Aujourd'hui, bloc-notes varié : les étudiants en grève, Sarkozy en Amérique, les pros de l'info sur le Web, le prix du livre d'économie du Sénat...
Je ne commenterai pas trop longuement le dernier accès de colère estudiantine, dont les ressorts sont si connus, si convenus même, qu'il me suffit de renvoyer le lecteur aux quelques notes sur ce thème déjà publiées ici pour éviter de radoter. Disons simplement qu’il est à nouveau question d’empêcher « la dérive ultralibérale » de l’université française. Le risque existerait en effet d’une transformation de Villetaneuse ou de Nanterre en Princeton ou en Stanford ― lieux emblématiques d’une décadence académique ayant banni toute recherche fondamentale à l’instigation des tenants du grand capital apatride.
La terrible « loi Pécresse », dont l’objectif est de créer une « université à deux vitesses » et de confier la gestion des facs au Medef, n’est d’ailleurs qu’une première étape dans ce processus de « marchandisation du savoir » et d’autres mesures du même ordre pourraient suivre, comme la création de filières « profitant directement aux entreprises » !
Il suffirait pourtant d’augmenter les impôts des riches de quelques points pour offrir à chacune de nos quatre-vingt et quelques universités les 24 milliards d’euros d'actifs dont est doté Harvard. Pour mémoire, le budget global de l’ensemble de l’enseignement supérieur français était de 77 milliards d’euros en 2007. Quelques points, on vous dit...
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Nicolas Sarkozy au congrès des Etats-Unis, ça dépote. La Fayette, les deux kings (Martin Luther et Elvis), les croix blanches d’Omaha Beach, tout ça... Ca crée des liens. Mais je ne me moque pas puisqu’au final, je suis assez d’accord. Les Etats-Unis sont un pays admirable, dont il est normal pour un Français démocrate, s’intéressant à l’histoire et à la culture, de se sentir proche, voire cousin. Un président selon mon cœur (une présidente ?) aurait toutefois pu dire à peu près la même chose en évoquant Guantanamo. C'est bien le genre de broutille que l’on peut mentionner lorsqu’un ami vous demande ce que vous pensez de lui, non ?
Pour le reste, n’en déplaise à ceux qui voient dans la critique systématique et grossière du pays de Jefferson et de Woody Allen la justification de tous leurs combats, aussi franco-centrés soient-ils (voir plus haut), rien à dire. Les Bush et les Sarkozy passent, l’intérêt et même l’affection demeurent.
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Je me félicitais l’autre jour de l’arrivée des big boys sur le net, de cette déferlante de journalistes authentiques et numériquement décomplexés. Rue89, un site entièrement dégagé des obligations papetières, et donc assez peu soucieux de brider son talent au motif qu’une audience trop forte fragiliserait son grand frère en kiosque, reste le meilleur exemple de ce genre d’initiative. En quelques mois d’existence, il a déjà multiplié les scoops et s’est imposé comme un média crédible. Son équilibre financier est sans doute encore précaire, mais il est sur la bonne voie.
Dernière exclu en date : les magouilles patronales en matière de recyclage de fonds collectés pour la médecine du travail. Hum, ce n’est pas dans Les Echos qu’on lira ça...
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Ah, il faut tout de même que je reparle du prix du livre d’économie du Sénat, cette opération sur laquelle j’ai accepté d’écrire en échange d’une caisse pleine de bouquins, d’un chèque de 15 000 euros et d’un déjeuner au palais du Luxembourg. Les livres, je les ai reçus il y a quelques jour et j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer celui de Denis Olivennes. Mais le déjeuner, c’était ce midi et je n’ai même pas eu le temps d’apprécier mon dessert pour cause de réunion immanquable : les blogueurs, il faut bien qu’ils gagnent leur vie de temps en temps.
J'ai pourtant pu retrouver quelques camarades de blogs et écouter avec eux les trois short-listés nous expliquer en quoi leur bouquin était le meilleur du lot. Je reste assez dubitatif quant à cette sélection, mon propre choix s’étant porté sur l’excellent ouvrage de Charles Wiplosz et Jacques Delpla sur le rachat des « rentes », que je recommande vivement (La fin des privilèges. Payer pour réformer).
Bah, chose promise, chose due : je n’ai pas eu le temps de lire Les petits conseils de Laurent Mauduit et je ne voudrais pas me lancer dans un procès d’intention, mais je l’ai perçu comme un type assez amer, dont la dénonciation des turpitudes d’Alain Minc tombent plutôt à plat. Cet ancien journaliste du Monde se serait rendu compte, un beau matin, de la dure réalité du cercle des affaires parisien et de l’existence de players sans états d'âme (dont Minc) gagnant leur vie à coups de commissions...
Qu’il lui ait fallu douze ans de chronique économique pour découvrir la terrible vérité, c’est déjà surprenant. Qu’il soit persuadé que ce genre de milieu n’existe qu’en France l’est encore plus, même s’il faut bien lui concéder que les autorités régulatrices des marchés britanniques et américaines ont les dents plus acérées que les nôtres en cas de malversation. Et en ce qui concerne le caviardage d’article qui aurait provoqué son épiphanie et son départ du Monde, je ne suis pas vraiment convaincu. Bon, je lirai le livre et on verra bien.
Je m'étais tout de même débrouillé pour parcourir, avant de venir, l’essai sur la mondialisation de Pierre Dockès (L’enfer, ce n’est pas les autres), sorte de plaidoyer pour un développement maîtrisé des échanges internationaux dont je n’ai pas grand-chose à dire, sinon qu’il est assez bien vu mais particulièrement ennuyeux. L’absence totale d’humour et le côté très premier degré de sa prose contrastaient d’ailleurs avec ce type à l'excellent coup de fourchette assis à ma table, dont j’ai appris qu’il était l’auteur juste avant de commettre un impair...
Sur le dernier bouquin en lice (Désordre dans le capitalisme mondial), je réserverai mon jugement. Là encore, je vais d’abord le lire mais j’ai déjà tendance à penser que, des trois nominés, il est celui qui s’approche le plus d’un livre d'économie proprement-dit au sens où ses auteurs, Michel Aglietta et Laurent Berrebi, ont développé une vraie théorie fondée sur une observation originale. En l'occurrence : la manière dont les rapports de force entre entreprises, clients et salariés évoluent dans un monde sans inflation. La quatrième de couverture précise d'ailleurs qu’ils « plaident pour un nouvel ordre économique international multipolaire fondé sur la concertation ». C'était à peu près mon sentiment mais j'étais concentré sur mes riz de veau pendant leur intervention et je peux avoir loupé quelque chose...
© Commentaires & vaticinations
"...les 24 milliards d’euros de budget dont se voit doté Harvard chaque année..."
Les revenus d'Harvard (donc le budget de fonctionnement annuel) ont beau être considérables, ils ne représentent que le dixième des 24 milliards que vous avancez.
Rédigé par : Damien | jeudi 08 novembre 2007 à 22:19
Damien,
Effectivement, les 24 milliards correspondent aux actifs producteurs d'intérêts de l'université. Le budget proprement dit est de 3 milliards de dollars. C'est rectifié, merci.
Mais l'objet de ce parallèle est d'insister sur le fait que les fonds privés qui font si peur à nos étudiants sont l'un des moyens d'avoir un budget de fonctionnement élevé. On voit mal l'Etat financer nos facs à ce niveau et ce niveau est précisément celui qui permet à une université d'être l'une des premières au monde.
Rédigé par : Hugues | jeudi 08 novembre 2007 à 22:40
j'aimerais bien savoir comment tu as essayé d'appliquer la théorie du rachat des rentes dans tes critiques récentes des grèves des internes et de celle des opposants à la réforme des régimes spéciaux...
peut-être tu n'avais pas encore lu le bouquin ?
:-)
Rédigé par : edgar | jeudi 08 novembre 2007 à 23:06
sarko au congrès, c'était semble t il assez brillant et sans doute nécessaire pour permettre à l'opinion américaine de mettre fin aux scories du "french bashing"
on a toujours du succès en èvoquant la fayette et omaha beach, villepin l'avait aussi fait en 2003...
s'il faut en plus dire que notre coeur saigne lorsqu'un soldat américain se fait tuer (sans évoquer lorsque des civils irakiens se font descendre), si l'opinion publique américaine est à ce prix, sarko a eu raison de le dire...
mais parader, faire des mines, montrer une connivence auprès de ce président américain déconsidéré,
qui a emmené son pays et un peu le nôtre dans une aventure tragique, ce n'était pas nécessaire, NON!
Rédigé par : FaceB | jeudi 08 novembre 2007 à 23:49
Hugues, ne persiflez pas, SUD-étudiants a raison de craindre la privatisation. Dès qu'ils en auront la possibilité les investisseurs capitalistes vont se précipiter pour investir dans la fac de Toulouse Le Mirail et la fantastique créativité intelectuelle de cette noble institution va se trouver au service du profit. Quelle horreur!
Rédigé par : WS | vendredi 09 novembre 2007 à 08:24
Edgar,
Je ne pense pas que le cas des étudiants en médecine soit concerné par le principe du rachat des rentes. Si le étudiants deviennent des rentiers dont il faut racheter la "charge" avant même qu'ils aient commencé à travailler, on ne va pas en sortir. Je n'ai pas non plus de plan pour le rachat des rentes des lycéens ou des des enfants du primaire.
En ce qui concerne les régimes spéciaux, en revanche, il aurait été intéressant de tester le système avec eux.
Rédigé par : Hugues | vendredi 09 novembre 2007 à 09:06
que faisaient rachida dati
et rama yade à washington?
elle venaient parler de guantanamo (justice et droits de lhomme) ?
ou simplement montrer leur origine pour témoigner des talents de rassembleur de sarko?
Rédigé par : FaceB | dimanche 11 novembre 2007 à 23:52