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vendredi 10 août 2007

Un intrus à Notre-Dame

Emouvant hommage à Jean-Marie Lustiger, ce matin. De toutes les religions monothéistes, l'église catholique reste la championne de l'événementiel.

Notre_dameLa responsable du service de communication de l'archevêché de Paris a commencé par m'envoyer paître après un rapide coup d'œil à ma carte de presse : « Vous êtes journaliste, ok, mais il fallait solliciter une accréditation à l'avance pour entrer dans la cathédrale. Et d'abord, pour quel journal travaillez-vous ? » Hum, visiblement, les choses étaient mal engagées. Sans accréditation préalable, mon appartenance à la rédaction de ......... risquait d’être perçue comme assez peu pertinente dans le contexte des obsèques de Jean-Marie Lustiger.

« Vous n’allez tout de même pas écrire un article sur le cardinal dans ......... ? » a-t-elle encore lâché, méfiante. J’ai bredouillé que non, évidemment, mais que je souhaitais vivement assister à la cérémonie et que j’écrirais sans doute quelque chose ailleurs, dans une publication de province dont j’ai inventé le nom. Lui expliquer que mon compte-rendu finirait sur un blog aurait été trop compliqué : elle m’aurait vraisemblablement demandé ce qu’était un « blog », tout ça, et j’aurais moi-même été assez ennuyé pour répondre d’une façon propre à faire son éducation en la matière.

Mais elle a fini par se laisser amadouer par mon air de chien battu, me confiant un badge officiel en indiquant, l’index levé : « Je ne devrais pas, vous savez. Regardez tout ce monde, là-dehors... Ils auraient bien voulu entrer aussi et j’ai été obligée de refuser l’accès à tout un tas de gens, y compris d’autres journalistes... » Le précieux sésame pendu autour du cou, je l’ai remerciée chaleureusement et je me suis engouffré dans Notre-Dame, sur les talons d’une kyrielle de ministres et d’académiciens et sous les regards de la foule agglutinée derrière les barrières métalliques installées sur le parvis.

L’idée d’assister aux obsèques de Lustiger m’était venue le matin même, les réactions à la disparition de l’ancien archevêque de Paris m’ayant conduit à réfléchir au parcours de ce juif-catholique un temps présenté comme papabile. Il faut dire que je n’étais pas le seul à avoir improvisé ce déplacement, Nicolas Sarkozy lui-même ayant spontanément interrompu ses vacances américaines pour lui rendre « un ultime hommage », comme on dit. Bon, l’effort était moins confondant de mon côté, avouons-le, pédaler du Père Lachaise à Notre-Dame n’étant pas exactement comparable à une double traversée de l’Atlantique en vingt quatre heures.

N’empêche, l’hyperprésident, votre serviteur, quelques centaines de VIP, autant de membres du clergé et de représentants d’organisations diocésaines allaient se retrouver ensemble, sous les voûtes de la magnifique cathédrale gothique rendue universellement célèbre par Walt Disney. C’est qu’elle s’y entend, l’église de Rome, dans le genre « pompes et circonstances » ! C’est même ce qui m’agacerait le plus à son sujet, ce côté spectaculaire, chichiteux, inutilement sophistiqué que les protestants ont laissé tomber en même temps que la transsubstantiation.

Pour autant, à quelque chose malheur est souvent bon et ce goût du décorum, s’il oblige les prélats à se déguiser comme les chamanes aztèques des albums de Tintin, a tout de même produit les plus beaux édifices religieux monothéistes qui soient — ni les temples réformés, ni les synagogues, ni même les mosquées (pourtant fréquemment hors concours) n’arrivant à la cheville des paquebots de pierre commandités par nos amis en robes pourpres. Enfin, c’est une question de goût, n’est-ce-pas ?

Mais le problème, avec les obsèques d’une personnalité, c’est justement ce côté... « obsèques de personnalité », ce parfum de funérailles people. Et à voir les deux-tiers du gouvernement prendre place sur les travées les plus en vue, là sous le nez du papalement patronymé Monseigneur Vingt-Trois, à observer l’air pénétré de François Bayrou, de Jean-Paul Huchon, de Bernadette Chirac ou de, hum, Brice Hortefeux, on en vient fatalement à s’interroger sur les motivations de cette présence : « photo opportunity » ou chagrin sincère ? Service commandé ou démonstration du respect dû à ce drôle de zigoto touché par la grâce ? Mais poser la question, c’est quasiment y répondre. Jean-Marie Lustiger était effectivement un people, un spécialiste de la communication (il fut l’initiateur de Radio Notre-Dame et de la chaîne de télévision KTO), et il est logique que le ban et l’arrière-ban de la politique ait eu l’occasion de le fréquenter — voire de l’apprécier — au fil des ans.

Et moi-même, tiens, aurais-je seulement eu l’idée d’entrer dans cette église pour les obsèques du père Machin-chose ? Me serais-je débrouillé pour faire du gringue à la communicante de l’archevêché pour assister à une messe d’hommage au cardinal Trucmuche ? La réponse est non, bien entendu, même si, à l’inverse de Nicolas Sarkozy ou de François Fillon, mes chances d’être sur la photo restaient faibles. Je ne sais toujours pas, à vrai dire, ce que je venais faire dans cette église. Je ne sais pas non plus comment je me suis retrouvé, coïncidence troublante, intégré au groupe de porteurs de kippas de la famille Lustiger, venus prononcer le Kaddish — la prière juive des morts — de leur cousin apostat.

Sans doute étais-je curieux de la manière dont s’organiserait cette étonnante cérémonie syncrétique ; curieux de la façon dont le successeur du défunt commenterait le parcours de ce dernier ; curieux, enfin, de l’accueil que réserverait l’église à la petite troupe de rescapés des camps à l’accent bizarre honorant Aaron plutôt que Jean-Marie... Mais, on l’a vu, les catholiques touchent leur bille, en « événementiel ». Et de psaumes en homélie, de grandes orgues en projection d’encens, de processions en lectures des Evangiles, l’émotion monte et avec elle l’idée que le bonhomme avait effectivement découvert quelque chose, ce jour de 1940 où il a décidé de rejoindre la Nouvelle Alliance. Las, ça ne dure pas longtemps, l’émotion. Un coup d’œil à ma droite, où Christian Estrosi se cure le nez l’air absent et André Santini jette des regards inquiets vers le boss (« Hé, patron, je suis là moi aussi, hein ! »)  ; un coup d’œil derrière moi, où Jean-Paul Huchon semble à deux doigts de piquer un roupillon... Et la magie retombe : mécréant je suis entré, mécréant je ressortirai.

Je reste tout de même sous le charme du personnage que l’on enterre aujourd’hui, dont le portrait qu’en font les gazettes, autant que l’homélie prononcée par Mgr Vingt-Trois, laisse transpirer la complexité et le caractère d’électron libre pas toujours contrôlable... Clairement, il n’était ni le père Machin-chose, ni le cardinal Trucmuche et il est fort possible qu’au sein des estrades réservées aux gradés en soutane, tous les souvenirs de lui ne soient pas si heureux et qu’il ait parfois été perçu comme un intrus, avec ses histoires de judéo-christianisme et de pont entre les religions, ses manières cavalières, etc. Bah, pure spéculation, évidemment — et de la part d’un intrus authentique, pour le coup.

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Que ce soit des prêtres, des évêques, des cardinaux ou des rabbins qui, par leur attitude, aient pu faire retomber l'émotion qui montait en toi, on pourrait le comprendre, mais Estrosi et Santini... Quelle ironie. Ouais, ça rime.

Du vrai journalisme ce billet !
Bravo

"à observer l’air pénétré de François Bayrou"

Ce catholique de Bayrou a-t-il fait une quelconque remarque sur le caractère un peu trop marqué de représentants de la république dans cette cérémonie ?

Parceque sa remarque, au moment de la mort de JP 2, en ce qui me concerne, elle n'est toujours pas passée....

Quand j'étais catho, rien ne m'exaspérait autant que la présence de touristes dans une église au moment de la messe, et c'était élevé à la puissance 10 lors d'un enterrement. Je ne suis plus catho, mais je te le dis quand même, mon bon Hugues: les cathos ne sont pas des animaux de foire et il est d'assez mauvais goût d'aller les reluquer et faire des commentaires narquois à un moment où, si ça se trouve, pas mal d'entre eux étaient sincèrement émus. Va jouer les touristes tant que tu veux aux universités d'été de Bayrou, à la rigueur chez les naturistes si tu y tiens vraiment, mais fous la paix aux gens pendant les enterrements. Laisse donc le rôle de l'homme qui rit dans les cimetières à Poincaré.

Par ailleurs, banane, je te signale que l'album de Tintin en question se déroule dans les Andes, où les Aztèques n'ont jamais mis les pieds.

Estrosi? ah malheur, ça gâche tout une vision pareille. faut-il que sarkozy déteste les dom tom pour nous avoir balancé ce truc.

ceci étant, Estrosi s'entraîne peut-être, il y a eu un crash en polynésie. il va devoir redonner dans le genre très vite. sans la classe de notre-dame.

sinon, ça veut toujours le coup d'aller écouter du grégorien. y en avait-il, au moins?

Redaction de ..... laissez moi devinez pour une reaction parreille c'est soit la pravda, soit canard pc.

Koz,
Non, les cardinaux étaient très dignes, eux. Et parmi les prêtres lambda s'était discrètement installé Robert Hossein, visiblement très ému. Il ne faisait pas retomber la magie, lui.


Toréador,
Évidemment, puisque j'ai fini par obtenir mon accréditation !


Polydamas,
Alors à, je ne sais vraiment pas ce que Bayrou a dit à la mort de Jean-Paul II. J'avoue que ça m'avait totalement échappé. D'ailleurs, tu as tort de présumer que tout le monde est au courant et même, que ça intéresse qui que ce soit au-delà de ton cercle « tradi ou intégriste », comme tu le baptises (sic) toi-même avec délectation.

Poil de lama,
Tu es vraiment trop littéral, parfois. Et je ne dis pas ça pour les costumes tintinesques (enfin, pas seulement). Cette cérémonie était avant tout un événement médiatique et, à la limite, à écouter le message du pape lu par Mgr Poupard et à tenir compte de la présence du gouvernement et de Sarkozy lui-même, un événement politique.

Les obsèques "standards" de cardinaux sont rarement retransmises sur toutes les télés, avec écran géant sur le parvis et attachée de presse distribuant les accréditations aux journalistes français et internationaux trois jours à l'avance. Je ne conteste pas la douleur et les sentiments des proches de Lustiger et des fidèles parisiens, évidemment, mais s'il fallait s'interdire de réfléchir, ou même simplement d'assister en observateur à ce genre de choses, il ne me resterait que la coupe du monde de Rugby à couvrir pour Com-Vat.

Enfin, tu passes peut-être à côté de certains éléments de cette note mais c'est sans doute parce que tu n'es plus catho (comme tu le dis toi même)...

Esurnir,
Oh pétard, tu chauffes...

@ Hugues:

Toreador en parle sur son dernier billet. Bayrou avait été scandalisé par le fait que l'on mette les drapeaux français en berne à la mort de JP2, et l'avait hurlé sur tous les toits, ce qui pour un catholique, est un peu paradoxal.

Mais à l'époque, on préparait déjà des élections... ;-)

@ polydamas:ben un catho peut trés bien souhaiter une séparation du temporel et du spirituel.c'est pas du tout interdit ni contradictoire d'être pour la communion des Saint et la laicité.

sinon beau billet Hugues.Par contre la la transsubstantiation n'a pas vraiment complétement abandonné chez les luthériens:ceux ci considérent que le pain et le vin sont le corps du christ mais seulement le temps de la communion.Les réformés ont deux positions:soit la communion n'est qu'une commémoration de la Céne soit l'esprit saintest là mais non pas par le pain et le vin mais parce que les gens communient entre eux.

@ Romain:

Nul doute à cela mais qui peut sérieusement croire que la laïcité était en danger en mettant les drapeaux de la république en berne le temps d'une journée ?

Pas grand-monde et surtout pas Bayrou.

Pour un soi-disant catholique, ça la fout mal...

@ romain

Sincèrement, tu m'en bouches un coin. Des protestants qui croient à la transsubstantiation ? Voilà les fondements les plus stables de mes certitudes les plus élémentaires (et basiques)qui manquent vaciller. Des précisions ?

Au fait, et Valéry ? Il était là, Valéry ? Si oui, a-t-il communié comme aux funérailles de Pompidou (C'est important, pour l'Histoire).

@ à Polydamas:je ne parle pas de menace sur la laicité mais du fait que vouloir séprarer le spirituel du temporel peut amener un catho à condamner la mise en berne des drapeaux du pouvoir temporel en hommage à Jean-Paul II sans être contradictoire avec sa foi.

@ François X
non ce n'est pas réellement de la transsubstantiation puisque celle-ci veut dire qu'il y a transformation de la matiére.le luthérien dit juste que le corps du christ se manifeste pendant la cérémonie par le pain et le vin, , aprés , contrairement aux catholiques, ils redeviennent pain et vin simple.Les luthériens sont les seuls protestants à penser la communion ainsi, avec certains Anglicans, qui acceptent même pour certains la transsubstantiation .Les autres églises protestantes n'y voient qu'une symbolique ou, comme je l'ai dit, que lorsque le pain et le vin sont paratagés et nourrissent le corps, l'esprit de jésus nourrit l'esprit.

Mais alors, Romain, chez ces luthériens ou ces anglicans dont tu parles, il y a bien, durant la "messe", présence REELLE du Christ ?

de l'Esprit du christ au moins

Oui, enfin bon, toutes ces nuances théologiques, je n'y comprends rien. C'était bien la peine de déchirer les chrétiens. Merci Luther !

La haine de l'anti clérical, des colonnes de la mort, de la lanterne, la haine qui ressort votre vocabulaire, de votre ironie mal placée, celle du bon journaliste qui ne "prend pas partie" non, jamais... c'est écouerant, je suis catholique de part mon baptême et catholique au fond de moi depuis peu. et quand je lis cette vielle haine qui remonte à bien loin, moi qui n'ai que 28 ans, ne suis pas un cul d'église ou une grenouille de bénitier, je me sens vraiment pris pour un con par des gens qui ont peur de critiquer une autre religion, et qui sont obliger pour critiquer le judaisme de critiquer des politiques israeliens, dont on devrait commencer à minorer leur rôle dans la politique internationnale mondiale, et pour glisser au fil des ans vers notre vrai exutoire Français, qui est la critique du sacré, mais pas de tous les sacrés, car certains sacrés sont politisés et finalement, efface l'idée d'individu qui finalement ne déplait pas certains d'entre nous sui y voit quelque part une certaine nouvelle forme de totalitarisme qui fleure bon le bolchevisme. Miam Miam... allez encore un peu de haine... Vous dormirez cerainement mieux cette nuit, non? j'espère en tout cas, sinon pourquoi?

Clément,
Vous m'avez percé à jour : je suis haineux et bolcheviste.

Non, juste pour utiliser la terminologie cléricale, "un ayatollah de la pensée unique". En d'autres termes, un individu qui ne sait nullement se remettre en question, sûr de ses idées, et donc immobile, sans possibilité d'évoluer et heureux de lui et de ce qu'il est sans vouloir prétendre à la réflexion de "et si d'un autre côté...". En gros, un réac!

houla François X c'est loin d'être le seul clivage cathos/protestants;, loin de là!

Clément, je suis chrétien et n'ai senti aucune haine du christianisme de la part de Hugues.

Romain,
Ne t'inquiète pas pour moi. Ce Clément, c'est le genre de gars qui a des yeux, mais ne voit pas, tout ça...

ok, au fait tu as vu qu'aprés une longue interruption j'ai rouvert www.socdem.net(on était chez publius ensemble), sous un autre nom

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