Démocratie participative
La désignation des candidats à l'élection présidentielle US est un processus long, coûteux, complexe et fastidieux. Ces Américains, vraiment, quels primaires !
La première étape du processus permettant de désigner les candidats démocrate et républicain à l'élection présidentielle américaine est enfin derrière nous. Grands vainqueurs de la soirée : Barack Obama à gauche, Mike Huckabee à droite. Enfin, « grands vainqueurs », il faut le dire vite... Les médias français passeront pourtant les heures qui viennent à nous expliquer que les jeux sont faits, que les militants ont tranché, que le « jeune sénateur noir de l'Illinois », en coiffant Hillary au poteau, a fait la preuve de sa capacité à séduire un électorat essentiellement blanc et rural... Ils nous diront aussi que Rudolph Giuliani, ex-front runner républicain, est désormais hors-course avec ses misérables 3,5%. Favorable à l'avortement et au mariage gay, il était de toute façon trop « liberal » pour séduire les rednecks bigots qui, en dernière analyse, forment la base électorale de son parti.
Enfin, ça, c'est ce que l'on nous serinera jusqu'au prochain arrêt sur la ligne Des Moines-Washington, soit Concord (New Hampshire) le 8 janvier. On affirmera alors qu'Hillary Clinton, en reprenant magistralement la main, est en route pour un sans-faute et que Giuliani est tout à fait capable d'attirer une droite épuisée par les années Bush. A moins que la victoire du mormon Mitt Romney ne permette d'évoquer la dérive sectaire d'une Amérique rongée par sa religiosité, évidemment...
On nous dira ceci ou cela d'une phase à l'autre, mais dominera, au fil des semaines, l'impression d'une magnifique machine démocratique permettant à tout un pays de s'exprimer, de débattre, d'affiner ses choix jusqu'au combat final. Je lis dans le New York Times de ce matin que ces courses à la désignation d'un candidat sont un archaïsme, que le vote d'un micro-État comme l'Iowa n'a plus de sens et qu'il est temps d'en venir à un système de caucus régionaux multi-États. C'est possible. Je n'en sais rien. Mais vue de ma fenêtre, la capacité d'un trou de 3 millions d'âmes à mobiliser plus de 300 000 votants (239 000 à gauche, 105 000 à droite) sur de simples primaires partielles est hallucinante.
Lorsque, d'ici quelques mois, les conventions nationales des deux partis désigneront officiellement leur champion, plusieurs millions de citoyens se seront impliqués dans une pré-campagne sans non-dits, dont les coups-bas ne sont finalement que l'écume. Et le président qui sortira des urnes, le 4 novembre prochain, sera tout sauf « accidentel ». Chez nous, fameux contraste, le président est le boss d'un parti dont le statut officiel est celui de véhicule vers le pouvoir et la désignation, par le biais d'un vote des militants, de la candidate socialiste à l'élection ultime est largement restée en travers de la gorge de ses concurrents malheureux. Je ne crois pas à l'importation « sèche » de mécanismes inventés ailleurs, même lorsqu'ils fonctionnent manifestement mieux que les bricolages qui sont notre lot, mais nous en inspirer ne nous ferait sans doute pas de mal...
Bah, on avance tout de même : la candidate socialiste, on l'a dit, avait été envoyée au casse-pipe sur la base du choix des adhérents (moins nombreux au plan national, soit dit en passant, que les participants au seul caucus démocrate de l'Iowa). Et la désignation du premier secrétaire PS n'est plus, depuis le congrès de Brest en 1997, l'affaire de quelques éléphants réunis en conclave. On avance, donc, mais à minuscules enjambées, surtout lorsque l'on observe le niveau des tractations qui préludent à l'organisation du congrès 2008 et les « alliances baroques de sensibilités » en train de poindre.
La démocratie participative, concept iconoclaste sous nos latitudes, daily bread de l'autre côté de l'eau : franchement, où sont vraiment les « primaires » ?
© Commentaires & vaticinations
Une réserve sur l'usage du mot participatif. Les primaires US sont un vote d'adhésion à un homme (ou une femme) et à un programme. Aucun candidat désirant avoir une chance de succès n'oserait demander aux Caucus de le désigner ET de lui écrire son programme. La démocratie se cherche des chefs, pas des délégués de classe.
Rédigé par: Eolas | vendredi 04 janvier 2008 at 20:21
Ca y est, Libé annonce l'élection d'Obama !
Rédigé par: Prophète | samedi 05 janvier 2008 at 12:32
Il y a un peu de mauvaise foi, dans ce post, non ?
Rédigé par: armel | dimanche 06 janvier 2008 at 00:32
En tout cas les réactions de la presse française ressemblent à ce qui est dit ici. Pour suivre la campagne, j'ai trouvé le minisite de ABC, il y a tout : vidéos, reportages, analyses, discours.
http://abcnews.go.com/Politics/
Bien mieux que Libé !
Rédigé par: Gilles | dimanche 06 janvier 2008 at 16:42
Eolas,
Bah, démocratie participative est une expression-valise, une auberge espagnole. Mais ne soit pas si dur avec les délégués : rappelle-toi que rien n'est plus important pour les "chefs" que les "délégués", ces jours-ci :
http://en.wikipedia.org/wiki/Delegate#USA
Prophète,
Oh, ils auront probablement le temps de le faire plusieurs fois d'ici à la nomination du candidat démocrate.
Armel,
Comment ça ?
Rédigé par: Hugues | dimanche 06 janvier 2008 at 18:14
Ce que je pense, c'est que c'est un peu raccourci de considérer que la démocratie participative est une réalité plus forte aux Etats-Unis qu'en France, et surtout d'en arriver à la conclusion que la démocratie y fonctionne mieux. C'est bien le sens de ce post, non ?
Des primaires où c'est l'argent qui sélectionne les gens qui peuvent s'y présenter (et de l'argent issu de lobbys, qui plus est), participatives ou non, je ne trouve pas ça top démocratique.
Pour moi, démocratie participative, ça voulait avant tour dire débat d'idées tous azimuths, non ?
Mais, je peux me tromper, c'est loin d'être exclu.
Rédigé par: armel | lundi 07 janvier 2008 at 20:43
La démocratie participative renvoit à des techniques permettant d'associer les citoyens aux décisions au cours d'un mandat. Là, il s'agit de demander au peuple de choisir les candidats au sein d'un parti. Cela n'a rien à voir.
Je ne suis pas un spécialiste de la vie politique US, mais il me semble que ce système est non seulement rendu indispensable par le système électoral indirect (grands électeurs) mais surtout parce que les partis américains ne sont pas des paris au sens où on l'entend ici, c'est à dire avec une certaine cohérence idéologique.
Rédigé par: Malakine | lundi 07 janvier 2008 at 23:54
La dernière victoire de Bush sur Al Gore, avec son cortège de confusion, d'incertitudes et de contestations, ne donnait pas l'impression que les élections présidentielles américaines fussent un modèle de démocratie... Le mode de financement des candidats ne semble pas non plus à envier... Et puis quand on aboutit deux fois à l'élection de Georges Bush Junior, même si le vote est réellement démocratique, on n'a vraiment pas de quoi se vanter, non ?
Rédigé par: Michel B. | mardi 08 janvier 2008 at 17:18
La démocratie participative aux USA? l'un des grands théoriciens de ce concept est américain, des dizaines d'ONG défendent cette idée, des expérimentations à grande échelle ont été pratiquées, et le fantasme d'un pouvoir qui serait nécessairement "plus raisonnable" s'il pouvait être l'apanage de quelques gros QI sur-diplômés y est tout de même bien moins répandu, donc oui, les Ricains ont encore quelques "petits" avantages sur le plan de la démocratie.
Rédigé par: Laurent Weppe | samedi 12 janvier 2008 at 17:35
Voici une réflexion sur le modem, et les relations avec le PS.
Le sommaire est :
Qu'est-ce que le modem ?
1 De l'udf au modem
2 Qu'est-ce aujourd'hui ?
3 Vers où se dirige le modem ?
Quel doit être le positionnement du PS vis à vis de celui-ci
1 La pratique nouvelle et décomplexée d'alliances municipales avec le modem
2 Risque ou opportunité pour le PS ?
Modem : quelques questions que l'on doit se poser... (1)
http://rfrn.over-blog.com/article-16912385.html
Qu'en pensez vous ?
Rédigé par: jani-rah | vendredi 22 février 2008 at 12:07