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mardi 22 avril 2008

Camaraderies

Aujourd'hui, bloc-notes à caractère socialiste : héritage mitterrandien, économie de marché et travailleurs sans papiers.

Flamands_roses J'étais trop jeune pour voter en 81, mais assez âgé pour faire la fiesta le soir du 10 mai. François Mitterrand président, pour un ado progressiste de l'époque, c'était un peu comme Nicolas Sarkozy à l'Elysée pour un vieux schnock de maintenant : ça donnait l’impression de rendre tout possible. Je suis donc devenu membre du PS et mitterrandolâtre, jusqu'à ce que je réalise à quel point il y avait erreur sur la marchandise.

Pour les gens comme moi, au final, et même si je dis « pour les gens comme moi » sans savoir s’il y a des gens vraiment comme moi, Mitterrand a quelque chose de Sartre : un type qui s’est régulièrement gouré. A la décharge de Sartre, il était parfois sincère. Au passif de Mitterrand, il ne croyait sans doute à rien de précis.

Il s’est gouré en rejoignant Vichy quand d’autres partaient pour Londres ; il s’est gouré sur l’indépendance de l’Algérie à l’heure de Frantz Fanon ; il s’est gouré en cherchant à construire le socialisme dans un seul pays jusqu’au fameux « tournant de la rigueur » ; il s’est gouré en berlusconisant la télé pour la libérer ; il s’est gouré en croyant qu’il était possible de mettre tout Paris sous écoutes sans que ça ne fasse de vague ; il s’est gouré en affirmant qu’il était de bonne guerre de stimuler la croissance du FN pour embarrasser la droite ; il s’est gouré en pensant qu’il était raisonnable de régler la question Greenpeace à coups d’explosifs sous-marins ; il s’est gouré en s'imaginant qu’il allait empêcher la réunification allemande ; il s’est gouré en s’imaginant qu’il allait empêcher l’éclatement de la Yougoslavie…

Le pire pourtant, c’est lorsqu’il ne s’est pas gouré. Je veux dire, lorsqu’il a fait des choix informés qu’il n’aurait pas lui-même qualifiés d’erreurs rétrospectivement. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, il les a revendiquées jusqu’à la fin. Comme Pierre Péan, comme Serge Moati, on peut sans doute attribuer son intérêt pour le Maréchal & consorts à une erreur de jeunesse, à une étape dans le parcours complexe d’un fils de bourgeois s’apprêtant à jeter son héritage ultra-droitier aux orties. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, aujourd’hui, c’est pourtant tout ce qui reste vraiment du bonhomme.

*

J’en ai rêvé, Alain Bergounioux l’a fait. Le secrétaire national aux Etudes du PS vient de confirmer, dans la nouvelle « déclaration de principes » du parti, que les socialistes français étaient notamment : attachés à « comprendre le réel » ; « partisans d'une économie sociale et écologique de marché » ; supporters d'un « secteur privé dynamique » ; conscients de l’importance de la « sécurité des personnes, sans laquelle il n'y a pas de liberté réelle » ; favorables au « choix historique de l'Union européenne » ; clairement « réformistes »…

Enfin, tout ça n’est pas encore complètement, comment dire, gravé dans le marbre, puisqu’il faut attendre la Convention nationale de la mi-juin pour transformer l’essai. Mélenchon émettant quelques réserves, ne crions pas « Bad-Godesberg » trop vite…

*

Un dossier sur lequel mes camarades feraient bien de se pencher maintenant qu’ils croient en l’économie de marché et ne gourent plus avec Mitterrand, c’est celui de ces sans-papiers que même le patronat le plus réactionnaire soutient. A mille lieues des délires culpabilisants de RESF (« Si la planète entière n’est pas la bienvenue en France, c’est Vichy all over again... »), la régularisation de types qui acceptent les boulots dont nous ne voulons pas et alimentent nos organismes sociaux à fonds perdus (ils cotisent mais n’ont droit à rien) est une évidence.

Que leurs situations soient étudiées au cas par cas, pourquoi pas…Mais qu’elles le soient rapidement et, surtout, que les procédures mises en place pour les 500 salariés ayant eu le courage de rendre leur combat public servent également aux dizaines de milliers de travailleurs clandestins restés plus discrets.

A la limite, cette histoire pourrait bien servir de dynamique à un débat plus rationnel sur les questions d’immigration ― débat dont seraient poliment exclus les « gentils » et les « méchants » qui le parasitent traditionnellement. La France est un grand pays riche, peu peuplé et en manque chronique de main d’œuvre ; il existe un tas de pays pauvres, surpeuplés et dont certains habitants rêvent d’un ailleurs plus prospère. On doit pouvoir s’entendre, non ?

Ça ne règle évidemment pas la question du développement des pays d’émigration. Ça ne signifie pas non plus qu’il soit illégitime de refuser un visa ou qu'il faille lutter contre le chômage des avec-papiers. Mais ça résout pas mal de situations individuelles et c’est bon pour la croissance ici ou là-bas. Bref, comme on dit chez nous les socialistes modernes, c'est le réformisme plutôt que la révolution.

© Commentaires & vaticinations

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Commentaires

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C'est bizarre. Je suis presque d'accord avec tout ce que vous écrivez.

Mais peut-être est-ce tout simplement parce que les idées que vous énoncez ne sont ni celles de l'UMP, ni celles du PS.

Le "cas par cas", on connait. C'est celui qui a conduit à régulariser 6000 familles sur 30000 demandes à l'été 2006.

Le chiffre de 6000 avait été donné à la télévision par le ministre de l'intérieur de l'époque, alors même que les dossiers étaient encore en train d'être déposés.

Le retour du cas par cas induira certainement le même scénario : dépôt de demandes en préfecture et évaluation "au cas par cas", c'est à dire non pas selon des critères connus de tous mais selon une logique de quota acceptable...

Ce qui justifie la démocratie représentative n'est pas le fait que les candidats se plient devant les préjugés de l'électorat pendant la campagne électorale, mais le travail qu'ils fournissent entre deux élections pour changer ces préjugés.

Nicolas Sarkozy doit en partie à la peur de l'étranger sa victoire : il lui revient, pour cette raison à supposer qu'il en faille une, de se révéler homme d'état en aidant son électorat à changer d'avis

et ne plus craindre l'étranger.

Alors comme ça, les socialistes sont partisans de l'économie sociale de marché? Ça c'est un scoop, alors, et un revirement en forme de révolution idéologique. Penser qu'il y a seulement six ans il n'y avait pas dans cette immonde dictature socialo-communiste qu'était la France une seule entreprise privée, si modeste fût-elle, et que le moindre camelot essayant de fourguer des pamplemousses dans les couloirs du métro était illico envoyé à Cayenne pour spéculation capitaliste... Ah la la, le monde change à une vitesse, j'ai de la peine à suivre. Encore un peu comme ça et on pourra aller de Paris à Meudon sans demander l'autorisation du commissariat au Plan et sans craindre de voir ses enfants engoulagués. La liberté triomphe enfin, Jaurès n'est pas mort pour rien.

Et en plus les socialistes veulent construire l'Europe? Putain, c'est dingue, encore un peu et on va signer une alliance économique avec l'Italie, la Belgique et peut-être même l'Allemagne... Ah non, pas l'Allemagne, c'est beaucoup trop tôt et il ne faut pas donner dans l'extrémisme irréaliste: le traumatisme de la débâcle de Sedan est encore trop proche dans bien des esprits.

Chers camarades, encore un effort de modernisation et vous réussirez peut-être à réaliser non pas Bad Godesberg, mais bien le congrès de Tours. Et l'étape suivante sera, j'imagine, l'abolition de l'esclavage.

Quant à s'apercevoir que dans "social-démocratie", il y a deux mots dont l'un est "social" et l'autre "démocratie" (c'est-à-dire très exactement les deux concepts auxquels les camarades s'intéressent le moins)... ce sera sans doute pour la prochaine révolution idéologique. En 2185.

Camarades socialistes, bienvenue dans la modernité. Et félicitations pour avoir décidé d'abandonner la messe en latin.

Passant,
Compte tenu de nos fritages précédents, je suis content de voir que tu n’es que « presque d’accord » avec ce que je raconte.


Yr,
On pourrait aussi faire du cas par cas avec des critères connus de tous. Ca nous changerait de l’arbitraire habituel. Et de toute manière, on voit mal comment faire autrement si l’on décide de régulariser tous les sans-papiers qui travaillent, c’est déjà un critère.


Fer,
Et ça, c’est vraiment ce que l’on appelle du wishful thinking. Si Sarkozy était capable de se transcender, il l’aurait déjà fait.


Poil de lama,
Oui, juste au moment où les cathos la redécouvrent, la messe en latin. Tu vas voir qu’en 2185, comme tu dis, c’est la dictature du prolétariat qu’ils vont redécouvrir…

bonsoir,

malheureusement le "cas par cas" c'est l'arbitraire...

Il faudrait donner des critères précis de régularisation dans le cadre desquels tout dossier "qualifiable" en vaudra un autre...

et surtout éviter que ce type d'arbitrage relève des prefets, les mêmes qui portent les fameux quotas d'expulsions... situation délicate, vous en conviendrez...

désolée pour cette redite. j'ai lu les commentaires (et les réponses) apres avoir rédigé le mien.

-la déclaration de principes du PS: RAS, no comment, pas trés "précis et concis"...mais cela démontre que le PS veut remettre l'édifice d'aplomb, en commençant par les fondements...
-la régularisation des sans papiers: le problème du cas par cas, c'est moins de trouver des critères pour régulariser, que des cas de non régularisation indiscutables: tous seront contestables, contestés, et donc la régularisation sera "presque massive", à quelques cas symboliques près... c'est d'ailleurs bien cette question: qui doit êre reconduit qui n'est jamais posée par les "régularisateurs massifs" qui, pour beaucoup, pensent: "personne" mais n'osent l'assummer:
le travailleur doit rester, sa famille l'entourer, ses enfants étudier, et même le délinquant purger sa peine mais pas en sus au pays rentrer...

Je crois que ce qui nous oppose est que, n'ayant hélas plus la chance votre de pouvoir attendre que les "réformes" que le bon sens semble imposer au vu des écrits de, par exemple, Mitterrand et Chevènement des années 1960, je ne crois pas en la sincérité de la volonté à réformer des hommes politiques quels qu'ils soient : si les problèmes et leurs solutions sont connus de si longue date, c'est sciemment qu'on se contorsionne pour éviter de devoir les appliquer.

Vous semblez considérer que certaines mesures allant selon vous dans la bonne direction sont des progrès là où je considère qu'elles ne sont que des diversions, des pis-allers, des tentatives que leurs auteurs veillent à avorter dès que l'opinion publique porte son attention ailleurs.

Vous êtes bien entendu libre de refuser de me qualifier de progressiste sous prétexte que je ne crois plus qu'en la rupture pour réaliser le progrès. Mais je ne suis tout simplement plus assez jeune pour être raisonnable.

Sur mon trajet vers le métro, il y a un chantier avec des sans-papiers en grève. Ce matin, je suis allé leur donner un peu de fric pour qu'ils puissent tenir et obtenir satisfaction. J'encourage vivement les lecteurs de ce blog à ne pas juste soutenir moralement les sans-papiers. C'est quand même invraisemblable que ce pays adopte la même attitude envers tous les immigrés, qu'ils travaillent et paient des impôts ou qu'ils grugent les allocs et se défoncent au crack.

Sartre m'a toujours un peu fasciné, mais je pense qu'en fait il était *toujours* sincère... Hélas !
Pour ce qui est des contractuels sans papiers, je ne vois pas comment on pourrait régler le problème autrement qu'au cas par cas, même en adoptant des critères larges. Mais c'est vrai qu'ils ont besoin de notre soutien.

Ah, j'oubliais : c'est pas les bureaucrates de Trublion Ier qui doivent définir quels sont les travaux et métiers accessibles aux élus de "l'immigration choisie" ? C'est l'Etat qui recrute, pas les chefs d'entreprise, bien sûr...

c'est drole sur tout ces commentaires personne ne relève la partie mittérandienne, aurait-tu raison, on s'est fait avoir pendant 14 ans ?

"La France est un grand pays riche, peu peuplé et en manque chronique de main d’œuvre "

Mais alors, pourquoi il y a-t-il toujours du chômage en France ?

La sincérité n'a jamais été une excuse à la bêtise, bien uniquement la justification du système éducatif, aussi nommé Parti Socialiste Français, actuellement en cours de réforme sous l'impulsion de Xavier Darcos.

"La France est un grand pays riche, peu peuplé et en manque chronique de main d’œuvre " ??
j'ai regardé les chiffres cités dans le post: la France est, avec 100h/km², pile dans la moyenne européenne des 25 , ce qui, du fait de son territoire assez montagneux ne permet pas de conclure à d'immenses territoires vierges ouverts à toute population du monde qui voudra bien y poser ses pieds....

faceB: Je suppose qu'une certaine vision de la France consiste à plutôt vouloir la comparer au Luxembourg qu'à l'Espagne

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