Espérons que le dialogue Chavez-Sarkozy ne glissera pas de l'affaire Betancourt à nos propres conflits sociaux. Les conseils prodigués par l'hyperpresidente pourraient ne pas être du goût d'Olivier Besancenot.
Le leader du futur grand parti anticapitaliste dont cette France gangrenée par l’ultralibéralisme a tant besoin faisait hier, à la radio, l’éloge du président Chavez. Un éloge embarrassé (« Je ne suis pas le facteur du chavisme ! »), mais un éloge tout de même. Passant rapidement sur les réformes constitutionnelles que le héros de la révolution bolivarienne est en train d’initier, lesquelles lui permettront notamment de s’installer au pouvoir pour les décennies qui viennent, Olivier Besancenot préférait se concentrer sur les immenses progrès accomplis en matière de santé et d’éducation.
« L’argent du pétrole qu’il ne donne plus aux Américains, se félicitait-il en substance, il le place désormais au service des Vénézuéliens ». Et ce n’est d’ailleurs pas totalement faux. Surfant sur la hausse du prix du baril, celle-là même qui jette nos marins-pêcheurs du Guilvinec dans les rues à la recherche d’une exonération de leurs charges sociales, le lider maximo novo a effectivement importé 20 000 médecins cubains et lancé un programme d’alphabétisation de grande ampleur. Mais pour le reste, et les étudiants qui se font tirer dessus à balles réelles dans les rues de Caracas en savent quelque chose, le chavisme tient manifestement plus du régime totalitaire classique que de la rupture altermondialiste.
Si le plébiscite référendum que Chavez est en train d’organiser est un succès (et rappelons que le nonisme n’est guère une option dans les parages), l’ami de Castro et d’Ahmadinejad contrôlera directement ― outre la présidence perpétuelle ―, le parlement, la Cour suprême, la Cour des comptes et la richissime société nationale des pétroles PVDSA. La banque centrale perdra son indépendance, des « soviets » (« poder popular ») seront établis, le droit à l’information pourra être levé sur ordre présidentiel et certaines zones du pays pourront être placées sous le contrôle de l’armée dans le cadre d’une suspension du cadre juridique régulier. Hum, ça fait franchement envie, l’autre monde, lorsqu’il est enfin rendu possible...
Mais Besancenot reste acquis à la cause, tout comme les lecteurs du Monde Diplomatique, même s’il ne se prive pas, lorsqu’il le rencontre, de dire son fait à son pote Hugo : « Y a des trucs, tout de même, tu exagères un peu ! » C’est peut-être la raison pour laquelle el presidente n'ira pas dire « i Holà ! » à notre camarade trotskiste lors de son passage à Paris : on a sa fierté de jefe latino, bon sang... Ou peut-être préfère-t-il ne consacrer ce court séjour qu’à l’éducation de notre propre chef d’Etat, dont l’hyperprésidence doit lui paraître bien timide. Bah, l’essentiel est qu’il nous aide à faire pression sur son homologue colombien afin d’obtenir la libération de quelques centaines de terroristes des FARC en échange d’une photo récente d’Ingrid Betancourt...
Il est d’ailleurs préférable, et même Besancenot en conviendra, de ne pas voir cette visite éclair s’éloigner de son objet. Hugo Chavez, s’il était saisi du problème des régimes spéciaux de nos cheminots, saurait vraisemblablement lui trouver une solution plus radicale. Mais il est vrai qu’il exagère un peu sur certains trucs, hein, l'ami Hugo...
© Commentaires & vaticinations
Un commentaire d'une importance incommensurable : c'est "jefe", en espagnol.
A propos de la nature du régime, dictature classique ou rupture altermondialiste, cf. ce développement d'un article du Figaro (http://www.lefigaro.fr/international/2007/11/19/01003-20071119ARTFIG00288-la-tentation-cubainede-hugo-chavez.php) :
"Au premier rang de l’allée centrale de la salle de conférence présidentielle est posé un large écran plat de télévision, si bien que Chavez peut, en direct, se voir parler à la nation. «Un journaliste américain a qualifié le chavisme de narcissismo-léninisme. C’est pas mal vu», confie en souriant l’historien Manuel Caballero. «Mais, à mes yeux, Chavez n’est ni communiste, ni socialiste, ni humaniste, ni libéral, ni chrétien, ni musulman : il puise, selon les circonstances, dans toutes les idéologies, ensemble ou séparément, pourvu que ça lui permette de gouverner jusqu’à la fin de sa vie. Ce qu’il admire chez Fidel, ce n’est pas son idéologie, c’est sa longévité au pouvoir !»"
Rédigé par : koz | mardi 20 novembre 2007 à 14:04
Ai foiré le lien : http://www.lefigaro.fr/international/2007/11/19/01003-20071119ARTFIG00288-la-tentation-cubainede-hugo-chavez.php
Rédigé par : koz | mardi 20 novembre 2007 à 14:06
Koz,
Va pour "jefe" alors, c'est corrigé.
Bon lien : mais il ne faut pas abuser des liens vers le Figaro sous des notes anti-Chavez. Je vais avoir encore plus de mal à conserver mon statut de blog de gauche.
Mais le narcissismo-léninisme est un concept pertinent même ici, puisque Besancenot veut abandonner la référence à Trotsky et former ce que les militants appellent déjà le "parti d'Olivier"
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-964241,0.html?xtor=RSS-3208
Rédigé par : Hugues | mardi 20 novembre 2007 à 14:51
La rupture altermondialiste est génétiquement une simple forme de totalitarisme.
Pas la peine de prendre des gants
Rédigé par : Eviv Bulgroz | mardi 20 novembre 2007 à 14:59
Signalons quand même l'interêt du point de vue de Zizek :
http://www.lrb.co.uk/v29/n22/zize01_.html
"It is striking that the course on which Hugo Chávez has embarked since 2006 is the exact opposite of the one chosen by the postmodern Left: far from resisting state power, he grabbed it (first by an attempted coup, then democratically), ruthlessly using the Venezuelan state apparatuses to promote his goals. Furthermore, he is militarising the barrios, and organising the training of armed units there. And, the ultimate scare: now that he is feeling the economic effects of capital’s ‘resistance’ to his rule (temporary shortages of some goods in the state-subsidised supermarkets), he has announced plans to consolidate the 24 parties that support him into a single party. Even some of his allies are sceptical about this move: will it come at the expense of the popular movements that have given the Venezuelan revolution its élan? However, this choice, though risky, should be fully endorsed: the task is to make the new party function not as a typical state socialist (or Peronist) party, but as a vehicle for the mobilisation of new forms of politics (like the grass roots slum committees). What should we say to someone like Chávez? ‘No, do not grab state power, just withdraw, leave the state and the current situation in place’? Chávez is often dismissed as a clown – but wouldn’t such a withdrawal just reduce him to a version of Subcomandante Marcos, whom many Mexican leftists now refer to as ‘Subcomediante Marcos’? Today, it is the great capitalists – Bill Gates, corporate polluters, fox hunters – who ‘resist’ the state."
Rédigé par : stet | mardi 20 novembre 2007 à 15:30
La méthode léniniste pour traiter les grèves de cheminots est assez expéditive, voir l'article récent de Jan Krauze dans Le Monde (quelqu'un a-t-il la référence sous la main ? à défaut je l'ai brièvement cité il y a peu chez moi). Si imparfaite soit-elle, surtout sous notre raïs Sarko premier, la démocratie libérale pluraliste a quand même du bon.
Rédigé par : melchior griset-labûche | mardi 20 novembre 2007 à 17:08
"Au début de 1920, on lit dans la Pravda que "la meilleure place pour un gréviste, ce moustique jaune et nuisible, est le camp de concentration". Lénine est plus radical, qui exige "des exécutions massives" pour briser une grève des cheminots. La militarisation de l'économie, cheval de bataille de Trotski, rend toute grève assimilable à une trahison. On en arrive à des extrémités à peine imaginables, comme l'exécution d'otages - des ouvriers - si les quotas de production fixés à l'usine n'ont pas été remplis."
(Jan Krauze)
Rédigé par : melchior griset-labûche | mardi 20 novembre 2007 à 17:36
Hugues, je ne pense pas que l'on puisse considérer le chavisme, qui prend effectivement de plus en plus l'apparence d'une dictature, comme l'idéal de l'altermondialisme. Si un autre monde est possible (et souhaitable), ce qui reste à démontrer, ce n'est assurément pas celui-là.
Rédigé par : Michel B. | mardi 20 novembre 2007 à 18:18
Ah ben tiens!
Ca fait dix ans qu'on nous bassine avec Chavez... Et maintenant que ça commence à montrer un peu plus sa nature profonde, ce devient quasi un traître. "Non non l'altermondialisme ce n'est pas ça !"
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Faut jamais avoir raison trop tôt ? Combien de grands Hommes faudra t'il épuiser pour qu'une certaine gauche réalise qu'elle est dans la duperie?
Rédigé par : Eviv Bulgroz | mardi 20 novembre 2007 à 22:17
chavez a été élu et réélu, il a le soutien d'une grande partie du peuple, ce n'est ni un modèle, ni un diable, ni castro, ni pinochet...
il me semble qu'il dérive plutôt vers le "péronisme",j'espère qu'il saura développer son pays avec l'argent du pétrole, et que les méchants du nord le lui permettront...
Rédigé par : faceB | mardi 20 novembre 2007 à 23:33
Pardon, je rentre un peu tard pour pondre un commentaire... Je ne prendrai pas la peine de défendre Chavez, qui ne m'a jamais fait l'effet que d'un clown et commence en effet furieusement à ressembler à un dictateur pur et simple -- ce que son grand copain Castro est sans l'ombre d'un doute. Mais enfin, puisque ce blog a actuellement un correspondant en Bolivie, voici le regard du correspondant bolivien.
Ici, on considère Chavez comme un gros con, même s'il lui arrive d'utiliser ses montagnes de pognon pour financer quelques bonnes choses, notamment une récente campagne d'alphabétisation. Ca n'empêche pas que depuis une semaine, toute la Bolivie se fout de sa gueule avec enthousiasme depuis que le roi d'Espagne, pas moins, lui a coupé le sifflet dans je ne sais quel sommet ibéro-américain en lui lançant un très peu diplomatique "porqué no te callas" (en langage diplomatique français, ça donnerait à peu près: "mais tu vas la fermer"). Ca a fait pisser de rire même les partisans les plus convaincus d'Evo Morales, et le "porqué no te callas" de Juan Carlos est désormais la sonnerie de téléphone mobile à la mode dans toute la Bolivie. Voilà tout le respect qu'on a ici pour le clown de Caracas. De là à dénoncer en lui un dictateur, il y a encore un peu de chemin, mais on est quand même fort loin de l'aduler -- et je pense qu'on a bien raison.
Rédigé par : Poil de lama | mercredi 21 novembre 2007 à 04:58
'conserver mon statut de blog de gauche.'
Ah, OK, je le note sur mon calepin, je l'oublie tout le temps celle-là.
Rédigé par : François X | mercredi 21 novembre 2007 à 05:47
Eviv Bulgroz, Michel B.,
C'est tout le problème : on nous expliquait jusqu'à présent qu'il ne fallait pas tenir compte des expériences socialistes russes, est-européennes, chinoises, nord-coréennes ou cubaines. Elles étaient trop dévoyées et évidemment trop polluées par le contexte historique local. Avec Chavez, on allait voir ce qu'on allait voir... Mais bon, il semble que ce ne soit pas encore pour cette fois. Et probablement, le meilleur endroit pour installer le socialisme réel serait la France. Essayons alors...
Poil de lama,
Honorable correspondant : tu aurais pu faire le boulot jusqu'au bout :
http://www.youtube.com/watch?v=X3Kzbo7tNLg
François X,
Ah, toujours cette idée qu'il faut être chavisto-besancenotien pour être de gauche...
Rédigé par : Hugues | mercredi 21 novembre 2007 à 11:40
Ha, ben ça faisait longtemps que je n'étais pas prendre venu une bonne leçon de blairisme pontifiant, tiens.
Ah, toujours cette idée qu'il faut haïr la gauche pour être de gauche...
Enfin, voilà qui est rassurant : dans un monde qui bouge, Hugues, vous ne changez pas.
Rédigé par : manu | mercredi 21 novembre 2007 à 15:26
Manu,
Effectivement, ça faisait bien longtemps et tes commentaires subtils me manquaient. De celui-ci, que faut-il déduire ? Que Chavez n'est pas un dictateur en formation et qu'il est "blairiste" -- donc "de droite" -- de ne pas l'apprécier ? J'ai bon ?
Rédigé par : Hugues | mercredi 21 novembre 2007 à 15:41
Merci, merci, mais que voulez-vous, à subtilité, subtilité et demie, vous êtes un maître, et je vous rends des points, aurait dit Molière.
Non, ma formule faisait allusion à votre commentaire précédent sur les "chavisto-besancenotiens" - et à l'ensemble de vos articles récents que j'ai eu le bonheur de découvrir d'un bloc, comme on dit chez Bouygues.
Allez, bonne dénonciation du polpotisme vénézuélien. En tous cas, je suis ému aux larmes par une telle vigilance citoyenne sur la "formation" d'un " dictateur" (élu et réélu, mais cela n'a aucune importance) alors qu'il y en a tant d'autres de par le monde, bien "formés", eux, qui opèrent en toute tranquillité, dans la mesure où ils respectent le marché. Ah bien oui, quelqu'un qui respecte le marché est forcément un démocrate, j'oubliais.
Rédigé par : manu | mercredi 21 novembre 2007 à 18:49
@ Manu
Juste pour la clarté du débat, qu'entendez-vous au juste par "respecter le marché" ? Chavez va-til renoncer à sa belle position d'offreur sur le marché des hydrocarbures ?
D'autre part vous souvenez-vous du nombre de fois que feu Saddam Hussein fut élu, et avec quel score la dernière fois (non que j'assimile du tout frère Hugo à cousin Saddam). Et si les élections sont chose si importante pour la légitimité à vos yeux comme aux miens, pourquoi Fidel ne se fait-il pas élire par son peuple ? Par humilité peut-être ?
Rédigé par : melchior griset-labûche | mercredi 21 novembre 2007 à 20:54
@melchior : juste pour la clarté du débat, si vous n'assimilez pas du tout Chavez Saddam, alors pourquoi cette remise en cause du verdict des urnes ? Et aussi, que vient faire Castro dans l'histoire ? Où avez-vous lu quoi que ce soit sur Castro dans mes interventions ? Et si Chavez est un capitaliste comme les autres (ce que vous avez l'air de sous-entendre) en quoi vous dérange-t-il, alors ?
Bref, quel est l'intérêt de votre commentaire ?
Rédigé par : manu | mercredi 21 novembre 2007 à 22:27
@ Manu
peut-on reprendre calmement ? Mon appel à la clarté du débat portait seulement sur le sens de l'expression "respecter le marché". Le reste était, bien entendu, invite à se courir après comme de jeunes chiots turbulents et à se mordiller sans se faire mal. Vous avez accepté cette invite et je vous en remercie. Mais vous n'avez pas répondu à ma question sérieuse. Et dans nos jeux innocents, essayons de ne pas baver sur la moquette de Hugues, n'étant plus myope il s'en apercevrait tout de suite et nous chasserait à coups de bâron.
Rédigé par : melchior griset-labûche | jeudi 22 novembre 2007 à 08:24
Je vous conseille d'aller voir le billet de Vargas Llosa ddans le Monde de ce jour...
Rédigé par : cdc | jeudi 22 novembre 2007 à 16:57