Euh…
J'ai généralement un avis sur tout. C'est même ma marque de fabrique. Le dernier livre de Guillemette Faure me plonge pourtant dans la perplexité.
Ce qu'il y a d’agaçant, avec le bouquin de Guillemette Faure sur les nanas qui cherchent à faire un bébé en solo, c'est qu'il finit par répondre à toutes les remarques que le lecteur se fait à lui-même à la lecture d’un chapitre dès le suivant : c’est son côté exhaustif. Ce qu’il y a de déconcertant, avec le bouquin de cette journaliste de Rue89 spécialisée dans la politique américaine et les sujets rigolos (comment ça, c’est la même chose ?), c’est qu’on le referme sans vraiment savoir ce qu’on pense de la question qu'il pose en titre : c’est son côté « démerdez-vous ! ».
J’avoue ne jamais m’être intéressé à ces histoires d’inséminations artificielles, de banques du sperme ou de fécondations in vitro au-delà de leur dimension technique. Tout amateur de science-fiction qui se respecte se tient forcément au courant de la vitesse à laquelle nous nous rapprochons du Meilleur des mondes. D’un autre côté, tout fils de sage-femme spécialisée dans le suivi des grossesses pathologiques se doit également de participer, de temps à autre, à d’édifiantes conversations sur la durée de conservation des paillettes et la fréquence des naissances multiples chez les adeptes de la procréation assistée.
D'ailleurs, pour la technique, avec Guillemette, on est servi. On apprend tout des procédures permettant à une célibataire occidentale du début du troisième millénaire d’avoir un bébé sans homme : c’est compliqué, coûteux et en plus ça ne marche pas à tous les coups. On apprend aussi à quel point la France est en décalage avec de nombreux pays en ce qui concerne l’accès aux soins par les femmes seules, nos comités d’éthique traditionnels, ceux qui postulent que le cannabis et l’euthanasie sont les premières étapes vers l’apocalypse, ne s’occupant que des couples comme-il-faut.
Mais pour l’interrogation existentielle, on n’est pas déçu non plus. Parce qu’elle a choisi de vous raconter son propre parcours de mère potentielle tout au long d’une vraie enquête pleine de statistiques et de témoignages de médecins amateurs de sculpture figurative, on en vient à se demander comment on se serait comporté si les hasards de sa propre existence n’avaient pas rendu la paternité si facile. Et l’on ressent bien à quel point ce qui apparaît comme une évidence (on fait le zouave quelques années, on rencontre quelqu’un « pour de bon », on fait des gosses, on se plaint des emmerdes qu’ils occasionnent), n’en est pas une pour tout le monde.
Le livre de Guillemette Faure ― même très marrant, même très documenté ― est pourtant comme la fameuse plus belle fille du monde, vous savez, celle qui ne peut donner que ce qu’elle a. Il ne vous permet pas de décider si, oui ou non, il sera confortable pour un gosse d’être le rejeton du donneur n° 315, tout comme une tripotée d’autres gamins de par le monde compte tenu de la popularité de cet athlétique étudiant en maths aux yeux bleus. Il ne vous dit pas non plus s’il est raisonnable de se gaver d’engrais hormonaux pour stimuler une fertilité défaillante. Il ne vous dit pas, enfin, s’il est légitime, ou moral, ou même « normal » de chercher à avoir un bébé coûte que coûte quand on est une femme seule et qu’on a laissé tourner son horloge biologique trop longtemps. Il raconte juste que, dans la vie, il y a des questions compliquées auxquelles personne ne saurait apporter de réponse définitive. Mais clairement, poser les bonnes questions, comme on dit dans la Haggadah de Pessah, c’est déjà pas si mal.
© Commentaires & vaticinations
A ne pas laisser faire le hasard, modèle* essentiel de la théorie de l'évolution, les rejetons mâles et femelles du donneur 315 risquent de se reproduire entre-eux, pour peu qu'ils n'aient pas le goût de voyager.
*pour ne pas dire paradigme
Rédigé par: all | lundi 28 avril 2008 at 13:38
All,
Le livre parle de ce problème et de la manière dont il est parfois abordé aux Etats-Unis : des sites Internet dédiés recensent la descendance des donneurs les plus populaires.
En France, les CECOS ont tout de même un problème de manque de volontaires et ont régulièrement recours aux mêmes donneurs prolifiques du quartier où ils sont situés (aux Etats-Unis, mais aussi en Belgique et d'en d'autres pays, ils sont rémunérés ce qui rend la mission plus enthousiasmante pour un étudiant brillant mais pauvre). Mais il s'échangent les lots et les dons marseillais peuvent être expédiés à Lyon et vice versa.
Rédigé par: Hugues | lundi 28 avril 2008 at 13:49
Tout à fait juste, votre remarque sur l'évidence du parcours classique qui est de plus en plus faux.
Il y a de moins en moins d'enfant à adopter, les techniques de PMA progressent mais sont freinées par le blocage d'ordre ethique, l'insecurité gagne tous les terrains..
L'avenir est'il au découplage reproduction/sexualité ?
Un peu comme dans Houelbecq ?
Rédigé par: sangaku | lundi 28 avril 2008 at 16:24
En gros, le commentaire que vous faites, c'est que quand Guillemette ne sais pas, elle dis pas.
Pour moi, c'est un des plus beaux compliments que l'on peut faire à un journaliste.
Rédigé par: Pilou | lundi 28 avril 2008 at 17:29