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juillet 2007

mercredi 25 juillet 2007

Smörgåsbord

Je quitte Paris quelques jours, histoire de m'aérer la tête en altitude. Petit bloc-notes hétéroclite pour la route.

Cecilia_sarkozyCécilia Sarkozy a dû abandonner la carte de crédit qui lui servait à régler ses déjeuners en ville, mais elle semble avoir gagné au change. La voici en charge d’un budget considérable permettant d’indemniser, à hauteur de plusieurs millions d’euros, les victimes libyennes d’une vague de contaminations hospitalières. La voici également aux commandes de l’airbus présidentiel, grâce auquel elle a pu nouer la fructueuse relation que l’on sait avec la fistonne de Kadhafi...

Mon camarade Blair a beau soutenir — paraphrasant Deng Xiao-Ping — qu’on ne se préoccupe pas de la couleur d’un chat dès lors qu’il attrape les souris, la manière dont Nicolas Sarkozy nous propose d’entériner le rôle désormais dévolu à son épouse vire à l’inacceptable. Ok, formidable, le problème des infirmières bulgares est réglé et la France peut ramener la Libye sur le chemin de la normalité politique, avec les conséquences positives que l’on prévoit sur l’économie et l’Union méditerranéenne. Mais nos procédures diplomatiques, comme celles de l’Europe, ne prévoient pas la délégation du domaine réservé présidentiel à la femme du chef...

Que Cécilia n’ait pas envie de passer ses journées à récolter des pièces jaunes avec un judoka bedonnant, on le comprend. Mais qu’elle joue les roving ambassadors sans mandat est gênant, même si ça marche. La gauche ne verse donc pas dans la critique mesquine en l’exprimant publiquement. Devrons-nous rester silencieux, voire applaudir, lorsque l’un des fils Sarkozy ira négocier l’évolution de la politique agricole avec les gosses d’Angela Merkel ? Les infirmières bulgares sont libres, réjouissons-nous. Méfions-nous quand même du n’importe quoi.

*

On reparle de l’ouverture des magasins le dimanche et je n'ai pas grand chose à ajouter à la note publiée ici même, il y a quelques mois. Inutile de dire que j’y suis favorable : L’Eurostar, le Da Vinci Code et l’ouverture des magasins le dimanche.

Les arguments standards des défenseurs du jour du Seigneur chômé, je les connais mais ils ne me convainquent guère. Idées inédites bienvenues.

*

Je me demande si les blogueurs seront à nouveau invités aux universités d'été des partis politiques cette année. Il n’y a pas d’élection en vue et il est probable que ni le PS, ni l’UDF — enfin, le MoDem — n’aient envie de voir des trublions dans mon genre se mêler de ce qui ne les regarde pas. Pour ne rien dire de l’UMP, dont on se demande s’il lui est encore nécessaire d’organiser ce genre de manifestation : Loïc le Meur s’est expatrié et Nicolas Sarkozy est déjà à l’Elysée. Alors, à quoi bon...

*

Tiens, nouvelles affaires de dopage dans les milieux cyclistes. On joue pourtant la surprise dans les « milieux autorisés », comme si la fiction d’un Tour de France honnête avait encore du sens et qu’une grande boucle propre restait envisageable. Mais au final, je me demande pourquoi le recours à ces substances accroissant les performances reste interdit... Je verrais bien, moi, le dédoublement de tous les grands événements sportifs et la création de variantes autorisant, que dis-je, encourageant le dopage.

Bon, dans sa version traditionnelle, le sport retrouverait ses racines gréco-latines dans le cadre de compétitions à profil bas, ne réunissant que quelques amateurs passionnés sous les yeux du public clairsemé du complexe athlétique de Bécon-les-Bruyères. Dans l'acception médicalisée, en revanche, le village mondial assisterait à d’incroyables joutes télévisées opposant les labos pharmaceutiques les plus prestigieux les uns aux autres. Les athlètes voyant leur espérance de vie considérablement réduite par l’usage intensif de designer drugs, il ne serait plus utile, en effet, de se souvenir de leurs noms et c’est plutôt de Novartis ou de Sanofi qu’il serait question en commentaire.

Dans les stades, les records tomberaient les uns après les autres, des brutes aux muscles hypertrophiés courant plus vite, sautant plus haut, tirant plus loin que dans les rêves les plus fous du bon docteur Ferrari, la foule acclamant sans retenue le passage sous la barre des 5 secondes du 110 mètres haies ! Pour du spectacle, ça serait du spectacle. Et les retombées positives sur la santé des masses de cette recherche éperdue de la performance ne seraient pas minces non plus, telle molécule multipliant par deux la capacité pulmonaire d’un nageur faisant le bonheur des insuffisants respiratoires. Hé, quoi, la Formule 1 ne fait-elle pas avancer le schmilblick de l’automobile de papa ?

LeMond, Vinokourov, Rasmussen, laissez glisser... Un jour, Dieu reconnaîtra les siens.

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mardi 24 juillet 2007

Harry Potter and the Irritating Consensus (book 7 3/4)

Un peu de mauvais esprit salutaire dans un océan d'unanimisme lénifiant. Harry Potter m'emmerde et j'aurais préféré qu'il casse sa pipe dès le premier épisode.

MadpotterAu début, je faisais dans le consensus pragmatique : Harry Potter était un phénomène positif puisqu'il poussait des jeunes qui ne lisent pas à ouvrir un bouquin. Dès lors, que les romans qui composent la série soient bons ou mauvais importait peu, stimuler les neurones de nos chères têtes blondes étant le but unique de la manœuvre. Je m’étais même, soucieux de ne pas mourir idiot, astreint à lire les deux premiers tomes avec bienveillance et je les avais trouvés tout à fait convenables : des personnages attachants, une histoire qui tenait la route, un contexte magico-scolaire en phase avec les préoccupations de la jeunesse, bref, une recette de qualité pour une production à l’avenant...

L’agacement n’est venu que plus tard, avec la transformation d’un engouement authentique en rouleau compresseur marketing. Pour les enfants, Harry Potter n’était plus une proposition parmi d’autres, mais une sorte de passage obligé, de lecture imposée par l’école (« peer pressure »), les parents (qui le lisent dans le métro et en causent près de la machine à café) et surtout l’excellence d’une campagne de promotion tous azimuts enrôlant jusqu’aux médias supposés « analyser » les ressorts de cette surprenante popularité.

Mon idée n’est pas, ici, d’aller à contre courant par principe. Faire lire les enfants, faire lire tout le monde en fait, est un projet louable et je me souviens, il y a quelques années, d’avoir défendu l’utilisation de romans Mills & Boon (Harlequin) comme incitation à l’achat d’un gigot dans les supermarchés britanniques. Partageant le même blister humide, les romans à l’eau de rose et la pièce de barbaque sanguinolente formaient évidemment un drôle de couple mais, hey, si l’édification des masses est à ce prix...

Non, mon idée serait plutôt de me demander ce qui dysfonctionne dans une société lorsqu'elle renonce à toute appréciation critique d’une opération marchande déguisée en enthousiasme spontané. Comme au moment du lancement de l’I-Phone — un banal téléphone portable équipé d’un logo « hype », mais pour lequel des esprits simples sont prêts à coucher sur un trottoir deux jours durant avant d’être délestés de 600 dollars par un vendeur ne gagnant même pas cette somme en une semaine —, nous voici sommés de nous extasier devant le nombre d’exemplaires de Harry Potter vendus dans le monde, la fortune accumulée par son auteure, les difficultés logistiques de l’acheminement du livre à travers le monde, l’infect comportement des pirates du Net ayant osé évoquer avant l’heure le bisou échangé par celui-ci avec celle-là... Nous voici contraints de participer au grand buzz mondial au risque de passer pour, au mieux, un pisse-froid insensible à la magie du petit sorcier et, au pire, un ringard incapable de comprendre dans quel sens souffle le vent.

Un clip tiré d’un journal télévisé américain circulait sur le Web il y a quelques semaines, célébrant le courage de je ne sais quelle présentatrice ayant refusé de commenter les dernières frasques de Paris Hilton. Bravo à elle. Mais la même sourcilleuse gardienne de l’indépendance journalistique a-t-elle cherché à éviter de se faire l’auxiliaire de la machine « Harry Potter » ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que les JT français ont tous consacré de longues minutes à glorifier la joie enfantine de dizaines de millions de Terriens s’apprêtant à débourser, un chapeau pointu sur le teston, quelques dollars, euros ou roupies, pour enfin prendre connaissance de la suite des aventures palpitantes du jeune I-Phone, pardon, H. Potter. Je sais aussi que Le Monde, dans un éditorial, nous a resservi les mêmes platitudes sur l’importance de permettre aux jeunes d’accéder à la lecture bla bla bla qu’à chaque lancement d’un nouvel opus potterien, ignorant superbement le rôle de décryptage qui est censé être le sien lorsqu’un livre en anglais est au top 10 des ventes en France et, surtout, que les enseignants viennent se ranger derrière les marketeurs pour enfoncer, nolens volens, la baguette magique dans le gosier des petits zenfants.

Que les sorcelleries en question, loin d’inciter à la lecture en général, se contentent d’occuper le terrain et d’accroître leur part du marché des jeunes lecteurs, exilant les non-sorciers vers le purgatoire des rayonnages des librairies, ne semble faire douter personne. Qu’il ne se vende plus, au-delà des 72 tomes de Harry Potter, que des « me too » sans imagination bourrés de sorciers génériques et de terribles conflits bien/mal, n’agace personne... La littérature « jeune » a pourtant d'autres atouts.

Mais puisqu’il faut bien, parfois, que des voix dissonantes s’élèvent, je suis fier — après avoir résisté, enfant, à la mode de ces albums de foot pour lesquels il fallait collecter et échanger des images au risque de passer pour une poule mouillée — de les rejoindre. La saga Harry Potter aurait pu n’être qu’une bonne-série-de-romans-destinés-à-la-jeunesse-mais-séduisant-également-les-adultes, elle n’est plus qu’une ligne de produits formatés et, paradoxalement, sans magie.

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lundi 23 juillet 2007

La minute nécessaire de Bernard-Henri Lévy

Bernard-Henri Lévy dit souvent des choses intéressantes. La question est de savoir si sa chemise ouverte les mets en valeur ou, au contraire, les dissimule...

BhlJe ne suis pas un grand fan de Bernard-Henri Lévy, même si j'ai tendance à m'agacer des réactions négatives aussi systématiques que simplement réflexives qu'il suscite. Bon, il faut dire que ce dandy touche-à-tout distribue volontiers lui-même les badines qui servent à lui taper dessus et que sa suffisance hautaine ne lui rend guère service. Avant d’être un philosophe, mais nous reviendrons là-dessus, BHL est un people. Et plus qu’un people, il serait presque un logo, une marque, un concept, dont le seul énoncé du sigle évoque une sorte d’excité à mèche brune et chemise échancrée écumant les plateaux de télé, sa bergère en remorque, pour mieux dénoncer tel ou tel massacre, tel ou tel génocide potentiel...

Derrière le logo,  derrière l’égo surdimensionné, il y a du fond, pourtant. Et l’on se demande souvent si l’aura de superficialité oblitère le propos ou si, au contraire, elle permet d’évoquer le Darfour ou la Tchétchénie dans les émissions branchées de Canal Plus. Par bien des aspects, l’homme est une caricature de l’intellectuel médiatique, vibrant témoignage de la défaite de la pensée (hé hé) ayant vu les Sartre et les Althusser supplantés par les Finkielkraut et les Glucksmann. Mais Sartre était constamment à côté de la plaque et Althusser a fini par étrangler sa femme quand leurs successeurs s'emploient à dénoncer de vraies horreurs. Appartient-il alors à ceux qui n’ont lu ni Lévy ni Sartre de distribuer les bons points et les certificats de philosophes authentiques au nom d’une sorte de bon goût néo-bourgeois ?

Et finalement, est-il vraiment nécessaire de « lire » BHL pour juger du niveau de sa philosophie ? Bon, il écrit, bien sûr, mais personne ne le lit. Enfin, disons que beaucoup de gens l'achètent mais qu’au-delà de « La barbarie à visage humain » et de « L’idéologie française », thèses contestables mais éclairantes, ses romanquêtes et autres tocquevillades animent davantage les têtes de gondoles chez Leclerc que les débats dans les amphis.

N’empêche, au-delà de ce qu’il écrit, il y a ce qu’il dit. Et ce qu’il dit, à la télé, à la radio, dans les manifs, il faut bien qu’il y ait des gens pour le dire. Il faut bien qu’il y ait des gens pour donner un peu d’épaisseur et d’humanité aux cadavres des journaux télévisés — cadavres génériques de Bosnie ou d’Algérie, du Rwanda ou du Soudan. On peut bien moquer son goût du luxe, son côté fils de famille plein aux as, son arrogance, son manque d’humour les jours d’entartage (encore que, je me demande si le gars qui trouverait amusant de me balancer une tarte en pleine poire dans la rue ne serait pas susceptible de le regretter amèrement), mais les prime time télévisés devraient-ils être abandonnés à la StarAc et à la promotion du soixante-douzième opus d’Harry Potter ? Le clinquant est à la mode et BHL est sans doute ce qui se fait de mieux en matière d’habillage bling bling d’une pensée nécessaire. Il alerte, il réveille, il provoque et c’est tant mieux.

Mais qu’est ce qui me prend, à moi, de me faire l’avocat d’un type qui n’en demandait pas tant et qui se fiche bien de savoir si je lui reconnais ou non le droit d’inscrire « philosophe » à la rubrique profession de son passeport (c’est rigolo, ça : il y a longtemps qu’il n’y a plus de rubrique profession sur les passeports mais l’expression résiste) ? Eh bien il me prend que je viens de lire (via le méchant Jules de What’s Next) un excellent papier de l’ami Bernard-Henri sur la version américaine du livre de Sarkozy (Témoignage) et que je suis étonné de me retrouver à ce point en phase avec lui, qu'il s'agisse de mon intérêt pour le volontarisme de l'hyper président ou de mon inquiétude devant son cynisme faussement pragmatique et sa vision étroite de la France. Las, ce n’est pas sur le plateau de Marc-Olivier Fogiel ou de Thierry Ardisson que ça se passe : c’est en anglais et dans le New York Times. C'est pourtant un discours qui mériterait d’être diffusé plus largement sous nos latitudes. Hum, qui a dit que BHL venait trop à la télé ?

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PS : Le texte de BHL dans le New York Times est partiellement traduit sur le site du NouvelObs

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vendredi 20 juillet 2007

Le cycliste de la République

Jacques Chirac a beau n'avoir triché qu'à « l'insu de son plein gré », il n'est pas question de le laisser finir son échappée solitaire sans encombre.

Chirac_affiche« Oui, j'ai triché, c'est vrai, vient d'admettre en substance notre ancien président, mais à l'époque, tout le monde faisait la même chose et le respect de la loi n'était pas encore entré dans les mœurs »... Je ne sais pas ce que feront les juges français de ces déclarations, mais je sais déjà ce qu’en ferait la télévision allemande, qui refuse désormais de diffuser les courses de vélo dont les concurrents se dopent « comme tout le monde » et pour lesquels le respect de la loi reste facultatif.

Qu’il ait fallu douze ans à Jacques Chirac pour élaborer un système de défense aussi pitoyable en dit long, toutefois, sur les chances qu’il pensait avoir de se retrouver un jour face à la justice. Et j’espère pour lui qu’un vague plan B est en gestation chez quelque homme de loi parisien, son successeur ne donnant pas le sentiment de vouloir intervenir en sa faveur. Il faut dire que l’affaire Clearstream, dans laquelle serait également impliqué l’ancien maire de Paris même s’il n’aura pas à en répondre, ne doit guère jouer en sa faveur : on dit l’ami Sarkozy assez rancunier.

En tout état de cause, Chirac serait, comment dire, concerné par une ribambelle d’affaires allant de la prise illégale d’intérêt (RPR) à la mise en place d’emplois fictifs (Ville de Paris), en passant par des détournements de fonds (SEMPAP) et des abus de biens sociaux (Euralair). Je n’ai pas la compétence de mon camarade Eolas pour convertir ces différents éléments en équivalents-jours de prison mais je me dis que l’homme n’a pas intérêt à être condamné plus de trois fois : les multirécidivistes ont de moins en moins bonne presse et l’excuse de minorité risque d’être difficile à invoquer à près de 75 ans.

Et Chirac interdit d’antenne à la ZDF, ça serait rigolo.

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jeudi 19 juillet 2007

Vu à la télé

Notre actualité politique est-elle scénarisée depuis Hollywood ? Et si oui, les épisodes de la guerre scolaire à venir sont-ils déjà disponibles sur YouTube ?

Jimmy_smitsTroublant, l’ultime épisode de l’avant-dernière saison de West Wing, la fameuse série US centrée sur la vie quotidienne à la Maison Blanche. Figurez-vous que, dans leur incroyable prescience de ce qui devait se produire en France quelques mois plus tard (il s'agit de la saison 2005), les scénaristes ont imaginé une compétition présidentielle opposant un parti Républicain rassemblé sous la bannière d’un spécialiste de l’ouverture à un parti Démocrate balkanisé par ses principaux caciques — du pragmatique cynique au latino iconoclaste, en passant par le partisan d’un retour aux fondamentaux de la gauche éternelle. Ca ne vous rappelle pas quelque chose ?

Toujours comme chez nous, il reviendra d’ailleurs à l’idéaliste hors-norme d’être investi par les militants, Matt Santos (Jimmy Smits, en photo) devenant le tout premier candidat non-WASP à la fonction suprême. Et le plus amusant, c’est que cette espèce de Ségolène Royal en pantalons avait bien failli voir sa montée en puissance bloquée par les syndicats d’enseignants, choqués par son peu de respect pour les performances de leurs ouailles ! Oh, il ne proposait pas, à l’instar de la belle du Poitou, l’augmentation de leur temps de présence dans les établissements (ça, il y a bien longtemps que les Américains ont découvert le tutorat), mais préconisait tout simplement la fin de l’emploi à vie pour les profs et la possibilité de rompre les contrats de plus incompétents...

N’empêche, ce marginal, amateur de démocratie participative (il privilégie les choix de la base sur les manœuvres politicardes à l’intérieur du parti), sera bel et bien placé sur orbite présidentielle même s’il me faut encore attendre d’entamer la saison 7 pour savoir qui, du républicain d’ouverture ou du démocrate chamboule tout, emménagera dans la fameuse West Wing.

Mais avant d'en profiter pour découvrir à quelle sauce nous serons nous-mêmes mangés, du moins si les capacités prédictives des plumitifs californiens restent aussi affûtées, je constate que les enseignants sont toujours au centre des préoccupations du pouvoir malgré la défaite de la Matt Santos gauloise. Car voici que François Fillon, emporté par sa fougue réformatrice, se propose d’instaurer un service minimum en cas de grève scolaire. C’est que ce n’est pas rien, les jours de grève des enseignants : Le Monde rapporte ainsi que nous leur devons plus de la moitié des 952 364 journées de relâche revendicative recensées en 2006 pour l’ensemble de la fonction publique (668 133), soit la bagatelle de 0,6 jour par personne et par an.

Il était logique qu'une telle suggestion fasse du bruit et que l’on évoque à nouveau, quelques jours après le débat sur le service minimum dans les transports, « d’intolérables restrictions au droit de grève ». Je ne me prononcerai pas, moi-même, sur la réalité de ces restrictions. La possibilité de cesser le travail en guise de protestation doit être défendue, c’est une évidence, même si les enseignants ont tendance à oublier qu’il s’agit d’un recours ultime plutôt que d’une entrée en matière en cas de désaccord. Mais l’idée que les grèves puissent être annoncées à l’avance et que les écoles soient forcées d'accueillir les enfants de ceux qui n’ont pas la possibilité de prendre une journée de congé au débotté me parait tout à fait légitime.

Je lis pourtant dans Libération que la FCPE considère qu’il n’y a guère « que 2 ou 3 jours de grève par an » et que « les parents le savent et peuvent s’organiser ». Je ne sais pas si Laure Equy et Salomé Legrand, les journalistes ayant recueilli ces propos, ont elles-mêmes des enfants, mais ma propre expérience m'incite à remettre en perspective le point de vue de cette association de parents d'élèves plutôt à gauche. Les grèves locales sont généralement annoncées la veille pour le lendemain (les enseignants n’ont justement aucune obligation de préavis, d’où la proposition Fillon) et ont pu durer jusqu’à trois mois en 2003, lorsque les profs luttaient contre le recrutement régional des personnels techniques du secondaire de peur d’être un jour rattrapés par la décentralisation...

La question de base est tout de même de savoir si la spécificité des services publics s'appréhende de manière bilatérale ou pas, et si le statut ad hoc des fonctionnaires leur confère ou non des responsabilités particulières à l’égard du, hum, public. Fillon le pense. Matt Santos également, tout démocrate qu’il soit. Et une Ségolène en forme ne se mettrait probablement pas en travers de leur route sur ce point. Qui suis-je, dans ce cas, pour m’élever contre une petite remise à l’heure des pendules scolaires, a fortiori lorsque j’avais justement délocalisé mes propres rejetons pour ce genre de raisons.

Cela dit, je ne crois guère à la possibilité d’un conflit massif pour la rentrée, la conflictualité scolaire ayant régressée de manière drastique dans la foulée des mouvements de 2003, pour la première fois non-rémunérés. Enfin, je dis que je n’y crois pas mais, à la vérité, je n’en sais rien du tout. Laissez-moi juste le temps d’aller faire un tour sur YouTube histoire de visionner les derniers épisodes de West Wing et je vous confirme tout ça...

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mercredi 18 juillet 2007

Musellement

Quelle est la différence entre « Arrêt sur image » et « La chance aux chansons » ? Aucune, ces deux émissions ont été victimes de la terrible reprise en main des médias par le non moins terrible pouvoir politique.

MuselirePrenez-le comme un nouvel indice de ma dérive droitière si vous en avez envie, mais la conjonction des « affaires » Mermet, Bonnaud, Schneidermann a fini par m'agacer. Enfin, disons que c’est la manière dont la modification des horaires ou la transformation des émissions animées par ces « personnalités des médias » est devenue symbolique d’une « reprise en main de l’audiovisuel public par le Pouvoir » qui me hérisse un peu le poil...

Commençons par Daniel Mermet, tiens, et par l’incroyable campagne orchestrée par ses fans il y a quelques mois au moment du passage de 17h00 à 15h00 de « Là-bas s’y j’y suis », un programme proposé par France Inter cinq jours par semaine depuis, excusez du peu, dix-huit ans. Que Mermet préfère voir son émission positionnée en fin d’après-midi, pourquoi pas. Personnellement, il ne m’arrive que rarement d’écouter la radio à 15h00 ou 17h00 et je me demande si la priorité de l’animateur ne devrait pas être d’obtenir une « case » de fin de soirée, du moins s’il cherche à séduire un public plus large que les moins de 15 ans ayant quitté l’école à 16h30. Mais bon, chacun voit midi (sic) à sa porte et l’heure du goûter lui convenait davantage que celle de la sieste...

Pour autant, l’idée que cette modification anecdotique puisse être combattue au nom de « la liberté d’expression », face à une « volonté politique et idéologique très claire » de « débarrasser la grille de France Inter » d’une émission ne convenant pas aux idées « de droite, catholiques et libérales » de Jean-Paul Cluzel (le président de Radio France), est tellement ridicule qu’on se demande comment elle a pu émerger sans faire éclater de rire jusqu’au webmaster d’Acrimed.

Au profit de ceux d’entre vous qui, comme moi, n'écoutent pas la radio durant la journée, indiquons tout de même qu’il faudrait aller sur Radio Courtoisie, la station lepéniste et intégriste, pour dénicher le pendant « droitier » de Daniel Mermet, la liberté de ton et le discours joyeusement anticapitaliste (pour faire court) du bonhomme ne me semblant pas exactement étouffés par la censure. Lui-même, ce me semble, n’a d’ailleurs jamais évoqué la moindre pression sur ses contenus, même s’il a toujours assuré que ses collaborateurs l’emmenant aux prud’hommes pour harcèlement moral n’étaient que les jouets de la ploutocratie ultralibérale.

En tout état de cause, changer l’horaire d’une émission vieille de près de vingt ans ne me paraissait certainement pas justifier ce battage. J'irai même jusqu’à exprimer l’idée qu’il est possible, de temps en temps, pour une radio souhaitant rester en phase avec le monde tel qu’il va, de modifier sa grille plus largement et de remplacer ses émissions multi-décennales par de nouveaux formats sans qu’une pétition dénonçant la fin du monde tel que nous le connaissons soient diffusée sur Indymédia...

Fin connaisseur de la chose audiovisuelle, justement, Daniel Schneidermann aurait pu se douter que l’émission qu’il produisait et présentait sur France 5 depuis 1995 finirait un jour par disparaitre ou au minimum, par voir son concept modifié ou son animateur changé. L’homme qui dénonce inlassablement les turpitudes de ses confrères a pourtant préféré transformer un conflit sur l’évolution d’un programme daté et fatigué en bataille pour la sauvegarde de la dernière oasis de décryptage de la télé — les Français risquant désormais de se laisser embobiner par le premier Sarkozy venu s’il n’est plus là pour arrêter, chaque semaine, les images tournoyantes de leur petit écran. Qu’un autre que lui (j’entends que Paul Amar est sollicité) puisse en faire autant, même différemment, même sur un autre ton, lui échappe totalement. Non, c’est la liberté d’expression que l’on vise à travers lui et certainement pas le format idéal de son petit bijou d’émission.

Ces histoires de format, d’ailleurs, sont bien la preuve de la duplicité des dirigeants de chaînes publique, en télé comme en radio, l’argument d’une transformation du modèle « groupe de potes rigolos » de la « Bande à Bonnaud » en émission plus « intimiste » étant tout simplement irrecevable. Interrogé par Le Monde, Frédéric Bonnaud, l’animateur éponyme de cette émission de France Inter n’est d’ailleurs guère traversé par le doute : son émission est formidable, incroyablement politiquement incorrecte et n’est supprimée que dans le cadre d’une politique de course à l’audience indigne du service public. Bon, le jeune professionnel n’avait pas encore eu la possibilité d’installer son rendez-vous suffisamment longtemps pour jouer la carte Mermet-Schneidermann de l’institution-que-l’on-déboulonne-pas-sans-risque mais, pour une sortie réussie, c’est une sortie réussie...

Au final, et pour tous les travestissements de péripéties banales et consubstantielles à la vie d’une radio ou d’une télé en musellement de la parole d’hommes libres, rien ne ressemble plus au départ de Schneidermann ou de Bonnaud que les mises à l’écart de Macha Béranger (Allô Macha) ou de Pascal Sevran (La chance aux chansons), voire à la déprogrammation du jeu Pyramides — une crétinerie sans conséquence dont les aficionados avaient bruyamment refusé les funérailles.

La vigilance à l’égard du contrôle politique sur les médias est un devoir, à la fois pour le citoyen et pour le journaliste. L’attitude consistant à assimiler n’importe quelle rente de situation à une forme d’acquis immuable n’a aucun sens et je ne serais pas particulièrement excité par l’idée de radios et de télés me proposant les mêmes programmes, animés par les mêmes personnes, jusqu’à la fin des temps. La nature même de ces médias implique un renouvellement permanent et, oui, parfois, un changement d’heure ou de meneur de jeu est indispensable. Comme le dit souvent dit Mermet, « un autre monde est possible ». Une autre tranche horaire aussi.

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mardi 17 juillet 2007

Le retour du ségolisme

Ségolène Royal fait son autocritique et admet « enfin » sa défaite. Mais de quelle défaite parlons-nous au juste ?

ConfessionLe débat peut bien se poursuivre sur la pertinence de la présence d'hommes de gauche dans un gouvernement de droite, les exégètes peuvent bien s'affronter sur les ressorts intimes des choix d'un Kouchner ou d'un Bockel, Martin Hirsch trace sa route... Resté sur le bas-côté, l'ancien patron d’Emmaüs se serait contenté de publier des tribunes dans Le Monde sur la nécessité de transformer le RMI en instrument effectif de retour à l’emploi. Haut-commissaire aux « solidarités actives », il ségolise discrètement l’action du gouvernement avec son RSA, un dispositif visant à lutter contre les « trappes à pauvreté » en préservant les avantages sociaux annexes des RMIstes reprenant une activité.

L’idée n’est pas neuve et doit tout au blairisme. Elle marque pourtant une vraie révolution dans l’approche française du versement d’une allocation comme le RMI. Jusqu’à présent, accepter un job n’était pas nécessairement « intelligent », si la perception d’un salaire était le corollaire d’une suppression immédiate de la CMU, de la gratuité des transports et de tout un tas de prestations découlant du statut de RMIste. Une attitude qui ne faisait d'ailleurs pas du chômeur de longue durée un affreux flemmard, mais bien un acteur économique rationnel arbitrant entre les possibilités de s’en sortir s’offrant à lui : si, avec un SMIC, voire un demi-SMIC dans le cas d’un emploi à temps partiel, votre niveau de vie devient inférieur à ce qu’il était lorsque vous touchiez le RMI parce que vous perdez le bénéfice d’une allocation logement ou de tarifs spéciaux pour la cantine des enfants, quel est le sens du travail ?

Le programme actuellement testé par Hirsch permet aux RMIstes qui reprennent une activité de conserver une partie de ces avantages pour un certain nombre de mois, voire d’années, afin de remettre en selle des gens que le système avait enfermés dans un rôle d’assistés à vie. Le RSA, ce n’est pas du Sarkozysme, du « travailler plus pour gagner plus ». Le RSA, c’est précisément l’application de ce que le ségolisme proposait : une société solidaire pour des citoyens responsables. Mais bon, qu’importe le flacon...

*

Je ne suis pas le seul à évoquer ce qu’aurait pu être le ségolisme ces jours-ci. Même la ségoliste en chef s’y met, à l’occasion de son autocritique d’hier. La candidate socialiste, s’exprimant devant un parterre d’élus et de proches du PS, s’est ainsi accusée d’avoir été insuffisamment capable de défendre et d’expliquer son concept de démocratie participative, d’avoir commis « des erreurs », bref, d’avoir elle-même contribué à sa propre défaite...

Mais je persiste à penser que les pachydermiques camarades qui la désignaient comme une usurpatrice, une espèce d’OVNI incompétente, ont plus fait pour couler leur candidate que pour l’aider à rendre son discours plus explicite. Jacques Généreux, un économiste proche d’Emmanuelli, soit le membre d’un courant dont la vision d’une gauche « moderne » n’intègre vraisemblablement pas les expérimentation sociales hirschiennnes évoquée plus haut, résumait d’ailleurs assez bien la manière dont Ségolène Royal était perçue par l’élite de la rue de Solferino : « Ségolène Royal a mené sa campagne en méprisant le parti (...). Elle était dans l’improvisation (...). Elle n’a pas mené la bataille idéologique pour les valeurs de la gauche (...) en gardant une ligne franchouillarde proche des idées de droite. (...) C’est une télévangéliste illuminée ».

Une « télévangéliste illuminée »... Hum, Ségolène Royal pourra bien se livrer à toutes les autocritiques possibles, se rouler à loisir dans la cendre,  on voit mal ce qu’elle pouvait attendre d’un appareil qui la voyait comme un tel poids mort et a, finalement, construit lui-même, au moment de la campagne d’investiture, cette image de « cruche » qui devait devenir le principal handicap de la campagne. BHL, qui n’a pas peur des clichés lorsqu’ils ont le mérite d’être appropriés, rappelle justement dans Libération à quel point « certains la soutenaient comme la corde soutient le pendu »...

*

Mais bon, puisque le PS est en rade — et pour longtemps —, puisque l’action est ailleurs, il est logique de voir les hyperactifs prendre la roue de l’hyperprésident. Jack Lang, dont on redécouvre qu’il est agrégé de droit constitutionnel en plus d’être organisateur de festivités musicales, fera donc partie de la commission Balladur chargée de plancher sur la modernisation des institutions. Bon, l’homme est une girouette opportuniste et l’histoire un peu minable de sa conversion au ségolisme avait pu faire ricaner dans les chaumières : on se souvient en effet de la manière dont il avait bloqué, in extremis, la parution d’un livre dans lequel il tenait à l’égard de la belle du Poitou des propos que ne renierait pas Jacques Généreux... Bah, tout ça est derrière nous et s’il peut se rendre utile, pourquoi pas ?

Passé la minute d’étonnement, je finis par me rendre à l’évidence : l’engagement politique, s’il a vraiment du sens dans une vie d’homme, ne peut se réduire à l’appartenance partisane. Si Kouchner a le sentiment qu’il peut servir à quelque chose au Soudan et au Kosovo, si DSK peut rendre son lustre au FMI, si Hirsch peut être efficace dans sa lutte contre l’abrutissement de l’assistance sans issue, si même Lang peut apporter sa pierre à une réforme constitutionnelle bienvenue, qu’ils le fassent. De fait, et compte tenu de la nature des rancœurs qui s’expriment aujourd’hui au PS, il n’est même pas évident que ces derniers aient pu disposer de la même marge de manœuvre à l’intérieur d’un gouvernement de gauche, la capacité de nuisance des contempteurs du ségolisme étant d’un autre calibre que les protestations d’Arlette Grosskost, chef de la fronde anti-ouverture à l'UMP, à l’égard du sarkozysme. Fiscalité sur les successions et élimination de l’excuse de minorité mises à part, nous ne somme plus très loin de ce qu’aurait pu initier une Ségolène Royal aux coudées franches. Et avec (partiellement s’entend) la même équipe, par-dessus le marché...

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dimanche 15 juillet 2007

Le naturisme est-il un humanisme (ou simplement ringard) ?

Le naturisme « militant » est-il un truc de vieux ? L'enquête express qui suit tend à le suggérer. Mais un doute subsiste et la vérité toute nue est difficile à faire émerger de son puits.

Village_gauloisCommentaires & vaticinations a beau se mettre en veille de temps à autre, son auteur reste conscient des impératifs de sa double mission d'information et d'analyse. Vacances ou pas, rares sont donc les opportunités d'éclairer votre lanterne sur lesquelles je me permets de faire l'impasse… Sujet du jour : le naturisme. Et la raison de mon intérêt soudain pour cette pratique controversée : un séjour dans le Médoc, à quelques centaines de mètres du CHM de Montalivet — soit l’un des plus grands complexes naturistes de la planète.

Plongez-vous immédiatement dans l’ambiance en imaginant une sorte de village gaulois de plusieurs dizaines d’hectares, niché entre dunes et pinèdes, et vous aurez une assez bonne notion de l’atmosphère du lieu. Cette idée du village gaulois est d’ailleurs largement renforcée par les palissades de bois brut qui ceinturent le camp, même si une seconde rangée de clôture, métallique celle-là, évoque d’autres concentrations humaines moins plaisantes. Mais ça, c’est ce qu’on voit de l’extérieur. Et même ce que l’on voit tout court, si l’on n’a pas le goût de se balader à poil du matin au soir.

Ne reculant devant aucun sacrifice pour satisfaire votre curiosité, je me suis pourtant débrouillé pour découvrir ce qui se tramait intra muros et observer les rituels de nos Obélix et Astérix en tenue d’Eve. Bon, pour dire la vérité, mon intention initiale n’était pas de me lancer dans ce travail de sociologie à la petite semaine pendant mes vacances et c’est d’avoir été empêché d’accéder à la salle de musculation du CHM, lieu théoriquement ouvert aux « textiles », qui devait stimuler mon sens de l’investigation.

« Il faut être naturiste pour entrer dans le centre », m’avait sèchement expliqué, au téléphone, le responsable de la salle. « Et en plus, il faut être titulaire de la carte de la Fédération Nationale du Naturisme » avait-il ajouté pour contrer mon argument sur le caractère assez peu permanent de l’état de naturiste, un « habillé » comme moi pouvant aisément se transformer en « tout nu » comme lui en se délestant de ses vêtements.

Quelle erreur ! Car le naturisme, dans ce contexte militant et structuré, n’est pas qu’une question d’arbitrage « avec maillot » / « sans maillot ». Et, même rentré à Paris ou à Francfort (le CHM accueille de nombreux allemands ; 40% me dit-on), assis derrière son PC, cravate au cou, le naturiste reste un naturiste et le textile installé dans le bureau voisin reste un textile. Nous parlons ici d'un mode de vie, pas de morceaux de tissus cousus ensemble !

Mais bon, vous connaissez ma pugnacité et ma capacité à relever un défi. Cette interdiction de séjour ridicule n’allait évidemment pas me décourager : j’avais décidé d’utiliser cette salle de sport et rien ni personne ne m’en empêcherait. J’allais d’ailleurs trouver une allié inattendue en la personne de la responsable de l’office du tourisme de Montalivet (city) qui, mise au courant de ma déconfiture, avait immédiatement contacté une huile naturiste (sic) pour lui recommander, gentiment mais fermement, de me laisser accéder à ce fichu club de gym. Et c’est donc muni d’un laissez-passer signé de sa main que je me présentais à l’accueil le lendemain, les ponts-levis s’abaissant alors sur mon passage comme ceux du château de la méchante sorcière devant le prince venu délivrer la Belle au bois dormant.

Passons rapidement sur la salle de gym proprement dite, qui n’avait rien d’exceptionnel et dont les rares usagers sculptent leurs pectoraux en short et T-shirt ! C’est d’ailleurs une bonne chose, l’hygiène la plus élémentaire se devant d’être respectée à Montalivet comme à Paris (ou à Francfort, ça va sans dire). Mais, et c’est ce qui devait me frapper une fois ma session achevée et ma visite du camp entamée, le nombre de vacanciers vraiment nus était plus que minoritaire, à la limite de l’anecdotique. Et les gens circulant dans les allées, à pied ou à vélo, entrant ou sortant des magasins disposés en carré sur la place centrale (pas de poissonnier ni de forgeron se tabassant avec une sole pas fraîche, malheureusement), ressemblaient davantage à des touristes standards, avec leurs casquettes de baseball et leurs ignobles Crocs fluo, qu’à des titulaires de la fameuse carte de naturiste professionnel.

Du coup, les rares mères de familles aperçues dans le plus simple appareil devant l’étal de fruits et légumes de la supérette Spar — ou ce retraité cul nu achetant un tournevis cruciforme chez le quincaillier —, avaient l’air plus excentriques que proprement naturistes… Mais c’est sans doute, et il s’agit d’un point de vue très personnel fondé sur de rapides impressions et la lecture de deux trois articles, donc rien de vraiment lourd, que le naturisme « activiste » est devenu un truc de vieux —  la survivance d’un anticonformisme autrefois incontestable mais désormais sans objet. 

Il y a quelques décennies, se mettre nu en public avait certainement quelque chose de transgressif et rares étaient les endroits où ce genre de chose était permis. Les adjudants Cruchot verbalisaient les contrevenants sans états d’âme et les nationalistes corses les passaient à la peinture bleue avec enthousiasme. Bien entendu, les « nudistes », terme alors plus fréquemment utilisé par le grand public, même s’il ne recoupe pas exactement la même pratique, ne se déshabillaient pas dans le but d’enfreindre la loi mais bien dans celui de vivre leur vie sans contrainte, à l’aise et en harmonie avec les éléments (une épaisseur d'élasthane / polyamide jouant manifestement le rôle d’un cage de Faraday et empêchant les « textiles » d’accéder à cette fameuse harmonie).

Pour autant, la banalisation de la nudité, l’émergence de clubs de vacances type ClubMed proposant le même genre de gated community pour séjours en vase clos, ou encore la ringardisation du discours naturiste pur et dur par la diffusion large des préoccupations écologiques, allaient rebattre quelque peu les cartes. Et en ce qui concerne plus spécifiquement le CHM de Montalivet, que Michel Houellebecq fréquentait enfant et comparait volontiers à une sorte de méga lupanar à ciel ouvert, la dimension club de rencontres et terrain d’aventures sexuelles n’était évidemment pas à négliger. Mais à l’heure de Meetic et de l’échangisme chic, comment lutter ?

Il serait faux, toutefois, de prétendre que personne ne se promène le derrière à l’air dans le centre. L’on remarque même ces joueurs de tennis dont toutes les balles virevoltent au rythme de leurs revers du côté des installations sportives, ou ces joggeuses dont les performances sont probablement amoindries par leur refus de se soutenir correctement la gorge. Mais clairement, et à l’exception de la plage attenante où tout le monde est effectivement nu, les « vrais de vrais » ont majoritairement dépassé la cinquantaine et les ados préfèrent exposer leurs vêtements de marque plutôt que leurs parties intimes.

D’ailleurs, l’évocation des vêtements de marque, dans le cadre d’une description d’un espace aussi socialement ségrégué est loin d’être hors sujet. Loin de se mélanger les uns aux autres, communiant dans la fierté de leur nudité primitive bla bla bla, les 5 000 vacanciers du CHM se répartissent dans différents « quartiers », du village de tentes cheap à un secteur de pimpantes maisons de bois se négociant jusqu’à 80 000 euros. L’avocat en Mercedes ML peut ainsi aller déguster sa pizza en compagnie du médecin en Audi A8 sans jamais croiser la route d’un prolo débarqué en Ford Fiesta. Et clairement, le sentiment d’une vie sociale structurée comme à l’extérieur jette un fameux doute sur la philosophie générale de l’endroit — philosophie qui, lorsqu’elle ne fait pas référence au culte de l’aryen blond folâtrant gaiement sur les berges du Rhin, apparaît pourtant comme sympathique.

Mais je ne prétends pas avoir tout compris de la « question naturiste » pour être allé me balader trois ou quatre fois dans leur repaire, ou pour avoir engagé la conversation avec quelques uns d’entre eux (tous très chaleureux. A l’exception de ce type qui me refusait l’accès à la salle de gym, évidemment). Et sans doute faudrait-il consacrer plus de temps à en saisir les ressorts moins apparents. Las, mon séjour médocain est terminé, je ne prévois pas de retourner dans le secteur avant longtemps et, à vrai dire, je n’envisage pas de consacrer une autre note au phénomène de peur d’agacer simultanément mes lecteurs textiles et naturistes. J’essaierai toutefois de découvrir à l’occasion si tel ou tel collègue de travail, assis derrière son PC, dans ses vêtements de ville anonymes, n'est pas, en réalité, un « authentique » naturiste avec carte officielle et tout et tout… Et tiens, machin du deuxième, il n’a pas une Ford Fiesta, justement ?

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jeudi 05 juillet 2007

Commentaires & vaticinations s'arrête

Dernières miscellanées avant de baisser le rideau. Fonds publics, manipulations et fuite des cerveaux sont au menu.

Amex_bizzDans le temps, aime raconter Jean-François Probst, les choses étaient simples : les entreprises versaient des fonds occultes aux politiques et ces derniers les dépensaient, en liquide et comme bon leur semblait. L'ex-homme à tout faire de Chirac se souvient même d’avoir été mandaté pour acheminer, en 1985, un gros paquet d’oseille on ne sait où et d’être passé à la mairie de Paris prendre livraison du magot (500 000 francs, soit un peu plus de 75 000 euros). Là, Chirac l'avait reçu dans les toilettes, où le cash était dissimulé, et avait rigolé quand le naïf, encore peu au fait des pratiques fiduciaires de nos élites, avait proposé de signer un reçu... Un reçu !

A propos de reçu, je me demande si les ministres qui, avant que Jospin ne mette un peu d’ordre dans tout ça, en 2001, recevaient les deux-tiers de leur salaire en liquide sur « fonds spéciaux », en demandaient un. Car on sait désormais qu’ils devaient, chaque mois, aller chercher une enveloppe kraft anonyme à la paierie générale quelque part dans le centre de Paris, afin de pouvoir jouir d’un train de vie plus en phase avec la nature de leurs responsabilités...

Mais tout ça est bien loin et l’on devrait se féliciter de la disparition de comportements aussi archaïques à l’heure des moyens de paiement électronique. L’on devrait, mais l’on ne le fait pas et voici que ces pères-la-pudeur de socialistes s’offusquent de la possibilité, pour Cecilia Sarkozy, de financer ses dépenses « de représentation » sur une carte de crédit de l’Elysée. « Eh quoi, leur répond-on à droite, vous préfériez peut-être quand tout ça se passait au noir, ou lorsqu’un gendarme en costume mal coupé suivait la « présidente » dans ses déplacements mondains et ramassait toutes les factures ? » Ben non : on suggère tout bêtement que l’épouse du chef de l’Etat finance ses promenades en ville sur ses propres deniers.

Il est possible qu’il lui faille, de temps à autre, offrir un sac Gucci à madame Poutine ou amener monsieur Merkel au troisième étage de la tour Eiffel (qui n’a pas ses petits soucis, hein ?) mais je préfère la lourdeur et le côté antédiluvien de la gestion des dépenses par des fonctionnaires habilités à la distribution de cartes de crédit déplafonnées à l’entourage présidentiel. La liste civile est passée de mode il y a bien longtemps et ça, c’est vraiment notre identité nationale.

*

Alors comme ça, Villepin serait effectivement à l’origine de la manipulation Clearstream... Et Chirac serait même dans le coup... Bah, au moins, il y a des choses qui ne changent pas en doulce France, même si le déroulé de la manœuvre est tellement caricatural qu’on a du mal à se figurer des adultes responsables organisant un truc pareil : la falsification, avec l’aide de militaires et de capitaines d’industrie, de listings bancaires accusant une tripotée d’adversaires politiques de détenir de l'argent sale à l’étranger ! On est loin des 400 euros dépensés par Cécilia en déjeuners parisiens, c’est sûr...

Et au moins la présidente s’est-elle vue retirer sa carte magique. Chirac, lui, ne viendra même pas donner son point de vue aux juges pour cause d’immunité institutionnelle (vivement qu’on la réforme, cette fameuse constitution) et Villepin trouvera bien le moyen de sortir de la nasse. On lui fait confiance. Encore que, encore que... Nicolas Sarkozy est rancunier et les misères mesquines faites à son épouse pourraient l’avoir mis de méchante humeur. Si j’étais Dominique de Villepin, je me dépêcherais d’offrir quelques sacs Gucci et un gros carnet de « Tickets Restaurant » à madame S. On ne sait jamais.

*

D’ici à ce que je sois chargé d’une mission spéciale par le gouvernement, il n’y a qu’un pas. C’est que je suis membre (à 20 euros mais tout de même...) du PS, moi. Et la saison de l’ouverture est loin d’être terminée. Le Monde nous apprend ainsi que Julien Dray, Manuel Valls, Jean-Yves le Drian et Malek Boutih auraient été récemment contactés. Hubert Védrine et Jack Lang étant également à deux doigts de franchir le Rubicon, ce processus « d’immigration choisie » et d’organisation méthodique de la fuite des cerveaux est proprement ahurissant. Et pas question d’y voir le moindre souhait de co-développement UMP-PS de la part de Sarkozy ! Le gagnant-gagnant, c’était l’idée de Ségolène, pas la sienne...

N’empêche, je finis par me dire qu’il s’agit d’un bel hommage à la capacité de la gauche à produire des têtes bien faites. Kouchner est sans doute le ministre le plus « senior » du gouvernement, loin devant Fillon ou Borloo ― et Jouyet et Hirsch les plus compétents dans leur genre. Je veux bien accorder le bénéfice du doute à Rachida Dati, que je n’arrive pas à trouver antipathique, et reconnaitre que Michelle Alliot-Marie est devenue, saut le respect que je lui dois, un « poids lourd », mais, clairement, les talents ne sont pas à droite et le braconnage auquel nous assistons est peut-être stimulé par la nécessité. Le PS saura-t-il s’en rendre compte avant de se retrouver tout nu ?

*

Commentaires & vaticinations s’arrête. Vous être triste ? C’est normal : ça va bousculer vos habitudes et vous aurez probablement un peu de mal à vous faire une idée sur ceci ou cela sans venir lire ici ce qu’il faut vraiment en penser... Non, je rigole... Enfin, à moitié. Il doit bien y avoir des gens, là-dehors, qui me prennent au sérieux et me citent comme une autorité. Je n'en connais pas moi-même mais, qui sait... Et de toute façon, c’est juste pour quelques jours, le temps pour moi d’aller me la couler douce au vert et de travailler à un petit projet qui me tient à cœur. Donc, Commentaires & vaticinations se met en vacances, vous en souhaite de bonnes et vous suggère de visiter les archives désormais considérables du site. A très bientôt.

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mercredi 04 juillet 2007

L'un décide, tous les autres exécutent

Nicolas Sarkozy présidentialise le régime. Ok. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?

White_houseC'est rigolo, les priorités en politique. Un coup elles sont, comment dire, prioritaires, un coup elles passent tranquillement à la trappe. Tiens, prenez la dette par exemple, cet énoooorme trou dans les finances françaises, ce gouffre clairement susceptible de nous ramener à l'âge de pierre s’il n'était pas rapidement comblé... Eh bien, oubliée, la dette ! Et les numbers crunchers de l’Institut de l’Entreprise qui s’étaient auto-désignés arbitres de l’impact des programmes présidentiels pendant la campagne sont désormais bien silencieux : disparues, les craintes de voir la dépense publique exploser sous les cadeaux fiscaux des uns ; éliminée, la méfiance à l’égard de la générosité solidaire des autres.

Bref, la dette est devenue une priorité secondaire et le retour du déficit budgétaire dans les clous communautaires peut bien attendre quelques années de plus. On a d’autres priorités prioritaires, merde ! Et de fait, c’est un peu comme la réforme constitutionnelle, le grand chambardement institutionnel que les Français appelaient (silencieusement) de leurs vœux... La fameuse « sixième République », quoi... Souvenez-vous, notre problème numéro un, il y a quelques mois, ce n’était pas le chômage, ce n’était pas l’école, ce n’était pas la retraite, ce n’était même pas la santé, c’était l’équilibrage des prérogatives entre le parlement et l’Elysée. Nous fallait-il un président reine d’Angleterre se contentant d'inaugurer les chrysanthèmes et un puissant premier ministre ou, au contraire, un chef de l’Etat à l’américaine contrôlant tout depuis son palais du huitième arrondissement ?

Plus personne n’en parle, donc, de la réforme constitutionnelle, même si l’on se demande si l’ami Sarkozy n’est pas en train de la faire en douce, l’air de rien, entre deux weekends au fort de Brégançon. La prestation d’hier de François Fillon, en officialisant la transformation du Premier ministre en vague primus inter pares du team présidentiel, sorte de contremaître diligent et docile, précise encore un peu le nouveau partage des rôles entre « celui qui décide et celui qui exécute ». Et l’on a beau nous expliquer ici ou là que ce n’est jamais qu’une réédition de la relation de Gaulle-Pompidou, qu’il n'y a rien de vraiment nouveau sous le soleil, on sent bien que l’hyperprésidence n’est pas exactement business as usual.

Moi, personnellement, l’idée d’un régime présidentiel authentique ne me dérange pas. C’est un système qui en vaut un autre et, à tout prendre, je me satisferais tout autant d’un régime réellement parlementaire. Mais c’est cet entre-deux bâtard qui me pose problème. Qu’un président élu au suffrage universel sur un programme clair s’entoure d’une équipe capable de le mettre en oeuvre, c’est la moindre des choses. Qu’il conserve la haute main sur une assemblée de godillots, pour la plupart membres d’un parti qu’il contrôle en direct, et qu’il soit capable de la dissoudre sur un simple caprice, c'est une autre paire de manches.

Je ne suis pas choqué, au final, d’entendre un François Fillon courroie de transmission de la parole présidentielle : dans le contexte, c’est son job. Ce que j’accepte mal, en revanche, c’est la présence de 314 mini-Sarkozy au palais Bourbon. 314 courroies de transmission surnuméraires dont nous n’avons que faire. Allez, président Sarkozy, Claude Guéant dégagera bien cinq minutes dans votre emploi du temps pour une petite réformette constitutionnelle susceptible de rendre un peu de vigueur à nos députés et de donner sa chance à une Nancy Pelosi en VF ! Pour de l'ouverture, ça serait de l'ouverture ! Et d'ailleurs, Versailles vient tout juste d’être revampé ; c'est donc le moment ou jamais d’organiser un petit congrès à proximité de la galerie des glaces. Un peu de volontarisme, monsieur l’hyperprésident !

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