Main invisible, stratégie éditoriale et mariages princiers sont au menu de ce bloc-notes de début de semaine.
Pierre-Yves Geoffard est économiste et, accessoirement, chroniqueur à Libération. Un chroniqueur trop spécialisé pour appartenir au club des columnists at-large inventé ici même la semaine dernière mais qui, s'il remplissait le formulaire d'adhésion, verrait sa demande étudiée avec la plus grande bienveillance.
Dans sa livraison du jour, il examine la délicate question de la gestion des flux de Vélib’ à Paris et pointe l’incapacité manifeste du régulateur à faire coïncider offre et demande. « Quand on cherche un vélo, toutes les stations sont vides ; quand on veut le déposer, toutes les stations sont pleines », est-il forcé de constater... Et ce n’est pas la malheureuse poignée de Sysiphe à remorque arpentant les rues de la capitale avec mission de peser sur l’ordre naturel des choses qui y changera quoi que ce soit : what goes up, must come down. Vingt camionnettes ramènent des Vélib’ vers les hauteurs de Belleville ou de Montmartre, des milliers de Parisiens les redescendent immédiatement vers les berges de la Seine.
Geoffard suggère donc l’introduction d’un système de rémunération (en heures de Vélib’ ou en numéraires) de ceux qui assisteraient le régulateur dans sa tâche en pédalant jusqu’au Sacré-Cœur à l’occasion. Hum, la régulation par l’usager lui-même ? Le concept est vertigineux dans le contexte du Vélib’, un dispositif déjà dense en paradoxes idéologiques : écologiquement correct parce qu’il transforme l'automobiliste en cycliste, il n'en est pas moins politiquement incorrect puisqu’il fait le bonheur de JC Decaux et de ses annonceurs. Il serait pourtant amusant de voir la proposition geoffardienne informer les Français de l’impact positif sur la collectivité qui découle (parfois) de l'ignoble recherche de l’intérêt personnel...
*
Je viens de recevoir, au même titre qu’une tripotée d’autres blogueurs, le tout dernier opus de BHL. Je n’ai pas encore tranché, dans le débat qui m’oppose à moi-même, sur la pertinence de cette stratégie marketing : les aspirants journalistes qui animent la « blogosphère » sont évidemment sensibles à ce genre d’attention, d’où la manière enthousiaste dont ils relaient généralement le message d’un attaché de presse ― fut-il organisateur de congrès UMP ou promoteur de gadgets électroniques. Mais un livre de Bernard-Henri Lévy évoquant les raisons de son soutien à Ségolène Royal, voire sa réflexion sur l’évolution de la gauche française, peut-il être « poussé » de la même façon ?
J’en doute un peu. D’abord parce que les ségolistes de mon acabit se comptent sur les doigts d’une ou deux mains chez les blogueurs « influents », mais surtout parce que l’image assez négative du philosophe à chemise échancrée l’empêche souvent d’être entendu avec le respect dont jouissent certains de ses confrères finalement bien moins « thought provoking ». J’y reviens dès que possible mais mon retard de lecture est tel qu’il me faudra bien quelques jours avant de procéder à l’autopsie du « cadavre ».
*
Frappé par le mauvais goût du séjour post-électoral de Nicolas Sarkozy sur le yacht de son « ami » Bolloré, j’aurais mauvaise grâce à ne pas signaler le choc provoqué par les noces d’Henri Weber avec Fabienne Servan-Schreiber. Je ne sais pas ce qu’en penseront Tony Parker et Eva Longoria, autres jeunes mariés glamour, mais j’ai le sentiment que réunir 800 « personnalités du spectacle et de la politique » au Cirque d’hiver est une performance très supérieure à la leur en termes de pipolitude.
Je ne savais pas que le co-fondateur de la LCR, désormais proche de Laurent Fabius, avait les moyens de s’offrir une telle fiesta. Mais, surtout, je ne pensais pas qu’il ait même le désir d’organiser un raout où se retrouveraient, dans la plus franche « camaraderie », acteurs, chanteurs, banquiers, journalistes, ministres, élus, chefs d’entreprise. On a les amis qu’on veut, évidemment, et loin de moi l’idée de reprocher à l’homme à la veste de cuir d’en avoir de si nombreux. Je recommande néanmoins la lecture hallucinante du compte-rendu fait par Le Monde d’un événement étonnamment peu commenté. Il est bien rare qu’un affreux social-traître tel que moi se retrouve en phase avec Alain Krivine, mais son refus de passer prendre une coupe rue Amelot m’est bien sympathique.
© Commentaires & vaticinations
Compte-fils et compte-tours sont dans un bateau... Euh, qu'est-ce que je raconte. Compte-fils et compte-tours prennent un trait d'union, mais pas compte rendu (qui n'est que ce que l'on obtient quand on rend un compte). A part ça, il y a quand même un truc à dire sur les pipoles: pour s'indigner de ce qu'ils font, faut déjà s'y intéresser un peu, et même quand on se fout de leur tronche on leur sert la soupe; pour eux, toute publicité est de la bonne publicité. Moi, qui n'en ai vraiment rien à secouer de tous ces mecs, je ne me serais même pas indigné du raout du cirque d'hiver parce que je serais incapable d'expliquer la différence entre celui-dont-il-est-question et Adriana Karambeu (encore qu'elle, je vois un peu à quoi elle ressemble). BHL, je vois vaguement: c'est celui qui vend des chemises et qui casse la gueule de l'entarteur belge, c'est ça? Quand au président de la République qui mange des barbecues sur le yacht du président des Etats-Unis, c'est bien celui qui a gagné la primaire du PS coqntre Ségolène, non?
Rédigé par : Poil de lama | lundi 08 octobre 2007 à 13:19
c'est comme les utilisateurs d'un compteur E.., le prix est ajusté en fonction des heures creuses et des heures pleines;Si j'ai bien compris il y aura les bornes creuses et les bornes pleines pour que le flux soit régulé...le seul avantage c'est qu'avec les "bornes", si on "les"(les autres) accomplit en vélo cela ne coûte rien!
Rédigé par : Thaïs | lundi 08 octobre 2007 à 14:09
Poil de lama,
C'est justement parce que tu t'es exilé chez Morales et que tu ne reçois Gala qu'avec 15 jours de retard dans ta forêt primaire que je te tiens au courant de ce qui se passe dans le beau monde.
Mais je crois que tu mélanges tout : Adriana Karembeu n'était pas au mariage d'Henri Weber. Cette responsable de la Croix Rouge a autre chose à faire que de courir les mondanités.
Sur le reste, c'est à peu près ça. Mais je crois que le yacht appartenait en fait à Claude Bartolone.
Thaïs,
C'est simple. La demi heure supplémentaire de Vélib' coûte un euro. Si tu prends un Vélib' à République et que tu le laisses en haut de la rue des Pyrénées, tu gagnes un crédit de 1 euro à valoir sur ton prochain dépassement d'horaire. Tu peux également accumuler des crédits et te faire rembourser ton abonnement annuel. L'essentiel est de ne pas te permettre de gagner suffisamment d'argent pour que tu puisses te payer un vélo : il faudrait tout recommencer.
Rédigé par : Hugues | lundi 08 octobre 2007 à 14:32
En fait de "main invisible", cette histoire de Vélibs est plutôt une histoire de "pied invisible".
Rédigé par : Gilles | lundi 08 octobre 2007 à 21:59
Qui a parlé de caviar ?
Rédigé par : Gabriel Fouquet | lundi 08 octobre 2007 à 22:45
Sur le mariage de Henri Weber, Pierre Marcelle en parle tout de même dans Libé d'aujourd'hui. Autrement c'est vrai que ça n'a pas été très commenté.
http://www.liberation.fr/rebonds/chroniques/smoking/283422.FR.php
Rédigé par : Frédéric | mardi 09 octobre 2007 à 12:22
Hugues, je ne voudrais pas te faire de peine, mais, entre nous: les noces d'or de tonton Henry, c'est comme la première communion d'Olivier B., on est contents pour la famille, mais dans le fond, on s'en fout un peu.
Rédigé par : melchior griset-labûche | mardi 09 octobre 2007 à 14:04
Lol pour le parallèle avec Bolloré! J'ai bien ri (tout en n'en pensant pas moins) en lisant Le Monde (Le Canard en avait déjà parlé).
Rédigé par : François Brutsch | jeudi 11 octobre 2007 à 12:49
François Brutsch,
Ah, tout de même ! Mais les gens ne s'étonnent plus de rien !
Rédigé par : Hugues | jeudi 11 octobre 2007 à 16:19