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août 2007

vendredi 31 août 2007

Règlements de comptes à OK Corral

Le parti socialiste est une structure laïque. On n'y est pas tenu de tendre l'autre joue, au contraire.

Ok_corralTiens, Mélenchon, Lienemann et Allègre n'aiment pas Ségolène... Ca alors ! Qui l'eut cru ? En tout cas, pour ceux d’entre vous qui auraient le désir d'en apprendre davantage sur cette animosité à l'égard de la candidate malheureuse à la présidentielle, c'est le moment où jamais de passer chez Leclerc et d'y feuilleter, près du rayon des endives, les ratiocinations de ces bons camarades.

Je peux toutefois les résumer ici, au cas où les tracas de la rentrée ne vous laisseraient pas le loisir de les découvrir par vous-même : « Ségolène Royal est une dinde. En vérité, elle est de droite. Et le PS aurait vraisemblablement gagné cette élection haut-la-main si elle ne s’en était pas mêlée ». Que Claude Allègre, ce fan de Sarkozy en attente de mission soit, au final, sur la même longueur d’ondes qu’un pourfendeur de l’ultranéolibéralisme tel que Jean-Luc Mélenchon pourra surprendre. Mais il en va sans doute de l’opposition à Ségolène comme de l’hostilité à la constitution européenne : peu importe qui vous rejoint en votre combat douteux si le résultat est au rendez-vous. Et le Non de gauche l’ayant emporté grâce au renfort de l’extrême droite, ni le géophysicien sceptique ni le lituanophobe vindicatif ne devraient être gênés de se retrouver côte-à-côte au stand de tir.

Pour autant, ces déversements de bile ont du bon puisqu’ils rappellent aux derniers bisounours que compte encore le parti socialiste à quel point l’heure n’est plus à la « synthèse ». En règle générale, lorsque les éléphants ne sont pas d’accord entre eux, ils rédigent des  motions, font semblant d’en débattre avec les militants, puis élaborent une synthèse empruntant un peu à celui-ci, un peu à celui-là, afin d’aborder sereinement la prochaine échéance électorale. Et au vu de l’avalanche de contributions au débat sur la « rénovation », ces derniers jours, on imagine que les motions potentiellement synthétisables sont d’ores et déjà en train de se multiplier sur les écrans d’ordinateurs dans la perspective du prochain congrès.

Ségolène — et c’est un point de vue qui n’engage que moi puisqu’elle ne proférerait sans doute jamais une chose pareille — devrait ignorer le plus superbement possible les messieurs bons-offices pour se concentrer sur les porte-flingues sus-cités. Mélenchon dénonce-t-il l’évolution du PS vers une « gauche molle et américaine » ? Qu’elle lui réponde, en anglais, que c’est effectivement le cas et que les militants qui l'ont investie, comme les électeurs l’ayant hissée jusqu'au au second tour, sont d’accord avec elle. Allègre lui reproche-t-il de ne s’adresser qu’à « madame Michu » ? Qu’elle réplique, avec une pointe d'accent poitevin, que le temps de cerveau des ménagères de moins de cinquante ans n’a aucune raison de limiter sa disponibilité aux spots de Coca-Cola...

Un grand parti de gauche capable de gouverner n’émergera de cette crise que si les choses sérieuses se disent et les décisions franches se prennent. Il pourra continuer à s’appeler parti socialiste si les gens qui le portent en décident ainsi ; il pourra tout aussi bien s’appeler parti Démocrate ou Travailliste pour faire enrager Mélenchon et Lienemann. Mais il ne verra pas le jour sans la capacité d’un leader à définir une stratégie et à l’imposer coûte que coûte, aux orthodoxes nostalgiques comme aux « experts ». Si le discours prononcé à Melle par Ségolène Royal est l’indice de quoi que ce soit, une fenêtre de tir existe pour elle. Et une fenêtre de tir à Ok Corral, ça ne se laisse pas passer.

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jeudi 30 août 2007

Algorithmes complexes

Laurent Fabius reste convaincu de pouvoir mettre la main sur le PS par la gauche. Mais l'option verte lui semble également jouable. 

Ours_2Laurent Fabius était pathétique, ce matin sur Inter. Sa tentative de transformation en vieux sage, ultime recours d'un PS déboussolé et de Français désespérés, étant assurée de faire chou blanc, on se demande pourquoi il ne renouvelle pas sa stratégie de manière plus radicale. Après tout, il avait déjà su, jeune loup modernisateur sous Mitterrand, se réinventer en gauchiste orthodoxe à l’occasion du référendum constitutionnel. Mais ce virage sur l'aile ne lui ayant guère porté chance, l'heure est peut-être venue de refaire le parcours en sens inverse. Le « vieux sage respecté », ça peut être de Gaulle, ça peut aussi n'être que Pinay...

D’ailleurs, si « l’expérience du pouvoir », la « compréhension des grands dossiers » et les « relations internationales » sont les béquilles sur lesquelles il entend s’appuyer pour refaire surface, ce n’est pas sur les estrades des meetings anticapitalistes qu’il pourra faire valoir son prestigieux CV.

Cela dit, le député de Seine-Maritime ne place pas tous ses œufs dans le même panier. Et si son OPA sur le PS par l’extrême gauche doit être un échec, il lui reste « l’option Al Gore » et la reconversion en écolo-réaliste. Entre deux jugements condescendants sur des camarades éléphants empêtrés dans d’absurdes querelles de personnes auxquelles, évidemment, il refuse de prendre part, Lolo est désormais consterné par l’état de la planète ! Mais à un auditeur lui faisant remarquer qu’il est tout de même l’homme de la suppression de la vignette auto, il répond qu’il s’agissait d’une bonne mesure puisque les Français l’ont plébiscitée... Le même auditeur aurait d'ailleurs pu lui rappeler qu’il avait également été l’artisan de la « TIPP flottante », un dispositif permettant d’ajuster le niveau des taxes sur le carburant en fonction de l’évolution du prix du pétrole — annulant ainsi les variations du prix à la pompe.

Car sur ce point, on subodore que même la petite cousine de l’ex-vice président américain, qui ne roule qu’en Hummer et vote George Bush, lui aurait soufflé que ce n’est pas en stabilisant le prix de l’essence que l’on stimule les prises de conscience dans le domaine énergétique : l’essence est chère parce qu’elle doit être chère. Bah, cette initiative ayant été, elle aussi, favorablement accueillie par les Français, Fabius doit la trouver positive.

Mais c’est sa réponse à un second auditeur, étonné par l'al-gorisation fabiusienne, qui montre bien à quel point la triangulation s'universalise. Interrogé sur l’ours des Pyrénées, Fabius réussit le tour de force d’être à la fois favorable à sa réintroduction (il est écologiste) et hostile aux risques qu’il fait peser sur les brebis (il y a des maires fabiusiens dans le coin, et ces derniers aimeraient bien conserver leurs électeurs-éleveurs). D’où cette trouvaille : oui à l’ours, mais à un ours herbivore plutôt qu'à ces affreuses bestioles slovènes et carnivores qui égorgent à qui mieux mieux dans les montagnes. Hum, ménager la chèvre et le chou sur une histoire de moutons, il fallait le faire...

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mercredi 29 août 2007

« Rattachisme »

La Belgique n'est déjà plus un « pays », tout juste une construction politique... La Wallonie deviendra-t-elle la 23ème région française ?

RattachismeLes difficultés rencontrées par nos voisins belges à former un gouvernement, trois mois ou presque après leurs législatives, commencent à faire désordre. Bon, ces bagarres entre Flamands et Wallons, on en avait évidemment pris l’habitude. Elles faisaient partie du folklore européen, au même titre que les sautes d’humeur des Basques ou des Corses, la méfiance atavique des Britanniques pour la normalisation communautaire de la courbure des bananes, voire notre propre paranoïa antilibérale ...

La condescendance imbécile avec laquelle on commente généralement, de ce côté-ci du Quiévrain, les affaires belges, ajoutait d’ailleurs à la dimension surréaliste de ces rivalités linguistiques d’un autre âge. Ah ah, ricanait-on en apprenant la dernière absurdité en date, qu’il s’agisse de la création d’un ministère bruxellois de l’Agriculture concurrent de ses homologues belge, flamand et wallon ou d’obscures querelles de documents administratifs en VO. C’est que la Belgique, terre natale de Magritte et du Manneken Pis, était alors dans son rôle. Et rien de ce qui se passait là-bas ne nous semblait vraiment sérieux ou simplement digne d’une analyse de la part de nos penseurs officiels. Hé quoi, leur bisbilles à deux francs (belges) n’allaient tout de même pas dégénérer en conflit à la Yougoslave... Liégeois et Anversois n’allaient tout de même pas se retrouver face à face, FN Herstal en main...

Pour le coup, tout indique que nous devrions échapper à ce genre de scénario, ni les uns ni les autres ne se détestant au point de s’étriper à grande échelle. Mais à feuilleter la presse locale, à écouter les gens s’épancher, on finit par se dire que la question n’est plus tant celle de la capacité des Belges à rester mariés mais bien celle du temps qui leur reste avant le prononcement du divorce. Flamands et Wallons (comme communautés plutôt qu’au plan individuel) ne se sont jamais aimés. A l’époque où ce royaume minuscule régnait sur un quart de l’Afrique et inondait le monde de son charbon et son textile, les francophones portaient beau. A eux, les hauts-fourneaux, les grosses voitures et le respect dû à leur usage de la chic langue de Molière. Les Flamands, de leur côté, étaient tout juste bons à gratter la terre de leurs lopins misérables, voire à baisser les yeux au passage du contremaître wallon de leur usine d’emboutissage...

Mais les choses ont changé. Laminés par l’obsolescence des industries lourdes sur lesquelles leur prospérité était fondée, les Wallons vivent désormais, au moins partiellement, de la générosité récalcitrante de Flamands métamorphosés en champions du dynamisme entrepreneurial. Au nord, plein emploi et équilibre budgétaire sont le décor de villages industrieux, proprets et fleuris. Au sud, chômage de masse et friches industrielles sont le background de cités en déclin, grises et tristes. La roue tourne, se réjouit-on du côté d’Affligem en sirotant un demi, c’est la vie...

C’est la vie, c’est sûr, mais l’on est en droit de déplorer que l’un des fondateurs de l’Union européenne, initiateur de cette expérience inédite que fut le Benelux en matière de coopération interétatique, en soit arrivé là au nom d’archaïsmes (la bagarre linguistique) et d’égoïsmes (la question des transferts sociaux). Las, on ne peut pas faire boire un âne qui n’a pas soif, comme on dit, et la Belgique ne verra pas sa survie prolongée par quelques arguments platement « raisonnables ».

Pour les Flamands, la route d’une indépendance prospère est toute tracée : un pays de six millions d’habitants, dont le niveau de vie est déjà l’un des plus élevés du monde, ne devrait pas avoir trop de difficultés à refaire sa vie... Pour les 3,5 millions de Wallons, cet avenir en solo parait moins rose. Un taux de chômage à 17% et une croissance atone sur fond de fermeture du robinet financier nordiste ne sont pas les perspectives les plus encourageantes. Quant à Bruxelles, ville francophone mais dont l’histoire et la géographie ont fait la capitale de la Vlaamse Gemeenschap, elle pourrait bien échapper à la partition en jouant les DC de l’Union européenne.

D’où le retour, sur le devant de la scène, du « rattachisme », ce mouvement promouvant l’absorption de la partie francophone du royaume par la France voisine et sa transformation en « 23ème région ». Du point de vue hexagonal, l’affaire est diversement appréciée. Cette espèce de réunification en mode mineur, en augmentant le territoire national et la population de quelques pourcents, pourrait passer pour positive. C’est au moins le point de vue de Jean-Pierre Chevènement, même si l’ex-maire de Belfort, dont la carrière n’est plus exactement à son zénith, ne sera pas l’avocat idéal d’une telle cause. Et les formations politiques wallonnes promouvant cette idée, parfois sous le nom de « réunionisme », font fréquemment appel à l’orgueil gaulois pour avancer leurs pions. Mais dans une perspective plus court-termiste, la prise en charge de l’une des régions les plus pauvres d’Europe occidentale, sorte de gros Nord-Pas-de-Calais à la recherche d’un nouvel élan économique depuis trente ans, n’a rien d’emballant.

N’empêche, la question finira sans doute par se poser dans des termes aussi crus. Lorsque Flamands, Catalans et, hum, « Padaniens » en arrivent à se comporter collectivement comme le premier Johnny Hallyday venu, les arguments selon lesquels leur contribution au bien commun est la condition de base de leur propre prospérité ne portent plus. Et si les Wallons viennent frapper à notre porte, espérons qu’elle ne leur claquera pas au nez.

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mardi 28 août 2007

Business (diplomatique) as usual

Nicolas Sarkozy réunit les ambassadeurs, leur rappelle que la France est un pays européen et hostile à la guerre, mais qu'il ne faut pas la chercher tout de même... Rupture, quand tu nous tiens.

Ferrero_rocherLa « rupture », finalement, ne viendra pas de la manière dont Nicolas Sarkozy aborde les questions internationales. Et L'Humanité est bien seule à voir dans son discours d'hier aux ambassadeurs la preuve d’un alignement sur les positions américaines, voire un appel au « choc des civilisations »... L’hyperprésident a beau apprécier les dégustations informelles de hamburgers à l’occasion, c’est sans ambigüité qu’il rappelle l’hostilité française à la guerre en Irak et sa foi en une solution politique pour le retour au calme dans ce pays.

De fait, même son embryon de réflexion sur une Turquie européenne tranche avec ses engagements électoraux et tend vers le consensus. Désormais, la France ne s’oppose plus aux négociations d’adhésion, même si Sarkozy privilégie, « personnellement », une « association étroite » sur une cooptation pure et simple par l’Union.

Mais sur le reste, on est en terrain familier : l’Hexagone demeure l’avocat d’un monde multipolaire, promeut la transformation du G8 en G13, fait de la construction européenne sa « priorité absolue » et rêve d’un décollage de l’Afrique... Ah, si, une petite nouveauté tout de même, seul élément de son speech repéré et commenté à l’étranger : la fin du baratin lénifiant entretenu par son prédécesseur à l’égard de l’Iran et de ses ambitions nucléaires.

On se souvient, en effet, du peu de cas que faisait Chirac d’une bombinette iranienne, laquelle serait évidemment détruite avant même d’avoir décollé, Téhéran étant même atomisée dans la foulée. On se souvient aussi des sarcasmes essuyés par Ségolène lorsqu’elle s’était, au contraire, émue du risque que faisait peser l’enrichissement d’uranium « civil » par les crânes d'œufs d’Ahmadinejad. Mais bon, pourquoi pas ? Si même Nicolas Sarkozy cherche son inspiration chez la Belle du Poitou, le PS finira peut-être par lui emboîter le pas.

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lundi 27 août 2007

« Mettre un frein à l'immobilisme ! »

Si Raymond Barre n'a pu débattre avec les Gracques, hier dimanche, des moyens de remettre la France sur les rails, c'est parce qu'il était mort. Ce sera pour une prochaine fois.

Raymond_barreSans le dérapage antisémite de mars dernier, l'hommage rendu à Raymond Barre aurait pu être moins convenu, plus enthousiaste... Le capital sympathie dont jouissait cette espèce de nounours extra-microcosmique, dont la vision de la conduite des affaires de la France faisait écho à celles d’un Aron, d’un Mendès-France ou d’un Rocard, ne pouvait qu’être érodé par ses attaques paranoïaques contre le « lobby juif » et sa défense sénile du « criminel de bureau »  Maurice Papon.

Je ne sais pas ce qu’il valait comme auteur de manuels d’économie, même si télés et radios répètent en boucle que le « Barre » passa, un temps, pour le Grévisse de la discipline, mais je garderai le souvenir d’un homme politique honnête et pragmatique, dont l’influence sur le débat fut toujours positive. Candidat à la présidence en 88, il avait été devancé par Chirac au premier tour. Rétrospectivement — et c’est un membre du PS qui le dit — il eut mieux valu qu’il l’emporte sur l’ancien maire de Paris et, surtout, qu’il élimine carrément François Mitterrand du paysage politique.

Le second mandat de ce dernier, placé sous le signe du « ni-ni », allait en effet inaugurer la longue période de stagnation et d’immobilisme qui vient (pour le meilleur comme pour le pire) de s’achever. Qui sait ce qu’aurait donné le passage par l’Elysée d’un type capable d’abandonner la mairie de Lyon après six ans à peine, au pays des Defferre et des Chaban ? Ouvert sur l’Europe et le monde, indifférent à l’impopularité qui découle d’une action responsable (la fameuse « austérité » post choc pétrolier), il avait réussi à ranimer une grosse bourgade en déclin et à faire d’elle la seule rivale hexagonale sérieuse des « second cities » les plus dynamiques d’Europe — les Milan, les Barcelone, les Munich...

Mais bon, l’histoire récente nous enseigne que les Barre, à droite, et les Rocard, à gauche, ne voient jamais leurs mérites reconnus au point de se voir confier les clés du royaume. On les apprécie, on les félicite pour leur clairvoyance et leur courage, on lève les yeux au ciel en déplorant qu’ils ne soient pas plus écoutés mais, au final, on préfère les enterrer (sans mauvais jeu de mot dans le cas présent) là où ils ne nous bousculeront pas trop dans nos habitudes.

Il n’aurait d'ailleurs pas été totalement absurde de voir le gros Raymond prendre la parole, hier à la Villette, avant ou après le petit Michel, à la tribune des Gracques — ce club de socialistes français suffisamment éclairés pour applaudir Anthony Giddens sans s’excuser de leur dérive néolibérale. Sauf que, sauf que, empêché par l’Ankou de jouer les iconoclastes une dernière fois, l’ancien « meilleur économiste de France » avait préféré passer la journée au lit... Bah, même pétant la forme, il n’aurait vraisemblablement pas franchi ce Rubicon, le socialiste Jean-Pierre Jouyet, co-fondateur des Gracques mais traître à la cause, ayant lui-même été déclaré persona non grata. Dans ce contexte, l’intervention d’un ancien Premier ministre de Giscard d’Estaing aurait fait grincer quelques dents.

Mais Raymond Barre est mort et Michel Rocard, hum, n’est plus vraiment de taille à prendre la tête d’un grand mouvement de décoincement du débat politique français. Quant aux Gracques, éventuellement porteurs d’idées intéressantes, ils se croient forcés de désigner Ségolène Royal comme responsable de l’absence de renouvellement idéologique de la gauche française quand elle est probablement, et plus que jamais, l’électron libre qu’ils appellent de leurs vœux pour bousculer le PS et faire pièce à l’hyperprésident.

C’est que c’est compliqué, la politique. Et c’est qu’il faut parfois mettre les pieds dans le plat si l’on souhaite vraiment « mettre un frein à l’immobilisme », comme plaisantait un Barre adepte du calembour oxymorononique. Vraiment, ni le fameux dérapage ni la disparition du bonhomme ne sont de bonnes nouvelles. Heureusement qu'il nous reste la création d'une « grande force anticapitaliste sans concessions » pour entamer cette semaine de rentrée avec bonne humeur.

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vendredi 24 août 2007

Du Vélib', du périphérique et du Grand Paris

L'impossibilité de faire traverser le périphérique au Vélib' est une nouvelle preuve de l'idiotie du morcellement administratif francilien. A quand un hyperprésident pour le Grand Paris ?

VelibC'est un fait, Vélib' est un concept formidable. La mise en place, en un temps record, d’une flotte de 15 000 vélos répartis sur 750 stations et accessibles, soit gratuitement, soit pour un tarif dérisoire, était déjà remarquable. Mais la conversion subséquente de centaines de milliers de Parisiens et d’autant de touristes en cyclistes urbains est franchement enthousiasmante… Je sais bien qu’il serait plus prudent d’attendre l’automne et le retour des mauvais jours pour vérifier si les cadres encravatés aperçus tout l’été dévalant les boulevards au guidon de leurs montures caca d’oie (la couleur des Vélib' est bien l’unique faute de goût du dispositif) poursuivent sur leur lancée, mais leurs premiers tours de roues incitent à l’optimisme.

D’autant plus que le système ne coûte rien à personne. Enfin, rien « directement ». Financé par JC Decaux en échange d’une poignée de panneaux publicitaires, il est même susceptible de rapporter un peu d’argent à la ville via les abonnements annuels (29 euros) et les dépassements horaires des usagers (la gratuité ne s’applique qu’aux premières trente minutes ; au-delà, c’est un euro de la demi-heure). L’afficheur s’est d’ailleurs débrouillé pour obtenir le reversement d’une partie du chiffre d’affaires passé un certain seuil et tout indique qu’il ne sera pas déçu sur ce point.

Bien entendu, c’est le consommateur, plutôt que le citoyen, qui versera ultimement son écot, les fabricants de poudre à laver finissant toujours par faire payer leurs dépenses de promotion aux amateurs de linge plus blanc que blanc. Mais ne boudons pas notre plaisir pour autant : la pub, les lessiviers l’auraient faite ailleurs que sur les nouveaux panneaux Decaux sans les vélos ; les 400 personnes affectées à l’entretien des biclounes n’auraient pas été recrutées ; les citadins motivés n’auraient pas abandonné leur voiture…

Le problème, maintenant, c’est d’expliquer aux quelque dix millions de « Parisiens » n’ayant pas le bonheur de résider intra-muros qu’ils n’en profiteront pas, des Vélib'. Et de leur suggérer gentiment de passer chez Décathlon pour s’en payer un, de vélo, s’ils tiennent tant que ça à risquer leur vie en slalomant entre les autos des réfractaires aux joies de la petite reine. Oh, ils peuvent toujours franchir le périph à l’occasion et s’en payer une tranche : si le premier touriste teuton venu a le droit d’enfourcher un Vélib', on voit mal comment empêcher les banlieusards de poser leurs sales pattes graisseuses sur le même guidon. Mais s’ils s’imaginent que le système sera étendu à Montreuil, Levallois ou Malakoff de leur vivant, ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Non mais des fois !

Bon, en vérité, des voix s’élèvent déjà, ici ou là, pour exiger que quelques une des 700 bornes Vélib' qui restent à installer (le réseau comptera à terme 1 500 stations pour plus de 20 000 vélos) soient implantées à l’extérieur de la « petite ceinture ». Même la mairie de Paris pédale dans ce sens, Bertrand Delanoë s’étant fréquemment placé dans une perspective d’agglomération à l’heure d’investir dans une infrastructure ou un équipement... Mais c’est justement là que le bât blesse : Paris et sa banlieue n’ont rien de commun à l’échelle administrative et la capitale d’un pays réputé jacobin est plus morcelée qu’une Yougoslavie titiste.

De fait, pour prendre la mesure de cette spécificité parisienne, il suffit d’imaginer un New York limité à Manhattan ou un Londres réduit à son square mile. Noyau d’une concentration urbaine de 12 millions de personnes, Paris proprement dit n’est qu’un mouchoir de poche de 105 km2 dont les fortifications auraient été remplacées par un ruban de bitume de 35 kilomètres — ruban protégeant les 2,5 millions de titulaires d’une adresse à arrondissement de leurs congénères moins chanceux.

Les explications abondent des phénomènes ayant bloqué la poursuite de l’intégration des communes de banlieues à la ville centre. Et à la limite, ces explications, si elles sont propres à satisfaire la curiosité de l’amateur d’anecdotes historiques, n’ont plus grand sens à l’heure du renforcement de l’attractivité de Paris comme capitale mondiale comme à celle de l’intégration de toutes ses populations. Belleville, en son temps, avait su devenir le 20e. Les Lilas ne pourraient-ils devenir le 21e, Bagnolet le 22e et Chatou le 46e ?

Ces communes pourraient alors initier des appels d’offres communs au moment de la sélection d’un prestataire de mobilier urbain (bancs, abribus, panneaux d’information municipales…) ; gérer leurs besoins en équipements structurants (piscines, cimetières,  stations d’épuration…) de manière globale ; empêcher Neuilly de limiter le nombre de ses logements sociaux à 3% et Clichy de se transformer en une immense zone HLM ; organiser leur offre de transport de manière plus rationnelle ; redéployer les recettes de la fiscalité locale sur la base d’une authentique péréquation et, cerise sur le gâteau, permettre l’utilisation du Vélib' partout en Ile-de-France…

Car les difficultés rencontrées par l’équipe de Denis Baupin pour l’extension du dispositif sont la métaphore idéale de l’absurdité que représente l’existence d’un myriade de communes autonomes en lieu et place d’un unité gestionnaire comparable, disons, au Greater London (7 millions d'habitants). Une unité ne remettant d’ailleurs pas en question les spécificités des « quartiers » les uns par rapport aux autres (la Défense n’est pas Sèvres, pas plus que le Bronx n’est Brooklyn ou que Kensington n’est Whitechapel), mais permettant à une aire urbaine homogène de fonctionner de manière plus efficace.

L’adjoint de Delanoë chargé des Transports et de la mobilité, souvent —  et stupidement —  présenté comme un ayatollah anti-voiture, affirme être capable de résoudre, dans l’année qui vient, la question du franchissement du périph par les Vélib'. C'est-à-dire qu’il s’engage à convaincre des dizaines de potentats locaux, de députés-maires, de sénateurs-maires, de conseillers généraux-maires, de conseillers régionaux-maires, bref, de toute une foule de micro-élus dont le pouvoir est, justement, assis sur un empilement absurde d’instances décisionnaires, d’accepter de travailler en commun sur ce projet au nom de l’intérêt général de tous les Franciliens.

Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’il y parvienne : le Vélib' est à la mode et, à quelques mois des élections municipales, quel est le premier édile qui ne se verrait pas annoncer à ses chers concitoyens qu’ils vient de les doter d’un magnifique système de « circulation douce », tout comme Paris ? Mais pour le reste, pour les routes, les structures médicales ou éducatives, la fiscalité, les transports collectifs, les choses ont de bonnes chances de rester en l’état. Une ville centre dynamique et innovante, adossée à des Balkans plus ou moins capables de mener leur barque en solo : au sud, un Saclay au potentiel scientifique mondial ; au nord, un Sarcelles à la population d’origine mondiale

Mais la tendance étant à l’hyperprésidence à l’échelon national, l’émergence d’une vision plus intégrée des enjeux régionaux se fera peut-être, Vélib' aidant. Qu’une prise de conscience de la nécessité historique de décorseter la capitale et de la réconcilier avec son hinterland passe par le développement du vélo, ça serait détonnant —  surtout vu de Shanghai ou de Pékin.

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mardi 21 août 2007

Lettre de Marseille

Se déplacer sans voiture à Marseille, c'est tout un poème. Mais les choses avancent. Elles avancent à la même vitesse qu'une auto parcourant en 45 minutes 500 mètres de bitume en centre ville, mais elles avancent tout de même…

PanneauA Marseille, les trottoirs appartiennent aux voitures. Et dans les petites rues des quartiers de la Plaine ou du Camas, il n’est pas rare de voir une auto garée si près d’une porte cochère qu’elle en interdit quasiment l’entrée. Les mères de famille à poussettes sont constamment obligées de descendre sur la chaussée, provoquant les coups de klaxons rageurs de conducteurs indignés par un tel manque de civisme.

L’observateur attentif constatera d'ailleurs que ces mères de famille seraient malvenues de se plaindre, des panneaux tout à fait officiels signalant, à intervalles réguliers, que le stationnement sur le trottoir est autorisé. Un marquage au sol complète même ce dispositif, levant toute ambiguïté sur les droits et devoirs des uns et des autres. L’observateur encore plus attentif se demandera pour quelle raison la mairie se donne la peine de construire des trottoirs, lesquels détériorent les pneus et les bas de caisse des voitures les gravissant pour se garer. A tous les coups, c’est cette inconséquence des pouvoirs publics qui stimule les ventes de 4x4 dans la ville. Les gros véhicules tout-terrain seraient-ils si nombreux autrement ? Non, évidemment : les gens ne sont pas si bêtes.

*

La rénovation de la gare Saint-Charles devait être achevée en 2000, avec l’inauguration d’un nouveau tronçon TGV. Sur le chantier désorganisé qui empêche le voyageur de distinguer ce qui est neuf mais déjà détérioré de ce qui n’a pas encore été changé ou reconstruit, un immense panneau proclame désormais que la fin du supplice est prévue pour la fin de l’année. Les paris sont ouverts.

*

Mais certains supplices BTPesques prennent parfois fin et les rues longtemps impraticables du centre ville ont été recouvertes de granit ou de gazon pour laisser passer un tramway esthétique, pratique et efficace. Comme prévu, les surfaces engazonnées sont mal entretenues et font un peu désordre, mais les Marseillais ont l’air satisfaits de ce nouveau moyen de transport. Quelques semaines après la mise en service, les conversations entendues à bord continuent d’être centrées sur les avantages du tram, le gain de temps qu’il autorise, son confort… Il y a bien quelques ronchons, pestant contre la réduction à deux voies de la circulation automobile sur la Canebière, mais ils ont l’air minoritaires.

*

Le métro marseillais, également pratique et rapide, ferme ses grilles à 21h00. Sauf les soirs de match, bien sûr. Lorsque l’OM est en représentation, les tifosis ont la permission de minuit. Le reste du temps, s’il n’y a vraiment rien à la télé et qu’ils sont obligés de sortir dans l’un des rares quartiers animés de la ville, ils prennent leur voiture. Il est parfois difficile de trouver une place mais, hey, on peut toujours se garer sur les trottoirs…

*

Lorsque j’ai demandé à la fille de l’office du tourisme s’il était possible de louer un vélo pour une semaine, elle m’a demandé : « Pourquoi faire ? » J’ai expliqué que je voulais me déplacer avec dans les rues de Marseille pendant mon séjour, que c’était pratique, tout ça…

Pas très convaincue, elle m’a donné les coordonnées de l’unique loueur de vélos de cette ville de 800 000 habitants. Mais en fait, celui-là, j’aurais pu le trouver sans elle. Il s’agit de la petite boutique qui loue des tricycles et des voitures à pédales à l’entrée du Parc Borély — un parc dont Marcel Pagnol parle à l’occasion et que je fréquentais déjà minot. Bon, on m’a quand même dégoté un VTT aux freins desserrés et au guidon tremblant : 18 euros la première journée, 10 euros les suivantes. Un bon deal dans cette ville où les pistes cyclables restent un concept exotique.

*

Il va pourtant falloir qu’elle se mette au parfum, « la cité phocéenne ». Dès le mois d’octobre, et après moult tergiversations, une système de vélos en libre service de type Vélib' sera inauguré. La dimension du projet reste modeste en comparaison des systèmes parisiens, lyonnais ou bordelais : en tout, 1 000 vélos répartis sur 150 bornes devraient être proposés à des Marseillais pour lesquels un deux-roues sans moteur est, soit un jouet pour enfant, soit un instrument de torture pour dopés à l’EPO.

Renaud Muselier, héritier putatif de Jean-Claude Gaudin au siège de Gaston Defferre et adjoint au maire chargé des Transports, rappelle tout de même que cette ville « pleine de montées et de descentes » n’est pas exactement Amsterdam. Il n’a pas tort. Lorsque je l’interroge (en mode non-blogueur) sur le retard pris par sa ville en termes de « circulations douces », comme on dit à Paris, il se désespère : « Les Marseillais aiment la bagnole, même les PV ne les dissuadent pas de se garer n’importe où. Et le vélo, ils n’ont pas l’habitude. C’est encore nouveau ».

Que les Marseillais aiment la bagnole, c’est certain. Que les PV ne soient pas dissuasifs, c’est discutable. Pour qu’une voiture soit verbalisée pour stationnement gênant à Marseille, il faut qu’elle soit garée devant une sortie de garage ou carrément au milieu de la chaussée : on ne plaisante pas avec les malfaisants qui empêchent les autos de circuler, dans le secteur. « Mais la mairie fait des efforts, affirme encore l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires étrangères de Chirac. Le Vélib', on voulait le lancer depuis longtemps mais c’est l’opposition qui nous en a empêché. Oui, l’opposition municipale, les Verts et le PS ! On a dû refaire cinq fois l’appel d’offre et ils nous ont mis un tas de bâtons dans les roues. C’est pas Paris, ici ! »

Bon, la vie politique locale est effectivement un peu spéciale, même si l’on a du mal à imaginer que les écolos tentent de bloquer un projet pareil. Mais je suis en vacances et je ne vais pas partir en quête d'un élu Vert marseillais en plein mois d’août pour lui demander son avis sur la question. Je vous offre tout de même une ultime sortie de Muselier sur le thème de ce métro qui se couche « avé les poules », comme on dit sur le Vieux-Port : « On le ferme tôt parce que les gens ne le prennent pas. Il faut dire que le soir, la voiture est plus pratique… » CQFD.

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jeudi 16 août 2007

« Défense de rupture » : de Barbie à Ivan

Jacques Vergès est l'avocat de la famille d'Ivan, cet enfant russe tombé du quatrième étage en tentant d'échapper à une reconduite à la frontière. La « défense de rupture » aurait-elle atteint son but ?

VergesJ'avais décidé de ne rien écrire sur cette histoire de gamin défenestré, tant le débat sur l'immigration est miné dans ce pays. De fait, rien ne ressemble davantage à notre approche des flux migratoires que notre, hum, « réflexion » sur les OGM : la confrontation éternelle de méchants et de gentils, de crapules égoïstes et d'humanistes généreux... Mais bon, cette photo de Jacques Vergès dans Libération — le spécialiste de la « défense de rupture » ayant été choisi par la famille d'Ivan pour la représenter face à l’administration française — est tellement écœurante qu’elle m’incite à ajouter ma contribution à cette incroyable confusion.

Ainsi donc, l’homme qui, il y a quelques années, défendait Klaus Barbie avec les francs suisses du banquier nazi François Genoud protège désormais un enfant clandestin de la terrible police française... Ses arguments pour obtenir la régularisation du garçon : il s’agit d’un « excellent élève, qui apprend mieux qu’un Français de souche et que l’on veut expulser à l’aube par un commando. Cet enfant, Français de volonté, doit rester en France ».

Je ne m’étendrai pas sur ce point de vue surprenant, selon lequel un « excellent élève » mérite plus qu’un cancre d’être régularisé, mais plutôt sur le recours par Vergès à l’image plaisamment connotée du commando d’expulseurs matutinaux. RESF, l’association militant pour la régularisation de tous les sans-papiers dont les enfants sont scolarisés, joue depuis longtemps sur ce registre de la comparaison entre les reconduites à la frontière d’aujourd’hui et les trains de marchandises faisant, hier, la navette entre Drancy et Auschwitz. La présence à son côté d’un homme philosophiquement, plutôt que professionnellement, acquis à la cause du « boucher de Lyon » est donc à la fois déroutante et logique.

Déroutante parce qu’elle associe, dans l’esprit du public auquel Jacques Vergès s’adresse réellement lorsqu’il fait semblant de faire son boulot d’avocat, bourreaux et victimes dans la même bouillie idéologique : Barbie et Ivan ; Carlos et Omar Raddad ... Logique parce qu’elle est l’aboutissement de la démarche de ce personnage en guerre avec la démocratie — le système dont il n’a de cesse de dénoncer « l’hypocrisie » en prenant fait et cause pour les champions de la liberté qui s’y opposent par les armes, Pol Pot en tête...

Père de famille prospère dans un pays riche, je n’ai aucun mal à imaginer ce que je ferai si j'étais plutôt né pauvre dans un pays misérable : j’aurais pris mes enfants sous le bras pour monter dans la première patera venue direction l’Eldorado du 9-3. Mais cette façon d'empêcher, ici, en France, tout débat politique ou économique sur le sens et les réalités de l’immigration en se référant sans cesse à l’Occupation était le signal que tous les Vergès de ce monde attendaient pour entrer en scène.

C’est qu’elle est bien pratique, la posture morale des partisans de la régularisation de tous ceux qui frappent à la porte. Et d’ailleurs, ils sont probablement sincères, ceux qui pensent que la France a le devoir moral d’offrir des papiers, un logement et un boulot à quiconque en fait la demande, à Roissy comme à Mayotte. Les difficultés concrètes qu’une élimination des frontières ne manquerait pas de provoquer, pour les déjà-là comme pour les nouveaux venus ? « Pfff, l’intendance suivra », assurent les bonnes âmes pour une fois acquises à la cause de la main invisible libérale, laquelle est censée régler tous les problèmes d’une manière ou d’une autre. Les « riches » n’ont-ils pas, quoi qu’ils en disent, les poches suffisamment profondes pour assumer ce surcroît de dépenses ?

Qu’Ivan se soit jeté par la fenêtre pour échapper à la police est terrible, mais ce drame n’est pas l'indice d’une intensification des reconduites à la frontières ; la même chose aurait pu se produire quand bien même cette opération aurait été la seule de l’année. Que le désespoir qui pousse des gens à s’exiler soit une réalité forçant les pays riches à en accueillir le plus grand nombre est une évidence ; mais nier que cet accueil doive être organisé en fonction des possibilités réelles d’un pays comme la France est une posture tellement idiote qu’elle ne peut se voir opposer que les arguments des vrais cons, des vrais égoïstes.

Mais surtout, accepter la mystification selon laquelle empêcher une famille russe ou chinoise, dont la vie n’est pas menacée, de s’établir en France est comparable à la déportation vers les camps de la mort n’a aucun sens et frise même l’abjection. L’irruption d’un Vergès dans le débat n’en est-elle pas la démonstration ?

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mercredi 15 août 2007

Polémique sur l'installation de Nicolas Sarkozy à Versailles

VersaillesPARIS – APF (15/08/2007) La décision de transférer le siège de la présidence de la République française à Versailles fait l'objet d'une nouvelle passe d'armes entre l'Elysée et l'opposition socialiste, qui a dénoncé cette initiative « coûteuse, inutile et totalement contraire à l'esprit des institutions ». S'exprimant depuis sa résidence de vacances de Wolfeboro, Etats-Unis, Nicolas Sarkozy a pourtant réaffirmé son intention d'installer ses collaborateurs dans les locaux du château modernisé par Le Vau pour Louis XIV. « Le palais de l'Elysée est trop exigu pour héberger l'ensemble des collaborateurs d'un président de la République dans le cadre d'une vision rénovée de la fonction », a-t-il notamment indiqué, ajoutant que « l'intégration directe » des services du Premier ministre aux siens « était à l'étude et justifiait à elle seule le recours à un bâtiment plus spacieux  ».

Pour le chef de l'Etat, l'Elysée « n'est jamais qu'un immeuble du centre de Paris converti en siège de la présidence à la fin du dix-neuvième siècle » et il serait « absurde d'en faire le symbole intangible de la République ». Nicolas Sarkozy a par ailleurs évoqué le « signal fort vers l'extérieur » que représentait ce transfert : « Le lieu d'où le premier représentant du pays effectue sa mission doit lui être adapté en termes de prestige et de projection de puissance. François Mitterrand lui-même avait choisi Versailles pour son premier G7 et ces considérations, associées aux questions plus pratiques de surfaces de bureau ne peuvent être négligées ».

Mais le président s'est également félicité de ce que « la transformation d'un lieu emblématique d'une période historique qui divise les Français puisse les aider à se rassembler » : « L'histoire de la France est complexe, et j'en assume la totalité sans faux-semblant. Car n'est-il pas temps de reconnaître le rôle positif de l'Ancien régime sans condamner la Révolution ? Un président de la République à Versailles, ce n'est pas une bizarrerie : c'est la meilleure preuve de la maturité du peuple français ».

François Hollande, le leader du Parti Socialiste, en appelle pourtant à une « réaction sans équivoque » de la part de ceux qui, « dans ce pays, se considèrent encore comme démocrates » et exige « l'ouverture immédiate » d'une session parlementaire « permettant aux représentants de la Nation de trancher ». Le député PS de l'Aisne René Dosières s'est lui inquiété des dépenses que généreraient un tel événement, évoquant « un minimum de 35 millions d'euros » après concertation avec le Syndicat National des Déménageurs.

Mais les réactions indignées venues de la gauche se voient opposer les prises de position de plusieurs ténors de l'UMP et du Nouveau Centre. Pour Patrick Devedjian, président du Conseil général des Hauts-de-Seine, « l'arrivée de la présidence à Versailles permettra d'améliorer l'efficacité de ses services, les embouteillages étant responsables de nombreux retards et, par conséquent, d'importants volumes d'heures de travail perdues. Elle est également la première étape d'une déconcentration des lieux de pouvoir et d'une saine réflexion sur l'extension de la capitale à l'ensemble de son agglomération ». André Santini, secrétaire d'Etat à la Fonction publique, s'est de son côté félicité de ce que « la configuration du château de Versailles soit plus adaptée aux besoins du couple présidentiel, le Grand Trianon étant le lieu idéal d'un épanouissement de Cécilia Sarkozy comme Première dame ». Le maire d'Issy-les-Moulineaux a également ironisé sur « un parti socialiste à la dérive, camouflant son incapacité à reconstruire son idéologie derrière une critique mesquine de l'action du président ».

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NB : Note à caractère parodique, inspirée par une balade dans les jardins du château de Versailles en cette (presque) belle journée d'Ascension d'Assomption, autant que par les aventures du premier président bling bling de l'histoire de France.

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mardi 14 août 2007

Vive le « subprime lending » !

Les « prêts à risque » des Américains sont la version capitaliste du prêt à taux zéro. Prêter aux pauvres serait-il devenu politiquement incorrect ?

Little_house_in_the_prairieLa faillite du système capitaliste, fréquemment annoncée, régulièrement reportée, si elle devait se produire à la suite de la crise des prêts à risque aux Etats-Unis — les fameux « subprime mortgages » — n'aurait rien de réjouissant. Elle viendrait en effet légitimer l'approche ultra-frileuse des banques françaises à l'égard de leurs clients les moins fortunés et justifier l’adage selon lequel « on ne prête qu'aux riches »...

La facilité avec laquelle les Américains ont recours au crédit est légendaire. Disons que, d’une manière générale, les ménages yankees sont deux fois plus endettés que les nôtres, d’où le plus grand dynamisme de leur consommation et, partant, de leur économie. Evidemment, on peut toujours déplorer l’adossement de la croissance d’un pays à la capacité qu’ont ses citoyens de s’offrir des automobiles et des machines à laver. N’oublions pas, alors, de nous féliciter de la fermeture des usines qui produisent ces mêmes automobiles et machines à laver (et de la disparition des emplois qui vont avec).

Si le crédit à la consommation est plus développé qu’ici, le crédit immobilier est à l’avenant. Il est donc beaucoup plus aisé, outre-Atlantique, de devenir propriétaire de son logement qu’en France et, du coup, de se constituer un patrimoine éventuellement transmissible (68% des ménages US, contre 50% de leurs homologues français sont dans ce cas). Là encore, on peut ne pas être favorable à la progression du nombre de propriétaires et à la constitution de patrimoines nouveaux, mais que l’on ne vienne pas ensuite s’indigner d’une répartition inégalitaire des actifs financiers dans la société...

Les banques américaines, pour autant, donnent rarement dans la philanthropie et les facilités que vous aurez à emprunter, que ce soit pour changer de télé ou de maison, seront totalement corrélées à votre « credit history », soit la manière dont vous vous êtes acquitté de vos dettes passées. Un score élevé et les dollars couleront à flot ; un parcours jalonné d’incidents de paiement et les choses seront plus délicates. Mais la nature, comme le capitalisme, a horreur du vide et il aurait été surprenant que les dizaines de millions d’Américains ayant un jour eu du mal  à payer leurs traites dans les temps ne soient pas, d’une manière ou d’une autre, récupérés par le système. D’où cette idée de « subprime lending » — de prêts à haut risque.

Dans ce contexte, certains établissements de crédit acceptent les dossiers que les banques traditionnelles refuseraient, sur la base de formules plutôt créatives : l’on peut ainsi se voir proposer de ne rembourser que les intérêts du prêt pendant plusieurs années, de fixer les échéances à un niveau théoriquement inférieur à celui qui serait nécessaire au remboursement du capital sur la durée choisie, voire de démarrer sur un prêt à taux fixe qui se transformera en prêt à taux variable au bout de quelques années (ce système existe désormais ici, mais peut être considéré comme l’héritage des banques britanniques ayant fait une brève et peu glorieuse incursion sur le marché français du crédit immobilier il y a quelques années).

La philosophie générale derrière ce type de prêt ? L’immense majorité des emprunteurs est en mesure de rembourser, les incidents de paiements rencontrés dans le passé n’ayant aucune raison de se transformer en exclusion définitive de la société de consommation. De surcroît, la durée nominale de détention d’un prêt immobilier n’étant qu’une fiction, la plupart des souscripteurs revendant leur bien avant le terme (les prêts sont soldés avant dix ans en moyenne), ils pourront rembourser la banque et empocher une plus-value leur permettant de réinvestir dans un nouveau projet. Las, il arrive parfois que cette fameuse plus-value ne soit pas au rendez-vous au moment de la sortie et que la valeur du bien ne couvre pas totalement l’encours. C’est la vie, ça arrive à des gens très bien. Même à des emprunteurs traditionnels d’ailleurs, bien qu’il soit rare qu’un investissement immobilier à moyen-long terme ne s’avère pas judicieux...

Mais c’est alors le problème de la banque, dont les « number crunchers » sont supposés avoir fait leur boulot en n’excédant pas la capacité statistique de leur établissement à prêter sans risque majeur pour l’équilibre de leur bilan. Vous avez dû remarquer, chez nous, les pubs de ces assureurs de la dernière chance proposant aux automobilistes ultra-malusés de leur rendre visite. C’est exactement la même logique que dans le prêt à risque à l’américaine : peu importe les antécédents de vos clients du moment que leurs profils sont à peu près homogènes et que les primes versées sont compatibles avec le niveau du risque qu'ils posent.

En France, une BNP ou un Crédit Agricole ne prêteraient jamais au client-type du supbrime. Les conditions d’accès au crédit se sont sans doute assouplies ces dernières années mais, d’une manière générale, le bon risque immobilier est défini comme suit : un couple de fonctionnaires disposant d’un apport de 30% du prix de son acquisition, titulaire d’un Plan d’Epargne Logement arrivé à maturité, ne s'endettant pas au-delà de 25 à 30% du revenu net du foyer et limitant la durée de son prêt à 15 ans... Excusez du peu. Bon, que ces mêmes établissements soient d'accord pour prêter quelques dizaines de millions de dollars aux spécialistes US du subprime aujourd’hui dans la tourmente ne semble pas leur poser de problèmes de cohérence. C’est qu’ils savent d’expérience que ce segment du marché, extrêmement rémunérateur, est loin d’être aussi dangereux qu’on veut bien le dire.

Pour autant, ce que les banques françaises ne font pas chez elles, il faut bien que quelqu’un s’en occupe. D’où la profusion de mécanismes et de dispositifs complexes, du prêt à taux zéro aux livrets d’épargne défiscalisés, sans parler des usines à gaz de caution d’Etat que notre hyperprésident est en train de nous concocter. Et, quoi, il faut bien que les pauvres puissent se loger eux aussi, puisque la Société Générale se concentre sur ceux qui n’ont pas besoin d’elle !

En tout état de cause, l’annonce de l’effondrement du système étant, une fois encore, largement prématurée, félicitons-nous de la manière dont les réactions s’organisent et de la capacité des Banques Centrales à remettre un peu d’argent au pot lorsque les marchés en manquent. Mais surtout, réjouissons-nous de vivre dans un monde suffisamment sophistiqué pour qu’un problème localisé et identifié (car un problème existe bel et bien) ne soit plus en mesure de provoquer un chaos intégral. Mon seul regret : que cette crise se produise pendant les congés de mon presque homonyme à Libération, Tonino Serafini, ce « spécialiste du logement » toujours prêt à dénoncer la terrible spéculation immobilière annonciatrice d’une fin du monde imminente. Bah, il aura sans doute d’autres occasions de s’étrangler de rage en commentant les premiers effets du remboursement des intérêts de prêts sur le prix du mètre carré à Paris...

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