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avril 2008

mardi 29 avril 2008

Fais-moi peur !

L'arrivée du Livret A dans les réseaux bancaires est la première étape vers la privatisation de France Inter. Elle menace également le droit à l'avortement.

Scared Nous sommes en octobre 2003. Le désamiantage de la Maison de la Radio impose la migration temporaire d'une partie des services de Radio France vers un immeuble voisin. On suppose qu'une telle initiative réjouira les syndicats d’un complexe au moins aussi pollué que le campus de Jussieu, autre grand paquebot para-public farci à l’amiante. D'autant plus qu’une étude de la Préfecture assure que la tour centrale n’est plus aux normes et qu’elle ne mettrait que quelques minutes à se consumer en cas d’incendie...

Les syndicats, effectivement, vont marquer le coup ― à leur façon. En grève huit jours durant, ils vont expliquer que ce déménagement n’est qu’un prétexte, qu’il y a forcément « anguille sous roche », qu’il permet surtout de fragmenter les services et qu’il n’est qu’une étape vers la privatisation de France Inter et la vente des terrains à un promoteur immobilier pour une somme rondelette. « Privatisation », « spéculation immobilière » : deux  concepts puissants, effectivement très efficaces à l’heure de déclencher une grève. Bien entendu, aucun argument sérieux ne permet alors d’étayer l’une ou l’autre thèse. Et le fait qu’il soit difficile de démanteler Radio France et de vendre sa station vedette à je ne sais quel marchand de canons dans la discrétion, à la faveur d’innocents travaux de rénovation et sans débat national, ne semble pas perturber les syndicats de la « maison ronde ».

De fait, personne n’y croit vraiment, à ces fantasmes que leur dénonciation vigoureuse par Jean-Marie Cavada, alors président du groupe Radio France, ne fait que renforcer. « S’il dit que ce n’est pas vrai, c’est qu’il ment ! » répliquent d’ailleurs les petits malins à qui on ne la fait pas. Bon précisons qu’il ne faut pas grand monde pour paralyser l’antenne avenue du Président-Kennedy : deux techniciens sont en pétard et, pof, nous voici forcés de migrer sur Europe pour entendre les nouvelles du jour et s’infliger dix minutes de promo pour Intermarché par quart d’heure d’info…

Nous sommes en avril 2008. La rénovation de la Maison de la Radio n’est toujours pas terminée, mais les rumeurs de privatisation de France Inter et de transformation de France Culture en annexe de Rire & Chansons ne se sont pas concrétisées. Rassurant ? Que nenni ! C’est même la preuve que quelque chose de vraiment terrible se prépare, s’ils n’en parlent pas. De vraiment terrible.

*

Nous sommes en avril 2008, donc, et sans quitter Radio France de l’œil, on ne sait jamais, c’est sur le Livret A qu’il convient maintenant de se pencher pour décrypter les intentions mondialo-libérales du gouvernement et de ses alliés objectifs de la gauche réformiste. Produit d’épargne éminemment populaire, le fameux petit carnet dont le taux de rémunération est fixé par l’Etat pourra désormais être distribué par l’ensemble des réseaux bancaires. La Poste, la Caisse d’Epargne et le Crédit Mutuel continueront néanmoins de l’offrir à leurs clients dans les mêmes conditions qu’autrefois, alimentant ainsi, via la Caisse des Dépôts, le financement du logement social en France.

Catastrophe ! clame-t-on pourtant depuis des mois en assurant que les banques, dont on connaît la propension à engranger les profits, vont faire exploser ce bel édifice et ruiner le pays. D’abord, la banalisation du Livret A conduira fatalement les banquiers à proposer à leurs clients d’échanger ce placement pépère contre des parts dans un hedge fund basé à Macao. Le hedge fund se révélera alors une arnaque et les pauvres malheureux perdront leur chemise.

Mais ce n’est pas tout : la Société Générale, la BNP et autres LCL investiront probablement ce qui restera de la collecte du Livret A dans la bulle immobilière des Emirats, mettant un coup d’arrêt à la construction de logements aidés en France et condamnant des milliers de familles à la rue. Les banques refuseront également d’accueillir les pauvres gens pour lesquels ce produit d’épargne fait office de compte courant, les privant d’un service jusqu’ici universel. Last but not least, comme on dit à la City, il faut s’attendre à la fermeture de milliers de bureaux de poste et d’agences de la Caisse d’Epargne en zone rurale ou dans les quartiers défavorisés, une fois les clients traditionnels de ces établissements naïvement passés à l’ennemi…

Pour les Jean-Marie Cavada du secteur, ces craintes n’ont pas de sens. D’abord, on comprend mal ce qui pourrait persuader le titulaire d’un Livret A de La Poste de transférer ses 200 euros d’encours moyen vers Macao. Avec ses 3,5% net d’impôt, son placement fétiche ridiculise de toute manière les livrets de type ING-Orange dont les taux d’appels gonflés sont temporaires, fiscalisés et exigent souvent le blocage à moyen ou long terme de sommes élevées. On s’interroge aussi sur la capacité des méchants spéculateurs à priver la Caisse des Dépôts de sa manne : 70% de la collecte lui sera obligatoirement versée et affectée aux mêmes missions de construction de logements sociaux qu'auparavant. Quant à la fin du service bancaire universel et à la fermeture des bureaux de poste, là encore, on saisit mal comment les plus misérables d’entre nous se débrouilleront pour, simultanément, se voir refuser l’accès à une banque standard et lâcher leur agence postale de Clichy-sous-Bois…

Mais bon, à quoi bon contester ce qui est une évidence : Sarkozy s’en prend au Livret A par idéologie et à la demande des banques. Il ne peut donc sortir que du mauvais de cette affaire. « A la demande des banques ? » s’étonneront encore les Jean-Marie Cavada de la finance : « Mais pas du tout puisqu’il s’agit d’une exigence européenne visant à améliorer la concurrence bancaire en France ! » Hum, à d’autres ! On nous a déjà fait le coup avec le traité constitutionnel, qui refusait cyniquement de garantir le droit à l’avortement pour mieux le liquider un de ces quatre matins : il n'y a pas de fumée sans feu !

― Et s'il n'y a même pas de fumée ?
― Ben c'est pire, voyons ! Tss, quel gros naïf !

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lundi 28 avril 2008

Euh…

J'ai généralement un avis sur tout. C'est même ma marque de fabrique. Le dernier livre de Guillemette Faure me plonge pourtant dans la perplexité.

Bb Ce qu'il y a d’agaçant, avec le bouquin de Guillemette Faure sur les nanas qui cherchent à faire un bébé en solo, c'est qu'il finit par répondre à toutes les remarques que le lecteur se fait à lui-même à la lecture d’un chapitre dès le suivant : c’est son côté exhaustif. Ce qu’il y a de déconcertant, avec le bouquin de cette journaliste de Rue89 spécialisée dans la politique américaine et les sujets rigolos (comment ça, c’est la même chose ?), c’est qu’on le referme sans vraiment savoir ce qu’on pense de la question qu'il pose en titre : c’est son côté « démerdez-vous ! ».

J’avoue ne jamais m’être intéressé à ces histoires d’inséminations artificielles, de banques du sperme ou de fécondations in vitro au-delà de leur dimension technique. Tout amateur de science-fiction qui se respecte se tient forcément au courant de la vitesse à laquelle nous nous rapprochons du Meilleur des mondes. D’un autre côté, tout fils de sage-femme spécialisée dans le suivi des grossesses pathologiques se doit également de participer, de temps à autre, à d’édifiantes conversations sur la durée de conservation des paillettes et la fréquence des naissances multiples chez les adeptes de la procréation assistée.

D'ailleurs, pour la technique, avec Guillemette, on est servi. On apprend tout des procédures permettant à une célibataire occidentale du début du troisième millénaire d’avoir un bébé sans homme : c’est compliqué, coûteux et en plus ça ne marche pas à tous les coups. On apprend aussi à quel point la France est en décalage avec de nombreux pays en ce qui concerne l’accès aux soins par les femmes seules, nos comités d’éthique traditionnels, ceux qui postulent que le cannabis et l’euthanasie sont les premières étapes vers l’apocalypse, ne s’occupant que des couples comme-il-faut.

Mais pour l’interrogation existentielle, on n’est pas déçu non plus. Parce qu’elle a choisi de vous raconter son propre parcours de mère potentielle tout au long d’une vraie enquête pleine de statistiques et de témoignages de médecins amateurs de sculpture figurative, on en vient à se demander comment on se serait comporté si les hasards de sa propre existence n’avaient pas rendu la paternité si facile. Et l’on ressent bien à quel point ce qui apparaît comme une évidence  (on fait le zouave quelques années, on rencontre quelqu’un « pour de bon », on fait des gosses, on se plaint des emmerdes qu’ils occasionnent), n’en est pas une pour tout le monde.

Le livre de Guillemette Faure ― même très marrant, même très documenté ― est pourtant comme la fameuse plus belle fille du monde, vous savez, celle qui ne peut donner que ce qu’elle a. Il ne vous permet pas de décider si, oui ou non, il sera confortable pour un gosse d’être le rejeton du donneur n° 315, tout comme une tripotée d’autres gamins de par le monde compte tenu de la popularité de cet athlétique étudiant en maths aux yeux bleus. Il ne vous dit pas non plus s’il est raisonnable de se gaver d’engrais hormonaux pour stimuler une fertilité défaillante. Il ne vous dit pas, enfin, s’il est légitime, ou moral, ou même « normal » de chercher à avoir un bébé coûte que coûte quand on est une femme seule et qu’on a laissé tourner son horloge biologique trop longtemps. Il raconte juste que, dans la vie, il y a des questions compliquées auxquelles personne ne saurait apporter de réponse définitive. Mais clairement, poser les bonnes questions, comme on dit dans la Haggadah de Pessah, c’est déjà pas si mal.   

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vendredi 25 avril 2008

La carte Familles nombreuses sera-t-elle valide au Tibet ?

Nicolas Sarkozy découvre à quel point « faire président » est compliqué : on arrive plein de bonnes intentions et tout le monde vous balance des bâtons dans les roues.

Sarkozy Je me suis demandé, en regardant Nicolas Sarkozy hier soir à la télé, si le processus de déraybanisation récemment initié est vraiment sous contrôle. Que l'hyperprésident décide enfin de se comporter en vrai chef d'Etat, tout le monde s’en félicite. Mais qu'il s'imagine que le remplacement de ses tenues en lamé Dolce & Gabbana par un costume en tergal de chez Armand-Thierry suffira à subjuguer son homologue chinois est assez ahurissant.

Interrogé sur la position française dans l’affaire tibétaine, Sarkozy a joué les honest brokers, les vieux sages susceptibles de s’interposer entre les uns et les autres pour mieux disperser les nuages qui planent sur la grande fête du sport et du Coca-Cola. Un peu comme si la Slovénie, profitant de la tenue du Mondial de la pétanque à Marseille, nous proposait son aide dans la gestion du malaise corse : on imagine qu’elle serait reçue les bras ouverts à l’Elysée…

Pour autant, je ne fais pas partie de ces gens qui minorent le poids de la France dans le monde. Je suis convaincu que son histoire, son prestige et sa dimension économique lui permettent encore de peser sur des dossiers qui seraient hors de portée d’une Italie ou même d’une Allemagne. L’idée d’une médiation française au Tibet n'en est pas moins absurde.

« Vous ne voulez tout de même pas que je reste sans rien faire ? » s’est indigné le boss lorsque Vincent Hervouet, le seul de ses interviewers donnant l’impression de connaître un poil les sujets qu’il abordait, a osé se montrer sceptique. Non, évidement, on ne veut pas que la France reste sans rien faire. Surtout lorsque qu’elle se retrouve en position de punching ball dans les manifs nationalistes faute d’avoir su se faire respecter du régime chinois. Mais l’on souhaite que le « pays des droits de l’Homme » se débrouille, au moins autant que les Britanniques ou les Américains, pour dire stop quand c’est nécessaire sans pour autant remettre en cause ses relations commerciales avec un pays de 1,5 milliard d’habitants dont la croissance est de 12% par an.

Hum, comment ça, c’est difficile ? Comment ça, c’est comme s’attaquer à la quadrature du cercle et vous voudriez bien m’y voir ? Ben oui, c’est difficile. Mais quand on veut « faire président », on ne s’attend pas à ne régler que des embrouilles de cartes Familles nombreuses.

D’ailleurs, puisqu’on en est à parler de cartes Familles nombreuses, j’ai toujours été intrigué par notre propension à prôner le « dialogue constructif » dans le vaste monde ― de Jérusalem à Lhassa, de Bagdad à Bogota ― et par notre incapacité à le mettre en œuvre à la maison. Les retraites, le déficit ou la politique familiale sont-ils des chantiers plus complexes que celui de l’appartenance du Tibet à la Chine ? Sur ces thèmes, Nicolas Sarkozy déçoit pourtant les gens de droite qui le prenaient pour un libéral et désespère les gens de gauche qui, sans avoir voté pour lui, lui accordaient nolens volens le bénéfice du doute.

Son intervention d’hier, plutôt pas mauvaise sur la forme, était-elle celle d’un homme enfin focalisé sur la réussite de sa mission de redressement économique de la France, ou le dernier numéro en date d’un transformiste sans substance ? Personnellement, j’ai tranché depuis un moment et je ne pense pas qu’il soit en mesure de faire avancer quoi que ce soit, à Pékin ou à Paris, même si je ne m’en réjouis pas. Mais qui sait, les petits télégraphistes expédiés en Chine reviendront peut-être avec une bonne nouvelle de leur voyage : on dit le président Hu Jintao très intéressé par le concept d’une carte de réduction familiale pour la ligne de chemin de fer la plus haute du monde

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mardi 22 avril 2008

Camaraderies

Aujourd'hui, bloc-notes à caractère socialiste : héritage mitterrandien, économie de marché et travailleurs sans papiers.

Flamands_roses J'étais trop jeune pour voter en 81, mais assez âgé pour faire la fiesta le soir du 10 mai. François Mitterrand président, pour un ado progressiste de l'époque, c'était un peu comme Nicolas Sarkozy à l'Elysée pour un vieux schnock de maintenant : ça donnait l’impression de rendre tout possible. Je suis donc devenu membre du PS et mitterrandolâtre, jusqu'à ce que je réalise à quel point il y avait erreur sur la marchandise.

Pour les gens comme moi, au final, et même si je dis « pour les gens comme moi » sans savoir s’il y a des gens vraiment comme moi, Mitterrand a quelque chose de Sartre : un type qui s’est régulièrement gouré. A la décharge de Sartre, il était parfois sincère. Au passif de Mitterrand, il ne croyait sans doute à rien de précis.

Il s’est gouré en rejoignant Vichy quand d’autres partaient pour Londres ; il s’est gouré sur l’indépendance de l’Algérie à l’heure de Frantz Fanon ; il s’est gouré en cherchant à construire le socialisme dans un seul pays jusqu’au fameux « tournant de la rigueur » ; il s’est gouré en berlusconisant la télé pour la libérer ; il s’est gouré en croyant qu’il était possible de mettre tout Paris sous écoutes sans que ça ne fasse de vague ; il s’est gouré en affirmant qu’il était de bonne guerre de stimuler la croissance du FN pour embarrasser la droite ; il s’est gouré en pensant qu’il était raisonnable de régler la question Greenpeace à coups d’explosifs sous-marins ; il s’est gouré en s'imaginant qu’il allait empêcher la réunification allemande ; il s’est gouré en s’imaginant qu’il allait empêcher l’éclatement de la Yougoslavie…

Le pire pourtant, c’est lorsqu’il ne s’est pas gouré. Je veux dire, lorsqu’il a fait des choix informés qu’il n’aurait pas lui-même qualifiés d’erreurs rétrospectivement. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, il les a revendiquées jusqu’à la fin. Comme Pierre Péan, comme Serge Moati, on peut sans doute attribuer son intérêt pour le Maréchal & consorts à une erreur de jeunesse, à une étape dans le parcours complexe d’un fils de bourgeois s’apprêtant à jeter son héritage ultra-droitier aux orties. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, aujourd’hui, c’est pourtant tout ce qui reste vraiment du bonhomme.

*

J’en ai rêvé, Alain Bergounioux l’a fait. Le secrétaire national aux Etudes du PS vient de confirmer, dans la nouvelle « déclaration de principes » du parti, que les socialistes français étaient notamment : attachés à « comprendre le réel » ; « partisans d'une économie sociale et écologique de marché » ; supporters d'un « secteur privé dynamique » ; conscients de l’importance de la « sécurité des personnes, sans laquelle il n'y a pas de liberté réelle » ; favorables au « choix historique de l'Union européenne » ; clairement « réformistes »…

Enfin, tout ça n’est pas encore complètement, comment dire, gravé dans le marbre, puisqu’il faut attendre la Convention nationale de la mi-juin pour transformer l’essai. Mélenchon émettant quelques réserves, ne crions pas « Bad-Godesberg » trop vite…

*

Un dossier sur lequel mes camarades feraient bien de se pencher maintenant qu’ils croient en l’économie de marché et ne gourent plus avec Mitterrand, c’est celui de ces sans-papiers que même le patronat le plus réactionnaire soutient. A mille lieues des délires culpabilisants de RESF (« Si la planète entière n’est pas la bienvenue en France, c’est Vichy all over again... »), la régularisation de types qui acceptent les boulots dont nous ne voulons pas et alimentent nos organismes sociaux à fonds perdus (ils cotisent mais n’ont droit à rien) est une évidence.

Que leurs situations soient étudiées au cas par cas, pourquoi pas…Mais qu’elles le soient rapidement et, surtout, que les procédures mises en place pour les 500 salariés ayant eu le courage de rendre leur combat public servent également aux dizaines de milliers de travailleurs clandestins restés plus discrets.

A la limite, cette histoire pourrait bien servir de dynamique à un débat plus rationnel sur les questions d’immigration ― débat dont seraient poliment exclus les « gentils » et les « méchants » qui le parasitent traditionnellement. La France est un grand pays riche, peu peuplé et en manque chronique de main d’œuvre ; il existe un tas de pays pauvres, surpeuplés et dont certains habitants rêvent d’un ailleurs plus prospère. On doit pouvoir s’entendre, non ?

Ça ne règle évidemment pas la question du développement des pays d’émigration. Ça ne signifie pas non plus qu’il soit illégitime de refuser un visa ou qu'il faille lutter contre le chômage des avec-papiers. Mais ça résout pas mal de situations individuelles et c’est bon pour la croissance ici ou là-bas. Bref, comme on dit chez nous les socialistes modernes, c'est le réformisme plutôt que la révolution.

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lundi 21 avril 2008

A chacun sa Chine

Le débat français sur les JO n'a plus grand-chose à voir avec ce grand pays d'Asie coincé entre l'Inde et la Russie. Avec un peu de chance, même les Chinois finiront par s'en rendre compte.

Chine_paris_photo_xinhua_2 A l'heure qu'il est, mon crâne dégarni doit apparaître sur tout un tas de sites Internet en mandarin prêchant, pêle-mêle, le boycott de Carrefour par les pauvres et de Louis Vuitton par les riches… C'est qu'il n’y avait pas beaucoup de Français, samedi après-midi, place de la République, pour chercher à comprendre ce qui turlupine la communauté chinoise de Paris. D’où le nombre de porteurs de drapeaux rouges ayant décidé de me photographier en grande conversation avec leurs « camarades ». Mais qu’ils me présentent comme hostile à la cause ou, au contraire, comme un Gaulois venu soutenir Pékin dans l’épreuve n’a pas grande importance : les deux options sont également valides.

Pour les jeunes nationalistes battant la semelle entre un Go Sport, un Célio et un Habitat, trois enseignes intégralement approvisionnées par leur grande nation, l’affaire est entendue : les Français sont racistes et ne s’en prennent à la Chine que par désir de rabattre son caquet à un pays en développement (trop) rapide. « Ici, nous sommes constamment montrés du doigt parce que nous polluons ou parce que nous exportons », se plaint cet étudiant au visage pourtant barbouillé de tricolore en signe d’amitié franco-chinoise. « Avec le Tibet et les Jeux, c’est juste un nouvel accès de xénophobie ! Pourquoi est-ce que vous ne nous aimez pas ? »

Pour être tout à fait honnête, le gars n’est pas complètement à côté de la plaque. Et s’il n’existe pas de racisme anti-chinois directement comparable en virulence au racisme anti-arabe ou anti-noir, il y a bien, dans un certain discours toléré par la gauche comme par la droite, une dimension malsaine du rapport à la Chine ou aux Chinois. Un exemple ? Le douteux combat mené ces dernières années par Georges Sarre contre les grossistes textiles, coupables selon lui de vider le 11ème arrondissement de ses bouchers et autres boulangers « bien de chez nous ». Mais les histoires de chats de gouttière transformés en canard laqué dans les gargotes de Belleville ou de décès non-déclarés provoquant la dissimulation de milliers de cadavres dans le béton des immeubles du 13ème ne valent guère mieux. D’autant plus que ces foutaises vous sont régulièrement servies par des gens dont l’ouverture d’esprit ne saurait être remise en question en d’autres circonstances… Bon, dans le même temps, entre Feng Shui, Tai Chi et autres Qui Gong, la culture chinoise n’a jamais été aussi à la mode. D’ailleurs, c’est tout juste si l’opium ne s’apprête pas à supplanter la cocaïne chez les créatifs des agences de pub ― mais c’est une autre histoire.

Au final, pourtant, les réactions françaises à l’affaire tibéto-olympique sont un tel fourre-tout que même un maoïste de la première heure n’y retrouverait pas ses petits tigres de papier. Alors un étudiant pékinois en mastère d’économie à Dauphine agitant son petit drapeau place de la République, n’en parlons pas ! Voyons voir : Il y a d’abord la réaction de la droite « classique », celle qui pense d’abord au business et s’inquiète d’une baisse des commandes de centrales nucléaires. Celle-là se fout éperdument du Tibet, de la répression policière ou de la liberté de la presse et aimerait surtout ne pas rejouer l’affaire des French fries en version orientale. Il y a également, toujours à droite, ces bataillons d’anti-communistes réflexifs qui ne voient dans la Chine qu’une grosse Corée du Nord et aimeraient bien que l’on arrête de lui acheter autant de petites culottes en coton mélangé. L’affaire des JO passe alors pour une très belle opportunité de retour au protectionnisme.

Le retour au protectionnisme et l’arrêt des importations de sous-vêtements trouve justement un écho dans une certaine gauche, celle qui reproche au contraire sa dérive capitaliste au PC chinois. « Fermons la porte à ces crapules qui mettent nos ouvriers au chômage en exploitant leurs petits enfants », clament-ils en ajoutant, la main sur le cœur : « Et ma foi, si ça peut aider les Tibétains et les journalistes emprisonnés... ». Mais se concentrer sur ces deux dernières catégories serait plutôt l’apanage d’une gauche plus intello, moins sensibles aux questions de concurrence industrielle. Parce que le Dalai Lama est un « gentil » portant l’estampille de bouddhistes aussi fameux que Richard Gere et Sophie Marceau ― mais aussi parce que ce Tibet fantasmé que personne ne sait placer sur une carte est marketé comme un mix de Gaza des années 90 et de Goa des années 70 ―, promouvoir « l’indépendance » est devenu un must. Hé quoi, un petit pays colonisé par d’affreux impérialistes et peuplé de moines pacifistes et rigolards, ça se défend, non ? Hum, ben ça dépend, en fait… Car c’est justement la présence de ces moines aux vêtements teints au carotène qui fait sursauter la fraction de la gauche qui, bien que sensible aux arguments de ses cousines ouvriéristes ou baba-cools, a du mal à soutenir l’horreur théocratique contre l’horreur économique.

Bon, je ne dis pas qu’il ne reste pas un peu de place, dans cette cacophonie, pour des gens qui, sans position tranchée sur la légitimité des Chinois à décrire Lhassa comme une sorte d’Ajaccio d'altitude, sont juste scandalisés par la violence policière et l'absence de liberté d'expression. Je me flatte même d’en faire partie. Mais faut-il que les Chinois soient paranos pour avoir choisi de se focaliser, parmi tous les pays traversés par leur fichue flamme, sur le seul qui n’ait finalement rien à dire de concret sur elle et se contente de régler ses propres comptes sur son dos...

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jeudi 17 avril 2008

Egalité(s)

Selon que vous serez puissants ou misérables… vous prendrez tous le train à tarif réduit !

Famille_nombreuse Figurez-vous que j'ai, dans mon impressionnant réseau de relations, une personne riche. Attention, pas une personne à l'aise, aux revenus confortables, propriétaire d'un bel appartement avec moulures dans le septième arrondissement et d'une vaste maison de famille du côté de Deauville… Non : une personne vraiment riche. De celles que l'ISF fait doucement rigoler, tant le contournement de cet os à ronger fiscal pour trotskyste ingénu est facile à organiser au-delà d'un certain niveau de patrimoine.

Achats d’œuvres d’art, comptes off-shore, investissements dans les DOM-TOM : ça, c’est le B A BA. Tout le monde connaît. Et n’importe quel smicard qui toucherait le gros lot à l’Euro-Loto se ferait un devoir d’acheter son premier Picasso à Pointe-à-Pitre avec un chèque anglo-normand. Vous vous doutez bien, dans ce cas, que le gestionnaire d’un family office calculant en centaines de millions d’euros est censé être un poil plus créatif pour mériter son bonus de fin d’année…

Mais figurez-vous aussi que cette personne vraiment riche, vraiment très riche, n’est, finalement, pas si différente de vous ou moi. Comme vous, comme moi, elle perçoit des allocations familiales. Comme vous, comme moi, elle est titulaire d’une carte de réduction « Familles nombreuses » pour ses déplacements en train (enfin, pas tout à fait comme moi pour le coup, puisque je n’ai que deux enfants et qu’il en faut au moins trois pour bénéficier de la fameuse carte). Enfin, comme à vous, comme à moi, s’il lui venait l’idée saugrenue d’envoyer sa nichée à l’université plutôt qu’à HEC, ça ne lui coûterait strictement rien.

Les exemples abondent, en fait, de ces mécanismes redistributifs fondés sur « l’égalité » et défendus avec une étonnante harmonie par les organisations aux projets les plus divergents. Associations catholiques ou communistes non-reconstruits, ils estiment tous que la cohésion nationale ne sera préservée qu’à cette condition expresse : tous égaux devant la munificence étatique !

La récente polémique sur la suppression de la carte de réduction SNCF, la cacophonie en cours sur la réduction des allocations familiales pour les parents d’ados, le débat récurrent sur l’augmentation des frais d’inscription à l’université semblent le démontrer : nous serions, collectivement, favorables à ce que ces avantages restent universels. Favorables à ce que l’Etat subventionne, de la même manière, au même niveau, celui qui prend le TGV en seconde et l’actionnaire de la compagnie qui fabrique ce même TGV. Evidemment, le très riche ne pourra plus prétendre à une Aide Personnalisée au Logement ou à une bourse d’écolier : ces machins-là fonctionnent déjà sous conditions de ressources. Il ne pourra même plus recevoir la traditionnelle allocation de rentrée scolaire désormais soumise à un plafond de revenus. Mais il continuera à jouir de cette tradition qui permet aux uns de s’acheter de quoi se nourrir et aux autres de renouveler leur iPod avec le même encouragement républicain à la perpétuation de l'espèce ― soit 274 euros par mois et par foyer de trois enfants.

Les soixante-dix millions d’euros permettant, bon an mal an, de réduire la facture ferroviaire des Français et de creuser un peu plus le déficit de l’Etat auraient probablement pu se transformer en une dotation de trente millions ne bénéficiant qu’aux plus modestes ― lesquels auraient même pu, dans la foulée, voir leur ristourne augmentée. « Ah mais ça, ça n’aurait pas été très égalitaire ! » se marre la personne très riche, vraiment très riche, de mon entourage. Non, effectivement, ça n'aurait pas été très égalitaire...

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PS : Bon sang de bonsoir ! Je me rends compte que j’en tenais encore une belle, tiens, d’exception française. Bah, trop tard. Ça sera pour le tome II

mercredi 16 avril 2008

Jeux de rôles

Les lycéens sont dans la rue pour empêcher la scandaleuse mutation de 11 200 enseignants à Bogota. Heureusement, la presse les épaule dans ce combat...

Classe_colombienne Se trouve-t-il encore un seul journaliste, là-dehors, que sa rédaction aurait chargé de couvrir l'actu économique et sociale mais qui ne saurait rien de l'article L321-1 du Code du Travail ? J'ai du mal à le croire. En tout cas, au pays du « nul n’est censé ignorer la loi », cette inculture commence à faire tache.

Je ne suis pas, moi-même, un grand spécialiste de la chose légale. J’ai beau faire un tour de temps à autre chez mon compère Eolas, j’ai encore un peu de mal avec ces histoires de magistrature assise, debout ou, ça arrive, couchée…Je n’y connais presque rien donc, mais les hasards de l’existence m’ont conduit à découvrir qu’un groupe de sociétés qui ne proposerait pas un reclassement à un salarié licencié pour motif économique se mettrait en infraction. En d’autres termes, que Trucmuche SA, une PME installée à Courbevoie mais filiale de Trückmüsch GmbH, une multinationale basée à Wuppertal, ne peut procéder au moindre débauchage sans indiquer à sa victime que des postes équivalents au sien sont vacants à Wuppertal, bien sûr, mais également à Bucarest, Shanghai, Wallis et Futuna ou Bogota…

Le salarié, pour autant, n’est pas tenu d’accepter de vendre son pavillon en meulière de Viroflay, d’inscrire ses marmots au lycée français de la trépidante métropole colombienne et de se mettre à parler castillan avec madame. Il peut se contenter d'expliquer à son DRH qu’avec 902 000 pesos par mois (315 euros), il aura du mal à maintenir son niveau de vie et à se faire livrer du camembert et du saucisson par AuchanDirect.com. Mais il peut aussi décider, et c’est tout l’intérêt des obligations de reclassement à l’intérieur d’un groupe, qu’une mutation chez Machin-Chose & Cie, une autre filiale de Trückmüsch GmbH implantée juste derrière chez lui, est une véritable opportunité.

Les « propositions » (Brésil, Turquie, etc.) récemment faites par le teinturier industriel italien Staf à sept salariés d’Hénin-Beaumont ― propositions ayant fait l’objet de commentaires indignés dans la plupart des médias ― ne correspondaient d’ailleurs à rien d’autre qu’à une application stricte (et ultimement symbolique) de la loi. Les syndicats le savent, qui dénoncent pourtant avec passion ce nouvel avatar de la mondialisation néolibérale ; les journalistes le savent, qui relaient complaisamment ce discours en se faisant le moins précis possible sur ce détail ; le patronat le sait, qui en oublie même de rappeler que cette obligation est à peu près tout ce qui reste d'une loi de Modernisation sociale concoctée par la gauche avant d'être vidée de sa substance par la droite. Mais sans doute faut-il être un social-traître en phase terminale tel que moi pour s’agacer du jeu de rôles permanent qui nous sert de débat politique et social. Ce jeu de rôles qui impose de ne voir, dans un autre registre, en l’adaptation des effectifs enseignants à la démographie et aux capacités budgétaires du pays, qu'un laminage cynique de notre système éducatif.

Les « mouvements sociaux » cherchent souvent, dans un légitime souci d’efficacité, à fédérer le plus grand nombre de mécontents. C’est ainsi que les taxis peuvent s’appuyer sur les notaires, les coiffeurs et les pharmaciens pour faire reculer la menace attalienne qu’ils croyaient, ces naïfs, voir planer sur leurs petits arrangements corporatistes. Ne serait-il pas judicieux, de la part de leaders lycéens soucieux de conserver l’attention de camarades de plus en plus concernés par l’approche des vacances et même, pour les plus conformistes d’entre eux, du bac, d’opérer la jonction des deux luttes (profs et teinturiers ch'tis) ? Et ne serait-il pas possible d’affirmer que le gouvernement s’apprête en fait à expédier les fameux 11 200 enseignants surnuméraires chez les FARC, pour un salaire de 315 euros par mois ? Comment ça, ça ne serait pas crédible ? Comment ça, c’est vraiment n’importe quoi ? Attendez donc de voir les premiers éditos sur ce terrible scandale pour qu'on en reparle...

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lundi 14 avril 2008

Histoires de vieux

Bloc-notes gérontophile de début de semaine. Leonard Cohen, Pilote, Le Monde : piliers précaires.

Leonard_cohen Le 28 mars dernier, un entrefilet dans Le Monde m'apprend que Leonard Cohen entame une tournée en Europe. Plusieurs concerts sont prévus en France et je me dis que, ce coup-ci, d'une manière ou d'une autre, je vais enfin réussir à entendre le vieux prêcheur en direct live. C'est qu’il ne nous fait pas souvent l'honneur d’une visite, le Leonard : installé, crois-je savoir, dans un monastère bouddhiste de la côte Ouest, il préfère méditer en pelant des pommes de terre plutôt que parcourir le monde guitare à l’épaule.

Mais, trahi par sa femme de confiance, celle à laquelle il avait confié la gestion de sa (relativement) modeste fortune, il est bien forcé de reprendre temporairement le collier s’il veut continuer à faire venir ses costumes oranges de Lhassa par Federal Express. Moi, insensible à ses mésaventures financières, je m’en frotte figurativement les mains (a-t-on jamais vu quelqu’un se frotter réellement les mains dans ce genre de situation ?). Enfin, j’arrête vite de me les frotter, ces paluches allégoriques, lorsque je me rends compte que toutes les dates sont déjà sold out ! Oui, toutes. Et pas seulement les dates françaises mais également les dates anglaises, irlandaises, danoises, norvégiennes, belges, portugaises, etc. auxquelles j'aurais pu assister par défaut.

Je n’ai jamais compris comme faisaient « les autres » pour se rancarder aussi précocement. Les salles ne seront-elles remplies que de fans obsessionnels, auxquels aucun des faits et gestes du québécois mystique n’échappe ? Et les fans amateurs dans mon genre sont-ils forcément tricards à ce genre d’événement ? En tout cas, et même si je ne veux surtout pas lui porter la poisse, sa tournée 2008 pourrait bien être la dernière : à 74 ans, surtout lorsque l’on verse dans le contemplatif, on a peut être de bonnes raisons d’éviter le hustle and bustle des périples en autocar.

Bah, il me reste les disques. Même si le débit neurasthénique de ce rabbin zen et crypto-chrétien a tendance à agacer mon entourage et s’il me faut attendre que la maison soit vide pour me faire un petit coup de Songs… Il me reste les disques, donc, mais j’aurais tout de même bien aimé l’entendre en vrai, ce bon Leonard parce que, franchement, that’s no way to say goodbye

*

Je n’irai peut-être pas écouter Leonard Cohen cet été à Fourvière ou à Manchester, mais je me suis tout de même débrouillé pour ne pas me faire couillonner pour la sortie de ce nouveau numéro spécial de Pilote. Mon kiosquier était encore en train de déballer sa marchandise lorsque je me suis pointé pour exiger mon exemplaire du magazine qui « s’amusait à réfléchir quand j’étais gosse.

Ça ne dira pas grand-chose aux jeunots qui fréquentent ces pages (z’avez pas autre chose à faire, les gars, une manif anti-Darcos, une extinction de flamme olympique ?), mais le journal de René Goscinny a probablement été aussi important dans le processus de formation intellectuelle des gens ma génération que l’élaboration du programme d’union de la gauche ou la crise des euromissiles.

Comme d’hab’ dans ce genre d’opération, le chercheur de saudade est toujours un peu déçu : ce numéro a beau être un hommage à Mai-68, ça reste un numéro de 2008. Mais bon, il y a un édito de Gotlib (et plusieurs pages de Rubrique-à-brac), il y a du Mandryka, du Dionnet, du Gir/Moebius, du Cestac, du Montellier, du Goetzinger, du Lauzier, du Veyron, du Druillet, etc.

Et tiens, vous n’avez même pas besoin de vous presser pour vous le procurer : au contraire d’une tournée de Leonard, Dargaud peut toujours faire des retirages si la première fournée s’envole trop rapidement.

*

Aujourd’hui, Pilote est en kiosque mais pas Le Monde… Ça fait drôle. J’essaye d’ailleurs de me figurer un monde sans Monde : effrayant. Je lis ce journal depuis tant d’années que la perspective de sa disparition m’inspire la même horreur qu’une possible transformation du Louchebem en restaurant végétarien.

Je n’étais pas dans le secret des dieux, je n’en connais pas les détails concrets, mais j’ai toujours été favorable à la stratégie colombanienne de diversification et de constitution d’un groupe de presse autour du quotidien. Manifestement, il y a un bug et l’annonce d’un plan social majeur (130 départs) donne une idée de l’ampleur de la crise. D’autant plus qu’après avoir cédé ses titres régionaux, la holding prépare la vente de Fleurus, des éditions de l’Etoile et des librairies La Procure... Clairement, il ne restera plus grand-chose à bazarder si cette crise n’est pas la dernière.

Je suis quand même assez ambivalent face à la grève et la non-parution. 130 licenciements, ça ne peut évidemment pas passer comme une vulgaire faute d’accord dans un billet de Robert Solé. Mais j’ai du mal à me figurer en quoi cette extinction des claviers fait émerger une quelconque alternative au remède de cheval proposé par Eric Fottorino. Ah, si seulement l’imagination était restée au pouvoir…

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vendredi 11 avril 2008

Instants mégalos

Maintenant que je suis un grand écrivain, tout ce que je raconte prend une dimension nouvelle. Mais je ne suis pas comme Marion Cotillard : j'assume.

Mgalo Après mûre réflexion, j'ai pris la décision de ne pas me rendre à Pékin pour la cérémonie d'ouverture. Oh, je ne boycotte pas les Jeux pour autant et je participerai évidemment aux épreuves dans lesquelles j'ai de bonnes chances de médailles (j'ai le sens des responsabilités).

Mais je préfère éviter de servir de caution morale au régime chinois en acceptant d’être assis à côté de Nicolas Sarkozy et de Hu Jintao pendant que des majorettes gavées d'amphétamines feront virevolter leurs bâtons de bambou sur la pelouse du stade. D’ailleurs, ni Georges, ni Ban, ni Angela, ni Gordon ne seront là et on risque de s’ennuyer ferme.

Bon, je suis conscient des risques que je fais courir aux salariés d’Airbus, d’Alstom et d’Areva en prenant cette initiative. Mais on n’a rien sans rien et comment pourrais-je me regarder à nouveau dans une glace si je ne mets pas ma notoriété toute fraîche au service d’une grande cause ? Finalement, je n’ai jamais aussi bien compris la nature de l’engagement du chanteur Cali que depuis que je suis célèbre.

Notez tout de même que je reste ouvert à d’autres stratégies… Tiens, si les supporters du PSG acceptent d’aller à Pékin avec moi pour déployer une banderole qualifiant le Comité Central du Parti Communiste Chinois de « Pédophiles consanguins et chômeurs » dans les gradins de la tribune officielle, je veux bien reconsidérer ma position.

*

J’avais suggéré à Laurent Joffrin… Enfin disons que j’avais suggéré à un autre Laurent qui, à son tour, devait le suggérer à Laurent Joffrin mais ne s’est jamais acquitté de cette tâche sous prétexte qu’il avait piscine ce jour-là, de rendre Libération gratuit et de le tirer à 500 000 exemplaires financés par la pub…

Ben c’est fait. Libé de ce vendredi est gratuit, tiré à un demi-million d’ex. et financé par la pub. Mais attention, c’est juste pour un jour. Dès demain, il redevient un fanzine diffusé à 120 000 ex. payants, sans pub et déficitaire.

Tss… C’est à vous dégoûter d’avoir de l’imagination. Allez, bon week end !

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jeudi 10 avril 2008

www.com-vat.com, tome 1

Les « petites exceptions françaises » sont devenues un livre. Clairement, le papier est l'avenir du Web.

Pef_couv Ce blog est un laboratoire, un bureau d'étude… Ou plutôt un atelier. Une petite pièce virtuelle et bordélique dans laquelle je m'enferme à temps perdu pour écrire ce qui me passe par la tête, tester un point de vue, une formule, une subordonnée relative aussi complexe qu’indigeste. Les lecteurs anciens s’en souviennent peut-être, un premier prototype avait d'ailleurs fini par mettre le museau dehors à la manière d'un concept-car de constructeur automobile (et pour cause !).

Las, le proto est toujours sur l’établi. Il prend un peu la poussière, c’est sûr, et sans doute n’est-il pas près d’être immatriculé. Qu’importe : le temps travaille pour lui, comme on le verra. Dans l’intervalle, un autre projet va sortir de l’atelier, une autre aventure largement née du blog : un recueil de textes sur le thème des « Petites exceptions françaises », ces absurdités plus ou moins pittoresques qui fondent notre caractère national.

En librairie dès le début du mois prochain (mais déjà disponible sur Fnac.com), ce livre réunit la plupart des notes publiées au fil des mois dans cette rubrique (fortement réécrites et débarrassées de leurs ellipses hypertextuelles), ainsi que de nombreux textes originaux. Vous allez adorer. Hé quoi, même ma maman, qui a toujours été très difficile à satisfaire et ne me laisse absolument rien passer, en est restée comme deux ronds de flanc… C’est dire.

Mais ce n’est pas son seul atout : d’un format étudié pour une lecture confortable dans tous les contextes de la vie quotidienne (200 mm x 130 mm), le livre est équipé d’une couverture aux couleurs sélectionnées avec soin par l’éditeur afin de respecter sa thématique. Très bon marché, il devrait permettre à des Français frappés par la baisse de leur pouvoir d’achat de continuer à s’offrir des cadeaux d’anniversaire les uns aux autres quelle que soit la dureté des années de « rigueur » qui s’annoncent.

J’imagine bien que vous n’allez pas me croire sur parole, que vous allez vous dire : « Hum, c’est l’auteur, c’est normal qu’il nous dise du bien de son bouquin s’il veut que nous l’achetions… » Je suis d’accord avec vous. Pas question de me croire sur parole, même si cette remise en question de mon honnêteté est un peu difficile à avaler, mais bon… Qu’à cela ne tienne : il vous suffit de faire un tour sur le blog entièrement consacré à mes« Petites exceptions françaises » pour vous forger une opinion indépendante — blog sur lequel vous serez naturellement en mesure de laisser vos commentaires admiratifs et enthousiastes.

Mais à ceux qui s’étonneront de voir des textes initialement rédigés pour le Web prendre le chemin des librairies, à ceux qui estimeront qu’à l’heure du livre électronique, cette démarche est totalement anachronique, je répondrai la chose suivante : si le bouquin se vend bien, s’il fait l’objet de nombreux retirages et qu’il me permet d’en publier d’autres, je deviendrai enfin riche et célèbre, ce qui n’a aucune chance de produire si je me contente d’écrire pour ces crapules qui passent leur temps à me lire gratuitement… Enfin, pas vous, évidemment, mais les autres, tous les autres

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Le livre de l'année !

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