Rechercher


  • tout le Web
    com-vat.com

Collectivisation des moyens de production

Blogroll mal assorti

Sur le Net

Trousse à outils

« février 2008 | Accueil | avril 2008 »

mars 2008

lundi 31 mars 2008

Mai 68 à la maternelle

OK, les soixante-huitards ont dit beaucoup de conneries. Mais heureusement qu'ils étaient là pour les dire.

Pav J'avais tout juste quatre ans en 68. Et entre la maternelle et les legos, inutile de dire que je n'avais guère de temps à consacrer à la révolution. Le souvenir de ma toute première pensée authentiquement réactionnaire vient pourtant d'être ranimé par le barouf nostalgique de ces dernières semaines — pensée à coup sûr largement inspirée par les « événements ».

Flashback : deux ou trois ans se sont écoulés depuis le fameux mois de mai, j'ai donc six ou sept ans et je me promets, dès que possible, de me laisser pousser une moustache pour avoir l’air d’un « adulte » et certainement pas d’un jeune con brûlant des pavés et jetant des voitures... C’est que les petits garçons aiment la justice et que la justice a souvent quelque chose à voir avec l’ordre. Enfin, un certain type d’ordre : celui qui légitime la mise à l’ombre du méchant outlaw par le gentil shérif.

Comme quoi, on peut parfaitement être le rejeton d’une longue lignée de socialistes, de syndicalistes, de militants de ceci et de cela et n’avoir qu’un désir : ressembler à un électeur de l’UDR, l’UMP d’alors, pour mieux prendre ses distances avec la chienlit. Je ne me souviens pourtant pas d’avoir informé, à l’époque, mes parents de ma décision de sauter l’étape de l’adolescence et de passer directement du statut d’écolier à celui de porteur de costume-cravate harmonieusement inséré dans la société bourgeoise. Je pressentais sans doute qu'ils n’accueilleraient pas cette démarche contre-révolutionnaire avec suffisamment de bienveillance.

Bon, le temps a passé, je ne me suis pas laissé pousser la moustache comme prévu, mais plutôt les cheveux. Je ne suis pas non plus allé grossir les rangs du Mouvement des Jeunes Giscardiens, mais j’ai appris à lancer des pavés et des boulons sur les flics pour un oui ou pour non — contre une réforme de l’Education nationale ou une autre, contre la construction d’une centrale nucléaire... Je suis, nolens volens, devenu un pur produit de la génération 68 : j’ai soutenu les droits des homosexuels, des immigrés, des femmes, des enfants, des animaux, de la planète et des fumeurs de cannabis — le kit complet, quoi. J’ai fêté la fin de la peine de mort, l’arrivée de Mitterrand et des radios libres. J’ai été membre du parti socialiste et de SOS Racisme. J’ai lu Actuel et Libération pour être branché, Wilhelm Reich et Guy Debord pour être intelligent. J’ai écouté du rock et de la pop. Bref, j’ai fait un sort au petit garçon amateur de comportements respectables que j'étais et, franchement, je ne m’en porte pas plus mal. A vrai dire, je m’en porte mieux.

C’est sûr, j’ai quand même fini par découvrir la complexité du monde : j’ai appris à mettre du libéralisme dans ma conception de la liberté ; j’ai arrêté de considérer que la fonction publique était le sel de la terre ou que Cesare Battisti et Mumia Abu Jamal étaient nécessairement des good guys. Tiens, je me suis même remis à penser que le jet de pavé à la tête des flics n’était pas le meilleur moyen de faire avancer le schmilblick. Et à l’heure où certains affirment, un peu rapidement, qu’une colère d'étudiants à Paris et une émeute d'ouvriers à Prague en 68 avaient grosso modo la même signification, je me dis qu’il ne faudrait tout de même pas réhabiliter maoïstes et autres marxistes-léninistes trop prestement — enthousiasme commémoratif aidant. Mais je me dis aussi qu’au moment où de faux libéraux prétendent « liquider » le terrible héritage des affreux de la Sorbonne, il serait pertinent d’en imaginer la conséquence logique : une France déshéritée... 

© Commentaires & vaticinations

jeudi 27 mars 2008

Ententes cordiales

Hier, c'était la journée de l'amitié, de la politesse et de la bonne volonté. Témoignages.

Politesse_3 A force de se focaliser sur la capacité de Nicolas Sarkozy à poursuivre ses efforts de déraybanisation, on en oublie d'être attentif à ce qu'il raconte. Hier à Londres, il ne s'est pas roulé sous la table, n'a pas mis la main aux fesses de la reine et n'a pas glissé une petite cuillère en argent dans la poche de son smoking sous l’objectif des caméras de la BBC. D’ailleurs, même le Sun lui en sait gré.

Il n’a rien fait de tout ça, mais il a prononcé un discours avec lequel l’anglophile en moi serait bien en peine d’être en désaccord : la France et la Grande-Bretagne, jumelles dizygotes, sont aussi nécessaires à la promotion l’une de l’autre qu’un Guillaume le Conquérant à un Harold II ou une Jeanne d’Arc à un évêque Cauchon. « Ensemble tout devient possible », a donc rappelé l’hyperprésident aux parlementaires britanniques rassemblés en congrès. « Très juste Auguste ! » a approuvé Gordon Brown dans Le Monde.

A l’heure où Jaguar et Land Rover passent sous pavillon indien, le splendide isolement confinerait effectivement à l’autisme. Come on, Gordon, qu’est-ce qu’on attend pour être euros ?

*

Je ne voudrais pas faire replonger un débat qui s’élève enfin, mais je note que la belle Carla s’est fendue d’une révérence en rencontrant la reine. J’imagine que les p’tits gars du protocole avaient briefé notre nouvelle Jacky sur les us et coutumes des voisins du dessus : « Si Nicolas parvient à se tenir à peu près correctement, autant ne pas faire les choses à moitié ».

Hum, faut voir... D’abord, la révérence (« curtsey ») n’est pas réellement obligatoire. Tout le monde ne la pratique pas et la vieille Elizabeth herself n’y est pas spécialement attachée. Choisir un moment pareil pour être plus royaliste que la reine semble donc assez dérisoire.

Mais c’est sans doute une affaire d’appréciation personnelle. Mon épouse, britannique, a appris à l’école comment s’incliner devant un monarque. Désormais détentrice d’un passeport tricolore, elle s’est suffisamment républicanisée pour refuser l’idée d’une courbette face à la puissance héréditaire. Sa sœur, installée en Espagne juan carliste, en tient elle pour le respect de la tradition.

Tout de même, il ne faudrait pas que la transformation du bambocheur de l’Elysée en véritable homme d'Etat ne l’entraîne trop avant dans l’amour de la chose monarchique. Comme dirait Laurent Joffrin, ça pourrait donner des idées au fiston...

*

Moi, tout sourire, au barman à catogan derrière son comptoir :
Bonjour, une pression s’il vous plait !
Lui, le visage fermé :
Ah ouais ? Ben ça f’ra trois euros cinquante !
Moi, interloqué :
Vous êtes toujours aussi aimable avec les clients ?
Lui, l’air du type qui a appris son métier dans un guide touristique anglo-saxon sur les mauvaises manières des serveurs parisiens :
Non, là, j’suis aimable. Si je l’étais pas, vous vous en rendriez compte.

Bienvenue au Pavillon Baltard, pour la 72eme édition de la République des blogs !

A part ça, Denys, Charles, Emmanuel, Samuel, Gilles, Jules et Marie-Annick avaient l’air d’aller bien.

© Commentaires & vaticinations

mardi 25 mars 2008

Rock'n'roll attitude

« La politique culturelle française est un mystère », estime Patti Smith. Bartabas pourrait-il lui expliquer comment ça marche ?

Patti_smith_3 Je suis fan de Patti Smith. Enfin, disons que j'étais fan de Patti Smith et que la confiscation de tous mes vinyls par une ex, il y aura bientôt vingt ans, a contribué à faire disparaître la meilleure interprète de Gloria (G, L, O, R, I, A !) de mes écrans radars. Hé quoi, loin des yeux (et des oreilles), loin du cœur et je n'ai commencé à me réapproprier son œuvre que tout récemment ― Easter et Horses en tête.

Mais bon, fan un jour, fan toujours, comme le proclament les adorateurs de Claude François qui fleurissent infatigablement la tombe du grand électricien de la chansonnette. D’ailleurs, je ne dois pas être le seul quadra nostalgique à m’être réaccointé avec la grande prêtresse du rock, à qui Libération a confié la « rédaction en chef » de son édition du jour. Clairement, ce ne sont pas les post-ados ayant remplacé la vieille garde de la rue Béranger, d’un plan social à l’autre, qui auraient eu l’idée d’un tel hommage. Non, il devait bien rester, là dans un coin, un type aux cheveux gris suffisamment aware pour lui proposer une pige à l’occasion de son séjour parisien...

Ce qui est étrange, justement, c’est que le croulant, une fois l’invitation lancée, ait rendu le volant à la jeune génération, celle qui ne connaît ni Patti Smith (mais comment lui en vouloir quand la radio ne passe que du Vincent Delerm ou du Mickey 3D), ni le journalisme (là, on peut quand même lui en vouloir un peu). Car un authentique vieux renard se serait-il limité à lui demander de commenter, en autant d'insipides remarques ultra-consensuelles, « l’actualité du jour » ? N’aurait-il pas saisi cette opportunité de la faire parler de ce qu’elle connaît pour de bon ?

De fait, ce Libé est un numéro à peu près standard, parsemé d’encadrés via lesquels Patti Smith rappelle que l’euthanasie n’est pas un crime (page 3), que le racisme, c’est dégueulasse (page 6), que les Chinois déconnent au Tibet (page 10) et que la pauvreté, c’est terrible (page 16). Enfin, un numéro standard jusqu’aux pages du fond grâce auxquelles on découvre, insérée dans un papier sur la méchanceté du ministère de la Culture, cette réflexion de la plus rimbaldienne des rockeuses : « En tant qu’artiste punk-rock américaine, la politique culturelle française est un mystère. Je ne peux accepter d’argent d’un gouvernement... »

Ah, en voilà une formule qui décoiffe et sur laquelle le lecteur aurait aimé pouvoir rebondir. Mais non, cette phrase ne sera ni commentée, ni explicitée, ni mise en perspective, ni analysée. Les points de suspension étant de la rédaction, on peut pourtant présumer qu'elle a été prononcée dans le cadre de conversations avec les journalistes. Mais le lecteur en restera là, à ce concept iconoclaste d’une artiste refusant l’argent d’un gouvernement, quand ses homologues français balancent des chaises en travers de la gueule des fonctionnaires qui refusent de leur en donner davantage...

La politique culturelle de la France n’est pas si mystérieuse. Et la contribution d’un gouvernement à la survie d’un chanteur, d’un peintre ou d’un poète ne transforme pas nécessairement ces derniers en « artistes officiels », soviet-style. N’empêche, la confrontation des points de vue de Patti Smith, de la CGT des intermittents et de Bartabas aurait donné un peu plus de substance à ce numéro spécial. Bah, ça sera pour une prochaine fois, pour les soixante-dix ans de la rockeuse, peut-être...

© Commentaires & vaticinations

vendredi 21 mars 2008

Si tu reviens, j'annule tout !

Jean-Marie Bockel peut se ratatiner dans son sous-ministère, ou reprendre sa place d'aiguillon moderniste du PS. Il a le choix.

Fils_prodigue_2 J'ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de Jean-Marie Bockel, et tout le mal que je pensais de sa décision de mettre son âme en location pour une poignée de lentilles. Tant qu'un doute subsistait sur la capacité de Nicolas Sarkozy, au-delà de sa propension au bling-bling et au pharisaïsme, à réformer dans le bon sens, la démarche restait pourtant défendable. D'autant plus qu’un poste de secrétaire d'Etat à la Francophonie et à la Coopération pouvait se révéler, à moyen terme, bien autre chose qu’un simple strapontin...

Aujourd’hui, le doute n’est plus permis. Nicolas Sarkozy n’est pas l’homme de la situation — soit le réformateur détestable mais efficace dont la France avait naïvement cru se doter. Et la rétrogradation du plus blairiste de nos socialistes au poste de secrétaire d’Etat aux Anciens-Combattants, dans la foulée de la disparition du dernier poilu, est le pire des camouflets françafricains qui se puisse infliger à un homme ayant, figurativement s’entend, abandonné père et mère pour rejoindre cette équipe de bras cassés.

Que Jean-Marie Bockel tire les leçons de l'aventure, fasse amende honorable, démissionne et transforme Gauche moderne en un vrai instrument de réflexion et de diffusion du social-libéralisme est donc le seul horizon possible. Tiens, il pourrait même profiter de la confusion actuelle pour frapper à la porte de Ségolène, s’excuser humblement, et reprendre le cours de sa vie d’avant. Impensable, un tel retour au bercail ? Pas tant que ça : à l’heure où le Modem s’allie indifféremment au PC, au PS où à l’UMP au nom du, hum, pragmatisme municipal, tout semble possible. Ah, et puisque la religion est à la mode ces temps-ci, rappelons que les fils prodigues sont parfois mieux considérés à leur retour qu’à leur départ. Surtout s’ils ramènent un Mulhouse dans leur balluchon.

© Commentaires & vaticinations

jeudi 20 mars 2008

Fichus scooters !

« Deux-roues » est une expression générique qui empêche de distinguer le bon grain (le vélo) de l'ivraie (le scooter). Vivement que le trois-roues motorisé se généralise !

Scooters Le cycliste urbain n'a pas d'amis. Et si le bobo nonchalant, panier d'osier débordant de légumes bios sur le guidon de son hollandais vintage, reste populaire du côté de la Bastille, le pédaleur pressé en route pour le boulot aux heures de pointe est universellement détesté : détesté par les automobilistes, évidemment ; détesté par les piétons, ça va sans dire ; détesté par les motards, vous vous en doutez ; détesté par les autres cyclistes, bobos bataves en tête... Mais surtout, détesté par les pilotes de scooters !

Enfin, j’écris pilote, mais c’est faute de disposer d’un terme susceptible de décrire de manière plus appropriée le cadre moyen ayant troqué la voiture pour un Yamaha T Max parce que c’est « pratique », mais dont le comportement et la philosophie demeurent, pour l’essentiel, ceux d’un automobiliste. Juché sur une machine au look de soucoupe volante, l’extension Bluetooth de son iPhone vissée à l’oreille, il arpente la cité comme il le faisait au volant de sa Golf 16S ou de son Audi TT : en propriétaire convaincu de ses prérogatives. Le seul moment où il se souvient d’être devenu un « deux-roues », c’est lorsqu’il constate à quel point il est désormais facile de remonter les files à vive allure ou de changer de direction sur un coup de tête. Comme une auto, oui, mais en mieux, quoi !

Clairement, le bonheur du scootériste serait complet s’il n’avait pas à s’accommoder de la présence de vélos sur son parcours. Les voitures, à vrai dire, ne lui posent pas tant de problème : elles lui sont familières, il en possède une pour le weekend et les sorties en famille et ne se lasse pas de les snober aux feux rouges. Avec les motos, c’est un peu différent : il les respecte de loin, surtout les gros cubes, et passe sa vie à se demander s’il est lui-même perçu comme un authentique motard par ce propriétaire de 1 000 cm3 au blouson de cuir râpé croisé en faisant le plein au relais Total de la porte de Bagnolet.

Le vélo, en revanche, est une nuisance, un obstacle. Il encombre les pistes cyclables, si commodes pour remonter une rue de Réaumur saturée de 4X4 ; il est lent ; il occupe les racks de stationnement pour deux-roues qui devraient lui être interdits si les Khmers-verts n’avaient pas pris le contrôle de cette foutue mairie socialo-collectiviste, empêchant les Parisiens qui travaillent et paient des impôts de créer de la richesse, merde alors !

Tout est bon, du point de vue du scooter, pour marquer son mépris à l’égard de cet empêcheur de vroomer en rond. Queues de poisson, frôlement périlleux, déboîtages inopinés... D’une manière générale, le cycliste semble être considéré comme une sorte de point fixe placé sur le bitume et qu’il convient de contourner, généralement par la droite, en mettant les gaz au moment où il s’y attend le moins. Le faire tomber n’est pas un but en soi, naturellement : le propriétaire de scooter ayant des chances d’être middle-manager dans une compagnie d’assurance, il ne saurait être le responsable d’une baisse de sa propre prime d’intéressement. Mais lui faire perdre l’équilibre quelques instants peut être amusant à observer dans le rétroviseur !

D’une certaine manière, toutefois, la prolifération des scooters en milieu urbain est une bonne chose pour les cyclistes dans mon genre, que leur expérience du comportement erratique des automobilistes et leur connaissance du bitume parisien amènent à un peu trop de désinvolture. Antilopes sans défense perdues dans la jungle de béton, nous avons besoin de savoir qu’il existe un prédateur sans foi ni loi, chassant par sport plutôt que par nécessité, capable de toutes les sournoiseries pour parvenir à ses fins, absolument inaccessible à la pitié ou à la fraternité, totalement concentré sur les cours de la bourse crachotés par BFM dans leur oreillette.

Et peut-être est-elle là, la justification sociale du scooter, aussi méchant soit-il ―  aussi stupide... Chacun sait qu’à l’intérieur d’un écosystème, le « nuisible » n’existe pas. Et que même le rat, même le scorpion, même le pou, occupent, d’une manière ou d’une autre, une niche écologique dont la disparition serait fatale à l’ensemble du milieu. Hum, dénicher un argument écologique pour défendre l’existence du scooter est sans doute un peu tiré par les cheveux, lorsque l’on sait que ces machines de conception primitive polluent deux fois plus que les autos qu’elles sont censées remplacer... N’empêche, je suis heureux de constater à quelle vitesse les scooters à trois roues sont en train de remplacer leurs cousins à deux roues : nous partageons peut-être le même biotope, mais certainement pas la même espèce.

© Commentaires & vaticinations

Mon vélo et moi : 1 2 3 4 5 6

mercredi 19 mars 2008

Gestion des ressources humaines

Réformer, c'est une belle ambition. Mais encore faut-il savoir choisir ses grognards.

Grognards Le type qui a su pacifier la Nouvelle-Calédonie devrait savoir comment amener les 1 281 communes de la « région capitale » à travailler ensemble (incidemment, l’ensemble du Royaume-Uni n'en compte que 433, de communes). C'est en tout cas ce qu'à dû se dire Nicolas Sarkozy en demandant à Christian Blanc de nous construire un Grand Paris.

L'ancien rocardien, également ancien patron d’Air France, de la RATP, de Merrill Lynch et, désormais, ancien député (je me demande si je cumulerai autant d’anciens ceci et d’anciens cela lorsque j’aurai son âge) a clairement du pain sur la planche. Il est amusant, d’ailleurs, de constater à quel point la France est un bon exemple d’objet « fractal » à la Mandelbrot. Quelle que soit l’échelle à laquelle vous l’observez, elle présente exactement la même allure : une entité au potentiel gigantesque, malheureusement freinée par un empilage de baronnies clientélistes et de structures administratives archaïques.

Un Paris réorganisé au niveau de sa véritable aire urbaine, voilà un défi d’envergure. Mais que Christian Blanc ne se la raconte pas trop : son boss est déjà entré dans l’histoire pour avoir plié devant une poignée de taximen en colère. Les milliers d’élus municipaux, départementaux et régionaux franciliens qui l’attendent au tournant sauront eux aussi se rappeler au bon souvenir de l’Elysée si l’on vient leur chatouiller les moustaches de trop près.

*

L’arrivée de Nadine Morano au secrétariat d’Etat à la Famille, d’un autre côté, est assez surprenante. En quoi cette femme désagréable et sectaire était-elle nécessaire à la déraybanisation de l’hyperprésident ? Mystère et boule de gomme. Un remaniement post-électoral est censé donner un signal, une direction, une inflexion de nature essentiellement marketing. Christian Blanc, Anne-Marie Idrac, on comprend assez bien : ils font sérieux. Même Yves Jégo et Hubert Falco, à la limite. Mais Nadine Morano, franchement...

Allez, parions que ça ne durera pas : avant six mois, elle aura commis une énorme bévue, insulté le pape ou le roi de Prusse et sera renvoyée à Toul.

*

Je n’en suis tout de même pas à regretter David Martinon, mais je trouve dommage que son fiasco municipal puisse provoquer l’arrêt des points presse élyséens à l’américaine. Le futur consul n’était sans doute pas l’incarnation idéale d’une communication dépoussiérée, mais que ce concept disparaisse avec lui me turlupine.

Brocardée comme le décalquage naïf des points presse de C.J. Cregg, plutôt que comme l’importation d’une manière efficace et rapide d’informer les médias de l’action présidentielle, cette aventure n’a pas eu le temps d’être menée à maturation. Il doit bien exister, quelque part en Sarkozye, un type ou une nana dont le charisme et la compétence auraient permis la transformation d’un expérience de laboratoire en authentique institution démocratique. Ou peut-être pas : une Nadine Morano au gouvernement, c'est peut-être que le dernier tiroir de la commode est déjà vide.

© Commentaires & vaticinations

mardi 18 mars 2008

Pour un ministère du suicide ?

S'il s’agit d'un suicide thérapeutique, veuillez remplir les trois volets du formulaire CERFA n°565 6768...

Ecrouelles J'apprécie beaucoup le regard que porte François Brutsch, un ancien député genevois reconverti dans le consulting à Londres, sur nos petites affaires hexagonales. Rien de mieux que cette approche simultanément « cousine » (Genève est tout de même la plus gauloise des cités helvètes) et distanciée (non, un Romand n’est pas une sorte de Français qui parle lentement) pour mesurer la dimension vraiment spécifique, voire folklorique, de nos débats.

Dernière réaction frappante en date, une note concernant cette femme souffrant d’une tumeur mortelle et terriblement douloureuse qui la défigure. Evoquant d’abord Hannelore Kohl, François Brutsch rappelle comment l’épouse de l’ancien chancelier allemand, également atteinte d’une maladie incurable, s’est suicidée dans son coin sans rien demander à personne. Il compare ensuite cette attitude à celle d’une Chantal Sébire remuant ciel et terre pour obtenir « le droit » de mourir de la main d’un médecin de façon, comment dire, « officielle »...

Sans aucun doute, le suicide est une chose plutôt fréquente dans notre pays et nombreux sont les désespérés qui mettent fin à leurs jours sans l’avis d’un comité Théodule élaboré en conseil des ministres. Et, tout aussi manifestement, le débat sur l’euthanasie n’est pas une spécificité française puisque d’autres pays ont été amenés à légiférer sur la question ― dans un sens ou dans l’autre. Ce qui est intrigant dans l’affaire Sébire, et il faut vraiment qu’un étranger le formule pour que je m’en rende moi-même compte, c’est le recours à l’Etat comme validateur ultime de la décision la plus intime qui soit.

Chantal Sébire n’est absolument pas une militante tentant d’obtenir la mise en place de structures de fin de vie à la hollandaise, où les malades en phase terminale peuvent choisir d’en finir avec la souffrance. D’après ce que j’ai lu ici ou là, elle prend tout simplement acte de l’impuissance de la médecine face à sa tumeur et souhaite mourir rapidement, entourée de ses proches et dans la dignité. Elle pourrait donc décider d’emprunter le même chemin qu’Hannelore Kohl, se procurer quelques cachets et partir discrètement, mais choisit au contraire de médiatiser sa situation et d’y impliquer jusqu’à l’Elysée.

Résultat, et même si elle n’obtient évidemment pas gain de cause (l’euthanasie, comme le cannabis ou les licences de taxis, sont des sujets trop explosifs pour être évoqués aussi crûment sous nos latitudes), Chantal Sébire réveille en nous le jacobin paperassier qui n’était même pas assoupi. En nous, et donc en moi, puisque je me suis immédiatement, et comme par réflexe, offusqué de ce que l’Etat était incapable de prendre la mesure du drame en ne promulguant pas, immédiatement, un décret légalisant l’euthanasie.

Que l’on ne s’y trompe pas, je suis aussi sensible qu’un autre à la douleur de cette femme et je peux aisément comprendre qu’elle refuse d’aller comater quinze jours dans un mouroir pour rester en phase avec l’esprit de la constitution de la IVe République. Mais l’avalanche de réactions indignées, d’appels à la clémence du gouvernement, de critiques de l’insensibilité des comités d’éthique et du corps médical finit par me poser problème, tout comme ce déluge de bons sentiments consensuels exigeant de l’administration, des élus, des « responsables », qu’ils fassent « quelque chose ».

De même, je suis tout à fait favorable à ce que la France se dote, à son tour, de structures médicales permettant à des médecins compétents d’aider ceux dont la souffrance est telle qu’ils ont envie d’y mettre un terme ― et plus encore dans le cas de ceux qui, comme Vincent Humbert, sont dans l’impossibilité pratique de se procurer et d’absorber le cocktail létal dont ils ont besoin. Je rejoins pourtant (mais ça m’a pris du temps) totalement François Brutsch dans sa vision faussement étonnée d’une demande d’un « super Sarko tenant la main » de suicidés auquel on injecterait « une solution portant la marque du Service Public », « garantie absolue de qualité ».

Pour avoir formulé que « l’Etat ne peut pas tout », Lionel Jospin s’était retrouvé cloué au pilori. Car l’Etat, justement, peut tout, voulons-nous croire collectivement, paniqués que nous sommes à l’idée d’être mis en face de responsabilités individuelles trop écrasantes ou de phénomènes trop effrayants, de la mondialisation à la mort. Le drame vécu par Chantal Sébire devrait donc, en toute logique, et plus particulièrement dans la foulée d’élections municipales incitant le gouvernement « à mieux prendre en compte les attentes des Français », faire émerger un texte fixant les procédures d'une mort volontaire, tout comme le montant du timbre fiscal à joindre à tel ou tel formulaire de suicide thérapeutique. Absurde ? Pas tant que ça. Une telle démarche serait même un progrès par rapport à celle qui, en d’autres temps, aurait imposé la guérison de la tumeur par le Pouvoir. De l'hyperprésident au président thaumaturge, il n'y a guère qu'une foulée de jogging.

© Commentaires & vaticinations

----------------------------------------------------
PS : Visiblement, mais je ne vais pas faire semblant d'en être surpris, cette affaire est un nouveau terrain d'affrontement méchants/gentils, la remise en question de la démarche de Chantal Sébire étant nécessairement celle d'un sarkozyste sans cœur. Mon point de vue en deux mots : suicide et euthanasie ne sont pas des synonymes. Le premier est une affaire privée, intime. La seconde est bien l'affaire des structures médicales et du législateur.

lundi 17 mars 2008

Itinéraire-bis

Vague rose oblige, l'assassin revient sur le lieu de ses crimes : Larmor-Plage, Lille, Marseille, Paris...

Vague_rose Un anonyme un peu plus au fait que moi des arcanes politiques de ma commune de naissance me le faisait remarquer, l'arithmétique n'est pas le meilleur des outils d'analyse d'une élection municipale à Larmor-Plage (Morbihan). Et pour cause : deux listes de gauche y rassemblaient, au premier tour, 54,1% des suffrages mais c’est la liste de droite qui l’emporte au second tour.

Toujours aussi ignorant du contexte local, je me garderai bien d’accuser qui que ce soit de quoi que ce soit. Vue d’avion, la situation est pourtant assez absurde. Presque aussi absurde que celle qui amène un Philippe Meyer à se maintenir au second tour dans le Ve arrondissement de Paris et à permettre la réélection de Jean Tiberi.

J’apprécie beaucoup Philippe Meyer dans ses incarnations d'homme de radio et d’observateur de la société française ; comme acteur politique, il est loin de m’épater. Car pour le coup, le contexte local, là, on le connaissait...

*

A Marseille, Jean-Claude Gaudin rempile. On quitte l’absurde pour le consternant. Comment s’est-il trouvé suffisamment de Marseillais pour renouveler le bail d’un locataire pareil ? Seule explication raisonnable : les expulsions sont interdites en hiver et les vieilles personnes dont l’appartement est récupéré par son propriétaire doivent forcément être relogées quelque part.

Le pragmatisme avait pourtant bien fonctionné, du côté du Vieux-Port, cette girouette de Jean-Luc Benhamias s’étant montrée infiniment plus responsable que Philippe Meyer. Mais ça n’a pas suffi : une majorité de Marseillais est convaincue qu’une ville dont le potentiel économique, social et culturel est supérieur à celui de Barcelone doit rester en deuxième division pour encore quelques années. Oh, c'est sûr, Jean-NoëlGuérini n’était sans doute pas le Pasqual Maragall dont la ville a besoin, mais faute de grives...

*

Din ch'nord, Aubry l’emporte magistralement. OK, les pêcheurs à la ligne ont été nombreux (55,6%), mais  les électeurs du FN, autrefois prompts à se reporter sur l’UMP en deuxième instance, ont préféré aller faire un tour au bistrot et les sympathisants des Verts et du Modem ont joué le jeu. Donc, victoire éclatante ― victoire dont on aimerait toutefois qu’elle ne donne pas à Titine le sentiment que tout est possible.

A Lille, les gens ont voté PS pour des raisons très locales (madame le maire ne débrouille pas si mal), et sans doute un peu nationales (monsieur le président est en dessous de tout). Ils n’ont absolument pas suggéré à leur première magistrate de se prendre pour un premier secrétaire.

*

On le disait plus haut, sans ce fichu Modem, dont on se demande vraiment à quoi il sert s’il ne permet même pas à son boss d’être élu dans son propre patelin, les choses se seraient encore mieux passées. Mais bon, même dans la capitale, on ne peut pas tout avoir : le beurre, l’argent du beurre et le sourire d’Anne Hidalgo.

Delanoë va donc conserver son fauteuil, mais qu’il ne se sente pas non plus pousser des ailes de géant qui l’empêcheraient de marcher. Maire de Paris, c’est déjà pas mal et le boulot qui reste à accomplir devrait l’occuper à 100%. Je lui conseille d’ailleurs d’aller jeter un coup d’œil, entre deux célébrations d'un presque grand chelem, à l’article que The Economist consacre cette semaine à la comparaison des deux grandes capitales européennes. Comme pour les JO, la Seine est loin de l'emporter sur la Tamise. Au boulot !

© Commentaire & vaticinations

vendredi 14 mars 2008

Cyclothymie de fin semaine

Bloc-notes maniaco-dépressif : du pas très rigolo, du carrément triste, puis du gai.

Streetpiano Hum, pas très efficace, ce boycott du Salon du Livre. J'ai mis une plombe à me glisser dans le grand hall du parc des expositions de la porte de Versailles tellement la foule était dense, hier soir, pour l'inauguration officielle. Il y avait bien quelques manifestants exigeant d’Amos Oz et de David Grossman qu'ils autorisent le retour des réfugiés de 1948 et ferment les colonies cisjordaniennes, mais ils avaient du mal à se faire entendre, entre la pluie battante et la circulation des tramways sur les boulevards des Maréchaux.

Je suis tout de même allé tailler une bavette avec l’un des porteurs de bannière, lequel avait du mal à saisir que l’on puisse être, tout à la fois, solidaire de la cause palestinienne, attaché à l’existence d’Israël et convaincu de l’intérêt du passage d’écrivains et de penseurs israéliens par Paris.

Lire la suite "Cyclothymie de fin semaine" »

jeudi 13 mars 2008

Le défi du jour : pratiquant mais pas croyant

Manger casher ou faire Kippour ? Eviter le bœuf le vendredi ou se confesser ? Faire le ramadan ou  visiter la Mecque ? Pour l'aventurier de la religion intégrale, c'est le menu, rien que le menu, mais tout le menu...

Bible Je découvre avec intérêt (via mon compère François Brutsch), l'histoire de ce journaliste new-yorkais ayant choisi de vivre, un an durant, en suivant les préceptes de la Bible. Tous les préceptes. Et des deux Testaments, par dessus le marché…

Ce type d’expérience n'est pas totalement original. Les exploits de quidams décidant de ne rien acheter de neuf (pour promouvoir la décroissance) ou de chinois (pour soutenir l’industrie locale) pendant quelques mois auraient même tendance à se multiplier outre-Atlantique. J'ai pourtant le sentiment que la démarche d’Arnold Jacobs est un peu plus impliquante que ces gimmicks pour consommateurs responsables. Bon, le gars avait bien quelques arrières pensées assez prosaïques en s'embarquant dans l'aventure : il en a tiré un livre qui est en train de devenir un best-seller et en avait déjà écrit un autre sur sa tentative de lecture des trente-deux volumes de l’Encyclopedia Britannica. Mais la manière dont il place les religieux de tous poils en face de leur inconséquence est assez réjouissante.

Lire la suite "Le défi du jour : pratiquant mais pas croyant" »

Le livre de l'année !

Les commentaires récents

Aviez-vous lu ça ?

OJD

Blog powered by TypePad
Membre depuis 10/2004