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mardi 11 septembre 2007

Londres-Paris à vélo : le film

L'hyperprésident passe pour courageux, mais sa réputation semble surfaite. Attendre que je m'éloigne de mon clavier pour engager une bataille aussi prometteuse que la réforme des régimes spéciaux, ce n'est pas joli-joli...

LondonparisA ceux d'entre-vous que l'étrange concept d'un trajet Paris-Londres en autocar attirerait, mais qui n'auraient pas de vélo à transporter pour justifier cette expérience, mon conseil est de s'abstenir. L'autocar, c'est long, inconfortable, fatiguant et les horaires ne sont pas fiables. Il nous a fallu près de onze heures, à mon coéquipier Thibaut C., à nos deux biclounes et à moi-même, pour relier la gare routière de la Porte de Bagnolet à celle de Victoria Station. Entre les embouteillages à la sortie de Paris, les contrôles douaniers à répétition, les retards à l'embarquement sur le ferry, la disparition de notre conductrice espagnole au moment du débarquement (elle s'était endormie au fond du car) et les embouteillages à l'entrée dans Londres, voilà bien de quoi vous faire regretter le train...

D'autant plus que l'on m'apprend que les soi-disant restrictions pour l'emport d'un vélo en Eurostar ne sont qu'un mythe propagé par le centre d'appel de cette efficace société ferroviaire. Dans le monde réel, vous vous pointez avec votre engin à l'heure du départ, vous démontez la roue arrière pour le rendre moins imposant, vous le calez dans un rack à bagages et le tour est joué... La prochaine fois — s'il doit y avoir une prochaine fois —, je saurai à quoi m'en tenir.

*

L'autocar est inconfortable, mais il permet de se rendre compte à quel point argent et surface sociale vous rendent, justement, la vie plus confortable. Les bus Eurolines tendent à être utilisés par des gens que leurs finances empêchent de partir en Eurostar ou en avion : des étudiants, des jeunes, des familles ou des couples aux moyens modestes... Tout à fait le genre de clients que les douaniers et la police des frontières apprécient d'avoir comme matière première — surtout lorsqu'ils sont un poil basanés. Bon, les deux journalistes blancs équipés Go Sport et affirmant vouloir refaire le trajet en sens inverse en pédalant le lendemain s'attirent immédiatement la sympathie des uniformes (« Londres-Paris ? En vélo ? Ben ça alors ! Bravo les gars ! »). Surtout lorsqu'ils transportent une bonne bouteille de pinard, symbole de francité joviale s'il en est, dans leurs sacoches.

Le rasta et le « jeune maghrébin », en revanche, se voient automatiquement offrir la visite guidée de l'arrière-salle en petite tenue. Fouille, interrogatoire, menaces sans fondement (« Si t'as du shit sur toi, tu vas avoir des problèmes ! ») sont au programme du « racial profiling » caricatural qui sert de méthode de détection des malfaisants à nos gabelous.

Je me suis moi-même permis, en les voyant examiner mon matériel, de leur raconter l'histoire du contrebandier qui passait des vélos en fraude, histoire de tester leur résistance. Mais ça les a fait marrer et ils m'ont souhaité bon courage pour le retour. Liberté, égalité, fraternité...

*

Londres-Paris en vélo, c'est dur. Même sur trois jours et à raison d'un peu plus d'une centaine de kilomètres par étape. La sortie de Londres, relativement aisée en voiture via les voies rapides et les autoroutes, est un enfer sur une selle. Et les banlieues sans fin qu'il faut parcourir, les petites rues en boucles, les montagnes russes d'une myriade de petites collines bordées de maisonnettes photocopiées les unes sur les autres peuvent devenir lassantes. L'entrée dans la vraie campagne, une fois traversé le riant borough de Croydon, sorte de banlieue tertiaire sans âme, est heureusement plus agréable. Et même si nous nous sommes retrouvés, bien malgré nous, sur une nationale A23 transformée en quasi-autoroute pendant quelques kilomètres de torture, les choses ne sont pas trop mal déroulées.

*

C'est à Newhaven que la situation s'est un peu détériorée. Nous avions prévu, en effet, de ne pas faire de vieux os dans ce petit coin d'Angleterre où le temps s'est arrêté en 1975, ni le thatchérisme, ni le blairisme n'ayant pris la peine de transformer une cité portuaire déprimée en publicité pour la Cool Britannia chère à Tony. Malheureusement, arrivés quelques minutes après le départ du  ferry de 18h00, nous avons dû accepter de passer la nuit sur place, à l'étage B&B d'un pub sordide, pour attendre celui de 5h00 du matin.

Mais une incroyable histoire d'alarme de téléphone mal réglée (dont j'assume l'entière responsabilité) nous ayant conduit à nous retrouver au port à minuit — absolument convaincus d'avoir dormi toute la nuit mais n'ayant fermé l'oeil que deux heures —, c'est par le bateau de 1h30 que nous avons franchi le Channel direction Dieppe et réenfourché nos destriers sans transition...

*

La suite, ce sont donc les kilomètres de souffrance auto-infligée jusqu'à Paris, les sarcasmes de Thibaut C. (vainqueur de quelque obscur critérium de province à l'époque de son adolescence boutonneuse), les hauts, les bas, les encouragements bienvenus du même Thibaut C. et, surtout, l'immense plaisir de l'arrivée triomphale porte de Champerret sous les applaudissements d'une foule en délire. Nicolas Sarkozy, tiens toi bien, je suis de retour !

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J'apprends que l'Hyper-Président vient de perdre 5 points au dernier baromètre Ifop-CSA-machin-truc. Ne serait-ce pas la preuve que le peuple se cherche un nouveau leader ? Mon petit doigt me dit que le Napoléon V dont nous avons besoin serait quelqu'un de dynamique, beau, intelligent, ayant un avis sur tout, sympathique et sportif. Héhé, tu as bien fait de revenir avant que Villepin ne te pique la place...

Te concernant, la devise serait plutôt : "liberté, égalité, vélocité". Et ton billet n'en manque pas!

à propos des douaniers, je me souviens de certains qui officiaient sur la ligne eurostar côté français. un ami et moi, ils nous avaient laissés passer tranquilles mais alors pour nos compagnes, ils avaient joyeusement retourné tous leurs sous-vêtements dans leurs bagages. Il y a des lourds partout.

il n'a qu'à bien se tenir le petite Nicolas, maintenant que notre Hugues national est de retour sur le non-moins national sol..

François X,
Si je faisais la course avec Villepin, ce serait pour arriver le premier à la Santé. Non merci. Mais prendre la tête du pays, mettre en oeuvre mon programme, passer mes vacances en Nouvelle-Angleterre, tout ça, pourquoi pas...

Marc,
En vérité, on n'allait pas si vite.

David,
Ce qui est marrant, c'est le nombre et la rigueur des contrôles à Calais et à Douvres, et leur absence à Newhaven et à Dieppe. Aux trafiquants qui fréquentent ces pages, je recommande donc cet axe de traversée.

Christie,
Et il le sait bien, le drôle. Il fait semblant de s'inquiéter des faux-pas de Fillon, mais c'est de moi qu'il a peur.

Clap ! Clap ! Clap ! T'es vraiment trop balèze Hugues !

J'ai jamais vu quelqu'un prendre autant de plaisir à faire des trucs aussi compliqués - dans la souffrance...

Je crois aussi me souvenir que c'était toi qui avait fait une marche en pleine de nuit de Paris à je ne sais plus où en banlieue...

Enfin, bravo à toi !

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