La bêtise au front de taureau
La littérature israélienne a toute sa place au Salon du Livre. Dans le cas contraire, brûlons-là.
Proposer le boycott d'Israël fait généralement recette. Titulaire du Nobel du pays le plus détesté au monde depuis la réinvention de l'Afrique du Sud en éden multiethnique, ce mouchoir de poche de 20 000 km2 serait responsable, directement ou par ricochet, de tous les maux de la planète. La doctrine de ses fondateurs, une poignée de socialistes souhaitant mettre un terme aux persécutions subies par les juifs d’Europe de l’Est et traumatisés par l'affaire Dreyfus, est même devenue, dans la vulgate bien-pensante, l'équivalent d’un nazisme ou d’un fascisme.
Clairement, si un pays est boycottable, c'est bien celui-là. Economiquement négligeable, à l’inverse d’une Chine, d’une Russie ou d’un Soudan, il permet de se sentir généreux à moindre frais. N’opprime-t-elle pas les Palestiniens, véritables victimes génériques, cette excroissance occidentale en terre d’Islam ? Et la critique systématique de sa politique ne dispense-t-elle pas d’assurer Tibétains, Tchétchènes ou Darfouris de sa commisération ? Non : parce qu’Israël est marketé comme le méchant ultime ― colonialiste, spoliateur, ségrégateur, violent, hypocrite, militariste, nationaliste, bigot ― plus besoin de chercher à comprendre quoi que ce soit à cet Orient si compliqué. Plus besoin, de surcroît, d’apprendre les bases d’une énième grande cause exotique. Israël, en fait, est pratique.
Mais la critique d’Israël, du moins lorsqu’elle émane de milieux progressistes, se concentre normalement sur la « dimension politique ». Elle ne s’en prend pas aux juifs, mais aux sionistes ; elle n'exige pas vraiment la disparition du pays, mais plutôt sa métamorphose en un merveilleux paradis multiconfessionnel où juifs et musulmans rompraient harmonieusement le pain à la manière iranienne, irakienne, syrienne ou libyenne ― contrées démocratiquement exemplaires et cosmogoniquement tolérantes, comme chacun sait.
Proposer le boycott de la culture israélienne ― des Israéliens eux-mêmes, en fin de compte ― est tout de même une sacrée montée en gamme, comme nous l’apprend le débat sur le Salon du Livre et les protestations émises ici et là à l’idée de promouvoir la lecture d’Amos Oz, de David Grossman ou d’Aharon Appelfeld dans l’Hexagone... Il y a quelques mois, un syndicat d’universitaires britanniques lançait d’ailleurs (sans succès) l’idée d’un boycott de leurs homologues israéliens, postulant sans doute qu’inviter un mathématicien de l’Institut Weizmann ou un historien de l’université de Tel-Aviv confinait à la collaboration avec les nazis. Aujourd’hui, c’est au tour des écrivains d’être désignés comme responsables du conflit avec les Palestiniens, l’usager de l’hébreu en littérature étant manifestement suspect de se nourrir de cadavres de petits gazaouis.
Que ce soit dans les facs et dans les librairies israéliennes que l’on trouve le plus grand nombre de partisans du dialogue et de la paix, ne semble pas traverser l’esprit de nos intransigeants militants. Que la littérature d’expression arabe soit plus vibrante à Jérusalem qu’à Damas ne les fait pas vaciller dans leurs certitudes non plus. Hum, alors que des voix s’élèvent pour exiger la présence du Hamas à la table des négociations, inviter un poète israélien à Paris serait devenu indécent ?
Tahar Ben Jelloun, dénonçant les menaces planant sur le prochain Salon du Livre de Turin pour des raisons identiques, écrivait la chose suivante : « Si je comprends bien la logique de ceux qui lancent une campagne de boycott (...), il faudra que je jette ces deux livres [Oz et Gutfreund] et peut-être même les brûler. Pourquoi ? Parce qu’ils sont écrits par des Israéliens ». Il a raison : que ceux qui estiment que la littérature israélienne, ou n’importe quelle littérature, en fait, peut être interdite de Salon du Livre m’expliquent ce qu’ils se proposent d’en faire.
© Commentaires & vaticinations
PS : Le titre de cette note est extrait du poème de Baudelaire « L’examen de minuit » (in Les Fleurs du mal). Je trouvais qu’il convenait.
+1000
Même si Israël était une dictature sanglante, ça ne justifierait pas de boycotter sa culture.
Cette stigmatisation d'Israël est du même niveau intellectuel et moral que l'axe du mal de Bush.
Rédigé par: Liberal | mardi 11 mars 2008 at 19:47
Le meme problème s'est posé en Italie où le Salon du Livre a lieu actuellement à Turin, et où Israel est invité d'honneur également pour les memes raisons qu'en France.
Cependant, des quotidiens comme "Il manifesto" et "Liberazione", généralement pas tendres envers Israel, ont condamné l'appel au boycott.
La France a peut-etre l'extrème-gauche la plus bete d'Europe...
A part ça, parait-il, la production éditoriale de l'ensemble du monde musulman ne dépasse pas celle de la seule Grèce.
A force de boycotts ici et là, pour ne pas offenser la culture islamique, en rognant sur la liberté d'expression dans le sens politically correct en vogue actuellement, l'Europe parviendra peut-etre à ne pas dépasser la production littéraire musulmane. Ainsi les islamogauchistes et autres fans de frère Tariq n'auront plus de motifs de boycotter les salons des livres occidentaux.
Rédigé par: Lory | mardi 11 mars 2008 at 22:02
(Note: y a-t-il une modération à priori sur ce billet? La chose est parfaitement compréhensible, mais comme je ne sais pas si mon message est passé ou a été perdu, je prend le risque du doublon)
Je me pose une question: il Y avait Avigor Liebermann dans les auteurs invités? Un des écrivains a été filmé en train de raconter des blagues racistes à un éditeurs de pamphlets d'extrême droite?
En fait, même si je me doute que tel n'est pas le cas, je n'en sais rien... Parce que les boycotteurs ne se sont même pas posés la question: Il ont vu Israel écrit et ils ont hurlé.
Par exemple, je pourrai admettre qu'un salon du livre dédié aux USA soit boycotté si Ann Coulter en avait été l'invitée d'honneur.
La, je ne sait même pas si une coulter locale est invitée au salon du livre: ce qui est détestable plus que tout dans cet appel au boycotte, c'est que ses auteurs se contrefichent du contenu des livres: c'est le passeport des écrivains qui sont mis en cause.
Alors pour le coup, oui, on peut se permettre de faire toutes les comparaisons possibles avec les pires autodafés de l'histoire, et sans risquer de franchir le moindre godwin
Rédigé par: Laurent Weppe | mardi 11 mars 2008 at 23:16
je suis contre le boycott d'un salon du livre, avec israel comme invité, comme je le serais avec l'iran en vedette.
sommes nous tous d'accord sur cette position de principe?
Rédigé par: faceB | mardi 11 mars 2008 at 23:42
Hugues, à lui seul votre billet ne mériterait aucun commentaire, tant vous y atteignez des sommets de bêtise et/ou de mauvaise foi. Mais les commentateurs qui vous emboîtent le pas avec un ensemble touchant m'obligent à dire deux mots.
Vous omettez soigneusement un détail, Hugues : ce salon du livre choisit Israël comme invité d'honneur explicitement pour fêter les soixante ans de la création de ce pays. Non pas les soixante ans de la littérature juive ou yiddish ou hébreu, mais bien les soixante ans d'Israël.
Difficile donc de soutenir que l'enjeu est purement intellectuel et pas du tout (mais alors pas du touououout…) politique. Difficile de ne pas y voir un symbole.
Dès lors, les appels au boycott sont parfaitement justifiés. Plusieurs auteurs arabes (notamment libanais) ont affirmé leur soutien à leurs amis et confrères écrivains israéliens, tout en décidant de boycotter cet événement politico-médiatique.
D'autres ont choisi d'y aller quand même, il n'y a pas d'unanimisme.
Pour ma part, je n'ai pas d'opinion très tranchée là-dessus. Les deux options me semblent compréhensibles et défendables. Le choix le plus constructif est peut-être celui (retenu par un certain nombre d'intellectuels de tous bords) de se rendre au Salon, mais pour y tenir débats et conférences. C'est une façon de maintenir le dialogue ouvert, sans pour autant détourner confortablement la tête des massacres pour lire de la poésie tranquillement.
@Laurent Weppe :
"pour le coup, oui, on peut se permettre de faire toutes les comparaisons possibles avec les pires autodafés de l'histoire, et sans risquer de franchir le moindre godwin".
Aïe, je crains qu'au contraire, vous vous vautriez avec délice au-delà du point Godwin. Je vous ai lu plus lucide. Relisez la définition du mot "autodafé", révisez "les pires de l'histoire", et revenez nous dire si cela a quoi que ce soit à voir, de près ou de loin, avec le boycott du Salon du Livre.
Rédigé par: Antoine Block | mercredi 12 mars 2008 at 02:40
Placer une surcouche politique à un évènement littéraire est une bourde tragique. Sur un autre registre je me souviens du boycott du Salon du livre à Toulon, car la mairie organisatrice était Front National. Or au salon pas de Faurisson, mais les éditions Fleurus qui publient les aventures des dangereux néo-nazis Sylvain et Sylvette.
Une fois le FN parti le salon resta, et j'y ai revu Sylvain et Sylvette, roses et bien portants.
À Antoine Block : que l'on fête les 60 ans d'Israël à l'occasion du salon — ce que j'apprends — qu'est-ce ça peut bien faire (de mal) ? On tombe dans le raisonnement circulaire, pas d'Israël, donc pas d'Israélien (dont certains sont arabes), donc pas de littérature israélienne. Il faudrait donc célébrer de préférence la littérature juive ?
Rédigé par: all | mercredi 12 mars 2008 at 08:31
A propos du poème de Baudelaire que tu cites, il nous rappelle opportunément que Charles est un catholique intransigeant que les progressistes voudraient annexer au mépris des textes.
Mais, au fait, ce billet ne parlait-il pas des amoureux de la culture incapables de lire un livre ?
Rédigé par: François X | mercredi 12 mars 2008 at 09:46
Liberal, faceB,
Israël n’est ni une dictature sanglante, ni l’Iran, mais il ne saurait évidemment être question de bannir la littérature produite par l’un ou l’autre de ces exemples. Ce qui est d’ailleurs terrible, c’est ce type d’association d’idées : pour défendre le droit d’écrivains israéliens à venir présenter leurs livres à Paris, il faut expliquer que même leurs homologues des contrées les plus terribles seraient accueillis
Lory,
Je crois qu’on est au-delà de l’extrême-gauche mais plutôt dans un vrai prêt-à-penser insidieux. Ce matin sur France Culture, une écrivaine dont j’ai oublié le nom était interrogée sur ce boycott. Elle a répondu, et sans doute en toute honnêteté, qu’elle ne pouvait se prononcer, qu’elle avait vaguement entendu parler de cette histoire, mais qu’elle n’avait pas assez d’éléments. En gros, elle laissait entendre qu’il existait peut-être de bonnes raisons de boycotter les écrivains israéliens, qu’ils avaient peut-être fait quelque chose de mal qui puisse justifier le boycott mais qu’elle n’était pas au courant...
Dans le studio, personne n’a relevé et Marc Kravetz s’est même fendu d’un « oui, c’est vrai, à propos du Moyen-Orient, tout le monde est censé avoir une opinion alors que tout ça est bien compliqué ». Je ne savais pas que le Salon du Livre accueillait le Moyen-Orient et la question israélo-palestinienne comme invités d’honneur cette année. Je croyais que c’était les écrivains israéliens. Mais je suis peut-être comme cette bonne femme et je n’ai finalement pas assez d’informations.
Laurent Weppe,
Je ne comprends pas ce que tu veux dire. Avigdor Liebermann est un homme politique d’extrême-droite et lorsqu’un salon du livre hors de France célèbre la littérature française, il n’invite pas Le Pen. Quel est le rapport entre ce type et le sujet ? (Et je ne fais pas de tri des commentaires a priori, ou même a posteriori. Je ne vire que les spams et les propos racistes. Pour le reste...).
Antoine Block,
Je vais te faire une suggestion : boycotte ce blog. Tu l’as souvent exprimé en commentaire (commentaires débutant généralement par le préalable que le texte que tu commentes ne vaut pas d’être commenté), ce que je raconte est tout simplement « bête ».
Mais j’imagine que si tu te sens « obligé » d’intervenir, comme tu le dis, c’est que tu ne souhaites pas des idées aussi pernicieuses que les miennes puissent être répandues sans le contrôle de quelqu’un d’informé. C’est tout à ton honneur et les imbéciles qui pourraient prendre mon blog pour argent comptant te remercient. Le Web serait un fameux bordel sans les policiers bien intentionnés dans ton genre.
Tu constateras néanmoins que moi-même, je ne te boycotte pas car je suis pour la liberté d’expression. Tiens, si j’organisais un Salon du Commentaire, je te ferai passer un carton.
Maintenant, je ne peux que paraphraser ce que dit All un peu plus haut avec beaucoup de justesse. La littérature israélienne n’existe par définition que dans le contexte israélien et les écrivains israéliens étaient assez peu nombreux avant 1948. En outre, le Salon du Livre n’est pas consacré à la littérature « juive ou yiddish », comme tu sembles le proclamer, ni même à la littérature en « hébreu » puisque les écrivains israéliens écrivent fréquemment en russe ou en arabe. Il est consacré à la littérature d’un pays au sens où les gens qui l’écrivent font l’expérience de sa géorgraphie, de son climat, de son histoire, de sa politique, de sa vie quotidienne et même de ses conflits. La question palestinienne est d’ailleurs centrale dans ce qu’écrivent les auteurs israéliens et peut-être qu’un peu de lecture te permettrait d’appréhender le monde autrement qu’avec les gros sabots convenus que tu chausses quand tu passes ici.
Enfin, tu te récrieras sans doute (ou pas), mais le prolongement de ton idée est bien la remise en cause de l’existence d’Israël, ta botte secrète étant d’insister sur la célébration du soixantième anniversaire du pays comme preuve du biais pro-occupation de la Palestine des organisateurs du salon, des écrivains et, pourquoi pas, de ceux qui protestent contre le boycott. Oui, les soixante ans du pays sont une bonne opportunité pour apprécier la littérature à laquelle il a donné naissance et qui n'existerait pas sans lui.
(Ah, je te recommande la lecture de cette tribune parue dans Libération ce matin. Elle est signée d'un écrivain arabe israélien participant au salon et il est impératif que tu interviennes pour lui expliquer à quel point il est bête : http://www.liberation.fr/rebonds/315089.FR.php )
All,
Oui, enfin, Sylvain et Sylvette, c’était tout de même un peu cucu. Et ces histoires d’animaux qui parlent, tout ça... Non, boycottons donc !
François X,
Ah, mais un catholique intransigeant ne peut-il être un progressiste ? Petite histoire qui n’a rien à voir. Je ne lis pas beaucoup de poésie moi-même (je suis trop occupé par les massacres auxquels Antoine Block fait finement référence), mais je m’étais mis à lire Baudelaire assez jeune à cause de Marcel Pagnol, qui fait justement une référence incidente à ce vers de « La bêtise au front de taureau » dans La gloire de mon père. Ca m’est revenu au moment de titrer cette note, plus pour le contexte dans lequel le vers est utilisé chez Pagnol que pour le poème.
Rédigé par: Hugues | mercredi 12 mars 2008 at 10:28
On se demande bien pourquoi la littérature israélienne n'a pas été mise à l'honneur (lors d'un salon ou autres ) il y a 2ans, 3ans ou 5ans ?
Doit-on lui faire honneur à chaque date d'anniversaire de la création d'israel ?
Tout cela sent le politique à fond.
POurquoi pas mettre à l'honneur des films palestiniens.
Pourquoi ne pas parler des expos à l'Institut du monde arabe ?
Cela dit boycotter est évidemment stupide. Mais arrêtons toute cette hypocrisie.
Il paraît qu'hier il y a eu à Paris une manif, place de la République, en hommage aux victimes israeliennes du dernier attentat ds Jérusalem.
Pourquoi ne pas avoir aussi manifester en hommage aux victimes civiles palestiniennes tombées récemment sous les coups de tsahal ds la bande de Gaza.
A croire qu'une victime palestinienne ne vaut pas une victime israélienne.
Y aurait-il d'un côté les bons (israeliens) et de l'autre les méchants palestiniens, ces affreux terroristes islamiques ?
Rédigé par: toto | mercredi 12 mars 2008 at 11:16
Hugues, j'avais été aussi choqué que vous, pour différentes raisons qui tiennent à la fois à Israël et à sa littérature (et aux joies qu'elle m'a déjà apportées).
Maintenant, je viens de tomber, sur le site de rue89, sur une interview du responsable du supplément littéraire de Haaretz, et les choses semblent se compliquer.
Il explique qu'il aurait été parmi les premiers à appeler au boycott, parce que les écrivains choisis auraient été sélectionnés par les autorités israéliennes, en fonction de leur proximité avec le discours officiel, et à des fins de "communication". Il ne s'agirait pas de boycotter tous les écrivains israéliens au salon, mais uniquement ces écrivains "officiels".
Je me méfie évidemment des biais de Haaretz. Le cas échéant, ça ne justifierait sans doute pas quelque chose d'aussi fort qu'un "boycott". Mais si c'était vrai, il me semble quand même qu'il ne s'agirait plus de littérature, mais de politique, et que l'on ne pourrait plus se draper dans la littérature pour critiquer les réactions de nature politique.
Quelqu'un a-t-il des renseignements à ce sujet ?
Rédigé par: Ulpien | mercredi 12 mars 2008 at 11:32
@ toto
Le fait est que les pro-palestiniens n'ont pas attendu ta suggestion pour en faire une, de manif. Elle a meme eu lieu à l'appel des "indigestes de la république", ici:
http://www.indigenes-republique.org/spip.php?article1297
Ils ont meme choisi le "8 mars", le jour dévolu aux femmes et aux problèmes de la condition féminine dans le monde.
C'est dire si la cause des femmes leur importe peu! Mais ils n'ont meme pas du faire le rapprochement, ils ne doivent pas meme le savoir, outre à s'en foutre éperdument. Parce que s'ils l'avaient fait, le rapprochement, ils auraient eu l'intelligence de mettre en avant le problème (réel) des femmes de Gaza plutot que leurs morts masculins.
Brave toto va, va biner tes topinambours.
Rédigé par: Lory | mercredi 12 mars 2008 at 13:28
En passant, une très belle lettre de Victor Hugo à Beaudelaire dont les Fleurs du Mal ont été peu de temps avant boycotées par un taureau quelconque. Pas facile à trouver, mais vaut le détour.
Rédigé par: Charles' | mercredi 12 mars 2008 at 13:42
Pas d'objection sur le fond, Hugues, sauf peut-être en ce qui concerne ta réponse à Lory. A mon avis, répondre qu'on manque d'éléments pour se prononcer est une réponse très sensée, en particulier quand c'est la vérité comme c'était probablement le cas, mais aussi quand on sait qu'on marche sur des oeufs et qu'on a peu de temps à l'antenne pour exprimer une opinion nuancée et diplomatique.
Je pense que ça peut être la bonne réponse y compris quand ce n'est pas vrai du tout qu'on manque d'éléments, mais qu'on se doute juste qu'on risque de déclencher des réactions épidermiques. Par exemple, mon opinion ferme et définitive sur les caricatures du Prophète est que je suis sans aucune nuance pour la liberté d'expression et que je tiens ceux qui ont appelé à la révolte contre ces dessins aussi anodins que débiles pour de sombres tartuffes sanguinaires. Mais si on me demande d'en parler en quinze secondes à la radio sans que je m'y attende, je me contenterai de botter en touche, non pas par crainte de me faire flinguer à la sortie du studio mais par crainte de choquer inutilement par des propos à l'emporte-pièce un musulman pacifique qui écoutait la radio avec la moitié d'une oreille -- comme la plupart des auditeurs de radio.
Il y a des sujets sur lesquels on ne peut strictement pas répondre en deux mots en s'adressant au premier venu, et il faut en être conscient. Assurément, la question israélo-palestinienne est l'un de ces sujets. Dans l'Orient compliqué, j'arrive avec une idée simple: tant qu'on ne connaît pas tous ses interlocuteurs, on dit des banalités et on attend de les connaître pour dire éventuellement ce qu'on pense, à un moment soigneusement choisi et avec des mots très soigneusement choisis.
La diplomatie, c'est ça: toute vérité n'est pas bonne à dire en n'importe quel nombre de mots devant n'importe quel interlocuteur dans n'importe quel contexte, il y a toujours le fameux problème qui consiste à "parler de corde dans la maison d'un pendu". Or, parmi les auditeurs d'une radio, il y a éééénormément de gens qui ont un pendu dans leur famille, surtout sur ce genre de sujets.
Rédigé par: Poil de lama | mercredi 12 mars 2008 at 14:38
Lory
On ne dit pas "indigestes" , on dit "indigènes". Si vous voulez répandre votre haine faites le sur votre blog. A propos duquel d'ailleurs
vu son contenu je préfère en effet aller "biner mes topinambours".
Je n'avais pas entendu parlé de cette manif du 8 mars. Donc au temps pour moi ! cette manif n'a apparemment pas été relayée par les médias.
Pour en revenir au salon, je viens de lire une dépêche AFP dont le contenu me chagrine un peu puisque il y est fait mention des 130 civils palestiniens tués par israel sans qu'il soit fait mention des civils israéliens tués par les tirs palestiniens.
Toujours d'après cette dépêche il y a également des appels au boycott en Italie à la Foire du livre de Turin prévue en mai prochain.
http://fr.news.yahoo.com/afp/20080312/tcu-france-israel-culture-edition-livre-0b4785e_1.html
Rédigé par: toto | mercredi 12 mars 2008 at 14:44
Toto (et Lory, et tout le monde en fait),
Les choses n'auraient pas vraiment été différentes il y a deux ou cinq ans du point de vue des réactions hostiles au choix de son invité par le salon. D’ailleurs, en quoi le fait de se pencher sur la littérature israélienne à l’occasion du soixantième anniversaire du pays est-il scandaleux ? Existe-t-il, en France, une telle « habitude » des célébrations de l’anniversaire d’Israël pour que tu t’en agaces ?
Bon, je sais bien que lorsque j’écris un texte comme celui-ci, je dois m’attendre à tout un tas de rappels de la bienséance. Mais franchement, je ne sais pas quoi faire de ce genre de commentaires qui viennent tout mélanger, exiger que l’on rééquilibre un salon, par une expo, une manif par une autre, patati, patata.
On écrit une note pour donner son avis sur un appel au boycott qui ne se justifie que par le recours à des automatismes de pensée (Israël = question palestinienne = bourreaux...) et c’est précisément l’intervention des automates que l’on suscite. La tienne, Toto, ou celle d’Antoine Block, qui assène ses vérités passe-partout et duplicables en commentaire de n’importe lequel de mes textes mentionnant Israël. Mais aussi celle de Lory, dont je n’apprécie pas beaucoup les présupposés intolérants et xénophobes même si elle s’imagine peut-être que nous partageons la même vision du monde.
C’est fatigant. Un peu frustrant. Et ça conduit à se demander si l’on a vraiment envie d’avoir des commentaires. On écrit pour être lu, c’est sûr. Et échanger directement avec le lecteur est formidable, mais ces commentaires en rase-motte sont épuisants.
Ulipien,
J’ai lu cette interview ( http://www.nonfiction.fr/article-781-polemique_sur_la_presence_disrael_au_salon_du_livre_un_entretien_exclusif_avec_benny_ziffer.htm) , mais elle ne me convainc pas. Comme le dit un lecteur en commentaire sur non-fiction.fr, il s’agit d’un point de vue qui n’engage que son auteur et ne constitue pas « la vérité » de cette affaire.
Ce type, qui conclut d’ailleurs en expliquant qu’il se rendra au salon, considère que les écrivains ont été sélectionnés pas le gouvernement israélien mais mélange la subvention que reçoivent certains écrivains pour payer leur transport et leur hôtel avec l’invitation du Salon. Si tous les artistes français qui voyagent dans les expos et les festivals à l’étranger, si tous les chercheurs français qui fréquentent les colloques internationaux sur fonds publics étaient traités de suppôts de Sarkozy, il n’y aurait plus beaucoup de projection de la vie intellectuelle française à l’étranger...
En l’espèce, 39 auteurs ( http://www.salondulivreparis.com/126/auteurs.htm ), ce qui n’est pas rien pour ce petit pays, ont été invités et leurs frais sont pris en charge par la France et Israël, ce qui est complètement banal dans ce genre d’opération. Sauf à considérer que tous les écrivains du pays devaient être invités, ou que personne ne devait recevoir de défraiement pour venir à Paris, ce qui revient à n’inviter personne dans un pays ou 10 000 exemplaires est un méga best-seller.
En fait, ce journaliste surfe, non pas sur les raisons qui conduisent, disons, Antoine Block ou Tariq Ramadan à boycotter, mais plutôt sur la version israélienne d’un Bartabas en pétard à l’idée qu’on lui refuse une subvention en dépit de son génie.
Charles’,
La lettre est difficile à trouver mais tu ne donnes pas le lien !
Rédigé par: Hugues | mercredi 12 mars 2008 at 14:46
@ Poil de lama
Qui peut se prévaloir de connaître parfaitement l'histoire compliquée du Proche-Orient ?
Peu de gens à mon avis. Et pourtant c'est un sujet pour lequel les passions se déchaînent. Surtout ds la blogosphère d'ailleurs où on trouve de tout (tout et n'importe quoi).
Rédigé par: toto | mercredi 12 mars 2008 at 14:50
@ Hughes
Si vous ne voulez pas de commentaires "pavloviens" (selon vous du moins) alors fermez les commentaires.
Chque opinion est respectable (tant qu'elle n'est pas ouvertement raciste ou xénophobe).
La politisation d'un salon du livre avec la litterature israélienne à l'honneur est inévitable.
Le nier est tout autant stupide que les appels au boycott.
Rédigé par: toto | mercredi 12 mars 2008 at 14:56
(Pour ton billet, je suis 100% d'accord; n'ayant rien à redire, je n'y reviens pas).
Catholique intransigeant et progressiste, c'est possible mais c'est très rare. Simone Weil, par exemple (la philosophe, pas la ministre) avait un esprit qui la rendait capable des deux en même temps, et l'un par l'autre. Mais elle n'était pas née chrétienne ni ne s'était convertie. (Elle eût fait une sainte extrêmement présentable.) Sinon, la figure de Saint Vincent-de-Paul laisse voir les deux faces de façon très nette.
Le Christ lui-même, si je lis convenablement les évangiles, s'est montré charitable mais point du tout révolutionnaire (d'où, pour partie, le rejet qu'il suscita chez une majorité de juifs qui croyaient _et cela ne saurait leur être reproché_ avoir davantage besoin d'un nouveau David pour bouter le Romain hors de Palestine que d'un nouveau Moïse qui leur donnerait une nouvelle loi).
Le rêve (chrétien) d'un monde sans péché n'est pas exactement le même que le rêve (progressiste) d'un monde sans injustice. Intellectuellement, les deux vont très bien ensemble. Concrètement, psychologiquement, beaucoup moins.
D'abord et avant tout parce que le chrétien a souvent déjà fort à faire avec ses propres turpitudes.
Pas le temps de développer mais, pour comprendre ce très beau poème de Baudelaire, il faut lire le mot "savoir" (v.7) comme au Moyen-âge : le savoir, le vrai savoir, c'est ce qu'enseigne la religion (et le savant, c'est le prêtre), pas le savoir sur la "stupide matière" des physiciens. Et la "bêtise à front de taureau", c'est la sienne, la bêtise du butor qui refuse de vivre en croyant. Car on n'a pas assez d'une vie pour renoncer à certaines vanités, et Charles n'eut pas assez de la sienne, qui mourut vautré dans ses drogues, ses putes et ses vers. Alors, pour une âme mystique et pécheresse comme la sienne, l'effort d'être progressiste en sus aurait nécessité un nombre de vies assez considérable accolées au petit nombre d'années qui lui fut octroyé.
Par comparaison, prenons un progressiste intransigeant, Antoine Block par exemple. Pour lui, la bêtise, la méchanceté et l'ignorance sont forcément chez autrui (et les Israëliens feront bien l'affaire). La bêtise à front de taureau ne saurait être la sienne et son confort moral ne saurait être que légitime. Le salopard, c'est l'autre, le bon et le savant, c'est lui. Dans ces conditions, qu'est-il besoin d'un enseignement, qu'est-il besoin d'un renoncement, qu'est-il besoin d'un sacrifice, qu'est-il besoin d'être chrétien ?
Voilà pourquoi, dans les grandes lignes, il me semble que christianisme et progressisme ne vont pas aisément de pair, à défaut d'être incompatibles.
Rédigé par: François X | mercredi 12 mars 2008 at 15:32
l'évidence même que boycotter la littérature et les écrivains israéliens est imbécile.
cependant, la lecture de ce billet me laisse à nouveau un goût amer, comme à chaque fois qu'il est ici question d'Israël. Ta défense, partisane mais quand bien même, te fait, à mon sens, aller trop loin dans les amalgames et l'absence de nuances. car tu lies, c'est facile tu ne nommes personne - tu sous-entends, le boycot des écrivains israéliens par des Etats ou écrivains arabes à la très large condamnation des "milieux progressistes". la mesure reste encore le meilleur moyen de toucher juste, et avec force. l'excès fait perdre en crédit. tant pis.
Rédigé par: David | mercredi 12 mars 2008 at 15:41
Hugues:
Disons qu'il arrive assez souvent que des hommes politiques se piquent de littérature.
Le sens de mon propos était que si un salon littéraire faisait la part belle à un auteur infréquentable, tenant des propos du type „le nettoyage ethnique c'est sexy; nous sommes génétiquements supérieurs à nos voisins“ un boycotte serait éminamment défendable, mais que dans le cas de ce salon, les boycotteurs avaient l'air de se moquer du contenu des ouvrages présentés. D'ailleurs, le commentaire de Ulpien s'il se confirme enfonce encore un peu plus les pro-boycot: si les auteurs sont vraiment les courtisants du très décrédibilisé gouvernement actuel, comment ce fait-il que ceux qui réclament un boycotte ne le dies pas? Soit ils le savent et s'en foutent, soit ils l'ignorent et n'ont pas chercher à savoir (donc s'en foutent également)
Pour la question du commentaire, c'est juste qu'écrivan depuis un cyber café ayant quelques ennuis de connection, je ne voyais pas mon commentaire apparaître. Je me suis alors demandé si le message n'était pas passé ou si tu avait activé la modération à priori: en fin de compte ce n'était ni l'un ni l'autre.
Rédigé par: Laurent Weppe | mercredi 12 mars 2008 at 16:02
@ Hugues
Je ne vois pas ce qui vous permet de qualifier d'intolérant et encore moins de xénophobe quoi que ce soit dans mes posts.
Si j'ai répondu en rase-motte à toto, c'est qu'il ne m'a pas paru susceptible de comprendre un autre langage.
Considérée la "tolérance" dont font en général l'objet les femmes, quand ce n'en sont pas les frais, de quelque provenance que ce soit et à n'importe quel niveau, je suis assez peu réceptive sur les discours qui non seulement prétendent en avoir, mais me reprochent d'en manquer et se proposant de m'en enseigner.
Rédigé par: Lory | mercredi 12 mars 2008 at 16:45
Hughes,
Beau texte, équilibré contrairement à ce que dit David !
Où est la période bénie ou Coluche pouvait dire: "L'oiseau vole et l'Arabe vole !".
Ou Desproges pouvait appeler un sketch "On me dit qu'il y a des juifs dans la salle".
Ce phénomène d'auto-censure découle de la lâcheté emblématique d'une presse sous influence.
Se rendent-ils compte que cela ouvre le chemin au retour à l'obscurantisme ?
Les "toqués" des milieux progressistes Français, sont atteints d’un TOC.
Ils ont perdu de vue le fond de la pensée progressiste au profit de sa forme.
Perdu de vue que le but premier des droits de l’homme est de protéger l’homme, la femme et l’enfant.
Droits de l’hommistes, communautaristes, racistes, totalitaristes (car TOTALEMENT dans les vapes) (lol): ils mélangent tout.
Leur TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif) est de se battre pour des idées (reçues), pour des déclarations (obsolètes), pour des lois (caduques).
Leur TOC est d’oublier tout bon-sens au profit d’une idée, tant pis si femmes et enfants sont les victimes de cette belle et généreuse idée.
Leur TOC est d’oublier Montesquieu et avec lui: qu‘"Une chose n'est pas juste parce qu'elle est la loi, mais au contraire elle doit être la loi parce qu'elle est juste".
Leur TOC est d’oublier Voltaire et avec lui que: "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire."
En un mot comme en cent: "Ils ne pensent pas, ces gens là, Monsieur... ils récitent !"
Rédigé par: Ozenfant | jeudi 13 mars 2008 at 09:26
Longtemps, longtemps, longtemps après que la paix aura été faite entre Israël et l'Etat palestinien, les anti I pro P et les anti P pro I, en France, continueront à se déchirer à belles dents... Cet automne, sur certains blogs, des gens se refusaient à saluer la victoire de l'équipe de rugby d'Afrique du Sud, au motif fort frêchien que les joueurs étaient presque tous blancs... Si Mandela ne s'en était pas mêlé, ils seraient toujours de cet avis.
Rédigé par: melchior griset-labûche | jeudi 13 mars 2008 at 10:34
à Ozenfant, je ne dis pas qu'il ne faut pas prononcer les mots, au contraire, c'est de devoir dire blanc ou noir sans possibilité de nuancer qui m'insupporte.
la réalité dans ce débat, c'est qu'on attaque rarement les idées en elles mais la nature des gens qui les émettent et le refus de l'autre pourrit tout.
hugues écrit : "Aujourd’hui, c’est au tour des écrivains d’être désignés comme responsables du conflit avec les Palestiniens, l’usager de l’hébreu en littérature étant manifestement suspect de se nourrir de cadavres de petits gazaouis", je cite toute la phrase mais c'est "l'usager de l'hébreu en littérature" qui me fait penser au débat du jour dans Libé entre BHL et un écrivain arabe et israélien, arabe ou israélien, arabe israélien, Sayed Kashua. Celui-ci dit : "Avraham B Yehoshua m'a attaqué dans une interview dans Haaretz disant que je ne devrais pas écrire en hébreu mais en arabe" (ce que conteste ensuite BHL). Comme quoi rien n'est simple et le recours, aisé, au catalogage n'est ni bon ni juste. alors j'essaie de comprendre, j'ai envie d'apprendre des uns et des autres, et me désole du refus de la nuance (d'un côté comme de l'autre).
Rédigé par: David | jeudi 13 mars 2008 at 11:54
Autant votre billet sur le chômage m'avait paru insuffisamment informé, autant celui-ci me plait. J'approuve des deux pieds et des deux mains! Un Tariq Ramadan boycotte ? L'information est intéressante, en voilà un qui se révêle autant par ses actes que par ses paroles.
Rédigé par: 4degrésnord | jeudi 13 mars 2008 at 12:41
Télérama tient peu ou prou le même langage cette semaine appelant à boycotter le boycott ... et je m'associe à ta démarche et vais aller au salon dès ce week-end !
Rédigé par: Diane | jeudi 13 mars 2008 at 16:26
Hugues,
Une fois de plus vous caricaturez mes propos. Ai-je jamais dit que la littérature israélienne ne méritait pas d'être mise à l'honneur ? Non, jamais. Au contraire, la culture juive me paraît riches de spécificités dans son rapport au récit, à l'interprétation, au statut du texte, etc. Ce n'est certainement pas moi qui contredirais l'intérêt intellectuel et littéraire des auteurs juifs et, partant, de nombre d'auteurs israéliens. Je crois en particulier que l'hébreu — seul exemple de langue "ressuscitée" — offre un cas littéraire tout-à-fait passionnant.
Non, ce que je dis (et cela ne me semble pas extrêmement difficile à comprendre), c'est que ce Salon du Livre fête autant (sinon plus) l'anniversaire de la création d'Israël, que ses auteurs. C'est donc — que vous le vouliez ou non — une manifestation au moins en partie politique. Ne pas le voir relève, oui, soit de la bêtise, soit de la mauvaise foi. Par conséquent, je ne vois pas au nom de quoi (sinon au nom de l'exceptionnalité d'Israël) des citoyens d'horizons divers n'auraient pas le droit de réagir à cet aspect politique.
En outre, j'ai bien précisé que je n'étais pas pour le boycott, mais seulement que, je cite, "je n'ai pas d'opinion très tranchée là-dessus. Les deux options me semblent compréhensibles et défendables". Il me semble qu'il est difficile de se montrer plus mesuré et plus ouvert au dialogue, non ?
Pourtant, cela ne vous empêche pas de vous autocongratuler pour la tolérance dont vous estimez vous-même faire preuve en… laissant simplement paraître mon commentaire :
"Tu constateras néanmoins que moi-même, je ne te boycotte pas car je suis pour la liberté d’expression".
Là, vous confondez censure et boycott. Le boycott consisterait à ne pas lire mes commentaires; la censure à les effacer. C'est plutôt cette dernière option qui vous tente, non ?
Car, malgré l'extrême mesure de mes propos, dès lors que quelqu'un n'approuve pas béatement et inconditionnellement les moindres faits et gestes de ce qui porte la mention "Israël", cela vous suffit pour l'assimiler avec finesse à Ahmadinejad et consors ! Je suppose que c'est là votre conception, toute personnelle, du dialogue, de la nuance, de l'ouverture et de la tolérance.
Mais, comme je le signalais dans mon premier commentaire, l'option qui a ma préférence, c'est la présence au Salon et l'organisation de débats et tables rondes. Ainsi, l’Union Juive Française pour la paix, en accord avec les éditions de La Fabrique, seront présentes et organiseront des rencontres (avec Amira Hass, Michel Warchawski…), « non pour participer mais pour résister à cette opération de falsification : "honorer" un État qui, sous couvert de démocratie, discrimine ses citoyens non juifs, ignore toute obligation en tant que puissance occupante et pratique la punition collective à l’échelle de tout un peuple ». Ce n'est pas moi qui le dit. Mais sans doute estimerez-vous que l'Union Juive Française pour la Paix est un ramassis de pervers, victimes de la "haine de soi", ce merveilleux concept inventé pour juguler toute opposition juive à la politique d'Israël.
Rédigé par: Antoine Block | vendredi 14 mars 2008 at 13:20
@ Antoine Bloch
>""honorer" un État qui, sous couvert de démocratie, discrimine ses citoyens non juifs"
L'Etat d'Israel n'a pas atteint la perfection , certes !
Mais regardez un peu les Etats arabes qui l'entourent. Sont-ils des démocraties irréprochables et savez vous ce qu'est la dhimmitude ?
Connaissez-vous un état arabe dont le fonctionnement démocratique et l'Etat de droit soit équivalents à celle d'israel.
Rédigé par: toto | vendredi 14 mars 2008 at 13:44
Désolé pour les fôtes , j'ai tapé vite.
Rédigé par: toto | vendredi 14 mars 2008 at 13:45
@Toto :
Je suis d'accord avec vous sur ce point : aucun Etat arabe n'a des institutions démocratiques qui fonctionnent aussi bien qu'Israël. C'est un fait.
Pour autant, je m'interroge sur trois points :
1- Qu'est-ce qu'un "Etat arabe" ?
Est-ce un Etat dont la majorité des habitants sont d'origine ethnique et historique arabe ? Si oui, cela exclut tout le maghreb, du Maroc à l'Egypte. Est-ce un Etat dont la majorité de la population est d'origine ethnique et historique sémite ? Si oui, cela inclut Israël. Est-ce un Etat dont la religion officielle est l'Islam ?
2- Le fonctionnement démocratique d'Israël est particulier : il s'applique pleinement — selon les critères occidentaux — à ses citoyens juifs, mais avec beaucoup de restriction à l'égard des Israéliens non-juifs (carte d'identité différente), et plus du tout à l'égard des Palestiniens, des pays voisins et du Droit international. C'est une démocratie intérieure ou citoyenne, mais le comportement de l'Etat d'Israël n'est pas démocratique en ce qui concerne les affaires étrangères et les questions de sécurité. Il y a réellement, sur cette question, un fonctionnement démocratique à deux vitesses.
3- Je ne vois pas en quoi le fait que d'autres pays (qu'ils soient arabes ou musulmans ou autres) connaissent des régimes moins démocratiques délivre à Israël une autorisation à se livrer à des actes contraires au droit international et aux droits de l'homme. Cela n'a simplement aucun rapport. Ou bien, si l'on accepte ce raisonnement, cela autoriserait la Finlande, la Suède ou les USA (ou que sais-je encore) à bombarder la France, au prétexte qu'elle est moins démocratique qu'eux.
Enfin, dire qu'Israël "n'a pas atteint la perfection", c'est un doux euphémisme… La question est : l'idée que la classe dirigeante de ce pays se fait de la perfection correspond-elle à l'idée que vous vous en faîtes vous-même ?
Rédigé par: Antoine Block | samedi 15 mars 2008 at 01:54