Détestez, détestez, il en restera toujours quelque chose
Nicolas Sarkozy peut-il encore servir à quelque chose ? Tout dépend de sa capacité à devenir franchement impopulaire.
Manuel Valls, que son rictus carnassier a malheureusement tendance à desservir à la télévision, ne disait pas autre chose, hier soir sur France 2 : « Le parti socialiste a certainement du pain sur la planche s'il doit se reconstruire mais, en attendant, il est dans l’opposition et c'est de Nicolas Sarkozy que l'on attend du concret ― pas de la rue de Solferino ».
Neuf mois après l'arrivée triomphale de ce dernier à l’Elysée, il faut d’ailleurs pas mal de courage ou d'aveuglement pour assurer sa défense. Et si le bling-bling tend à éclipser la réalité de l’action du gouvernement, force est de constater qu’il ne reste plus grand-chose du fameux esprit de « rupture ». OK, une présidence dure cinq ans et l’on ne saurait exiger que toutes les promesses soient tenues le temps d’une gestation. Mais l’expérience enseigne que la première étape d’un mandat donne le ton et que les chantiers qui ne sont pas, au minimum, initiés dans les cent jours ne le seront jamais.
On ne pourra guère me reprocher de ne pas m’être montré aussi ouvert qu’un cabinet Fillon : dès le lendemain de l’élection, je me suis attaché à mettre l’antipathie que j’éprouve pour le personnage de côté pour me concentrer sur ce qu’il ferait de ses super pouvoirs. Il fallait réformer, bousculer, transformer et l’on nous promettait qu'il était l'homme de la situation. « Je ne crains pas d’être impopulaire et je ne cherche même pas à être réélu », clamait même le matamore en faisant mine de retrousser ses manches.
Et impopulaire, il l’est devenu. Oh, pas pour pas la mise en œuvre des fameuses réformes, mais plutôt pour son aptitude à « réparer » les seules choses qui n’avaient pas besoin de l’être, laïcité et identité nationale en tête. Les dossiers « sérieux » ont bien été ressortis des placards, des régimes spéciaux de retraites aux universités, mais qui peut prétendre qu’ils aient vraiment été bouclés ? Des commissions ont été formées, mais qui peut penser qu’elles déboucheront sur quoi que ce soit ?
Comme Valls, je ne me réjouis pas de cette situation. Et la perspective de voir le PS remporter les municipales sur ce champ de ruines UMPiste n’a rien de séduisante : des maires socialistes ne devant leur victoire qu’à la désaffection des lecteurs de Paris-Match pour le porteur de Rolex en or massif auront tôt ou tard des soucis à se faire. Mais, toujours comme Valls, je n’abandonne pas l’espoir que Sarkozy se ressaisisse et parvienne, d’une manière ou d’une autre, à mener le changement que même un dindon installé aux commandes percevrait comme indispensable.
Après tout, détesté pour détesté, ne pourrait-il pas entrer dans l’histoire comme le jet-setter vulgaire qui a replacé la France sur les rails avant de repasser le volant à des gens plus respectables ? Las, l’opinion est changeante et ce vieux routier sait bien qu’un rebond est possible. D’où ce désir d’aller chercher avec les dents, non pas la croissance, mais tous les groupes d’intérêt réels ou fantasmés du pays, en leur promettant tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi.
La poursuite de sa chute dans les sondages est donc la meilleure chance qui nous reste de ne pas subir cinq nouvelles années de néo-chiraquisme. La certitude que rien de ce qu’il fera, rien de ce qu’il dira, ne permettra au président de reprendre la main est la meilleure garantie d’une renonciation à la popularité et d’une résignation à l’efficacité. Admirateur et biographe de Georges Mandel, dont Clemenceau se servait comme d’un paravent politique à l’occasion (« Lorsque je pète, c’est lui qui pue »), Sarkozy devrait accepter ce sacrifice sans trop de difficulté, pourvu que nous l'y aidions. Courage, on y est presque...
© Commentaires & vaticinations

Oh, on peut très bien réussir sa carrière politique malgré un rictus carnassier.
J'en connais un que ça n'a pas tellement handicapé.
(Un indice : il est cité quatre fois dans cette note.)
Rédigé par: aymeric | le vendredi 15 février 2008 à 16:08
La façon dont tu envisages le quinquennat de Celui-qui-aime-la-fondue est un reflet de ce qui fait dire, en d'autres domaines, que l'espérance est une vertu, et une vertu d'autant plus grande qu'elle est exigeante et paradoxale. Je t'en félicite.
Rédigé par: François X | le vendredi 15 février 2008 à 17:11
Ben non, les "réformes" n'auront pas lieu si il ne remonte pas un peu sa cote.
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Les taxis, les pharmaciens, les pécheurs la liste des choses qui ne se feront pas risque de s'allonger considérablement...
Rédigé par: Eviv Bulgroz | le vendredi 15 février 2008 à 18:41
D'autant plus qu'on ne sait pas comment il va réagir à son impopularité: Sarko peut décidé de faire dans la surenchère populiste en prenant des décisions de plus en plus idiotes: ce n'est pas la première fois qu'on verra un leader politique, postulant que ses administrés sont des demeurés, prendra sciemment de mauvaises décisions en pensant marquer des points dans l'opinion. Il peut aussi se replier complètement sur lui même, chercher à tout imposer à coup de 49-3, ne plus tenir compte de l'opinion du tout, ce qui aurait également de graves conséquences.
Rédigé par: Laurent Weppe | le vendredi 15 février 2008 à 19:31
Moi aussi j'ai peur du néo-chiraquisme. Je n'ai pas voté pour lui, mais il me semblait que si quelqu'un pouvait faire bouger les choses c'était lui. Un an pour gâcher une victoire éclatante. Il est vrai que Chirac y mettait beaucoup moins de temps...
Rédigé par: Monsieur Prudhomme | le vendredi 15 février 2008 à 21:16
Boooooooh en même temps Chirac 1995 c'était plié dès novembre.
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Chirac 2002 dès la composition du gouvernement.
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Sarko, c'était pas si mal parti. Une espèce de "dream team" de droite. Et pof : les pbs de queue du Mr remplisse tout l'espace. Etrange. Un peu incroyable.
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Assez d'accord avec Valls (qui sera président un jour?) y a pas de quoi se réjouir ! Une droite intelligente rend la gauche moins crétine : simple principe démocratique.
Rédigé par: Eviv Bulgroz | le vendredi 15 février 2008 à 23:14
Mon cher Hughes, je perçois une note de désespoir dans ton propos... C'est long, quatre ans.
L'inculture et la vulgarité du locataire de l'Elysée sont inédits sous la Veme. Bien difficile, dès lors, de faire de la prospective à son sujet. Qui sait comment les choses peuvent tourner. Au rythme où les perles s'enfilent, mon petit doigt me dit que quelques épisodes retentissants nous attendent au tournant - et quelques haut-le-coeur aussi.
Rédigé par: Marc | le vendredi 15 février 2008 à 23:17
Le pire serait que Sarkozy se mette a faire une politique de gauche.
Mais il y a encore de l'espoir, lui n'est pas encore gâteux, pompeux et sceptique comme les 2 prédécesseurs et si il réussit il pourra encore se recycler comme Blair afin de devenir sérieusement riche avant ses vieux jours. Il a donc intérêt a faire utile même si il doit y laisser une réputation, chez les Français du moins.
Finalement il vaux mieux élire des jeunes.
Rédigé par: Merlin | le dimanche 17 février 2008 à 11:59