Le modèle économique de MediaPart n'est pas pertinent. La preuve : je ne m'y suis pas abonné. Tout n'est pourtant pas perdu.
« Comment ça, tu ne t'es pas abonné à MediaPart ? se gondole Laurent M. Je te prenais pour un fan de Plenel ! » Hum, un fan, n'exagérons rien, mais un chaud partisan de sa vision du
« journalisme de qualité sur le Web », certainement... N'empêche, les faits sont là : quelques semaines après son lancement, je ne fais pas partie des 5 000 pionniers ayant accepté de financer, à hauteur de 9 euros par mois, le rejeton électronique de l’ancien directeur de la rédaction du Monde.
Bon, j’ai tout de même quelques circonstances atténuantes : entre la lecture quotidienne de Libé, du Monde, des Echos, du Parisien, du site Internet du Guardian et d’une tripotée de blogs, il ne me restait plus beaucoup de temps à consacrer à ce nouveau venu dans l’univers de l’info. C’est sûr, il m’arrivait parfois d’aller faire un tour sur sa version beta. Et sans doute l’aurais-je définitivement intégré à ma liste de favoris s’il était resté gratuit. Mais les jours ont passé et je me suis rendu compte que, non, vraiment, je n’avais pas besoin de MediaPart au point de l’acheter...
Je n’ai pas de problème avec le principe d’une information payante ― bien au contraire. Je suis moi-même journaliste et j’ai bien l’intention de continuer à faire régler les traites de mon appartement par mes propres lecteurs. Je suis même très en pétard contre ces libertaires en carton-pâte pour lesquels le « contenu », cette espèce de matière première indéterminée dont la popularité fait la fortune des compagnies de téléphone, est gratuit par essence. Mais le problème est de savoir si MediaPart ― ou n’importe quel autre nouveau titre print ou Web ―, apporte quelque chose de suffisamment neuf, de suffisamment différent, pour séduire l’armée de lecteurs payants indispensable à sa survie.
Je n’ai naturellement pas la prétention de représenter grand-chose au-delà de ma pauvre petite personne. Néanmoins, si un dévoreur d’actu tel que moi, abonné à un hebdo, à un mensuel, à plusieurs chaînes télévisées d’information, indubitablement séduit par le projet et que ses revenus n’empêchent pas de débourser la poignée d’euros exigée par Plenel & Co ne dégaine pas sa Carte Bleue, qui le fera ? OK, 5 000 personnes auraient déjà sauté le pas, insiste le moustachu. Et d’autres devraient suivre, n’en doutons pas. Mais combien seront-ils au final ? Et renouvelleront-ils seulement leur abonnement le moment venu ?
L’impossibilité, désolante mais manifeste, de vendre de l’information sur le Web, l’absurdité d’en bloquer la propagation par mails ou par liens hypertextes, et surtout l’existence de concurrents gratuits tout aussi préoccupés par la qualité devraient donc conduire l’équipe de MediaPart à réfléchir rapidement à un plan B. Clairement, les grandes signatures de ce quasi-Monde en ligne, habituées à un confort matériel certain, ne sauraient se satisfaire des maigres recettes publicitaires qui suffisent (pour le moment encore) au bonheur de leurs cousins rock’n’roll du vingtième arrondissement. D’où l’idée de l’adossement à un groupe de presse solide, poursuivant peu ou prou les mêmes objectifs en termes éditoriaux, s’étant déjà frotté avec succès à la problématique de l’information sur Internet mais dont la rédaction Web, éthiquement hésitante, bénéficierait avantageusement d'une petite cure de plénélisation... Bref, quels meilleurs partenaires industriels que le NouvelObs, son immense trésor de guerre et son patron tout neuf ?
Tu hésites, Edwy ? Tu doutes ? Il ne faudrait pourtant pas tergiverser trop longtemps compte tenu de ton passif avec le seul sauveteur alternatif de la place. Allez, on en reparle...
© Commentaires & vaticinations
Intelligent, persuasif et pervert, il eu fallut qu'il politiqua !
Plenel est "Le grand manipulateur !"
Rédigé par : Ozenfant | vendredi 04 avril 2008 à 11:21
J'aimerais faire un commentaire pour que tu voies que tu as des lecteurs, mais en fait je connais tellement peu MediaPart que je ne vois pas trop quoi dire de pertinent... C'est peut-être ça le problème, d'ailleurs: ça m'intéresse plus de lire des blogs assumant leur amateurisme et leur mauvaise foi (en ce qui te concerne, cher confrère, plus la mauvaise foi que l'amateurisme) que des sites web présentant de l'info de qualité vérifiée recoupée objective ou supposée telle. Quand je veux de l'info véririée recoupée patati patala, je lis le journal (ou, si ce n'est pas de l'actu, Wikipédia). Quand je veux de l'info chaude, j'allume la radio. Quand je veux de l'info spécialisée, je fouille sur Google. Mais ce que je cherche vraiment sur les sites que je consulte quotidiennement sur le web, c'est de la spontanéité, de l'engueulade, de la polémique de bas de gamme et de la mauvaise foi sympathique... ce que je ne trouve pas dans le journal papier, quoi. Je n'ai rien contre l'idée du journal en ligne, mais le fait est là: moi, je ne lis pas ça; ça ne me fait pas envie. Et je n'ai même pas honte, en plus, pas plus que je n'en suis fier d'ailleurs: je constate que c'est comme ça que je lis le web, c'est tout.
Rédigé par : Poil de lama | vendredi 04 avril 2008 à 11:29
Je suis comme toi assez dubitatif sur les espoirs de survie de MediaPart.
Mais j'ai peur que l'adossement ne soit pas la panacée. Le Nouvel Obs peut partager des objectifs avec MediaPart, il risque de ne pas souhaiter combler éternellement un compte de résultat toujours déficitaire.
Bref l'adossement peut faire gagner du temps, mais ne résoud pas les questions de modèle économique.
Rédigé par : Liberal | vendredi 04 avril 2008 à 16:18
Ozenfant,
Hum, moi-même, j'apprécie assez le personnage.
Poil de lama,
Oh, mais je le sais, que j'ai des lecteurs ! Presque autant que MédiaPart n'a d'abonnés, d'ailleurs...
Mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas trouver, sur le Web comme en kiosque, "de l'info vérifiée recoupée patati patala". Quand on se rend compte du peu de chance que le papier a de résister à moyen ou long terme, il faudrait commencer à se préoccuper de l'étape suivante, non ?
Libéral,
Mais cet adossement pourrait être plus qu'un simple coup de main financier. J'imaginais davantage une vraie stratégie de développement multimédia dont l'Obs a les moyens, le désir, mais apparemment pas les compétences. Et tout ça, à termes, ça peut rapporter de l'argent.
Rédigé par : Hugues | samedi 05 avril 2008 à 11:38