Amitiés particulières
Le monde politique est une jungle. Mais même les grands fauves qui le peuplent ont parfois besoin d'amis.
Jean-Luc Mélenchon est encore en pétard. Bon, ok, Jean-Luc Mélenchon est toujours en pétard. C'est même sa marque de fabrique. En pétard contre la droite. En pétard contre la dérive libérale du PS. En pétard contre l’Europe de la finance. En pétard contre les Lituaniens... Aujourd’hui, sa colère est spécifiquement dirigée contre François Hollande, dont il attaque la « décision irresponsable » de s’entretenir avec François Bayrou. Le Premier secrétaire ferait en effet « sauter les digues » et se préparerait à écrire « un programme commun » avec le MoDem ! Pire encore, le naïf leader socialiste se laisserait embobiner par son homonyme centriste, lequel ne songe qu’à « rendre les municipales illisibles » et assurer les arrières de ses quatre misérables députés...
Il est vrai que l’alliance alternative proposée par le sénateur de l’Essonne est, elle, de nature à rendre la prochaine échéance des plus lisibles, qu’il s’agisse des ponts vers l’extrême-gauche jetés via PRS — le véhicule qu’il utilise lorsqu’il se rêve, on ne rit pas, en Mitterrand —, ou des « Traits d’union » qu’il trace à l’intérieur même du PS.
Je ne sais pas ce qui sortira de concret de la rencontre Hollande-Bayrou. Probablement rien : le PS reste figé dans le désarroi idéologique dans lequel Mélenchon a aidé à plonger et le MoDem est en pleine dérive « cultiste ». Mais je peux comprendre que l’ex de Ségolène ait envie de se faire de nouveaux amis loin de l’impasse Solferino. Franchement, à sa place, j’en ferais autant.
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Se faire de nouveaux amis, c’est d’ailleurs assez tendance dans le paysage politique français. Prenez Jean-François Copé : il avait bien déjà quelques copains à la mairie de Meaux, dont il est le patron, à l’Assemblée nationale, dont il est membre, voire à l’UMP, dont il dirige les parlementaires. Mais ça ne suffisait pas à l’animation de sa vie sociale et le voici désormais à la recherche de camarades de jeux chez Gide, Loyrette & Nouel, un cabinet d'avocats « d’affaires ».
Se tenir à l’écart des « affaires », pour autant, devrait désormais passer pour le principe de base de tout élu ambitieux. Bien entendu, Copé ne fait rien d’illégal. Tout comme Gaymard ne s’était rendu coupable d'aucun délit en emménageant dans un duplex de 100 000 m2 aux Champs-Elysées, ou Juppé en attribuant un logement bon marché à son fiston...
Pour autant, qu’un type puisse expliquer sans voir son nez s’allonger qu’il est légitime de ne consacrer que trois jours par semaine à des fonctions électives de premier plan — et pour lesquelles il est rémunéré à 100% —, mais aussi que son nouvel employeur a recruté un ancien ministre du Budget proche du président sans espoir de contrepartie est franchement ridicule. Bon, que le dernier partisan de l’introduction de la génétique dans les affaires administratives soit mis en difficulté pour ses petits arrangements avec la morale revient sans doute à faire tomber Al Capone pour fraude fiscale mais, hey, si ça marche...
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DSK aussi, va se faire de nouveaux potes. Fonctionnaire « le mieux payé de tout Washington », à la tête d’une institution aussi déboussolée que le PS, il se fera également quelques ennemis. Mais la découverte concrète du vaste monde ne peut faire que du bien à un homme qui devrait rester l’une des références de la « gauche moderne » en France.
Non pas qu’il n’ait pas eu l’occasion, par le passé, de se balader ici et là, bien sûr : plus personne n’ignore que l’ancien ministre des Finances peut s’exprimer dans 27 langues majeures et 72 idiomes régionaux. Il avait toutefois eu tendance, ces derniers temps, à se laisser gagner par la mélenchonnerie ambiante. Lorsqu’il rentrera au bercail, auréolé de la gloire d’avoir rendu son lustre au FMI, son carnet d’adresse plein à craquer des numéros de portables de centaines de nouveaux copains tous plus influents les uns que les autres, nous aurons peut-être de bonnes surprises.
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