Un cirque médiatique, même lorsqu'il donne le sentiment du désordre, s'organise très à l'avance. Journalistes et policiers en savent quelque chose.
J'ai toujours été intrigué par les missions de « communication » confiées, en France, aux syndicats de policiers. Qu'un fait-divers un peu important se produise et voici qu'un délégué d’Alliance, principal mouvement de défense de la corporation, s'incruste sur nos écrans de télé, précisant les circonstances du braquage/meurtre/vol du jour comme si sa présence à l’antenne était la chose la plus naturelle du monde.
Je n’ai rien contre le fait qu’un syndicat s’exprime publiquement sur ceci ou cela, mais les compétences d’un représentant du personnel ne me semblaient pas inclure l’information des médias sur l’action de la force publique. Sous d’autres latitudes, c’est à un porte-parole officiel ou à un gradé qu’il revient de répondre aux questions des journalistes : ça n’empêche pas que des conneries soient proférées, mais il s’agit au moins de conneries officielles et donc susceptibles d’être renvoyées à la figure de l’institution a posteriori.
A Villiers-le-Bel, c’est justement aux syndicats qu’il est revenu d’organiser, avec plusieurs jours d’avance, le cirque médiatique ayant conduit à l’arrestation d’une trentaine d’émeutiers. Pour autant, pas un journal, pas une radio, même parmi ceux qui dénoncent ce matin l’instrumentalisation électorale de l’opération, pour expliquer clairement que leurs reporters avaient été « convoqués » par leurs contacts syndicaux.
Un confrère habitué à fréquenter les crime scenes m’explique que les interviews de délégués syndicaux sont généralement l’indice de la flemmardise des reporters ― qui posent leurs deux-trois questions au premier bavard venu histoire de rentrer au plus vite à la rédaction ― et de l’incapacité des policiers à former d'authentiques porte-parole au contact avec la presse. Pour le représentant syndical, que son mandat libère des obligations de réserve du policier lambda, c’est aussi le moyen de se rappeler au bon souvenir des troupes au 20 heures...
Dans l'affaire du jour, les syndicats souhaitaient surtout réaffirmer au bénéfice des émeutiers comme à celui des porteurs d’uniformes en retard de cotisations, que tirer sur la police n’est pas un genre de distraction pouvant rester sans conséquence. Message transmis : merci à Libé, au Parisien, à TF1 et à RTL. A l’occasion, il faudra tout de même que j’interroge un délégué du SNJ sur ces pratiques. S’il peut en profiter, lui-même, pour faire passer un message quelconque, il devrait être d’accord pour me renseigner...
© Commentaires & vaticinations
Au passage, on notera la mauvaise foi de Royal et Bayrou qui mettent tout ce battage à Villiers-le-Bel sur le dos du gouvernement. Il apparaît assez clair que les fuites sont venues du côté du syndicat Alliance. Si moi je le sais, ils devaient bien le savoir.
Rédigé par : François X | mardi 19 février 2008 à 13:32
François X,
Pfff, tu le sais parce que je te l'ai dit hé hé hé... Je n'ai pas eu le temps de prévenir les autres ! Mais je dois signaler ici que Le Monde, dès hier soir, a écrit que les syndicats avaient prévenu la rédaction trois jours avant. Voilà pourquoi il reste mon journal préféré.
Rédigé par : Hugues | mardi 19 février 2008 à 14:13
Qu'est-ce qui vous fait pencher en direction d'Alliance ?
Rédigé par : koz | mardi 19 février 2008 à 14:27
Koz,
Je suis journaliste : je n'ai pas besoin de révéler mes sources : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/02/16/la-protection-des-sources-des-journalistes-bientot-inscrite-dans-la-loi_1012201_3236.html
Mais il semblerait que plusieurs syndicats se soient répartis la tâche. C'est qu'il y avait beaucoup de journalistes à contacter.
Rédigé par : Hugues | mardi 19 février 2008 à 14:30
je reste dubitatif. que des syndicats aient participé à contacter et ameuter les journalistes, sans doute. mais masanet, de l'UNSA Police, mettait lui en cause la direction de la communication de la police dans cette affaire. ce qui me laisse songeur, ce sont les images diffusées de l'opération, et l'intégration des journalistes au milieu des forces de l'ordre. et là, on ne peut pas ne pas penser que la hiérarchie a organisé la chose.
Rédigé par : David | mardi 19 février 2008 à 14:37
Hugues, pardon pour cet hors sujet mais tu poses une question intéressante.
Il n'est pas question bien sûr de remettre en question le droit des journalistes de protéger leurs sources. Mais dans le cas présent, l'information intéressante est justement de savoir qui a organisé le battage médiatique, un syndicat proche de l'opposition, le gouvernement ou ni l'un ni l'autre?
Dès lors, il me semble que les journalistes peuvent être pris dans un conflit d'intérêt : protéger leurs sources ou informer le public?
Indépendamment des spécificités de ce cas d'espèce, ça m'intéresse d'avoir ton avis de professionnel sur la question générale.
Rédigé par : Liberal | mardi 19 février 2008 à 14:41
@ Hugues,
Bah bah bah, vous autres journalistes vous croyez indispensables. Bon bon bon, si ça peut vous faire plaisir. Toujours est-il que j'écoutais un mec d'Alliance il y a deux jours sur France Infos, il expliquait "Ben oui, c'est nous qu'on l'a dit, elle est très bien cette médiatisation". En réalité, il disait ça avec des mots plus PC, mais ça revenait au même : pas besoin d'une carte de presse pour piger. Toujours est-il que Bayrou et Royal, comme d'habitude, dénoncent l'immoralité gouvernementale comme un disque rayé et que ces deux-là commencent à me briser les roubignolles avec leur mauvaise foi.
Rédigé par : François X | mardi 19 février 2008 à 14:57
David, vous avez raison. Si l'UNSA-Police dit que c'est pas elle, c'est que c'est pas elle. Sinon, ce serait un mensonge. Et l'UNSA-Police ne ment pas.
Rédigé par : koz | mardi 19 février 2008 à 16:16
koz, c'est une évidence. sinon, ça se saurait.
Rédigé par : David | mardi 19 février 2008 à 16:25
Il ya a dans toute cette affaire un truc qui m'échappe. Je ne comprends vraiment pas la polémique sur la présence des médias pour couvrir cet évènement. Où est le problème?
Il serait beaucoup plus choquant qu’une opération policière de cette envergure se déroule sans couverture médiatique.
J’imagine les hurlements de vierges outragées qu’on aurait entendus si les policiers avaient tenu les caméras à distance!
Rédigé par : WS | mardi 19 février 2008 à 18:27
Hugues,
Vous avez ouvert une porte de compréhension concernant le rôle des syndicats dans cette affaire, et votre honnêteté intellectuelle à reconnaître les tares de votre corporation est tout à fait rare. Concernant l’affaire elle même, un autre aspect des choses: Trente trois arrestations à Villiers le Bel ! http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/02/trente-trois-ar.html#comments
Rédigé par : Ozenfant | mardi 19 février 2008 à 18:29
Le truc horrible dans cette histoire ce n'est pas la présence des journalistes ni le fait que l'UNSA Police les ait appellés. C'est que les journalistes ne prennent aucun recul par rapport au discours syndical. Comme dit Hugues, les media ne font aucune différence entre le message syndical et le message officiel. On voit d'ailleurs la même erreur se produire au sujet du "service public". Qui est interrogé pour parler du service public (Poste, CNRS, SNCF) à la télé? Les syndicats of course.
Rédigé par : wavrill | mardi 19 février 2008 à 21:48
Effectivement wavrill,les syndicats ont en quelque sorte le monopole de la parole dans ce pays.Ils savent très bien convoquer la presse et c'est beaucoup plus valorisant pour un journaliste de ramener l'itw d'un syndicaliste que celle d'un responsable forcément suspect ! Je travaille dans l'audio-visuel et je suis excédée par ces pratiques . Elles sont le signe d'une grande paresse intellectuelle et d'un manque chronique de courage chez beaucoup de journalistes .
Rédigé par : Anna | mercredi 20 février 2008 à 09:23
J'ajouterai qu'il est très difficile dans une entreprise du service public de s'opposer au discours syndical . Ne pas faire grève est un acte de courage car c'est forcément un manque de solidarité . C'est tellement comfortable de se situer par principe du côté du "bien" qui doit combattre le "mal" !
Pour en revenir au sujet de ce post si un journaliste veut avoir un autre interlocuteur qu'un syndicaliste il lui faudra aller à la rencontre de ceux qui habituellement se taisent . Cela demande du talent .
Rédigé par : Anna | mercredi 20 février 2008 à 09:52
c'est surtout que certains, les policiers notamment mais peut-être plus généralement les fonctionnaires - à vérifier, sont tenus par un devoir de réserve et que seuls les syndicalistes peuvent s'exprimer, dans le cadre de leur mandat bien entendu. après, c'est de la déclaration anonyme... reconnaissons quand même que les responsables ont largement la parole aussi.
Rédigé par : David | mercredi 20 février 2008 à 11:49
@Anna: il faut arrêter ce délire sur "Ne pas faire grève est un acte de courage" (c'est pas la première fois que j'entends cette absurdité).
Je rappelle qu'il est assez rare (en fait rarissime) que le taux de grévistes déclaré par les ministères de tutelle soit supérieur à 50%. Alors, de deux choses l'une, soit le ministère bidonne totalement ses chiffres, soit les fonctionnaires sont très majoritairement des gens au courage exemplaire.
Rédigé par : JaK | mercredi 20 février 2008 à 14:27
@ jak :
va expliquer dans une salle des profs que la politique du gouvernement ne te paraît pas si scandaleuse que ça et tu nous en reparleras. Quant à dire carrément qu'on soutient ladite politique, les regards oscilleront entre la consternation et le mépris. Mais il va de soi que tous ces gens sont très tolérants.
Rédigé par : François X | mercredi 20 février 2008 à 15:07
et ces gens intolérants vous empêchent de soutenir la politique du gouvernement ? ne me dites pas qu'ils vous séquestrent ? pire, qu'ils vous prennent en otage ? oh, les coquins !
Rédigé par : David | mercredi 20 février 2008 à 15:31
François X:
La phrase que je commentais était la suivante: "Ne pas faire grève est un acte de courage car c'est forcément un manque de solidarité".
Il se trouve juste que beaucoup de monde ne fait pas grève selon les ministère et que cela devrait grandement relativiser le propos.
Le reste est sans lien avec mon commentaire.
Rédigé par : JaK | mercredi 20 février 2008 à 15:44
Il faudrait faire apprendre par coeur cette note et les plus intéressants de ses commentaires à tous les journalistes de France...Avec récitation le lundi matin... Ca ne pourrait que les rendre plus "journalistes" au vrai sens du terme...
Merci Hugues d'avoir la jugeotte que d'autres ont préféré enfouir.
Rédigé par : Un journaliste | mercredi 20 février 2008 à 15:47
Un journaliste,
Fayot !
Rédigé par : Hugues | mercredi 20 février 2008 à 17:25
@ Jak :
Anna disait qu'il était difficile dans certains milieux de s'opposer au discours syndical. Vous lui avez donné tort, je me contente de lui donner raison.
@ David :
Merci de votre sollicitude, mais rassurez-vous, j'ouvre ma gueule. Disons qu'en salle des profs, c'est généralement seul contre tous. Je serais quelqu'un de courageux si je n'en tirais pas beaucoup de plaisir. Je suppose qu'en pointant les tolérants qui n'admettent pas la contrariété, je ne vous ai pas visé. Bien à vous.
Rédigé par : François X | mercredi 20 février 2008 à 17:26
@Anna,
Il y avait, le mois dernier, un très bel article dans le Monde Diplomatique sur les chaînes d’informations, devenues de simples officine de "RECYCLAGE DE L‘INFO".
@Journaliste
Tu dis "Il faudrait faire apprendre par coeur cette note et les plus intéressants de ses commentaires à tous les journalistes de France...Avec récitation le lundi matin... Ca ne pourrait que les rendre plus "journalistes" au vrai sens du terme... Merci Hugues d'avoir la jugeotte que d'autres ont préféré enfouir."
Alors il y aurais au moins 2 journalistes lucides en France ?
Merci d’exister (lol)!
@François X,
J’ai un pote enseignant volant, qui n’est pas de droite, mais qui n’est pas non plus un perroquet à idéologies. Il est simplement un français pas très riche, mais réaliste.
A ce titre, même s’il déteste Sarkozy il lui arrive de défendre ses rares bonnes initiatives:
Il me décrit très exactement ces attitudes sectaires, en salle des profs !
Rédigé par : Ozenfant | mercredi 20 février 2008 à 18:38
Merci François .
Jak , je confirme que quand il y a grève les pressions sont fortes et ce d'autant plus que le poste que l'on occupe est susceptible d'avoir un impact sur l'activité . Parler de "délire" est tout à fait révélateur du mépris dont parle François et c'est précisément cette arme psychologique que certains manient sans modération .
Je ne suis pas fonctionnaire , je travaille dans l'audio-visuel public , un milieu qui considère que tout être pensant se doit d'être de gauche .
Rédigé par : Anna | mercredi 20 février 2008 à 19:01
@ Ozenfant :
Votre pote est anti-Sarko (ce qui est très vilain) et ouvert d'esprit. Un peu comme le tenancier de ce blog en somme. Mais y en a d'autres, oulala !
@ Anna :
Je vois le genre. Certains se figurent le sarkozyste comme un être velu, vautré devant TF1 quand il ne joue pas aux boules et qui n'enlève pas son bob Ricard quand il fait l'amour. Vous êtes comme ça, vous ? Moi non, sauf le bob of course.
Rédigé par : François X | mercredi 20 février 2008 à 21:17
On peut retourner l'histoire dans tous les sens, il n'y a cependant que deux cas possible:
- soit les pressions que vous décrivez n'existent pas vraiment
- soit les agents de la fonction publique sont des gens terriblement courageux, puisqu'ils sont nombreux à ne pas suivre les grèves.
Désolé, mais ma (petite) expérience dans la fonction publique (un passage au Trésor, puis mon emploi actuel dans une université) me laissent penser au premier cas, mais je sais qu'une expérience personnelle n'est pas forcément une preuve généralisable.
PS: oui parait que les gens de gauche sont tellement sectaires qu'ils n'aiment pas vraiment les élus de droite.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, c'est pareil dans l'autre sens.
Rédigé par : JaK | mercredi 20 février 2008 à 22:51
@ jak :
Oui, oui, le taux de grévistes, le taux de grévistes. C'est l'alpha et l'oméga. Si vous pouviez me le répéter une fois de plus, ça m'aiderait à comprendre. Merci.
Rédigé par : François X | mercredi 20 février 2008 à 23:30
C'est un argument en tout cas, et un qui n'est semble-t-il pas sujet à interprétation.
L'affirmation que les non-grévistes subissent des pressions intolérable ne repose sur rien d'autre que la répétition continuelle.
Rédigé par : JaK | jeudi 21 février 2008 à 00:06
Ben voila, maintenant j'ai compris, merci. La bonne réponse était : le taux de grévistes !
Rédigé par : François X | jeudi 21 février 2008 à 09:37