit la localisation.

Il va sans dire que nul n’est tenu d’accepter de s’installer à soixante-douze heures d’avion de son domicile pour préserver son job de tourneur-fraiseur. Cette disposition permet toutefois d’être informé des emplois éventuellement disponibles à portée de bicyclette, mais dont votre patron préfère taire l’existence (c'est qu'ils sont joueurs, les patrons). Elle contribue également à établir l’unité économique d’un groupe florissant dont seule votre filiale est en perdition ― ce que les prud’hommes seront susceptibles d’apprécier au moment opportun…

Clairement, cet aspect du Code du Travail est à l’avantage des salariés et en dénoncer les effets secondaires anecdotiques revient à demander l’élimination des derniers lambeaux de la loi de Modernisation sociale jospinienne ! Bah, on a vu que le débat français se réduisait souvent à un jeu de rôles et, vu le succès de Grand Theft Auto IV, peut-être est-il temps d’élaborer une version pour Playstation de nos routines économiques et sociales…

Mais ce lundi, c’est un autre type de proposition « scandaleuse » qui frappe mes confrères progressistes. L’ANPE aurait ainsi accepté de diffuser l’annonce d’une société basée à Pondichéry ― ex-comptoir français des Indes ―, annonce proposant à un concepteur de sites Web (bac +2) de s’expatrier pour un salaire compris entre 160 et 320 euros par mois (10 000 à 20 000 roupies). 160 à 320 euros par mois ! Rendez-vous compte ! Accepter qu’une offre pareille soit publiée par l’ANPE, quelle terrible dérive mondialiste ! Franchement, on se demande s’il n’est pas temps d’envoyer le facteur joufflu à l’Elysée si nous en sommes là !

Sauf que, sauf que, après réflexion, permettons-nous de rappeler qu’il existe des centaines, sinon des milliers, de concepteurs de sites Internet fraichement équipés d’un BTS ou d’un DUT et employés comme « stagiaires » à des tarifs inférieurs ou tout juste égaux à ce que proposent nos exploiteurs pondichéryens. Suggérons aussi que, pour un jeune diplômé entreprenant, l’idée d’aller passer un an ou deux dans un pays en plein boom technologique et économique pour un salaire localement raisonnable n’a rien de débile. Précisons enfin que l’inflation salariale est telle, en Inde, que notre jeune ami a toutes les chances de voir sa rémunération en roupies crever le plafond du smic français (son seul horizon s’il reste à Guéret ou à Saint-Brieuc) en à peine quelques mois.

La mondialisation, comme on ne le dit pas souvent chez nous, est un machin bizarre et complexe dont l’appréciation univoque qu’en font les commentateurs moyens est loin d’être éclairante. Bon, la solution au sous-emploi des jeunes diplômés français n’est certainement pas de les fourguer aux Indiens et l’on aimerait que nos entreprises hi-tech puissent leur offrir des conditions salariales californiennes pour les retenir. A Pondichéry, on semble être sur ce chemin.

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Le livre de l'année !

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