Exporter la démocratie, c'est bien. Mais encore faut-il en avoir à revendre. A quand un vrai débat public sur la stratégie de défense de la France ?
J'ai un peu de mal avec cette double-affaire afghano-otanienne. Nicolas Sarkozy veut nous ramener dans le commandement intégré de l'Alliance atlantique et voici que des voix s’élèvent, à droite comme à gauche, pour invoquer le dogme gaulliste du non-alignement sur le terrible impérialisme US.
C'est typique du dialogue de sourds qui nous sert de débat lorsqu'il est question de « l'indépendance » de la France et de sa place dans le monde : Védrine, Chevènement ou Dupont-Aignan, coincés dans leur time warp, en sont encore à s’inquiéter de la vassalisation de l’Hexagone par Washington comme aux heures les plus chaudes de la Guerre froide... La dernière fois que j’ai inséré un thermomètre dans le fondement de la planète pour prendre sa température, pour autant, le multipolarisme chiraquien avait l’air assez fermement établi. Et il n’est pas nécessaire d’opiner naïvement du bonnet en écoutant Alexandre Adler pontifier, le matin sur France Culture, pour admettre que la donne a changé depuis 1966.
La France n’a-t-elle pas intérêt à abandonner une position devenue anachronique — dedans et dehors à la fois — si elle souhaite réellement peser sur l’avenir de l’Alliance et de son pôle européen ? Et risque-t-elle vraiment, comme on l’entend dire, d’être entraînée dans on ne sait quel bourbier en décidant d’en redevenir membre à part entière ? Pour ce que j’en comprends, sa seule « obligation contractuelle » est de voler au secours d’un allié agressé, obligation d’ores et déjà opérante (cf. : l’Afghanistan). La crainte d’une nouvelle aventure à l’irakienne, à laquelle nous serions forcés de prendre part n’est donc pas avérée et brandir le chiffon rouge du « choc des civilisations » à chaque fois que les pays occidentaux reconnaissent qu’ils ont des intérêts communs devient lassant.
D’un autre côté, pour en revenir à l’aspect purement afghan de cette histoire et à l’envoi d’un nouveau bataillon français sur place, il est dommage d’entretenir la confusion entre l’intérêt d’un retour intégral dans l’Otan et celui de cette initiative brouillonne. Demander des comptes à Sarkozy lorsqu’il annonce l'expédition de ces 800 soldats supplémentaires avec la même désinvolture que la mutation de Georges-Marc Benamou à Rome est donc parfaitement légitime. N’étant pas, au contraire de l’ami Adler, informé de nos objectifs ultimes dans un pays aussi intéressé par la démocratie que la France par la coupe du monde de cricket, je suis comme François Hollande : j’aimerais bien savoir à quoi tout ça va servir.
Etre vraiment dans l’Otan ? Parfait. Se débrouiller pour reprendre en main la défense de l’Europe au lieu de la sous-traiter aux Américains ? Super. Lutter contre les terroristes s’abritant en Afghanistan et permettre à leurs victimes locales de découvrir la démocratie ? Génial. Mais ce qui serait formidable, c’est que des questions qui engagent la France aussi fortement fassent l’objet d’un vrai débat parlementaire et médiatique argumenté, aussi exempt d’arrière-pensées politicardes que possible. Pour exporter la démocratie, encore faut-il en avoir de reste.
© Commentaires & vaticinations
"Pour exporter la démocratie, encore faut-il en avoir de reste."
Pertinente remarque. Et pas seulement parce qu'elle vient de mon pote Hugues qui traite 55% du corps électoral de son pays d'idiots de village en se réjouissant bruyamment qu'on se soit assis sur leur décision...
Au passage: personne n'a relevé l'interview de Jean-Pierre Jouyet dans le Monde il y a quelques jours, où il annonçait benoîtement que la France utiliserait sa prochaine présidence tournante de l'Union pour proposer que les référendums sur l'adhésion d'un nouveau membre "ne fassent plus systématiquement l'objet d'un référendum" (sic). Vu que ce référendum systématique n'avait pas eu lieu depuis 1969 et que la bagatelle de 18 membres avaient été admis depuis, j'ai trouvé ça particulièrement gonflé... mais personne ne l'a relevé.
Rédigé par : Poil de lama | jeudi 03 avril 2008 à 17:05
Bonjour Hugues ! Vous dites "Etre vraiment dans l’Otan ? Parfait. Se débrouiller pour reprendre en main la défense de l’Europe au lieu de la sous-traiter aux Américains ? Super."
Le léger problème, c'est que ces deux objectifs sont parfaitement antagonistes. En effet, l'administration américaine se réjouit de ce que l'OTAN soit fort, permettant de faire valoir du non-intérêt d'une défense - et donc forcément d'une politique étrangère - commune aux pays de l'UE "vu que l'OTAN ets là pour ça" . Parce que ce qui fait le plus chier les USA, c'est que si une défense commune se fait, alors ils y perdront économiquement (on peut se douter que nous choisirons des contractants globaux) et géopolitiquement (cela serait un changement majeur si l'Europe parlait d'une seule voix, plutôt qu'une cacophonie permanente) .
Donc une défense européenne forte et commune, j'applaudis des 2 mains, rejoindre un commandement intégré de l'OTAN qui profite des faiblesses de la construction européenne pour imposer le point de vue US en son sein, non merci. Pourquoi pas un commandement bilatéral US-UE une fois que la défense commune sera mise en place ? Mais le faire maintenant, à quelques mois de la présidence française de l'UE (qui pourrait nous permettre de faire justement avancer ces dossier cruciaux que sont la défense et la politique étrangère communes de l'UE) , c'est juste stupide, ça perturbe nos partenaires (les allemands au premier chef, qui ne comprennent plus le positionnement de la France) et nous enlève une carte de notre jeu, qu'il se déroule au niveau européen ou au niveau international.
M'enfin comme d'hab, Sarkozy se passe encore une fois d'y réfléchir, tout occupé qu'il est à nous avoir proclamés admirateurs inconditionnel du système anglo-saxon.
Rédigé par : Moktarama | jeudi 03 avril 2008 à 17:32
ça fait longtemps qu'il y a des soldats français en Afghanistan, et la gauche n'en a pas fait tout un fromage — jusqu'à présent.
Rédigé par : all | jeudi 03 avril 2008 à 18:05
La Belgique, le Canada, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, la Grèce, l'Allemagne et bien sur la France sont les 8 pays sur les 19 que comptait alors l'OTAN à ne PAS être allé en Irak en 2003.
Des 19 membres que comptaient l'alliance en 2003, seuls 5 (US, UK, Pologne, République Tchèque, Danemark) ont des troupes en Irak aujourd'hui.
Dire que faire partie de l'OTAN oblige à suivre les US dans leurs bourbiers est absurde.
Rédigé par : Liberal | jeudi 03 avril 2008 à 18:37
Hugues, pardon de l'avouer, mais en ce moment je me réveille le matin en écoutant RTL. Est-ce que tu aurais l'obligeance (toi ou un de tes lecteurs obligeants) d'expliquer la dernière vérité définitive d'Adler ? C'est parfois drôle et ça me permettrait de me sentir intégré aux gens cultivés. D'avance,
Rédigé par : François X | jeudi 03 avril 2008 à 18:50
@liberal. Je ne dis pas ça, je dis juste que plus les différents pays européens sont imbriqués dans l'OTAN, moins cela pousse à l'adoption d'une réelle politique de défense européenne. Cela fait donc forcément chuter la crédibilité de l'UE, car elle n'est pas une union de politique étrangère mais un patchwork de pays jamais d'accord les uns avec les autres.
J'estime donc que faire cela 3 mois avant la présidence française de l'UE, c'est juste manquer cruellement de vision, et encore plus (si c'est possible)troubler nos positions au sein de l'UE.
Rédigé par : Moktarama | jeudi 03 avril 2008 à 19:10
Poil de lama,
Oh, here we go again, comme dit l’autre. Mais on ne parle pas du traité, bon sang de bonsoir… Quoi, que dis-tu ?Sarkozy aurait proposé de soumettre le retour de la France dans le commandement intégré à référendum ? Oh pétard... Et pourquoi pas une tiote dissolution alors ?
Moktarama,
Ces objectifs sont parfaitement associables, au contraire. Et même, les obligations européennes qui pourraient résulter de la construction d’un vrai pilier européen de l’Otan devraient stimuler la modernisation des moyens et de l’organisation de la défense de l'Union. Incidemment, mais ça n’est pas le problème, je ne crois pas à l’intérêt américain pour une Europe morcelée et impuissante sur le plan militaire. Ca a certainement été le cas, ça ne l’est plus. Chevenement et Dupont-Aignan sont des ringards, on vous dit...
All,
Absolument.
Liberal,
Précisément.
François X,
Faute avouée est à moitié pardonnée mais quelle idée d’écouter RTL ? Franchement...
Cela dit, je ne faisais pas référence à une chronique spécifique d’Adler, mais à son discours général (sic) sur l’Otan.
Rédigé par : Hugues | vendredi 04 avril 2008 à 09:05
traiter l'autre de ringard...
quel argument faiblard!
Rédigé par : faceB | samedi 05 avril 2008 à 00:14
ceux qui étaient dans le commandement intégré ne sont pas tous allés en irak,
mais n'ont pas non plus pu influencer la décision US
ça sert à quoi d'y revenir?
d'ailleurs à quoi sert l'OTAN?
je n'ai pas la réponse....
Rédigé par : faceB | dimanche 06 avril 2008 à 15:12