Sécurité aérienne
La bataille pour la représentativité syndicale est déjà engagée dans les aéroports : il va falloir regarder où l'on met les pieds.
C'est beau Orly, un jour de grève. Les files de voyageurs excédés s'allongent sous des panneaux d'information en berne ; les rumeurs se propagent d'un comptoir d'enregistrement à l'autre, provoquant la transhumance rageuse d'un pack de cadres en complet-vestons ; les employés d'aéroport disparaissent des terminaux, faute de renseignements concrets à fournir ; les détritus s'accumulent ça et là en petits tas napolitains... Le bordel à l’état pur.
C'est curieux, d'ailleurs, cette propension des détritus à s'amonceler même lorsque la catégorie du personnel en colère n’est pas chargée de leur ramassage. Que les aiguilleurs du ciel cessent d’aiguiller, là-haut dans leur tour vitrée et, bing, le terminal Ouest se met à ressembler à un dépotoir à papiers gras. Que les hôtesses d’Air France exigent une revalorisation de leur salaire et, paf, les canettes de bières roulent sous les pas de touristes traînant leurs valises à roulettes en quête d’un peu d’espoir terminal Sud. Ca doit être une question d’empathie, de solidarité systémique : des vols sont supprimés ? Ok, les toilettes ne seront plus nettoyées !
Le motif de la grève, souvent, reste obscur : affaire technique à laquelle nous ne comprendrions rien même si on nous l’expliquait lentement. Et ce n’est pas l’intervention d’un délégué CGT que les radios diffusent en boucle qui nous permettra d’en apprendre davantage. Voyons voir : ce coup-ci, la Direction Générale de l’Aviation Civile va déplacer provisoirement certains aiguilleurs de Roissy à Orly ― à moins que ce ne soit le contraire ― et, n’en doutez pas, la sécurité des voyageurs est menacée. Enfin, ça c’est qu’affirme le cégétiste sur France Info sans que le porteur de micro qui l’interroge ne songe à lui demander en quoi ce regroupement est susceptible de faire se crasher un Boeing. Bah, c’est probablement trop compliqué, trop technique, on n’y comprendrait rien.
On finit tout de même par saisir qu’à terme, tous les aiguilleurs aiguilleront ensemble depuis un troisième site, du côté d’Athis-Mons, et que là, les syndicats seront d’accord, que nous serons enfin certains d’atterrir sans encombre... Mais ce regroupement temporaire, no way ! Les autorités cherchent manifestement à provoquer la mort de milliers de passagers et la CGT veille au grain. Elle nous protège, nous, les pousseurs de chariots à bagages inconscients. Et même ce PDG sarkozyste en partance pour Toulouse ou Bordeaux, cet ingrat en colère, elle le protège malgré lui : « Tu fais la gueule parce que tu vas louper ton avion ? Tu protestes contre cette nouvelle "prise d’otages" ? Malheureux, c’est de ta vie qu’il s’agit ! De ta vie, comprends-tu ? »
Mais la journée avance et le type de France Info s'est enfin rancardé. La grève, semble-t-il, n’a pas grand-chose à voir avec la sécurité. Du moins avec la nôtre : si la DGAC regroupe ses « centres d’approche » d’Orly et de Roissy, la CGT perdra sa majorité syndicale, ni plus ni moins. A Athis-Mons, en revanche, elle a fait les comptes et ça devrait passer... Tout de même, je me demande qui vide les poubelles, à Athis-Mons.
© Commentaires & vaticinations
Je savais la CGT dotée de puissants pouvoirs maléfiques, mais j'ignorais qu'elle avait aussi le pouvoir de salir les couloirs ou d'hypnotiser les personnels de nettoyage des sociétés contractualisées.
Rédigé par: Passant | lundi 11 février 2008 at 19:25
Passant:
La CGT a aussi bien d'autres pouvoirs. Le plus fameux étant sa capacité à s'opposer systématiquement à toute réforme, quelle qu'elle soit.
Un autre pouvoir de la CGT est de réussir à rester imperméable aux temps et aux époques, comme en lévitation, c'est à dire à rester plus ou moins communiste, en tout cas révolutionnaire.
Rédigé par: Johnny | lundi 11 février 2008 at 21:04
Waaahhh...
Comme nos vieux cons de politiciens blancs à cravate alors ? Les keums mouasis même pas foutus de blogger plutôt que de nous casser les kruilles avec leurs débats à l'assemblée et leurs rites claniques ?
Rédigé par: Passant | lundi 11 février 2008 at 21:09
Je vais tenter d'expliquer la situation en peu de mots:
- la DGAC (les chefs) veut regrouper une partie des contrôleurs de Roissy et Orly au même endroit (ceux qui assurent l'approche). - Athis-Mons (juste à côté d'Orly) où se trouve un centre de contrôle (c'est l'intermédiaire entre les approches de Roissy et Orly et les autres centres pour les avions) a été choisi.
- Tout le monde devait aller à Athis-Mons, les contrôleurs d'Orly et ceux de Roissy, chacun de leurs côté, avec les aménagements nécessaires. C'était la volonté de la DGAC, logique jusque là.
- Sauf qu'un syndicat de contrôleur s'y est opposé, et a milité pour que les contrôleurs d'Orly soit transféré d'abord à Roissy, puis quelques années après à Athis-Mons. Et bien sûr, comme c'est le plus puissant, il a été entendu (on ne sait pas refuser grand chose aux contrôleurs), même si techniquement ce double déménagement n'a aucun sens (au contraire, dixit les techniciens qui vont gérer le bazar....)
- Et donc la CGT s'oppose au double déménagement et veut la solution simple et logique.
Bref, on a un syndicat qui s'oppose à une décision de la direction, parce qu'en fait cette décision n'est pas la vraie volonté de la direction mais imposée par un autre syndicat.
Vous avez dit ubuesque? Oui, on peut le dire...
Rédigé par: Nono Le Rouje | lundi 11 février 2008 at 21:58
@ Nono le Rouje : Merci de ces explications claires et précises. Mais pour être certain de tout comprendre jusqu'au bout, pourquoi le premier syndicat s'est-il opposé au transfert direct ? Pour des raisons électorales, justement ?
D'autre part, si la version de Nono est exacte, ça veut dire que France Info a dit n'importe quoi ? Non que ce serait étonnant, mais enfin...
Rédigé par: thom | lundi 11 février 2008 at 23:09
Salut,
Il est impossible de résumer la réalité à quelques lignes mais on peut toujours essayer de donner quelques infos 100% vérifiables.
La 1ere est que c'est bien le Sncta (syndicat corporatiste majoritaire) qui a initié cette affaire en exigeant (c'est le terme) le regroupement des "grandes approches" d'Orly et Athis-Mons (famille "1") à Cdg avec au bout la création d'une famille "0" (traduire méga prime de la mort qui tue)
Réaction immédiate -> renvoi de toutes les cartes syndicales sncta d'orly et grêve à 100% largement soutenue par Athis-Mons (plutôt Cgt) directement visé dans cette affaire.
Pour calmer le jeu, une étude a été lancée qui conclut à ce que tout le monde savait intuitivement : le regroupement des 3 approches est une bonne solution à 10 ans mais uniquement si elle a lieu à Athis. Plusieurs essais ont étés fait, plusieurs scénarios (même des pipés pour avantager Cdg) et ...
-> Le regroupement à Athis c'est toujours montré supérieur ou égal aux autres.
Tout était clair quand le Sncta a obtenu le transfert temporaire à Cdg pour ne pas perdre la face.
Je grossi ? non, je suis obligé de simplifier car il extrêmement difficile d'imaginer les contraintes techniques et protocolaires liés aux échanges et la gestion de l'espace aérien. C'est dommage mais c'est ainsi :o(
Ce qui est sûr, c'est qu'en dehors de la presse professionnelle, il n'existe qu'un nombre extrêmement restreint de journalistes qui savent de quoi ils parlent dans le domaine du contrôle aérien ! pour les autres, le Sncta est une source d'information qu'ils ne vérifient jamais faute de compétence.
Pour ce qui est de France-Info, je n'en sait car là où je vis actuellement je ne capte aucune station française :o)
a+
Rédigé par: flying nono | mardi 12 février 2008 at 05:15
Passant,
Disons que la CGT a le pouvoir de bloquer un très grand nombre de personnes pendant une très longue durée sur un espace réduit et que le nettoyage a du mal à suivre. Il s'agissait d'une manière, comment dire, décalée, d'évoquer l'ambiance d'une journée de grève dans un aéroport. Mais ça marche avec les gares et les stations de métro.
Johnny,
Hum, si la CGT des aiguilleurs pratiquait la lévitation, les passagers lui en seraient reconnaissants...
Nono 1 et Nono 2,
D'abord, merci pour cet éclairage (est-ce que tous les spécialistes du contrôle aérien s'appellent Nono ?). Ensuite, il semble effectivement qu'en cas de grève des aiguilleurs, les passagers soient tenus dans l'ignorance des raisons du conflit pour cause de complexité. Et que l'explication de la sécurité, à tout prendre, soit bien suffisante pour ces crétins de rampants.
Ce que je comprends de vos explications : deux syndicats capables de forcer la main à la DGAC s'entretuent pour la préservation de leurs prérogatives, sur fonds de négociations de primes. La sécurité et le service public ne sont pas en jeu : on est clairement dans la bataille d'influence et c'est l'usager qui perd quelle que soit l'issue du conflit...
Rédigé par: Hugues | mardi 12 février 2008 at 09:50
Je ferme les yeux et je me souviens. Reagan a commencé son premier mandat en licenciant tous les contrôleurs civils grévistes, les remplaçant par des militaires.
Le problème du controle aérien US est résolu depuis ce temps.
Rédigé par: all | mardi 12 février 2008 at 10:15
Si je comprends bien ce que raconte Nono, la CGT a entièrement tort comme d'habitude... sauf qu'en l'espèce elle aurait plutôt raison et que tant qu'à cogner sur un syndicat tu aurais mieux fait de choisir une autre tête de Turc. Bon, OK, tu t'y es mal pris mais tu avais raison sur le fond: syndicat = fouteur de merde, grève = pas bien.
"La CGT a le pouvoir de bloquer un très grand nombre de personnes pendant une très longue durée sur un espace réduit et le nettoyage a du mal à suivre". En clair: une grève fout la merde. Big news. Vilaine CGT.
Serait-il indécent de te faire remarquer que le droit de grève est un droit, point barre, qu'en outre il y a des grèves justifiées (comme en l'espèce, apparemment), et qu'une grève qui ne gêne personne n'a rigoureusement aucune chance d'obtenir aucun résultat?
Bref, bravo, tu viens de nous pondre avec esprit un joli billet qui ne dépasse nullement le niveau du café du commerce de bas de gamme, ah la la ces salauds de syndicats ils nous prennent en otages et quand je vois un papier par terre je suis fondé à me plaindre tout autant qu'Ingrid Betancourt, mais moi je garde le sourire parce que j'ai une grande force d'âme.
Bref, un marronnier...
Rédigé par: Poil de lama | mardi 12 février 2008 at 10:23
Poil de lama,
T'es gonflé tout de même. Je constate juste que cette grève qui fout, oui, la merde n'est justifiée que par une bataille d'influence intestine, qu'elle est sciemment déguisée en défense de la sécurité des voyageurs, que l'info qui nous est fournie officiellement est à la fois lacunaire et erronée et tu viens me traiter de poujadiste aviné déversant sa haine du syndicalisme au comptoir de son rade préféré...
Le droit de grève est un droit majeur en démocratie, OK, mais je ne suis pas convaincu que l'usage qui en est fait en l'espèce soit le meilleur.
Rédigé par: Hugues | mardi 12 février 2008 at 10:46
Non Hugues, tu te méprend sur mes propos. d'abord parce que ce n'est pas trop compliqué pour les rampants mais impossible à expliquer en quelques lignes.
Ce qui est sûr c'est que les évolutions et resectorisaion sont très très lourdes à mettre en place et se font sur plusieurs années or le trafic évoluant régulièrement à la hausse il faut toujours raisonner en exécution à 5 ans pour le trafic à 10 ans et rebelote d'années en années.
C'est dans le contexte de l'efficacité + sécurité à horizon de 2015 que les décisions se prennent. Promène toi sur les sites ATM et ATC (Air traffic Control / Manager) des différents gouvernement et/ou acteurs comme Thales et équivalent pour voir que le chiffre de base est le Milliard d'€. Ce n'est pas du "service" informatique mais bien de l'industrie "lourde".
Sans être moi même contrôleur (bin non) et plutôt potentiellement en conflit avec eux (régulièrement) je peut écrire que malgré des archaïsmes, parler des méchants cégétistes du contrôle aérien est + proche d'une caricature que d'une réalité vécu quotidiennement.
Pour finir comme je ne pense pas avoir accusé la Cgt de fouteur de merde, je précise donc que le Sncta DE Cdg (cette précision est hyper importante) a menacé la Dgac de foutre un bordel noir alors Athis et surtout Orly (où le sncta était bien présent) se sont défendus.
Cela fait bien 3 ou 4 ans que cela dure, discute, négocie...
Ubuesque ? oui. Mais c'est pire encore quand on lit les commentaires de journalistes qui prennent leurs infos justement auprès du Sncta ...
J'ai toujours accepté de perdre le temps qu'il faut pour montrer expliquer faire toucher du doigt les difficultés des contraintes physiques en faisant visiter le site d'Athis mais le faire avec seulement 26 lettres n'est pas dans mes capacités alors il y a incompréhension.
C'est dommage mais tant pis c'est la vie.
a+
Rédigé par: flying nono | mardi 12 février 2008 at 12:07
Flying nono,
Mais je parlais pas d'un mépris des rampants en réponse à ton intervention tout à fait pertinente.
J'abondais même dans ton sens en constatant que ces querelles techniques et syndicales passent totalement au-dessus de la tête (si j'ose dire) des fameux rampants et que cette grève est effectivement ubuesque...
Rédigé par: Hugues | mardi 12 février 2008 at 12:41
Non,Hugues, arrète de dire des idioties banales de journaliste.
C'est pas la CGT qui fait grève. Ben non, c'est des employés.
Pour que tu comprenne, je te nomme contrôleur d'honneur à Orly.
Te plains pas, c'est bien payé ; pas comme un pilote, mais correct.
Assez pour que tu ais pu te payer une chouette barraque du coté de Longjumeau.
Mais tu dois aller bosser 10 ans à Roissy ; pour l'avenir et la gloire de la France.
Tu as plusieurs solutions (sachant que dans 10 ans -environ- tu bosseras à Athis-Mons):
-Déménager, et acheter du coté de Louvres ou autre bled du nord de Paris. Frais d'agence, de notaire et de déménagement, ça ne doit pas excéder quelque dizaine de milliers d'euro. Rebelote dans l'autre sens dans 10 ans. Au total, guère plus d'un an de revenu foutu en l'air.
- Rester là ; et faire le trajet chaque jour ouvrable. Ayant la chance d'avoir des horaires décalés, le plus souvent tu auras moins que les quatre heures journaliers nécessaires en heure de pointe.
- Tu peux aussi investir dans quelques semaines de grève ; salaud de syndiqué !
Moi, je m'en fous ; je suis pas contrôleur ; et l'an prochain, je suis même retraité !
Rédigé par: Pilou | mardi 12 février 2008 at 16:54
Une chose me semble certaine : le traitement particulièrement léger des conflits sociaux par la presse renforce toujours les préjugés contre les syndiqués. Au plus grand profit des actionnaires des groupes de presse.
Peut-être faudra-t-il syndicalement finir par se résoudre à un mouvement unitaire et long de boycott définitif et manifesté de la presse.
Rédigé par: Passant | mardi 12 février 2008 at 21:47
Je ne peux que souscrire aux informations de Flying Nono. Enfin, presque, parce qu'un contrôleur en liste 1, c'est quand même plutôt très bien payé (encore plus à Roissy depuis les dernières primes: oups, fallait peut-être pas le dire ?)
Rédigé par: Nono Le Rouje | mardi 12 février 2008 at 22:11