Quoi, le pragmatisme serait passé de mode et je ne suis même pas au courant ?
La saint Antoine, c'est le 13 juin, mais la saint Tony, c'était hier. D'abord sur France Inter, où un Pierre Moscovici très en verve effectuait la démonstration du déviationnisme terminal de l'ancien Premier ministre britannique, mais aussi chez les Econoclastes, mon ami Alexandre Delaigue y faisant son coming out anti-Troisième voie.
Pour « Mosco » ― car je suis encore nominalement membre du PS et c’est ainsi que l’on désigne, entre cognoscentii, l’ancien ministre aux Affaires européennes ―, la cause est entendue : la présence de Tony Blair à la sauterie de l’UMP, dimanche dernier, est la preuve que rien de bon ne pourra jamais venir de cet atlantiste-libéral donnant désormais des gages à Sarkozy dans le seul but d’être expédié à Bruxelles.
Je ne vais pas entrer dans le détail du portrait que brosse du New Labour le 285ème prétendant à la succession de François Hollande (il suffit de se souvenir de n’importe quel prêche de Jean-Luc Mélenchon pour être dans le ton), mais cette sortie amère et revancharde augure assez mal de la prochaine bataille de Solferino. Michel Rocard a beau expliquer, dans Libération, qu’il faut être gentil avec le PS pendant qu’il « rebondit », un Mosco mélenchonnisé comme ambassadeur à Paris du DSKisme, ça décoiffe !
En tout cas, que magic Tony ne compte pas trop sur le soutien de ses « camarades » français pour la présidence de l’Union européenne. Oh, pas seulement parce que ce type est une crapule capitaliste et belliciste, mais surtout parce qu’il est Anglais ! Oui monsieur : An-glais ! Et Mosco vivant, jamais le PS n’acceptera qu’un Anglais fourbe et perfide ne devienne président de l’Europe... Non mais des fois ! But, Pierrot, I’ve got news for you : lorsque DSK a voulu déménager à Washington, c’est à l’hyperprésident qu’il a demandé un coup de main, pas à la maison mère ― sauf le respect que lui doit le membre nominal, évidemment. J’imagine donc que le rosbif, s’il a vraiment besoin d’une lettre de recommandation, saura également à qui s’adresser...
Mais venons-en à la critique moins convenue, moins stratégique, mais finalement si cousine de celle de Moscovici, que propose Alexandre. Mon ex-co-marcheur (il s’est dégonflé cette année et ne participera pas à la terrible promenade de nuit Paris-Mantes) commence par poser « que la question n’est pas tant celle du bilan économique et social de la Grande-Bretagne durant son règne » mais plutôt celle du « managérialisme », soit « l’idée selon laquelle les problèmes de politique ne sont qu’un problème d’application de la bonne solution par des leaders courageux et dynamiques ».
S’adossant au livre d’un journaliste anglais, livre que je n’ai pas lu mais qui semble pouvoir être intégralement résumé, justement, de cette manière lapidaire par le Guardian, Alexandre s’agace des aspects les plus, comment dire, messianique, du blairisme ; de sa promotion de « l’inéluctabilité du progrès ». Tiens, il lui reproche même ― Mosco, Mélenchon, écoutez-ça ! ― une « attitude marxiste-léniniste » dans sa vision d’un « déterminisme économique » et multiplie les exemples de statements en carton-pâte, glanés dans le discours de dimanche et allant dans le sens de cette vision mécanique de la marche du monde (« nécessité du changement », « réalités des défis », bla bla bla...) et de ses aspects ultimement positifs (« opportunités qu’il faut maximiser », « un Etat-providence devenu actif »...).
Oui, c'est certain, Tony Blair baratine. Oui, il recycle des concepts dignes des « manuels de management des années 50 » et fait semblant de s’extasier devant la modernité de son téléphone portable et de nos centrales nucléaires. Oui, il change son fusil d’épaule en fonction des événements, assure que l’Etat n’est pas là pour gérer des entreprises mais nationalise une infrastructure ferroviaire en perdition à l’occasion. Il dit ceci, mais fait cela. The king of spin, on vous dit... Et alors ? Tout ça marche. Tout ça fonctionne. Le chômage fond, le PIB explose, les services publics s'améliorent, bon sang !
Le reproche de base, derrière le « managérialisme », finalement, est celui d’une absence d’intellectualisation de la fonction politique et du travestissement de cette carence en « vision » ; du manque d’une sagesse quasi-scientifique dans la gestion d’un pays. Mais ce reproche est-il si éloigné de celui formulé par le PS, qui justifie ses propres échecs par la pureté de ses intentions et exige du leader un certain, hum, supplément d'âme ? Le blairisme, une fois dépouillé de tout le boniment, ce n’est ni du cynisme, ni du messianisme et encore moins du marxisme-léninisme, mais bien ce fameux « pragmatisme » dont on nous rebat les oreilles pour mieux le disqualifier. Non, bien sûr, il n’y a pas de sens de la marche. Non, évidemment, on ne sait pas de quoi demain sera fait, si les Chinois finiront par nous étrangler, les intégristes par nous faire sauter, les nanotechnologies par nous étouffer... Mais le boulot d’un politique, et d’un politique de gauche, par-dessus le marché, n’est-il pas simplement de naviguer à vue dans la direction qu’il pense être celle d’un maximum de prospérité, d’un maximum de justice sociale ?
La question, de fait, est précisément celle du « bilan économique et social » d’un Premier ministre ou d’un président « pendant son règne » et, oui, « les problèmes de politique » ne sont souvent « qu’un problème d’application de la bonne solution par des leaders courageux et dynamiques ». Tout le reste, lorsque les chômeurs se comptent par millions, n’est que littérature.
© Commentaires & vaticinations
Si le blairisme est un pragmatisme, le sarkozysme en est un autre, n'est-ce pas ? La validation de l'accord paritaire sur le contrat de travail français nous a vu assister au spectacle réjouissant d'un Mailly qui joue les Bergeron, faisait mine d'oublier l'attitude constante de sa centrale ces douze dernières années. Peut-être le mélange (imparfait, certes) de fermeté et de souplesse qui règne en ce moment à l'Elysée n'est-il pas pour rien dans ce revirement. J'ai bien noté que le blairiste conséquent qui gère ce blog a concédé, dans une note récente, que, finalement, Sarkozy, c'était "mieux que rien". Peut-être, puisqu'il est conséquent justement, ira-t-il par avouer que, Sarkozy, c'est "pas mal du tout". Il ajoutera que Blair est encore mieux, que Blair a eu l'antériorité du mérite, ce que les électeurs de notre Président bien-aimé (béni soit son nom) lui concèderont bien volontiers.
Rédigé par : François X | mardi 15 janvier 2008 à 14:51
Non Hugues, la question est de savoir, comme le rappelle AD et ce bouquin, ce que veut dire "ça marche". Pour toi, cela signifie baisse du chomage et hausse du PIB. Essaye de comprendre que pour d'autres, cela peut signifier autre chose (baisse de la pauvreté, par exemple). Et que faire de la politique, cela consiste à trancher entre ces différentes signification de "ça marche".
Rédigé par : EL | mardi 15 janvier 2008 à 14:53
El, tu vas nous faire baisser la pauvreté en négligeant le Pib et la croissance ? On a vu ça où ?
Rédigé par : François X | mardi 15 janvier 2008 à 15:07
Le problème, FX, c'est que l'on peut fort bien s'occuper de la croissance tout en négligeant la pauvreté (par exemple). C'est là que se pose la question de la signification du "ça marche".
La croissance est un outil, non un but. Idem pour la baisse du chômage.
Rédigé par : EL | mardi 15 janvier 2008 à 15:23
El, on peut s'occuper de la croissance en négligeant la misère et la pauvreté. On est d'accord sur ce point. J'espère qu'on est d'accord aussi sur le fait qu'il n'y a pas de recul de la misère envisageable sans hausse conséquente du Pib et baisse du chômage.
Rédigé par : François X | mardi 15 janvier 2008 à 15:34
Et alors? Je viens d'expliquer pourquoi ce n'était absolument pas la question!
La question est de savoir ce que veut dire "ça marche". Dire que ça marche parce que le PIB augmente, cela revient à décider que cela peut constituer une fin valable. Or c'est très discutable, notamment pour ceux qui considèrent que ce n'est pas une fin, mais un moyen.
Rédigé par : EL | mardi 15 janvier 2008 à 15:44
En fait, je crois que j'ai mal choisi l'exemple (la pauvreté). Je ne souhaitais pas soulever la question de la pauvreté en tant que telle, encore moins du bilan blairiste à ce sujet.
Je prends donc un autre exemple : pour certain, une politique "qui marche" est une politique qui réveille la fierté nationale. On voit là qu'il y a plusieurs sortes de "ça marche". Or c'est ce que Blair nie implicitement, et c'est ce que le bouquin cité par AD lui reproche (notamment).
Rédigé par : EL | mardi 15 janvier 2008 à 15:55
L'intérêt du billet d'econoclaste est qu'il démonte la rhétorique de Blair, identique à celle du discours du boss qui va présenter les résultats et les objectifs de son entreprise devant ses cadres esbaudis (qu'il va virer dans un mois).
Peut-être te rappelles-tu ce livre satyrique des années 80/90 "En avant pour le défi du challenge !", écrit comme un blog avant leur apparition : les phrases du livre sont interchangeables avec celles de son discours.
Ensuite tu vas me dire "et alors ?", je réponds que l'histoire jugera, car il manque le recul qu'on a pour Tatcher.
Rédigé par : all | mardi 15 janvier 2008 à 16:36
Bon, je vais devoir venir au Paris-Mantes... en 8 heures de marche nocturne, je te convaincrai peut-être ;-).
Pour revenir sur le sujet, chez Blair, le discours n'est pas un boniment visant à faire passer une "bonne" politique : le discours est la politique menée. Et le managérialisme n'est pas un pragmatisme au service de l'intérêt général, mais un ensemble de choix idéologiques légitimés par l'idée de l'inévitabilité et de l'efficacité.
Premièrement, sur quoi s'appuyer pour dire "ça marche"? Il faudrait pour le savoir identifier ce qui ce serait passé avec un autre contenu politique, avec les torys au pouvoir, dans la même période. C'est comme si l'on tirait du cours boursier de Total l'idée que son président est un excellent manager : dans les circonstances actuelles, avec le prix du pétrole à ce niveau, même avec un chimpanzé comme PDG, l'entreprise se porterait bien. Il est impossible, en pratique, de savoir ce qui dans les bons chiffres de l'économie britannique relève des circonstances, et ce qui relève des politiques menées.
Je reprends également la remarque d'EL : "ça marche" signifie atteindre certains objectifs, mais ne nous dit rien sur la désirabilité de ces objectifs. Par exemple, dans l'alternative inégalités-croissance, Blair s'est finalement placé du côté de la croissance économique, forte, même si au passage les inégalités ont augmenté. C'est un choix, mais il est possible d'en faire d'autres; surtout, ce choix a été imposé comme inévitable, inéluctable, parce qu'il obéit à la logique de la technologie et de la mondialisation. Or il est faux de dire que ce choix est imposé par les circonstances : face aux mêmes circonstances, il est toujours possible d'en faire d'autres. On est pour ou contre, mais nier l'existence du choix est à la base du problème.
Ensuite, le managérialisme n'est pas un vide intellectuel sous lequel se cache un pragmatisme de bon aloi; au contraire, le managérialisme est une idéologie qui repose sur des a priori qui, comme tous les a priori, sont contestables. L'idée que la croissance repose sur le soutien aux hommes d'affaires (plutôt que sur la concurrence); L'idée que l'amélioration des services publics passe par le contrôle (plutôt que sur l'autonomie); l'idée que le progrès social passe par l'augmentation de l'activité professionnelle (plutôt que par des droits universels laissant les gens libres de décider de travailler ou non); L'idée que la sécurité ne peut être obtenue que par le contrôle social tous azimuts (plutôt que sur l'autorégulation de la société); L'idée que la politique étrangère doit viser les grands changements dans le monde (pour le développement, ou pour transformer une société victime d'une dictature); etc, etc.
Le point commun à toutes ces idées, toutes contestables, c'est qu'à chaque problème, il existe une solution qui vient d'en haut, qui doit être mise en place pour peu qu'on soit dirigés par des gens compétents et éclairés. Non seulement c'est criticable, mais c'est une façon de nier la complexité sociale. Et non, ce n'est pas du pragmatisme : le vrai pragmatisme consiste à connaître les limites de ses possibilités, et à reconnaître l'existence d'alternatives.
Rédigé par : alexandre delaigue | mardi 15 janvier 2008 à 16:49
François X,
Le sarkozysme est effectivement une forme de pragmatisme, mais j’en reste au « faute de mieux ». Pour le « pas mal du tout », il faudra repasser. Et je ne dis pas ça simplement parce que la vulgarité du bonhomme est assez horripilante (on a vu que ses prédécesseurs n’avaient rien à lui envier sur ce point), mais bien parce que j’ai besoin de voir des résultats concrets. C’est ça aussi, le pragmatisme.
El,
Oui, la croissance, l’emploi, l’amélioration des services publics sont bien des éléments de jugement de l’efficacité d’une politique. Mais je n’ai aucune envie de refaire le débat sempiternel sur la réalité du chômage en Grande-Bretagne. Quiconque connait ce pays sait qu’il est effectivement au plein emploi et que même si les chiffres sont truqués, patati patata, ceux du taux d’emploi (c’est dire le nombre de 15-65 au travail) sont de 10 points supérieurs aux notres. Quel meilleur juge de paix ?
Quiconque connait ce pays sait également que n’importe quel nouveau venu, serveur ou trader, trouve un job dans la minute et que, pendant que la France fermait son marché du, hum, travail aux plombiers polonais, 600 000 d’entre eux trouvaient à s’employer outre-Manche.
Quiconque connait ce pays sait également que les salaires, très inférieurs aux nôtres il y a 10 ou 15 ans, leurs sont désormais supérieurs de 30% en moyenne. Il y a de la pauvreté, des tas de problèmes à régler, OK, mais nous avons les mêmes, plus le chômage et l’absence de croissance.
Alors oui, de ce point de vue, ça marche.
All,
Blair est effectivement le roi du spin. Quoi de neuf sous le soleil ? Mais encore une fois, les résultats sont là. Quant à Thatcher, je ne fais partie de ceux qui pensent que cet intermède était indispensable. Mais l’histoire est là. On ne va pas la refaire et Blair arrive effectivement après la purge.
Alexandre,
8 heures, oui, c’est mon but ce coup-ci.
Mais expliquer qu’on ne peut pas donner un satisfecit au New Labour au prétexte qu’on ne sait pas si les choses ne se seraient pas aussi bien passées avec un singe aux commandes, c’est un peu gonflé.
On pourra d'ailleurs tenir ce discours dans n’importe quel contexte mais lorsque l’on compare les fortunes divergentes de la France et de la Grande-Bretagne en 10 ans, on voit que nos chimpanzés à nous se sont assez mal démerdés dans des circonstances globales proches.
Maintenant, sur les a priori, oui, c’est certain, il y a des a priori. Mais ces a priori sont justement ce qui nous distingue des singes (les vrais). On fait des choix, ils nous mènent quelque par et l’on constate alors si l’on s’est planté ou non. De mon côté, je pense que le progrès social passe effectivement par la possibilité de travailler offerte à tous (je ne comprends pas cette idée de la liberté de ne pas travailler) et, à ce titre, je reconnais l’efficacité du New Labour :
http://hugues.blogs.com/commvat/2006/04/a_tale_of_two_c.html
Mais je déteste par ailleurs la dimension de contrôle social du blairisme, même si je crois qu’il s’agit d’avantage d’une question culturelle et de rapport à la société qu'une affaire proprement blairiste. Je fais les mêmes réserves sur la politique étrangère : il s’agit de la politique étrangère britannique avant toute chose, dans la logique historique propre à ce pays et pas de choix découlant du travaillisme.
Enfin, il semble un peu tiré par les cheveux de reprocher, depuis notre fenêtre, aux Anglais de la jouer top-down, non ?
Rédigé par : Hugues | mardi 15 janvier 2008 à 17:30
Si je comprends bien l'argumentation d'alexandre delaigue, le problème du "ça marche" de Blair n'est pas qu'il est mensonger, le problème n'est pas l'inefficacité de son pragmatisme, mais que ce pragmatisme n'offre pas d'alternative théorique. Ce qui revient à reprocher à un pragmatisme d'être pragmatique. Sacrés Français !
Rédigé par : François X | mardi 15 janvier 2008 à 17:32
@ Hugues,
Je me doute bien qu'il faudrait sans doute attendre la Saint Glinglin pour que tu adresses au Petit-Père-du-peuple-en-extase un satisfecit franc. Je notais simplement le retour au réformisme de FO qui se dessine. Cela n'est pas ça, j'en conviens, qui fait de la France un paradis sur terre, mais il me semble que tu ne peux qu'approuver un tel revirement et guère nier que la présence du Cher Leader sur son trône n'y est pas pour rien.
Rédigé par : François X | mardi 15 janvier 2008 à 17:49
FX : non, vous ne comprenez pas bien.
Hugues : si ton argument consiste à dire que les managérialistes anglais ont bénéficié de meilleurs résultats macroéconomiques que les managérialistes français, on peut être d'accord :-). Cela ne nous dit rien sur la désirabilité dudit managérialisme; surtout, cela ne nous dit rien sur la part de la politique menée, par rapport à d'autres facteurs, dans ces résultats macroéconomiques. Dire dans ces conditions que les politiques ont été meilleures d'un côté que de l'autre, c'est affirmer quelque chose qu'on ne sait pas.
Sur la question du travail, il y a une grande différence entre la possibilité offerte de travailler et l'obligation de travailler; Blair a clairement choisi la seconde possibilité, en la présentant comme inéluctable.
Et le contrôle social n'est pas une tradition de la culture britannique : je trouve préoccupant qu'ils nous aient dans ce domaine dépassé sous le new labour. Quand au top-down, s'il est mauvais en France, pourquoi l'apprécier quand il est fait à l'étranger?
Rédigé par : alexandre delaigue | mardi 15 janvier 2008 à 17:58
AD,
hum, hum, je ne suis pas sûr de comprendre si peu. La critique du "managérialisme" ou de l'"obligation de travailler" est-elle de l'ordre du pragmatisme et du résultat ou de l'idéologie et de la morale ? Critiquez-vous le fait que la mise en oeuvre de ces vilains concepts ait fait baisser le chômage ou insinuez-vous qu'une autre possibilité théorique et idéologique était envisageable ? Vous aurez compris que j'ai ma petite idée sur la question.
Rédigé par : François X | mardi 15 janvier 2008 à 18:11
FX : vous savez, en URSS il y avait zéro chômeur : cela ne rendait pas la situation très bonne pour autant. Mais cela vous dit que si vous placez "réduire le chiffre du chômage" comme objectif, vous avez des tas de façons de faire, plus ou moins souhaitables. En quoi forcer les gens qui ne travaillent pas à accepter un emploi mal payé, avec un système fiscal qui fait qu'il n'y a ensuite aucun intérêt à chercher un emploi mieux payé, est-il un bon choix? Il a des avantages, effectivement. Mais aussi des inconvénients. Mais surtout, il n'y a rien qui rende ce choix supérieur à d'autres possibilités, comme celle d'une allocation forfaitaire sans contrepartie de travail.
Si vous pensez que les gens qui ne travaillent pas sont fondamentalement paresseux, vous préférerez la première solution; si vous pensez que les gens doivent être libres de leurs choix, vous préférerez la seconde. Comme quoi, on revient toujours à une question d'idéologie, même quand on se prétend pragmatique.
Rédigé par : alexandre delaigue | mardi 15 janvier 2008 à 20:19
@Hugues :
"Alors oui, de ce point de vue, ça marche."
>Y a-t-il d'autres points de vue valables?
"la croissance, l’emploi, l’amélioration des services publics sont bien des éléments de jugement de l’efficacité d’une politique."
>De jure ou de facto? Si c'est de facto, je suis plutôt d'accord. Si c'est de jure, alors plus du tout.
Rédigé par : EL | mardi 15 janvier 2008 à 21:12
C'est juste un détail, mais tu es sûr qu'il est Anglais ? Je le croyais Ecossais.
Rédigé par : melchior griset-labûche | mardi 15 janvier 2008 à 21:29
Alexandre,
Etre pragmatique ou ne pas l'être n'est pas en effet un but en soi, et, Français moi-même, je ne récuse pas le débat idéologique par principe. Je veux bien admettre que l'Angleterre a bien des défauts; quant à ses qualités, Hugues les exposera mieux que moi. Pour en rester sur le plan idéologique, je dirais, à mon sens, qu'il faut trouver un système où deux principes font bon ménage :
1.Les gens sont libres de faire ce qu'ils veulent;
2.Travailler est un devoir moral (peut-être pas tout de suite et n'importe quoi mais quand même).
Au moins, mon pragmatisme n'est plus un voile.
Bien à vous,
Rédigé par : François X | mardi 15 janvier 2008 à 21:34
@FX :
c'est quoi pour vous, être "pragmatique"?
Rédigé par : EL | mardi 15 janvier 2008 à 21:43
C'est assez savoureux de voir François X définir le pragmatisme par des principes idéologiques !
La liberté, la morale, le devoir, c'est effectivement drôlement pragmatique !
Rédigé par : Antoine Block | mardi 15 janvier 2008 à 22:42
"le PIB explose"
à ce sujet, des études récentes signalent que la population du RU pourrait être sous-évaluée de 20.000.000 de personnes dans les statistiques officielles, du moins, si on se base sur la consommation de nourriture plutôt que sur les statistiques.
Voilà qui expliquera sans la moindre difficulté un PIB survataminé et un revenu par tête surévalué de 30% et rien de moins.
Rédigé par : Passant | mardi 15 janvier 2008 à 23:14
Antoine,
Mes premières interventions soulignaient le pragmatisme commun à Blair et à Sarko. Ensuite, je disais à Alexandre que son argumentation n'était selon moi non pas pragmatiqe mais idéologique. Enfin, vaille que vaille, je m'opposai idéologiquement à Alexandre.
Voilà qui est un peu sinueux mais pas si savoureux que ça.
Rédigé par : François X | mardi 15 janvier 2008 à 23:22
Ho Passant ! La population anglaise est sous-évaluée de 20 millions de personnes ? On aimerait lire ces "études"!
Rédigé par : Calculateur prodige | mercredi 16 janvier 2008 à 08:22
ce qui a été surtout reproché par françois hollande à tony blair, c'est de prétendre à un poste de "Président européen
alors que son attitude durant la guerre d'irak a coupé l'europe en deux, a suscité l'incompréhension, la méfiance...
par ailleurs je reprocherais à tony blair de n'avoir pas pu lui, "le plus européen des britanniques" plus fait adhérer son peuple à l'Europe en n'adhérant ni à l'Euro, ni même à Schengen, en ne créant aucun mouvement pro-continent chez lui, avec toujours une attitude frileuse d'Europe prise avec des pincettes...
PS estil vrai que TB a été payé pour parler?
cela nuirait à sa crédibilité, non?
Rédigé par : faceB | mercredi 16 janvier 2008 à 08:34
je penche lourdement vers l'avis d'Alexandre Delaigue. le pragmatisme, tel qu'on le connaît, et il trouve ici son origine dans la bouche des membres de l'UMP, c'est surtout un non-argument pour dire qu'il n'y a pas le choix. car d'abord, ainsi on ne discute jamais des buts et on prétend qu'il n'y a qu'un moyen d'y arriver. et tous ceux qui ne sont pas pragmatiques sont évidemment archaïques et conservateurs.
quant à parler du travail, au moins on n'évoque pas l'activité qui peut recouvrir bien des facettes et être au moins autant utile à la collectivité.
la vérité, c'est qu'on ne voit les choses que sous l'aspect de la production de richesses, ultime fin, et de richesses sonnantes et trébuchantes bien sûr. et j'ai envie de dire que la croissance est une ânerie.
Rédigé par : David | mercredi 16 janvier 2008 à 12:01