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jeudi 20 décembre 2007

Canard sans tête

La volaille qui fait l'opinion s'auto-décapite. Combien de temps pourra-t-elle cavaler dans la basse-cour dans un tel état ?

Lemonde_maquetteJe m'interrogeais, la semaine dernière, sur la capacité de nos journaux anémiques à jouer la carte du Web sans trop d'arrière-pensées. Editeurs et rédacteurs, à peu près aussi enthousiasmés par le développement d’Internet qu'un staphylocoque doré par l'arrivée d’un nouvel antibiotique, n'investissent les lieux qu’à reculons. Du coup, et à l'inverse de ce qui se passe dans les pays où la presse est florissante, c’est à une poignée de « pure players » qu’il revient d’inventer le journalisme de demain avec des bouts de ficelle.

Je suis bien incapable de saisir tous les ressorts de la crise qui secoue Le Monde ― crise venant de conduire à la démission tonitruante de son équipe dirigeante ―, mais je constate que l’émancipation du site du « grand-quotidien-de-référence » est au menu. Hé quoi, le rythme auquel les ventes en kiosques déclinent étant à peu près corrélé à celui auquel les pages vues s’incrémentent sur lemonde.fr, on comprend le malaise... Enfin, on le comprend dans ce contexte où le bonheur des uns ne fait plus celui des autres, filialisation de l’activité électronique oblige.

Convaincue de se laisser manger la laine sur le dos par sa petite soeur du Web, la rédaction-papier attribue, au moins partiellement, la mauvaise passe financière du groupe au poids des investissements multimédias consentis au fil des ans. Bon, les membres de la SRM (Société des rédacteurs du Monde) se plaignent aussi des tentatives de constitution d’un empire de presse par feu-Colombani, mais cet aspect des choses deviendrait presque accessoire au regard du ressentiment anti-Internet.

Le meilleur moyen de les satisfaire, au-delà de la cession déjà entamée des titres adoptés les uns après les autres par le spécialiste de ce mode d'acquisition, serait donc de rapatrier le Web, de le placer sous la tutelle directe de ses ennemis, d’en freiner la croissance trop rapide et, surtout, d’éjecter le partenaire historique du Monde Interactif SA ― l’affreux Arnaud « Brother » Lagardère. Ah, j’oubliais : si quelqu’un pouvait également se charger de pendre Alain Minc dans le parking du 3e sous-sol, le sourire reviendrait sur de nombreux visages...

Mais si je peux me fendre d’un point de vue à contre-courant, la stratégie de diversification initiée par l’ancien patron n’avait pourtant rien d’une aventure absurde et aurait pu mieux se terminer. La mise en place d’un groupe de presse solide, ne dépendant ni d’un marchand de canons, ni d’un couleur de béton, aurait été suffisamment inédite sous nos latitudes pour valoir d’être soutenue. Quant au Monde en ligne, j’ose à peine imaginer où il en serait si la rédaction papier s’en était occupée à sa manière (sans parler du rôle de bouc-émissaire un brin trop pratique que d'aucuns voudraient bien faire endosser à Minc et qui tutoie la paranoïa).

Un canard sans tête, on le sait, continue à marcher quelques instants par la grâce de ses terminaisons nerveuses. Le Monde devrait être donc capable de fonctionner mécaniquement sans direction dans les jours qui viennent. L’exemplaire du jour vient d’ailleurs d’être posé sur mon bureau et il ressemble comme deux gouttes d’eau à celui qui aurait pu être publié si le trio Jeantet-Fottorino-Patino était resté aux commandes. Ca pourrait ne pas durer.

© Commentaires & vaticinations

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Voici les sites qui parlent de Canard sans tête:

Commentaires

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J'avais l'impression que la stratégie du "Monde" consistait à obtenir un maximum d'aides publiques par le maintien en activité d'un journal "classique" et récupérer par ailleurs les revenus d'un modèle Web alimenté par la rédaction du Monde papier.

D'où l'importance de faire apparaître un déficit aussi colossal que possible pour le Monde papier et organiser tout le barouf qui va avec : annonce de déficit, annonce de plans d'économie, manifestation du personnel, etc.

Chuis à côté de la plaque ?

Il me semble que les journalistes de la SRM agissent en bons ségoléniens naïfs. On est en faillite ? Bon, prenons les choses en main : on s'assoit autour d'une table, on discute et on réclame de l'argent. Eloge de l'investissement pour mieux pleurer son obole (à l'Etat, à l'actionnaire...).

Attitude idéale du sarkozyste rêvé : la responsabilité est individuelle et faisons de meilleurs article, dignes en l'occurence d'être d'être publiés dans le journal de référence d'un grand pays.

Pour avoir eu, il y a peu, l'occasion de discuter le bout de gras ouèb avec deux journalistes du quotidien vespéral ayant, chacun, 20 ans de carte de presse en son sein, je peux le confirmer : ils ne doivent pas être très nombreux, les membres de la SRM, à avoir compris ce qui se trame du côté de la rue du Chateau des Rentiers.

Selon eux, tout le succès du site est lié à la mise en ligne de leurs papiers, à partir de 12 ,13, 14 heures. Et certainement pas aux contenus de plus en plus innovants proposés par la rédaction du monde.fr.

Inquiétant.

alors bidule, ca va ?

La réaction aparemment anti internet de la SRM du Monde tient peut-être au fait que lemonde.fr na pas la même structure capitalistique (présence plus nette de Laragardère) que le quotidien papier. C'est sans doute uen des erreurs les plus nettes de JM Colombani que d'avoir dissocié les deux supports: une partie des revenus du site internet qui profite à plein de la réputation du quotidien papier n'iront pas en totalité à celui-ci et finiront dans les poches de Lagardère.

non seulement le monde.fr profite de la réputation de l'édition papier, mais elle utilise aussi et surtout son contenu. Sans l'édition papier, le monde.fr ne serait rien. C'est ahurissant que les deux sociétés soient séparées !

Mrk, Malakine,
Le développement du web à l'extérieur du journal était une nécessité : au Monde comme dans la plupart des journaux, le site était vécu comme une menace et son développement était freiné, sinon carrément empêché par la rédaction papier.


Ce n'est pas juste un point de vue mais une réalité. Mais dans le cas spécifique du Monde, le partenariat avec Lagardère a permis de trouver des fonds qui n'étaient pas disponible autrement.

Ces réactions d'hostilité étaient sans doute justifiées par la peur de l'inconnu, mais il ne faudrait pas réécrire l'histoire.

Sur le premier point peut-être, mais bon, le choix de Lagardère ne pouvait que provoquer des réactions encore plus hostiles et être forcément vécue comme une menace sur l'indépendance du quotidien (Lagardère comme Dassault ne se comportent pas comme de simples investisseurs mais interviennent aussi dans la politique éditoriale des médias qu'ils contrôlent).
Sur le deuxième point, la plupart des supports de presse n'ont pas eu besoin de recourir à des investisseurs extérieurs pour développer leurs sites internet. Il serait intéressant de savoir pourquoi spécifiquement le Monde a dû le faire.

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