Homme de peu de foi
Où l'auteur fait amende honorable et réaffirme sa foi légendaire dans la nature humaine.
Je m'étais gaussé un peu rapidement de Borloo et de son « Grenelle ». A ma décharge, la platitude de son discours introductif et l'absence de conviction manifeste exsudée par le ministre, l'autre soir à l’Assemblée, n'étaient guère de nature à emporter l'adhésion immédiate de l'observateur indépendant...
L'ancien avocat de Bernard Tapie est arrivé au ministère de l’Environnement par le plus grand des hasards. Sans son cafouillage sur la TVA sociale, l’idée de remplacer les ampoules de son bureau par des lampes à basse consommation en direct sur France 2 ne lui aurait jamais traversé l’esprit. Et sans la punition infligée par l’hyperprésident, il se serait tout aussi vraisemblablement épargné cette escapade épiphanique sur la banquise. Mais bon, il s’est pris au jeu. Il a étudié problèmes et solutions sans trop d’a priori. Il a consulté, proposé, négocié, bataillé... Et il a fini par mettre d’accord un tas de gens venus pour en découdre sur une espèce de projet aux allures de fourre-tout, certes, mais plutôt encourageant.
Bon, la France ne s’est pas réveillée verte parce qu’Al Gore a serré la main de Nicolas Sarkozy au terme d’une série de débats sur l'avenir du schéma directeur autoroutier. Il lui reste même un assez long chemin à parcourir pour rejoindre ses voisines du Nord en termes de bonnes pratiques environnementales. Largué en matière de recours aux énergies renouvelables, champion du monde des parcs automobiles fonctionnant au diesel, lanterne rouge européenne du tri sélectif des déchets ménagers, l’Hexagone ne doit (paradoxalement ?) qu’à ses centrales nucléaires la place à peu près honorable qu’il occupe dans les classements internationaux sur les émissions de CO2.
Mais si les engagements pris sont à peu près tenus ; si l’objectif de réduire l’utilisation de pesticides dans l’agriculture de 50% dans les dix ans est atteint ; si celui de produire 20% de notre énergie via le solaire ou l’éolien ne reste pas lettre morte ; si, enfin, une « taxe carbone » digne de ce nom est mise en place, alors la mise au rencart d’Alain Juppé et son remplacement inopiné par l'ami Borloo n’aura pas été inutile ! Encore bravo à Michèle Delaunay, la planète est fière de toi, camarade !
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Je dois également des excuses à Arnaud Lagardère, que mon tropisme anti-Sarko m’avait amené, un peu lestement, à présumer coupable d’un terrible délit d’initié suite à la vente d'une partie de ses actions EADS. Le patron du premier groupe mondial militaro-médiatique a en effet remis les pendules à l’heure, lors de son audition par les parlementaires, en expliquant qu’il n’était absolument pas au courant de détails aussi négligeables que les retards pris par Airbus sur son programme de livraison d'A 380 ― soit le projet sur lequel l'avionneur a axé l’essentiel de son développement pour le demi-siècle qui vient...
C’est que l’on ne peut pas s’occuper de tout, lorsque l’on dirige un groupe d’une telle envergure. Et le temps que l’on consacre à vérifier les bons-à-tirer de ses journaux, on ne le passe évidemment pas à discuter avec ses ingénieurs. Félicitons-nous plutôt du flair dont a fait preuve le jeune patron au moment de céder les 7,5% du capital d’EADS dont il souhaitait se défaire depuis longtemps juste avant la baisse de 26% du titre. Car en France, et c'est bien notre drame, on n’aime que les losers.
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Mais c’est devant Nicolas Sarkozy lui-même que je suis forcé de me rouler dans la cendre en hurlant « mea culpa, mea maxima culpa ! ». J’avais, certains s’en souviendront, accusé le président de la République française de se comporter en prince florentin dans l’affaire de l’ADN en n’utilisant l’amendement scélérat que dans le but de faire passer sans encombre le reste de sa loi sur le contrôle de l’immigration...
Force est de constater l’étendue de mon erreur. La loi a été votée, bien sûr, et l’amendement ADN préservé. Honte à moi !
© Commentaires & vaticinations

C'est ça, le talent, bonhomme.
Toi et moi, face à ça, nous serons toujours les dindons de la farce : faut t'y faire.
Regarde donc : le mec de la caisse des dépôts qui a signé le truc pour Lagardère, v'la t'y pas qu'il décède... et de mort naturelle en plus. Non, là, franchement, c'est fort.
Rédigé par: Passant | le vendredi 26 octobre 2007 à 12:16
Rédigé par: damocles | le vendredi 26 octobre 2007 à 12:37
" Mais c’est devant Nicolas Sarkozy lui-même que je suis forcé de me rouler dans la cendre en hurlant « mea culpa, mea maxima culpa ! » "
Tût tût tût, n'en restons pas là : je veux voir la photo de la scène... ou un lien vers youtube?
;-)
Rédigé par: damocles | le vendredi 26 octobre 2007 à 12:39
Ce n'est pas bien d'utiliser l'antiphrase... On pourrait te taxer d'être sarcastique!
Rédigé par: Chris79 | le vendredi 26 octobre 2007 à 13:31
Tu oublies tout de même un peu Kosciuzsko-Moricet. S'il y en une des deux qui connaît les dossiers, et depuis bien longtemps, parce que c'est une vraie passion, c'est bien elle. L'alliance de la compétence technique et de l'expérience politique aura probablement été utile. Mais j'aurai du mal à porter tout cela au crédit de Borloo.
Pour ce qui est de l'escapade sur la banquise, que j'ai trouvé aussi bien malvenue, NKM disait aussi un truc pas trop mal observé : quand Arthus-Bertrand fait ses photos dans le monde entier en avion, quand Nicolas Hulot fait ses émission (et transporte pour ça un paquet de matos), ça pollue aussi mais ça attire l'attention. Ca vaut ce que ça vaut mais ça rend l'opération moins ridicule, je trouve.
Rédigé par: koz | le samedi 27 octobre 2007 à 11:19
Mon cher Hugues, je suis surpris que toi, tu fasses la faute avec "tri sélectif" (joli pléonasme).
Qu'on parle de "tri des déchets", ou de "collecte sélective", tout va bien, mais celui qui a inventé la contraction que tu as employée, il m'épate. Quelqu'un a déjà imaginé un tri non sélectif ? C'est comme si on disait "cachette dissimulée"... Et pas grand monde ne réfléchit quand il prononce ces 2 mots accolés.
Rédigé par: OlivierJ | le mercredi 07 novembre 2007 à 16:51
J'ajoute un mot sur les moteurs diesels : ils sont les plus écologiques car ce sont ceux qui consomment le moins (par rapport aux autres dérivés du pétrole), de par leur fonctionnement.
Si un temps, les diesels sont "devenus" les plus polluants (vers 1980, les diesels étaient réputés moins polluants), c'est parce que les voitures à essence furent munies d'un pot catalytique, capable de diviser par 10 ou 20 la teneur de certains polluants. À présent que les moteurs diesels se voient aussi équipés de pots perfectionnés, le diesel est de nouveau moins polluant. On a entendu beaucoup de bêtises sur ce sujet.
Rédigé par: OlivierJ | le mercredi 07 novembre 2007 à 17:02