A vélo, le casque n'est pas obligatoire. Tout juste recommandé. Une excellente excuse pour ne pas se promener en ville déguisé en amateur d'EPO...
Lorsque j'ai commencé à faire du vélo « sérieusement » dans Paris, je me suis acheté un casque — une jolie coque en polystyrène expansé recouverte d’une couche de plastique bleu-nuit à 29 euros... Plus par goût du symbole, d'ailleurs, que par souci de sécurité : en m'équipant ainsi, j'avais le sentiment d’entrer plus officiellement dans le cercle des cyclistes urbains et de prendre mes distances avec ces pédaleurs d’occasion pour lesquels le vélo n’est qu’un moyen de transport « de complément », un gadget.
J’ai eu du mal à m’y faire, pourtant, le profil ridiculement aérodynamique de l’objet, comme les décorations psychédéliques censées me permettre d’avancer plus vite, me seyant mal au teint. Je ne suis pourtant pas un homme élégant, c’est le moins qu’on puisse dire. Je serais même, en fait, le contraire exact des Brummell soucieux de leur apparence qui m’observent parfois d’un air condescendant, eux en auto, moi en vélo, en se demandant comment un type de quarante ans peut encore s’habiller comme un ado et circuler en deux-roues non motorisé...
Le contraire exact de mes congénères en complet-veston, donc, mais tout de même pas le genre de gars à avoir totalement renoncé au contrôle de son apparence. Jeans génériques, oui ; T-shirts informes, oui ; K-way sans charme les jours de pluie, oui... Mais cet accessoire pour bambin venant tout juste de se délester de ses stabilisateurs, non merci ! Pas pour moi ! Bon, les premiers temps, j’ai fait des efforts : je l’avais acheté, il était là, je le portais de temps en temps. Puis, je m’en suis servi de moins en moins souvent, le laissant généralement pendouiller au guidon histoire de lui faire prendre l’air. Jusqu’à ce qu’un beau jour, l’ayant malencontreusement oublié sur sa patère improvisée après avoir parqué mon bicloune dans une rue mal famée de la capitale, un voleur ne se mêle de m’en débarrasser une fois pour toute. C’est amusant, d’ailleurs, cette idée d’un type assez malhonnête pour s’emparer de ce qui ne lui appartient pas mais suffisamment respectueux de simples « recommandations » pour avoir besoin d'un casque lorsqu’il circule à vélo. La nature humaine, décidément, reste d’une immense complexité.
Interprétant l’affaire comme un signe de la Providence, laquelle reconnaissait sans doute ma bonne volonté initiale tout autant que le ridicule du port du même casque que Lance Armstrong au Tourmalet pour pédaler vers la Bastille, je décidais d’en rester là et de me contenter des trois poils qui me restent sur le caillou pour amortir la rencontre éventuelle de ce dernier et d’un rebord de trottoir.
Et d’ailleurs, cet accessoire me protégeait-il réellement en cas d’accident ? Et l’absence d’obligation n’était-elle pas la preuve d’une certaine inutilité de ce petit morceau d'armure ? Je ne me permettrai pas de trancher définitivement sur ce point (il y a des enfants qui me lisent), mais force est de constater qu’un débat existe et que des arguments raisonnables sont proposés par les amis comme par les ennemis du casque de vélo. Commençons justement par les « antis », puisque c’est d’eux que je me réclame pour justifier l’injustifiable...
Selon l’Association des Cyclistes Australiens Franchement Hostiles au Port du Casque de Vélo (si, si, ça existe), une organisation née de l’introduction, dès 1990, d’une interdiction de circuler tête nue down under — je veux dire tête nue et à vélo, évidemment, l’Australie reste une contrée soucieuse des libertés individuelles —, le premier effet de la loi a été de réduire de 30% le nombre de cyclistes ! Une statistique qui donne à réfléchir sur la proportion de fashion victims dans la population générale d’une part, mais également sur le nombre de personnes soucieuses de réduire leur empreinte écologique et d’améliorer leur équilibre cardio-vasculaire sans avoir l'air stupide.
Mais ce n’est pas tout, puisqu’au strict plan de la sécurité, le nombre de cyclistes impliqués dans des accidents est demeuré stable en valeur absolue, indiquant que les comportements risqués, davantage que le port du casque, étaient à incriminer. Et surtout, même si les informations sur ce point sont assez lacunaires chez nos voisins du dessous, le nombre de chocs à la tête viendrait de toute façon loin derrière les autres types de contusions, les lombaires ou les membres inférieurs étant les plus souvent affectés. Enfin, je me garderai bien de donner mon sentiment sur cette étude de l’Université de Bath (Grande-Bretagne) assurant en substance que « les automobilistes ont tendance à passer plus près des cyclistes casqués que des autres, augmentant les chances d’accidents », mais j’en abandonne les conclusions à votre sagacité : le port du casque serait carrément dangereux !
De l’autre côté de la barrière, étonnamment, l’on préfère se gausser de ce genre d’affirmation. Et si l’on admet effectivement que le nombre de cyclistes est affecté à la baisse par l’obligation de porter le casque, l’on corrèle directement la baisse du nombre de blessures au crâne avec l’augmentation des effectifs de pédaleurs casqués. Une constatation logique, mais qui ne contredit pas nécessairement le discours des « antis » : en cas de choc à la tête, vous aurez plus de chance de vous en tirer avec un casque, ok. Mais la proportion de chocs à la tête étant faible, sinon marginale, quel enseignement général en tirer ? Et faudrait-il imposer le port d’un baudrier protégeant le dos au prétexte que les lombaires sont les plus menacées ? Et quid de protections pour les bras et les jambes ?
Bon, je plaisante, bien entendu. Je suis moi-même tout à fait convaincu de l’intérêt du port du casque même si je subodore qu’à l’échelle d’un pays comme la France, l’impact sanitaire positif serait supérieur si les amateurs de junk food abandonnaient le régime MacDo pour se mettre au vélo, même sans casque. L’obésité et l’absence d’exercice étant une menace plus grande sur l’espérance de vie du Gaulois contemporain, la question du port du casque en deviendrait assez anecdotique. A moins, bien sûr, que ce dernier ne vive encore dans la crainte que le ciel lui tombe sur la tête.
© Commentaires & vaticinations
Mon vélo et moi : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
Et Nicolas Sarkozy, alors ? Il en pense quoi de tout ça ? et toi de lui ? les choses intéressantes quoi... Il met un casque, lui ? et Cécilia, elle met un casque ? même quand elle a une angine ? ou surtout pas les jours d'angine ?
Rien ? bon, tant pis, vivement les municipales, tiens !
Rédigé par: François X | lundi 13 août 2007 à 13:32
Tu as oublié le principal intérêt du casque : tenir la capuche en cas de pluie.
Rédigé par: Eolas | lundi 13 août 2007 à 14:09
Je me posais les memes questions il y a quelques semaines a Paris... merci de m'apporter ici quelques élements de réponse.
Il y a quelques années personnes ne portaient de casques et maitnenant tout cycliste qui se respecte semble affublé du couvre chef... ceci dit avec les velib' le rapport cycliste/port du casque devrait baisser de maniere conséquente.
Rédigé par: Vonric | lundi 13 août 2007 à 14:28
Je doute que l'individu qui a fait tout un plat d'une sandale http://hugues.blogs.com/commvat/2005/08/cest_une_honte_.html puisse me convaincre que son apparence l'indiffère...
Il y a bien des façons d'être une fashion victim.
Rédigé par: Damien | lundi 13 août 2007 à 14:29
François X,
Sarkozy, je ne sais pas ce qu'il en pense car la chanson ne le précise pas : http://www.dailymotion.com/video/x1mgk0_gogo-sarko
Eolas,
Vous les juristes, vous cherchez toujours la jurisprudence : mais nul ne saurait se prévaloir de sa propre turpitude.
Vonric,
Les gens sont moutonniers. Mais s'ils abandonnent enfin le casque, ce sera la preuve de l'influence de ce blog.
Damien,
Mais c'est exactement ce que je dis : mon apparence n'a pas d'importance... jusqu'à un certain point.
Rédigé par: Hugues | lundi 13 août 2007 à 14:32
Parfaitement exact, ces casques vous donnent un air d'un ridicule !!! Toute publicité à part, il en existe de moins tartes, les casques Bios - je n'ai pas encore franchi le Rubicon mais ça viendra peut-être après une n-ième chute...
Rédigé par: cdc | lundi 13 août 2007 à 15:55
Et quid du sentiment de securite ? entre les voitures qui ouvrent les portieres sur la piste cyclable et les bus qui font une queue de poisson pour rejoindre leur arret, j'aurais du mal a rouler sans casque.
Rédigé par: Matthieu | lundi 13 août 2007 à 19:07
si je peux apporter ma pierre à l'édifice, je me suis, à la suite de la note de cdc, intéressé aux casques bios (par pure curiosité ; j'évite de circuler à vélo, ne pouvant m'empêcher de griller les feux rouges, remonter les rues en sens interdit ou couper par le milieu les places encombrées de véhicules motorisés, pratiques par trop dangereuses, encore hier, j'ai failli m'encastrer dans la calandre d'un taxi, je n'ai dû ma survie qu'aux réflexes du chauffeur et mon épuisement qu'à la course poursuite qu'il me livra ensuite pour pouvoir copieusement m'insulter en face) et donc me voilà réorienté par la magie des liens hypertextes vers :
les dangers des casques proéminents (http://www.ffvl.fr/FFVL/Commission_securite/documents/?doc=482&id=Not_logged). Instructif. d'ailleurs sans doute michaela bobasch y trouverait un excellent sujet de papier.
Rédigé par: David C | lundi 13 août 2007 à 21:44