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janvier 2008

mercredi 30 janvier 2008

Recyclage

Recyclage_3 Ce blog reste condamné au silence pour encore quelques jours. Mais la magie de l'archivage électronique lui permet de rester dans le coup sans intervention (ou presque) de l'auteur. Ainsi, à ceux qui cherchent à comprendre pourquoi Attali à raison de s'en prendre à la corporation des taxis, je suggère la lecture de cette note. Aux autres aussi, d'ailleurs...

Et compte tenu du caractère cyclique de l'actualité, je me demande si je ne vais pas me lancer dans un vaste programme de rediffusion : le rapport sur la croissance ? Il était déjà . Les élections américaines : elles sont ici...

Ah, zut, je n'ai rien pour les municipales. Mais qu'à cela ne tienne, si c'est la capacité du PS à se rassembler sur un projet commun qui vous intéresse, les articles sur la présidentielle ou le traité constitutionnel devraient faire l'affaire (là, je vous laisse vous débrouiller avec le moteur de recherche. Il y en a vraiment trop)...

mardi 29 janvier 2008

Travaux forcés

Bagne Bon sang de bonsoir ! Un milliard de choses à commenter, une actu dense comme jamais, des banques qui sautent, des municipales qui s'approchent, des élections US qui s'emballent, des rapports qui boostent la croissance... Et pas une minute à moi ! C'est comme ça, c'est la vie : il va falloir attendre. Mais le jeu en vaut la chandelle. A plus tard !

vendredi 25 janvier 2008

Il n'y a pas qu'Attali, dans la vie

Bloc-notes de fin de semaine : proportionnelle à Rome, définition du « génie », travaux publics à Gaza (pour Attali, il faudra attendre la semaine prochaine).

Attali_2 Je suis comme tout le monde. Enfin, comme tous ceux pour lesquels la démocratie a besoin d'institutions efficaces. D'où un sérieux manque d'enthousiasme pour la proportionnelle.

Bien entendu, je reconnais que ce mode de scrutin permet la représentation d’un plus grand nombre de sensibilités. Je comprends donc en quoi il passe pour « souhaitable », même si la perspective d’une entrée de Besancenot et de Le Pen au palais Bourbon ne m’excite pas du tout. Les trotskistes dénoncent d’ailleurs le Parlement comme un archaïsme bourgeois et le FN héberge son lot d'amateurs de régimes forts : installés dans l’hémicycle, les uns et les autres finiraient couverts de petits boutons de frustration, ce qui serait du plus mauvais effet sur LCP.

Mais l’observation de la situation italienne disqualifie clairement le concept. Adossé à une coalition de bric et de broc, Romano Prodi vient d’être mis en minorité et l’on annonce déjà le retour de Silvio Berlusconi au gouvernement. Un Berlusconi qui, s’il reprend les commandes, s’appuiera lui-même sur un assortiment pittoresque de libéraux, de séparatistes, de néo-fascistes et de populistes.

Qui peut croire que la France du 21 avril et des quinze candidats à la présidentielle soit à l’abri de ce genre de choses ? Qui peut assurer qu’un pays recensant, entre autres, trois partis centristes, une vingtaine de groupuscules communistes, deux partis d’extrême-droite, deux partis écologiques, une dizaine de prétendants au leadership socialiste et, pour faire bonne mesure, une organisation focalisée sur les droits des chasseurs et des pêcheurs, échapperait à l’entropie latine ?

L’Italie nous a certainement montré la voie en organisant une primaire de désignation du patron de l’Unione, aux législatives de 2006. Mais il s’agissait alors de lutter contre l’atomisation des forces de gauche. Elle démontre aujourd’hui à quel point la proportionnelle est une impasse, avec ses 102 ministres et sa myriade de partis présents dans les deux chambres ― eux-mêmes étant, pour la plupart, autant de mini-coalitions mal ficelées.

*

Dans « L’Homme sans qualité » de Musil, Ulrich décide qu’à une époque où n’importe qui, même un cheval de course, peut être qualifié de génial, avoir du génie n’a plus le moindre intérêt... Soixante-dix ans plus tard, son argument reste valide et l’idée que le type qui vient de faire sauter la banque (ma banque !) puisse être perçu comme un « génie » est surprenante. OK, cet obscur trader s’est débrouillé pour perdre une somme record. Mais le génie, le vrai, eut peut-être réussi à la gagner, cette somme record, non ?

Je ne vais pas entrer dans un débat sur les désordres du capitalisme mondial et la terrible dérive financière dans laquelle nous sommes entraînés par des apprentis-sorciers cupides et parlant l’anglais bla bla bla... Ce baratin-là vous est déjà servi par vos journaux, et sa pertinence est à peu près égale à celle qui suscite la réécriture intégrale du code pénal à chaque nouveau fait divers sanglant.

Mais je me souviens d'un Anglais de dix ou onze ans, que ses parents avaient poussé à présenter l’équivalent britannique du bac. La presse s’était extasiée sur ce phénomène de foire, ce magnifique surdoué, lequel n'avait pourtant décroché que des notes extrêmement médiocres : aussi compétent à son âge qu'un mauvais élève de dix-huit ans, il était bien un génie...

C’était il y a déjà quelques années et je me demande ce qu’il est devenu, ce p’tit gars. Si ça se trouve, il vend des produits dérivés à la City.

*

J’essaie de me tenir au courant, même si j’évite d’en parler ici trop souvent, des aventures de nos amis israélo-palestiniens. Mais vu le petit travers maniaco-dépressif de leur actualité, les phases down succédant aux phases up avec une agaçante régularité, les vraies surprises sont rares.

Je découvre pourtant l’existence d'un mur séparant Gaza de l’Egypte, mur dont je n’avais jamais entendu parler avant que des gazaouites chauffés à blanc par le blocus ne le fassent tomber. Il a d’ailleurs fallu plusieurs jours aux médias avant d’appeler un chat un chat et de qualifier cette construction de trois à six mètres de haut de « mur » stricto sensu, les vocables euphémisants et connotés de « barrière » et de « clôture » ayant d’abord été utilisés.

Je n’ai pas de sympathie particulière pour le rempart de béton érigé plus à l'Est par Israël pour se protéger des suicide bombers ― même s'il semble remplir sa mission. Je suis aussi scandalisé que n’importe qui par son tracé illégal, empiétant sur les propriétés palestiniennes et aggravant encore les conditions de vie des Cisjordaniens. Je m’étonne pourtant de ce que le même procédé, utilisé par les Egyptiens, n’ait jamais été évoqué auparavant.

Bon, pour être tout à fait honnête, on rappellera que les Israéliens eux mêmes, avant leur départ de Gaza, avaient élevé ce mur. Et qu'ils accusent volontiers Moubarak de ne pas être à la hauteur question contrôles et entretien. Pour autant, construit par les uns et préservé par les autres, il garde le même objet : tenir le Hamas en respect.

Dans un livre aux accents franchement antisémites, l’ex-journaliste de RFI Alain Ménargues développait la théorie selon laquelle « le mur de Sharon » était le symbole du racisme dont le judaïsme (oui, le judaïsme, pas le sionisme) serait porteur. Ah, vraiment, je regrette de ne pas savoir ce que ce spécialiste des « ghettos volontaires » dirait de ce mur-ci...

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mardi 22 janvier 2008

Trente-cinq jours (ou presque) sans voir la terre

En mer, n'en déplaise aux passionnés du spectacle magnifique d'une nature en mouvement permanent, on s'emmerde.

Kasimir_2 Je m'étais déjà vanté, ici même, de mon record de lenteur sur Londres-Paris : trois jours pour relier les deux capitales, à l'heure de l'Eurostar, ça n'est tout de même pas si banal. Mais je me flatte d'avoir fait mieux, ou pire, c’est selon, en rentrant des Etats-Unis il y a quelques années. Une semaine de voyage entre New York et Le Havre, ça non plus, ça n’est pas banal...

Nous étions en 1987 et j’avais décidé, plus pour l’expérience que par romantisme nautique, de traverser l’Atlantique en bateau. Oh, pas en voilier à la Joyon, qu’on ne se méprenne surtout pas ! Je n’ai jamais eu le goût des bômes et autres perroquets et ni bâbord ni tribord ne m’aident vraiment à choisir le côté de la coque depuis lequel partager mon déjeuner avec les poissons. Pas en voilier, donc, mais en cargo. Ou, plus spécifiquement, en porte-conteneurs.

On m’assure d’ailleurs qu’il est devenu difficile de faire ce genre de choses et que, pour des raisons de sécurité et de productivité, les cabines dont sont généralement dotés ces navires au moment de leur construction ne sont plus louées à de simples touristes. C’est possible. A l’époque, il suffisait d'appeler le représentant de la compagnie pour acheter un passage. Pour quelque 300 dollars, je m’étais ainsi retrouvé à bord du Casimir Pulaski, rafiot fatigué des Polish Ocean Lines.

Si ça à l’air grand, comme ça, un porte-conteneurs, c’est parce que ça l’est. Je n’ai pas la moindre idée de la taille que faisait le mien (je ne l’ai pas retrouvé dans les archives en ligne de la compagnie et j’imagine qu’il n’est désormais plus qu’un tas de ferraille en attente de désamiantage quelque part en Inde), mais disons que les plus longs dépassent allègrement les 300 mètres. La surface utile, du point de vue du passager, est pourtant étonnamment réduite, puisqu’elle se résume à la « superstructure » ― soit le petit immeuble de trois ou quatre étages où sont regroupés cabines, « passerelle » et espaces de vie commune.

Au final, et après exploration minutieuse, un cargo n’est jamais qu’un entrepôt flottant et une semaine passée à son bord est à peine plus excitante qu’un séjour dans l’aire de stockage de conteneurs d’une zone industrielle. Il y a bien le ciel, le soleil et la mer, OK, mais lorsque vous choisissez d’accomplir votre périple fin octobre et que le temps reste désespérément gris et brumeux, elle pourrait aussi bien ne pas être là, la grande bleue. D’ailleurs, on la distingue à peine, depuis le hublot crasseux de sa cabine de cinq mètres carrés. Votre estomac vous rappelle périodiquement qu'elle existe lorsque ça tangue un peu fort, mais c’est toute l’étendue de vos rapports avec elle.

Mais à quoi donc s'occuper, coincé dans cet entrepôt qui bouge, sept jours durant ? On peut lire, bien entendu, mais l’on se doute que les mouvements chaotiques du navire sont peu propices à une activité exigeant un minimum de concentration. On peut se promener sur le pont, mais il fait froid, il y a du vent et l'on n'y voit pas à deux mètres. On peut faire un tour à la « salle de jeux », mais ses deux misérables équipements se révèlent assez peu distrayants : allez donc faire une partie de ping-pong sans balle ou transpirer sur un vélo d’appartement auquel il manque une pédale ! On peut regarder des vidéos au mess, où un petit téléviseur noir et blanc est à votre disposition, mais l’on a vite fait le tour de ces cinq ou six films russes sous-titrés en tchèque et agrémentés d’une voix-off en polonais. Ah, on peut aussi jouer aux cartes avec les autres passagers mais, là encore, on se lasse vite.

Encore que, encore que... Le petit côté huis-clos à la Agatha Christie de cette mini-société n’est pas ce qu'il y a de plus déplaisant dans l'aventure. A la limite, la chute par-dessus le bastingage d’un membre de notre équipage grognon et hostile pourrait même donner du piquant au voyage. Qui l’a donc poussé à la flotte, le matelot ? La nanny rejoignant sa verte Angleterre après dix ans d’enseignement des bonnes manières aux morveux yankees ? L’expat zurichois exportant une Corvette de collection et refusant de ne pas voyager avec elle ? Le couple de retraités américains terrorisés par les avions et parcourant le monde en cargo ? L’immigré turc rentrant au pays avec son camping-car géant ?

Mais non, même pas... Pas le moindre petit meurtre entre amis, pas la moindre noyade suspecte : le néant total. Mais j'évoque cet équipage bougon et peut-être suis-je injuste à l’égard de ces types dont les faits et gestes sont manifestement contrôlés par leurs officiers. 87, c’est avant 89, si je peux m’autoriser cette tautologie. Et Solidarnosc a beau défrayer la chronique, un ouvrier polonais de l’époque reste soumis aux obligations d'un ouvrier polonais de l’époque. Clairement, se montrer trop sociable avec ces dégénérés de l’Ouest n’est pas ce qu’il y a de mieux pour décrocher une promotion.

Du coup, et même si l’ambiance s’est améliorée sur la fin, soit à quelques milles des côtes françaises, nous étions bien deux camps : eux et nous, passagers et marins, affreux capitalistes et sel de la terre mer. Ils nous en ont fait voir, d’ailleurs, ces rudes loups de mer slaves. Dès le premier matin, ils nous ont pris pour des couillons en refusant de nous servir le petit déjeuner prévu au contrat :

No, no breakfast ! Too late, too late !
Comment ça, too late ? Vous aviez dit 7 heures, il est 7 heures… Filez-nous à bouffer, boljemoi !
No, no, too late, too late, mister. Time now is being 8 o’clock!

J’imagine qu’ils faisaient le coup à tout le monde, nos amis en uniforme, et qu’ils ne se lassaient pas des têtes déconfites des malheureux à qui l’on indique que le p'tit-déj est servi de 7 à 8, oui, mais auxquels on oublie de dire que le décalage horaire implique d’avancer les pendules d’une heure chaque jour... Tiens, je suis sûr qu’ils en rigolent encore, à la maison de retraite des gens de mer de Gdansk...

Micro-cabine aux surfaces toutes de formica, nourriture infecte servie sans eau (toute la semaine, il a fallu se disputer, sans succès, avec le type qui faisait le service pour qu’il nous apporte une carafe), climat pourri rendant le pont impraticable, animosité de l’équipage, mal de mer quasi constant dû au gros temps... Je n’ai jamais été aussi heureux de voir Le Havre et sa magnifique architecture de HLM reconstruits à la hâte après la guerre qu’en accostant, par un après-midi triste et pluvieux, quai des Amériques. Et tout natif de Larmor-Plage que je sois, je n’ai plus jamais remis les pieds sur un bateau qui ne limite son trajet à une ou deux heures. Hé quoi, je voudrais vous y voir, avec cette machine dans votre tête, machine sourde qui tempête...

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lundi 21 janvier 2008

Plans sur la comète

Au menu de ce bloc-notes allègrement prospectif : l'avenir du PS, de la France et des cartables trop lourds...

Comte_2 « Je ne sais même pas de qui vous parlez », vient de répondre Dominique Strauss-Kahn à une question sur les ambitions de Ségolène Royal à l'approche du prochain congrès du PS. « Cette candidate avenante et charismatique n'a à l'évidence pas les capacités nécessaires aux responsabilités qu'elle postule. Elle représente une certitude de défaite, au prix en plus d’une très grave crise dans le Parti », avait déjà lâché Michel Rocard dans Libération avant d’en remettre une couche ce matin sur France Culture...

Qu’un Mélenchon ou un Fabius (voire un troisième couteau adepte du lapsus qui tue) tentent d'exister en s’acharnant sur la plus crédible des prétendantes au leadership, c'est agaçant mais compréhensible. Que DSK et Rocard, les deux cerveaux les plus affutés de la gauche française, en soient là est en revanche franchement affligeant. Je veux bien que le boss du FMI prenne date dans la perspective de 2012, je comprends que l’artisan du calamiteux rapprochement Royal-Bayrou veuille peser sur la désignation du futur premier secrétaire, mais ces nouveaux clous enfoncés dans le cercueil de la social-démocratie made in France sont assez malvenus.

Le PS a besoin d’un patron. Et d’un patron à consommer tout de suite, la question de sa capacité à défier Sarkozy dans cinq ans étant totalement secondaire. Il se trouve qu’en l’état, le seul patron disponible est une patronne, que cette dernière n’est pas plus marquée par son échec que Rocard ou Jospin par les leurs, qu’elle est à Paris plutôt qu’à Washington, qu’elle est populaire à l’intérieur comme à l’extérieur du parti et qu’elle demeure le meilleur rempart contre le repli sur les vieilles lunes gauchistes.

On a beau savoir que le phénix finit toujours par renaître de ses cendres, l’attente est longue.

*

La commission pour la libération de la croissance ne rendra son rapport que mercredi, mais les fuites sont si nombreuses que les vraies surprises risquent d'être rares. Du coup, la question est surtout de savoir ce que l’hyperprésident fera de ces 300 propositions tous azimuts, que Jacques Attali présente volontiers comme un bloc impossible à morceler ― sauf à leur faire perdre toute efficacité.

L’analogie ferait plaisir au spécialiste des objets nomades : je perçois ces suggestions comme l’équivalent sociopolitique du téléphone mobile en termes de leapfrogging. Des pays aux moyens limités, technologiquement distancés ont pu rattraper leur retard en s’équipant d’infrastructures légères dernier cri à bon marché, permettant à des millions de laissés pour compte d’accéder à des moyens de communication modernes et réduisant de facto la fameuse fracture numérique. Les propositions de la commission Attali ont, toutes choses égales par ailleurs, le même potentiel dynamisant : un pays un peu bloqué, un peu largué, un peu frileux, en les adoptant, reprendrait la tête de son peloton.

Michel Rocard, ce matin sur France Culture, entre deux commentaires sur la nullité de Ségolène Royal, marginalisait par avance l’impact de ces mesures en rappelant que la croissance française est conditionnée à des facteurs externes : le niveau mondial de l'activité économique et la crise systémique traversée par la plupart des pays comparables (des trente glorieuses aux trente piteuses). C’est possible, mais ce n’est pas certain. Et abdiquer toute velléité de déblocage de nos propres freins au motif que la France n’est qu’un pays parmi d’autres est un terrible aveu d’impuissance. De la part d'un ancien Premier ministre soucieux de doter son parti d’un leader « aux capacités nécessaires à la prise de responsabilité », ça ne fait pas sérieux.

OK, la France ne va pas se mettre à croître au même rythme qu’une Chine ou qu’une Inde parce qu’elle aura supprimé un échelon administratif ou brisé ses monopoles corporatistes. Elle rendra néanmoins crédible l’idée de rejoindre les mieux placées parmi les vieilles nations, celles qui savent que l’on peut concilier insertion dans le monde « moderne » et préservation d’un modèle social avancé. Ca ne serait déjà pas si mal, non ?

*

Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale et remplaçant possible de François Fillon à Matignon, vient de lancer un grand concours doté de 25 000 euros visant à régler la tragédie des « cartables trop lourds ». Une initiative louable et qui, si elle n’a pas vocation à libérer la croissance, aurait au moins le mérite de libérer les épaules de millions de petits zenfants. Las, l’ami Darcos ne lit pas Commentaires & vaticinations et ne sait pas que le problème a trouvé sa solution dans ces pages depuis bien longtemps.

Hum, je me demande si je ne vais pas les réclamer, ces 25 000 euros...

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jeudi 17 janvier 2008

La nouvelle école péripatéticienne

En France, 40 000 étudiantes arpentent les trottoirs dans le cadre de leurs études. Aristote serait fier d'elles.

Pripatticiens On connaissait le risque, pour la moitié de la population française, de se retrouver sous les ponts, on avait entendu parler du scandale des lycéens forcés à travailler la nuit pour se nourrir, mais voici que débarquent les étudiantes qui se prostituent pour payer le loyer de leur chambre en cité U...

Les temps sont durs et l'on imagine assez bien ces cohortes de futures ingénieures, historiennes ou biologistes obligées de monnayer leurs charmes pour s'acheter des cartouches de stylos. Et encore, la fac est gratuite en France et l’on subodore que les étudiantes américaines, qui financent leurs études à coups de zillions de dollars, étaient déjà réduites à ce terrible esclavage sexuel depuis des lustres.

En tout cas, chez nous, il y a des statistiques et quelque 40 000 titulaires d’une carte d’étudiant se prostitueraient à l’occasion. Quarante mille ? Bigre, ça fait du monde ça... Mais comment en arrive-t-on à un chiffre pareil ? Existe-t-il une UV de péripatéticienne ? Augmente-t-on ses chances de décrocher une bourse Erasmus pour travaux pratiques en officialisant un tel hobby ?  Hum... Le chiffre qui circule trouverait en fait son origine chez SUD-Etudiant, la branche ado d’un syndicat connu pour son réalisme, et s’adosserait à un rapport de l’Observatoire de la Vie Etudiante sur les conditions de vie matérielles dans les facs.

Renseignements pris, un tel rapport existe bien, mais ferait plutôt état de 45 000 étudiants « en situation de grande pauvreté » et semble à peu près aussi concerné par la prostitution que mon concierge par le problème de cet ascenseur en dérangement chronique. Mieux : de ces 45 000 étudiants misérables, le rapport ne pipe mot, seuls certains de ses lecteurs se sentant autorisés à lui faire dire ce qu’il ne dit jamais explicitement pour servir leurs propres objectifs.

Bref, le phénomène de la prostitution estudiantine, s’il ne saurait être totalement balayé d’un revers de main, semble à peu près aussi documenté que celui du sadomasochisme chez les menuisiers de moins de cinquante ans ou du goût pour la confiture d’airelles chez les détenteurs d’un permis de pêche. Ca doit bien exister, mais en tirer une théorie générale quelconque est tout simplement stupide. Sauf, évidemment, si votre projet est d'exiger la naissance du salaire étudiant.

Mon confrère du Figaro Jean-Marc Philibert le sait bien, même s’il n’hésite pas à affirmer que « la prostitution gagne les bancs de la fac ». Il entretient d’ailleurs placidement la confusion entre les 40 000 filles perdues de SUD et les 45 000 crève-la-faim de l’OVE, exemples de ventes de petites culottes recueillis « sur Internet » ― carrefour bien connu de toutes les turpitudes ― à l’appui. Ma consœur de Libération Charlotte Rotman le sait bien, elle aussi, qui assure néanmoins la promotion du dernier opus de la maison Max Nilo, « éditeur proposant des ouvrages politiques, culturels ou sociétaux à caractère polémiques ». Centré sur les aventures de Laura, « étudiante à tout prix », l’édifiant récit d’une jeune fille sans histoire poussée à vendre son corps par l’incurie du CROUS devrait d’ailleurs faire pleurer dans de nombreuses chaumières, avec un tel plan média. Tiens, même France Inter en remettait une couche, ce matin...

Ce type de sujet, dans le temps, paraissait plus adapté aux amateurs des documentaires « de société » proposés par Charles Villeneuve en deuxième partie de soirée sur TF1. Intégrées au débat économico-éducatif, les petites culottes universitaires deviendront-elles le dernier symbole de la mondialisation ultra-libérale ? Il est trop tôt pour le dire, mais je suggère à nos étudiantes en philosophie, entre deux rendez-vous galants, de réfléchir à cette acception moderne de l’école péripatéticienne. Ca sera toujours ça de gagné pour les partiels.

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mercredi 16 janvier 2008

Ca ne marchera jamais !

« Bon sang de bonsoir ! Si on m'avait dit qu'il était si facile de réformer, j'aurais fait deux trois trucs en douze ans d'Elysée... »
Jacques Chirac

4l_2 Que faut-il en penser ? On nous promettait la guerre civile, des combats dans les rues, la révolte des petits, des sans-grades, des faibles, des victimes, contre ce nouvel avatar de la pensée unique : l'interdiction de la cigarette dans les lieux publics. Deux semaines après la disparition du dernier cendrier de bar, force est de constater que les choses se passent plutôt bien. Les restaurants n'empestent plus la clope, les bistrots ne se sont pas effondrés faute de piliers et les fumeurs se sont gentiment repliés sur les terrasses abritées et chauffées mises à leur disposition par d’ingénieux limonadiers. Bref, tout le monde est content...

Bon, on lit encore, ici et là, la prose amère d’un combattant de la liberté, pour lequel l’élimination de l’odeur du tabac froid dans les cheveux des non-fumeurs est la preuve d’une dangereuse dérive fasciste. On a même pu apprendre, sous la plume d’une écrivaine spécialiste du sadisme comme humanisme et complaisamment relayée par Le Monde, qu’il ne manquait plus qu’une « rouelle » aux amateurs de Gauloises pour compléter ce tableau d’une société « intrusive », « totalitaire », « bien-pensante », « moutonnière », « vindicative », « hygiéniste », « puritaine » et « dégoulinante de bons sentiments ». Pour mémoire, la rouelle, c’était l’étoile jaune du moyen-âge, le machin qu’on forçait les juifs à porter pour les reconnaître et dont les nazis n'ont fait que s'inspirer... T’as raison, Anne Parlange, tout ça c’est vraiment la même chose.

Mais bon, pendant que notre amie s’indigne de l’« éradication » des derniers hommes libres, les Français font comme si de rien n’était et se réforment dans le calme. Franchement, c’est à désespérer de l’exception française...

*

Que faut-il en penser ? On nous promettait la guerre civile, des combats dans les rues, la révolte des petits, des sans-grades, des faibles, des victimes, contre ce nouvel avatar de la pensée unique : la mise en place de la flexisécurité et le toilettage du Code du travail. Mais au lendemain de l’acceptation, par toutes les organisations syndicales sauf la CGT (qui ne signe de toute manière jamais aucun accord), d’un projet de modernisation du marché de l’emploi, la tour Eiffel est toujours à sa place, le camembert continue de couler et le vin rouge de gouleyer.

Il deviendra pourtant possible, à Besançon comme à Malmö ou à Copenhague, de négocier un départ à l’amiable avec son patron en préservant ses droits aux allocations ASSEDIC, de conclure un contrat de mission d’une « durée incertaine pour la réalisation d’un objectif défini » ou de conserver sa mutuelle et ses droits à la formation en cas de licenciement en échange d’un allongement de la durée de la période d’essai...

Et même, on annonce d’autres joyeusetés pour les mois qui viennent et il semble que nous n’ayons encore rien vu, notamment sur le terrain de la représentativité des syndicats. Je ne sais pas si ces mesures correspondent à la vision que l’on peut se faire d’une véritable « sécurisation des parcours professionnels » à la scandinave, mais le train semble enfin avoir quitté la gare, si je peux me permettre cette métaphore ferroviaire dans un contexte de négociation sociale.

Là encore, notre exceptionnalisme est mis à mal. Pétard, d’ici à ce que les voisins nous prennent en exemple... Mais bon, rassurons-nous, on n’en est tout de même pas encore là !

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mardi 15 janvier 2008

Bonne fête Tony !

Quoi, le pragmatisme serait passé de mode et je ne suis même pas au courant ?

Blair_2 La saint Antoine, c'est le 13 juin, mais la saint Tony, c'était hier. D'abord sur France Inter, où un Pierre Moscovici très en verve effectuait la démonstration du déviationnisme terminal de l'ancien Premier ministre britannique, mais aussi chez les Econoclastes, mon ami Alexandre Delaigue y faisant son coming out anti-Troisième voie.

Pour « Mosco » ― car je suis encore nominalement membre du PS et c’est ainsi que l’on désigne, entre cognoscentii, l’ancien ministre aux Affaires européennes ―, la cause est entendue : la présence de Tony Blair à la sauterie de l’UMP, dimanche dernier, est la preuve que rien de bon ne pourra jamais venir de cet atlantiste-libéral donnant désormais des gages à Sarkozy dans le seul but d’être expédié à Bruxelles.

Je ne vais pas entrer dans le détail du portrait que brosse du New Labour le 285ème prétendant à la succession de François Hollande (il suffit de se souvenir de n’importe quel prêche de Jean-Luc Mélenchon pour être dans le ton), mais cette sortie amère et revancharde augure assez mal de la prochaine bataille de Solferino. Michel Rocard a beau expliquer, dans Libération, qu’il faut être gentil avec le PS pendant qu’il « rebondit », un Mosco mélenchonnisé comme ambassadeur à Paris du DSKisme, ça décoiffe !

En tout cas, que magic Tony ne compte pas trop sur le soutien de ses « camarades » français pour la présidence de l’Union européenne. Oh, pas seulement parce que ce type est une crapule capitaliste et belliciste, mais surtout parce qu’il est Anglais ! Oui monsieur : An-glais ! Et Mosco vivant, jamais le PS n’acceptera qu’un Anglais fourbe et perfide ne devienne président de l’Europe... Non mais des fois ! But, Pierrot, I’ve got news for you : lorsque DSK a voulu déménager à Washington, c’est à l’hyperprésident qu’il a demandé un coup de main, pas à la maison mère ― sauf le respect que lui doit le membre nominal, évidemment. J’imagine donc que le rosbif, s’il a vraiment besoin d’une lettre de recommandation, saura également à qui s’adresser...

Mais venons-en à la critique moins convenue, moins stratégique, mais finalement si cousine de celle de Moscovici, que propose Alexandre. Mon ex-co-marcheur (il s’est dégonflé cette année et ne participera pas à la terrible promenade de nuit Paris-Mantes) commence par poser « que la question n’est pas tant celle du bilan économique et social de la Grande-Bretagne durant son règne » mais plutôt celle du « managérialisme », soit « l’idée selon laquelle les problèmes de politique ne sont qu’un problème d’application de la bonne solution par des leaders courageux et dynamiques ».

S’adossant au livre d’un journaliste anglais, livre que je n’ai pas lu mais qui semble pouvoir être intégralement résumé, justement, de cette manière lapidaire par le Guardian, Alexandre s’agace des aspects les plus, comment dire, messianique, du blairisme ; de sa promotion de « l’inéluctabilité du progrès ». Tiens, il lui reproche même ― Mosco, Mélenchon, écoutez-ça ! ― une « attitude marxiste-léniniste » dans sa vision d’un « déterminisme économique » et multiplie les exemples de statements en carton-pâte, glanés dans le discours de dimanche et allant dans le sens de cette vision mécanique de la marche du monde (« nécessité du changement », « réalités des défis », bla bla bla...) et de ses aspects ultimement positifs (« opportunités qu’il faut maximiser », « un Etat-providence devenu actif »...).

Oui, c'est certain, Tony Blair baratine. Oui, il recycle des concepts dignes des « manuels de management des années 50 » et fait semblant de s’extasier devant la modernité de son téléphone portable et de nos centrales nucléaires. Oui, il change son fusil d’épaule en fonction des événements, assure que l’Etat n’est pas là pour gérer des entreprises mais nationalise une infrastructure ferroviaire en perdition à l’occasion. Il dit ceci, mais fait cela. The king of spin, on vous dit... Et alors ? Tout ça marche. Tout ça fonctionne. Le chômage fond, le PIB explose, les services publics s'améliorent, bon sang ! 

Le reproche de base, derrière le « managérialisme », finalement, est celui d’une absence d’intellectualisation de la fonction politique et du travestissement de cette carence en « vision » ; du manque d’une sagesse quasi-scientifique dans la gestion d’un pays. Mais ce reproche est-il si éloigné de celui formulé par le PS, qui justifie ses propres échecs par la pureté de ses intentions et exige du leader un certain, hum, supplément d'âme ? Le blairisme, une fois dépouillé de tout le boniment, ce n’est ni du cynisme, ni du messianisme et encore moins du marxisme-léninisme, mais bien ce fameux « pragmatisme » dont on nous rebat les oreilles pour mieux le disqualifier. Non, bien sûr, il n’y a pas de sens de la marche. Non, évidemment, on ne sait pas de quoi demain sera fait, si les Chinois finiront par nous étrangler, les intégristes par nous faire sauter, les nanotechnologies par nous étouffer... Mais le boulot d’un politique, et d’un politique de gauche, par-dessus le marché, n’est-il pas simplement de naviguer à vue dans la direction qu’il pense être celle d’un maximum de prospérité, d’un maximum de justice sociale ?

La question, de fait, est précisément celle du « bilan économique et social » d’un Premier ministre ou d’un président « pendant son règne » et, oui, « les problèmes de politique » ne sont souvent « qu’un problème d’application de la bonne solution par des leaders courageux et dynamiques ». Tout le reste, lorsque les chômeurs se comptent par millions, n’est que littérature.

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lundi 14 janvier 2008

Tombé du ciel

Si le Comité Balladur sur la modernisation des institutions manque d'idées, voici ma contribution pour les municipales : la généralisation du parachutisme électoral.

Parchute Le « parachuté », en politique, c'est probablement ce qu'il y a de pire. Détesté par ses colistiers, sur la tête desquels il est passé pour décrocher son investiture, maltraité par la presse du cru, qui lui reproche son manque « d'ancrage local », sous-estimé par les électeurs, qui le présument incapable de maîtriser rapidement les subtilités du ramassage des ordures, le transplanté met tout le monde d'accord à peu de frais. C'est un étranger, un outsider. Il ne connaît rien de ces vieilles histoires dont on ne parle plus mais qui ont façonné les rapports de forces au fil des ans. Il ne sait rien des squelettes dans les placards, des accords secrets, des connivences, des haines rentrées, des usages... Et si ça se trouve, il n'aime même pas le pastis. Ou le cidre. Ou le genièvre... Vous voyez-le genre ! Le parachuté, tsss... Non, donnez-nous plutôt de ces belles dynasties régionales, de ces interminables carrières municipales, mais surtout, donnez-nous du vrai, de l'authentique, du made in ici ou, à l'extrême rigueur, du grandi chez nous. L'intendance suivra.

L'intendance suivra ? Ah bon ?

Que les candidats eux-mêmes, dont le fait d'être né quelque part est parfois le seul atout, insistent plus souvent qu'à leur tour sur la nécessité d'avoir usé ses fonds de culotte sur les bancs de l'école du quartier pour être légitime, passe encore. Mais que les anonymes qui leur confient les clés d'une mairie, d'un Conseil général, d'un Conseil régional, voire d'une circonscription législative, marchent dans la combine avec une telle constance n'a aucun sens. Que des Marseillais réélisent un Defferre ou un Gaudin sans états d'âme ; que les Ceccaldi-Raynaud soient devenus les propriétaires de Puteaux ; que les Léotard ou les Baudis aient si longtemps « tenu » leurs villes respectives, voilà qui laisse rêveur. Et que des milliers d'édiles putatifs puissent, à chaque échéance, surfer sur leurs « racines » pour s'imposer, pour décrocher le mandat qui leur permettra de continuer à faire la même chose que leurs prédécesseurs au nom du « changement », est franchement ahurissant.

Mettre en parallèle la gestion d'une société commerciale et d'une collectivité démocratique est toujours délicat. Et les qualités requises pour générer des profits n'ont sans doute pas grand chose à voir avec celles qui permettent de faire avancer une communauté d'hommes. Mais parce qu'on n'imagine pas qu'une organisation normale fasse de la consanguinité son principe de base, du refus d'un regard neuf sur les pratiques les plus archaïques et les plus inefficaces son credo, rares sont les entreprises dynamiques ― même familiales ― qui rechignent à importer des talents.

Une ville comme Nice qui, si elle échappe à un 53e mandat Peyrat, tombera dans l'escarcelle d'un Estrosi, n'aurait-elle pas tout à gagner de l'arrivée d'un Nantais ou d'un Strasbourgeois ? Laurent Fabius, que son attachement à sa commune du Grand-Quevilly (OK, il n'y est pas né mais en est l'élu depuis 78) n'a pas permis de développer (il vante à l'occasion son statut de commune « la plus misérable de France »), ne serait-il pas avantageusement remplacé par un Toulousain lassé du cassoulet ?

Interdire le cumul des mandats serait une excellente chose ― et j'ai cru comprendre que la Commission Balladur s'y employait. Mais recycler les gens d'expérience dans un nouveau contexte avant que l'idée ne leur vienne de s'endormir derrière leur bureau Grand Siècle, tout en barrant la route des locaux les plus médiocres, le serait tout autant. La manne céleste, elle vient bien d'ailleurs, non ? Vive le parachutisme !

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PS : Prolongement de cette idée d'un parachutage positif, le passage de Tony Blair à Paris, à l'invitation de notre « énergétique » hyperprésident, me fait regretter que l'intégration européenne ne soit pas encore suffisamment avancée pour qu'un rosbif puisse se présenter chez les grenouilles. Pour du regard neuf, on aurait du regard neuf... Mais l'on prête, justement, des ambitions continentales au bonhomme et ce serait peut-être une manière de contourner cette règle absurde de l'endogamie politique. Tony à Bruxelles ? Yes !

mercredi 09 janvier 2008

Vu à la télé

Hillary Clinton, John McCain, la fin de la réclame à la télé publique... Premier bloc-notes de l'année.

Tvus_2 Tiens, Hillary reprend la corde et « tout redevient possible » pour nos gazettes, qui la donnaient pourtant pour morte il y a moins d'une semaine... Mon pari à moi reste donc valide, l'épouse du « Comeback Kid » ayant manifestement plus d'un tour dans son sac à main.

Bon en vérité, et au-delà d'un intérêt poli pour la micro-politique de nos amis yankees, je me fiche bien de savoir qui, du jeune métis charismatique ou de la sénatrice blanchie sous le harnais, emportera l’investiture. Après tout, à la différence du PS, le parti démocrate n’aborde pas le « changement » sous l’angle d’une rupture avec l’économie de marché et le Fabius local, Dennis Kucinich, n’est même plus invité à débattre ― ce qui n’est peut-être pas la meilleure des choses d’un point de vue tocquevillien.

Bah, ces élections ayant tous les attributs d’une compétition sportive majeure, de leur programmation quadri-annuelle à leur montée en puissance vers une finale paroxystique en direct à la télé, let’s enjoy the ride.

*

A propos de finale paroxystique, je ne miserais pas toute ma considérable fortune sur l’ami McCain, que sa performance d’hier a replacé sur la carte des ambitions républicaines. Les contraintes du politiquement correct empêchent sans doute de l’évoquer trop fréquemment mais, ni son âge, ni ses problèmes de santé ne militent en faveur du vieux soldat.

« Oh, 71 ans, ce n’est pas si vieux ! » s’exclameront Chirac et Brejnev dans un bel ensemble. « Et un cancer n’est pas nécessairement un problème pour un chef d’Etat, s’il est discrètement et convenablement traité », renchériront Mitterrand et Pompidou. Sans doute. Mais à l’heure où l’on célèbre, dans le camp d’en face, les exploits sportifs d’un Obama pétant le feu, le visage déformé par la chirurgie de John McCain n’est pas la meilleure des publicités.

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Tiens, parlant de publicité, mon sarkozysme tout neuf m'inciterait plutôt à me réjouir des projets de l’hyperprésident en matière d’audiovisuel. La fin de la réclame sur les chaînes du service public et la désignation de la BBC comme exemple à suivre, ce sont de bonnes nouvelles.

Reste à préciser la manière dont ces propositions prendront corps. La BBC est financée par une redevance presque deux fois plus élevée que la nôtre et se révèle, bien plus que nos 72 canaux publics, suffisamment adroite commercialement pour vendre ses programmes de par le monde et s’autofinancer partiellement. Augmenter la redevance restant impopulaire, rendre les émissions de France 2 ou de France 3 attractives à l’international tenant (en l’état) de la gageure et l’idée d’une taxe sur les opérateurs téléphoniques étant carrément inepte, on attend les détails avec impatience.

Si l’on me demandait mon avis, mais personne ne me le demande, rassurez-vous, je mettrais la redevance au niveau britannique, je fusionnerais les chaînes surnuméraires pour densifier les grilles de France 2 et France 3 et je recruterais des gens nouveaux pour faire autre chose que du Vivement dimanche, du PJ ou du Plus grand cabaret du monde.

Mais peut-être touchons-nous là aux limites du sarkozysme : de vraies idées, une débauche d’énergie pour les promouvoir, puis pas grand chose...

*

La fin de la pub sur les chaînes de service public est en train de créer un sérieux barouf. Eh quoi, on peut être totalement opposé à la société marchande, à la vente de temps de cerveaux disponibles à des fabricants de boissons gazeuses et protester contre le transfert vers le privé de cette pollution !

La publicité à la télévision est la garantie d’une course à l’audience par la programmation d'émissions présumées « fédératrices ». France 2 plus la pub, c’est forcément TF1 ― en moins bien dans le genre. France 2 sans la pub, ce serait peut-être Arte avec des moyens décuplés. Ca ne vaut pas le coup d’essayer ? C'est en tout cas ce que nous prétendions, nous les gens de gauche, lorsque nous étions encore pour l'Europe et la décentralisation...

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Le livre de l'année !

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