Le bobo voltairien cultivait son jardin pour construire le meilleur des mondes. Il suffit à son descendant de s'inscrire à un AMAP. C'est moins fatigant. C'est le progrès.
Les avis divergent sur la définition du « bobo ». Et la chanson de Renaud censée le mettre en fiche ajouterait plutôt à la confusion : rouler en 4x4 et faire du vélo en même temps, c'est peut-être tendance mais ça n'est pas très pratique.
J'ai récemment pris conscience, pour autant, d'être moi-même assez avancé dans le processus de métamorphose d’un urbain standard en bobo de compétition. Voyons voir : j’habite à un jet de pierre de la rue Oberkampf, Champs-Elysées du boboland parisien ; je n’ai plus de voiture ; je travaille dans les médias ; je circule à vélo ; je ne fume plus de cigarettes ; je fais de la course à pied ; j’empêche mes enfants de s’abrutir devant la télé ; je ne me formalise pas de l’importance qu’est en train de prendre le tai-chi dans l’existence de mon épouse, laquelle travaille par ailleurs pour une organisation humanitaire ; je soutiens la réélection de Delanoë à la mairie de Paris ; j’écoute de la musique ethnique à l’occasion ; je trie mes déchets avec circonspection ; je remplace progressivement mes ampoules à filament par des ampoules à basse consommation ; je me suis acheté des sandales pour l’été (je n’ose pas les porter, mais tout de même) et j’aime le centre-Bretagne...
Mais l’énumération de ces états de service suffirait-elle à l’établissement d’une carte de membre, si les bobos se piquaient de former un club ? Pas si sûr. A Bordeaux, Juppé s’est également mis au vélo ; faubourg-Saint-Honoré, Sarkozy fait son jogging ; parc Monceau, même Panafieu s’est lancée dans le tri sélectif. Et si ces trois-là sont des bobos, où-va-t-on ?
Non, le bobo, le vrai, le tatoué, ne saurait se définir de façon aussi générique. Les différentes pratiques évoquées plus haut sont peut-être la marque d’une tendance au boboïsme, mais elles manquent de ce caractère intimement impliquant qui fonde les engagements authentiques. D’où la fierté de mon foyer de ne plus se nourrir que de produits écologiquement et socialement corrects. Attention, pas pour nous, ces machins hâtivement labélisés « bios » ou « équitables » au prétexte qu’ils n’ont pas été saturés de Round-Up et qu’aucun péon n’a été cruellement exploité au cours de leur élaboration ! Les aliments dont je parle doivent, pour me permettre de prétendre au titre de superbobo, avoir été cultivés à moins de 150 kilomètres de mon domicile, être « de saison » et n’avoir subi aucun traitement artificiel. Ils doivent encore, même si ce n’est écrit nulle part, m’être livrés par une bénévole en bonnet péruvien dans un local associatif tapissé d’affiches progressistes.
Une fois par semaine, nous nous rendons donc, mon épouse et moi-même, dans ce petit bâtiment lépreux du onzième arrondissement où, en compagnie d’autres électeurs socialistes non-fumeurs travaillant dans la communication et l'humanitaire, nous remplissons nos paniers de fruits et de légumes encore maculés de terre seine-et-marnaise. C’est qu’à défaut d’être membre du club des bobos, nous sommes officiellement inscrits à une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) et que nous nous sommes engagés à acheter (à plusieurs) l’intégralité de la production d’un petit fermier du Provinois.
Ca revient plus cher que les boutiques bios les plus ridiculement dispendieuses, c’est certain, mais les avantages sont nombreux. D’abord, nos fruits et légumes sont incontestablement meilleurs que les vôtres. Ensuite, nous n’avons plus aucun mal à nous empiffrer quotidiennement des cinq variétés potagères sans lesquelles l’homme moderne risque de se transformer en un Américain du Midwest. Mais surtout, nous avons le sentiment, en sortant notre chéquier de la Bouton & Kerviel Ltd, de transformer une séance de shopping en acte militant. Enfin, disons que mes co-bobos ont ce sentiment, entassant pensivement leurs carottes sous un poster de RESF. En ce qui me concerne, j’ai surtout l’impression d’acheter des fruits et des légumes de bonne qualité, certes, mais un poil surévalués pour de la vente directe. Bah, j’imagine que j’y trouve moi aussi mon compte (philosophique), l’injonction voltairienne de cultiver son jardin étant avantageusement remplacée par cette corvée hebdomadaire. Cela-dit, s'ils se mettaient à prendre les commandes sur Internet et à livrer à domicile, je ne m'en plaindrais guère...
© Commentaires & vaticinations
---------------------------------
Tu as bien tort de te laisser embrigader dans une léproserie épicière.
Je fais livrer — chez mon caviste, oui — de délicieux paniers potagers de la région parisienne à des tarifs tout à fait concurrentiels.
Le vrai bobo, libéral quant au porte-monnaie, sait comparer lesprix au kilo.
Rédigé par : Jules (de diner's room) | mercredi 20 février 2008 à 19:17
Je suis contre l'agriculture paysanne.
Rédigé par : Eviv Bulgroz | mercredi 20 février 2008 à 19:29
Jules,
Le vrai bobo refuse de comparer les prix, activité indigne du sauvetage de notre mère Gaïa auquel il contribue en achetant ses légumes.
Eviv Bulgroz,
Dis plutôt que tu n'aimes pas les légumes. C'est une question d'éducation : ta mère devait abdiquer lorsque tu refusais de manger tes épinards et voilà où nous en sommes ! Cette génération 68, vraiment...
Rédigé par : Hugues | mercredi 20 février 2008 à 21:01
Ah non Jules, un authentique bobo libéral achète ses légumes au marché exclusivement. Non sans en avoir parcouru les allées d'ailleurs, afin de vérifier que la concurrence y est libre et non faussée, conformément à l'injonction constitutionnelle.
Rédigé par : Monsieur Prudhomme | mercredi 20 février 2008 à 21:12
Est-ce que tu songes à tous ces paysans pauvres des PED, qui n'aimeraient rien tant que t'avoir pour client?
Rédigé par : EL | mercredi 20 février 2008 à 21:40
Haha, les bobos, ça y est ! je les tiens ! je m'en doutais, mais j'ai la preuve désormais : vous êtes une sèèèèèèèèèècte !
Rédigé par : François X | mercredi 20 février 2008 à 22:13
Outre à etre bobo, Jules est snob. Il est si sur que ses salades ne viennent pas de ce qu'il reste de maraichers à Bobigny entre le tribunal, la préfecture et la francilienne? Je me fierais pas plus à ses "paniers potagers" qu'à leur prix, moi.
Rédigé par : Lory | mercredi 20 février 2008 à 23:02
Je suis allé voir une AMAP au Beausset (83) — ma douce me tance pour cela — ce qui m'a laissé perplexe. Je vois bien l'avantage pour le producteur qui devient un salarié bobo-kolkhozien, mais pour le consommateur... il manque l'information essentielle, à savoir le prix du kg de produit acheté, n'est-ce pas ?
Rédigé par : all | jeudi 21 février 2008 à 09:55
All,
Tout à fait d'accord. Mais la connaissance des prix au kilo permettrait une concurrence libre et non-faussée entre les différents AMAP et ça, mes co-bobos, ils détestent.
Rédigé par : Hugues | jeudi 21 février 2008 à 10:05
ça me tente cette histoire d'AMAP mais je flippe de me retrouver avec 2 kg de choux de bruxelles à écouler. Si tes enfants sont grands, tu rates plein d'occasions d'exprimer ta boboïtude au grand jour (porter en écharpe, mettre des couches lavables, etc etc). Moi-même je suis en boboïsation avancée (mais on n'est pas obligé de se faire des dreads et de porter des t-shirts pour la légalisation du cannabis j'espère ?).
Rédigé par : Naï la poule pondeuse | jeudi 21 février 2008 à 10:57
Hugues,
Je suis à 100% admiratifs de vos activités boboesques, et bien qu'habitant Montpellier, je fais vraiment tout pour adopter votre façon de vivre !
Ex banlieusard qui s'est vu progressivement interdire des faire ses course dans Paris intra-muros par la Mairie de Paris qui à réussi l‘improbable exploit de diminuer la circulation de 30% tout en augmentons les bouchons polluants (alors qu‘une once de réalisme aurait permis cette diminution de circulation en réduisant les bouchons de 50%), et pourtant j’adlmire votre hygiène de vie... Étonnant non ?
Sauf que !
Sauf que j’ai 330 euros de retraite CNAV + 150 euros de retraite des cadres. Heureusement que mon épouse touche sa retraite de l’éducation Nationale, sinon, avec une élève de terminale à charge, nous n’aurions plus que les restaurants du coeur pour essayer de survivre.
Alors, bien sûr, votre dernier texte m’amuse.. Mais il est un merveilleux exemple de la faille de St Andréas qui s’étend entre les préoccupations du peuple et celles de la caviar-bobocratie.
Oh ! Combien j’aimerais avoir les moyens d’aller acheter ma nourriture saine en campagne.
Chez nous pas de vélib, mais on peut se déplacer en tram... Georges Frèche est un admirable bâtisseur.
Rédigé par : Ozenfant | jeudi 21 février 2008 à 11:56
Très étonnante l'évolution du terme de "bobo", depuis son arrivée en France et son appropriation/déformation par tous...
Selon l'inventeur du terme, l'Américain David Brooks, le terme désigne vraiment de vrais bourgeois, ceux qui appartiennent à la petite frange supérieure des très très hauts revenus (on les trouve parmi les 1 à 5% des plus riches). Ainsi, à l'origine, les deux meilleurs exemples de bobos cités par David Brooks sont Steve Jobs et Bill Gates, dont l'auteur constate qu'ils ne vivent pas comme vivaient les Ford ou les Rockfeller...
On est bien loin de la rue Oberkampf ;-)
Rédigé par : tardif | jeudi 21 février 2008 à 14:30
Foutaises que tout cela. Moi, mon petit frère cuisine à l'huile de ses oliviers, dont il fait presser les fruits au moulin d'à côté.
Evidemment, comme il en produit environ un litre et demi par an, il mange surtout des surgelés.
Rédigé par : Denys | jeudi 21 février 2008 à 19:46
Non Hugues, j'aime tellement les légumes que je trouve sympathiques qu'ils s'offrent un dernier long voyage avant de finir dans mon estomac.
---
Dans le "Mythe de la contre-culture" les canadiens Joseph Heath et Andrew Potter évoquent je ne sais plus quelle critique gastronomique qui est une partisante de la consommation locale. En fait elle ne reste pas trop souvent dans les froides terres canadiennes... et préfère venir consommer de l'agriculture locale... sur le pourtour méditerranéen.
---
Perso je choisi les légumes que je consomme en fonction du goût/prix qu'ils ont, pas pour obtenir une expérience de contentement de moi :-)
Rédigé par : Eviv Bulgroz | vendredi 22 février 2008 à 10:30
Ais toujours eu un faible pour Arcimboldo.
@Tardiff,
Je ne sais pas quelle est la définition de "BOBO" dans le dictionnaire (si elle existe)!
Dans mon esprit de représentant auto-déclaré des français d'en bas, les bourgeois bohêmes sont ceux que décrit si bien le sketch d'Alex Métayer -Dis papa, çà veut dire quoi "être de gauche"-.
Pour essayer de faire court: Ces gens bien-pensants, majoritaires dans la capitale, ignorants du monde du travail, des paysans et des smicards, le cerveau dans les nuages, persuadés que le pays va s'en sortir en mettant à la disposition de ces pauvres indigents mentaux d'asiatiques:
"Notre matière grise supérieure issue de notre enseignement en décomposition (le 27ème niveau au monde)". Le pompon est qu’ils soutiennent des pauvres baudruches diplômées, n’ayant jamais bossé de leur vie, comme François Hollande.... Alors qu’il existe des hommes d’état au PS, comme Hubert Védrines.
Homme d’état: "qui a compris l’inéluctable cercle vicieux entre la croissance source de niveau de vie et la croissance source de destruction de la planète (...) qui ne se cache pas la réalité derrière de nouveaux mirages comme le développement durable (-nous y somme les derniers de la classe-)."
Rédigé par : Ozenfant | vendredi 22 février 2008 à 10:35
@ ozenfant
Je ne sais pas, moi non plus, s'il y a une définition dans un dictionnaire, en revanche je connais la définition de celui qui a inventé ce mot : David Brooks, "Les bobos", 2000, Livre de poche (titre original : "Bobos in paradise").
Ce qui m'étonnera toujours, c'est l'usage du mot "bourgeois" en France. Il y a le sens "savant", celui des universitaires (histoire, économie, sociologie), qui concerne 5% de la population à tout casser.
C'est une classe sociale assez bien définie, caractérisée (en gros) par des valeurs (les "valeurs bourgeoises") qui lui sont propres et un revenu issu du capital accumulé au fil des générations par la famille, plus que du travail individuel de chacun de ses membres.
Il faut donc plusieurs générations pour "devenir" bourgeois. A la première ou seconde génération de "parvenu", on reste dans le "sas" des "nouveaux riches". Quand les enfants ont "pris le plis" après voir été dans les "bonnes écoles", qu'ils ont une "bonne situation", un "bon mariage" leur permettra d'entrer "dans le cercle"...
Et il y a le sens usuel (surtout chez les gens de gauche): toute personne qui gagne plus d'argent que moi est un bourgeois ! Même s'il n'est qu'un simple salarié, et que cette situation de salarié devrait suffire à l'exclure de la catégorie "bourgeois"...
Quant au rapport entre "bourgeois" et "être de gauche", je ne vois aucune contre-indication pour ma part.
Vous semblez croire qu'être de gauche a un rapport direct avec le fait d'appartenir à "La France d'en bas", alors que l'observation de la réalité indique que ça ne fonctionne pas comme ça.
Nombre de pauvres et de gens modestes votent et ont toujours voté à droite et nombre de "vrais" bourgeois votent à gauche (Léon Blum, par exemple ;-)...
Vous leur répondez qu'ils se trompent ? Ils vous répondraient probablement la même chose... ;-)
Rédigé par : tardif | vendredi 22 février 2008 à 12:50
Moi j'aime bien les commentaires d'ozenfant.
L'idéal serait de mettre les moyens d'être bobo à la portée du plus grand nombre, et il est vrai que l'enclavement géo de paris (sans rire!!) n'y aide pas, ce dont ozenfant parle sous un autre billet.
A Paris on vit dans une espèce de musée figé, à l'abri de la banlieue y compris proche, pour tout un tas de raison très bien exposées sur le site de "géographe du monde" (tip top blog recommandé par econoclaste).
http://geographie.blog.lemonde.fr/
Rédigé par : coco | vendredi 22 février 2008 à 17:45
Puisque coco a la gentillesse de me citer, je me permets de faire ce renvoi (pour en revenir au précepte voltairien de départ)
http://geographie.blog.lemonde.fr/2007/10/05/ccxxvi-faut-il-toujours-cultiver-notre-jardin-analyse-critique-de-la-pensee-de-gilles-clement-paysagiste-poete/
Rédigé par : larivière | samedi 23 février 2008 à 15:13
@Tardiff,
Rien de ce que vous venez de me dire ne me choque.
Simplement en tant que chef d'entreprise socialiste, donc solidaire de mes salariés, j'ai toujours été choqué de l'absence de mesures en faveurs des travailleurs les plus pauvres de la caviar bobocratie:
De son social "élitiste".
De la fiscalité anti-emplois et pro bénéfices du patron qu'ont pratiqués de concert l'UMP et le PS.
Rédigé par : Ozenfant | lundi 25 février 2008 à 12:19
Moi c'est la définition de "musique ethnique" qui m'intéresse.
Rédigé par : Attila | dimanche 02 mars 2008 à 16:14