Sans la guerre des Six-Jours, sur quoi Israël négocierait-il aujourd'hui ?
L'unanimisme des analyses publiées ici ou là * à l’occasion du quarantième anniversaire de la guerre des Six-Jours est assez surprenant, la victoire éclair remportée en 67 par Israël sur une coalition de pays arabes emmenée par l'Egypte étant présentée comme le second péché originel de l’Etat hébreu (le premier étant la création même du pays).
Sans aucun doute, la prise de Gaza, du Sinaï, de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du Golan allait conduire les Israéliens à l’impasse stratégique et morale que l’on sait. Et la transformation d’espaces jusqu’alors non-revendiqués en colonies de peuplement est effectivement devenue le nœud du problème.
N’étant pas spécialiste de la chose militaire, je n'entrerai pas dans un débat technique sur les circonstances ou la pertinence de l’action « préemptive » des troupes de Moshe Dayan. Disons simplement que l’Egypte, en déployant ses troupes dans le désert du Sinaï, en expulsant les forces onusiennes qui y étaient implantées depuis l’affaire de Suez et en organisant le blocus du port d’Eilat, ne faisait pas mystère de ses intentions ; une réaction s’imposait vraisemblablement.
Mais quels sont, désormais, les grands axes des différentes « feuilles de route » censées amener à un règlement définitif du conflit israélo-palestinien ? De Camp David à Oslo, pour ne rien dire de « l’initiative de paix arabe », c’est justement la transformation de Gaza et de la Cisjordanie en un Etat souverain qui est préconisée sur la base des constats suivants : les Palestiniens ont droit à un pays ; les implantations des colons ne sont pas légitimes puisqu’elles ne respectent pas les accords d’armistice de 1949 établissant la fameuse Ligne Verte ; les réalités démographiques rendent cette présence aussi absurde qu’intenable à moyen terme.
Bref, le seul moyen de parvenir à une paix durable est de revenir sur quarante ans d’histoire et de rendre ces territoires aux Palestiniens. Dont acte. Mais quelles étaient, en 67, les options à la disposition des Israéliens au-delà d’une auto-annihilation pure et simple ? Je ne cherche pas ici à justifier les souffrances bien réelles des populations de Gaza ou de Cisjordanie. Rien ne saurait les justifier et je suis trop conscient de l’impact moral de ces souffrances sur ceux-là mêmes qui les provoquent pour m'en faire l'avocat. Je me demande pourtant ce qui resterait à négocier en 2007 sans cette victoire, sans cette transformation de la volonté arabe de destruction d’Israël en exigence de restitution des territoires...
Il y a quarante ans, le jeune Etat était engagé dans une lutte existentielle. Aujourd’hui, il est englué dans une crise dont l’issue peut ― et doit ― être trouvée sur le terrain diplomatique. Ca ne signifie pas qu’elle le sera. Ni même, encore une fois, que le désespoir des Palestiniens puisse être présenté comme « un mal pour un bien ». Reste à savoir ce que les Israéliens contemporains sauront faire de cartes distribuées si longtemps à l'avance...
© Commentaires & vaticinations
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* La tribune d'Annette Lévy-Willard (« Une bombe à retardement ») publiée dans Libération d'aujourd'hui n'est pas encore disponible sur le site.
La conséquence de la guerre des 6 jours a été la mise en place de deux paradigmes :
Le premier est que l'armée Israëlienne est invincible, annulé par la dernière aventure Libannaise.
Le deuxième est qu'Israël a toujours raison, qui désespère les nations arabes et éloigne d'année en année les processus de paix.
Rédigé par : all | mardi 05 juin 2007 à 14:45
"Je me demande pourtant ce qui resterait à négocier en 2007 sans cette victoire, sans cette transformation de la volonté arabe de destruction d’Israël en exigence de restitution des territoires..."
Hmm, la colonisation de la Cisjordanie n'est pas vraiment un facteur qui puisse calmer à long terme les colères palestiniennes. A la vue de la façon dont le territoire est traité (un coup d'oeil :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/0/0d/Settlements2006.jpg), ça ne facilite pas les possibilités de paix. Puisqu'on parle d'analyses publiées dans la presse, celle qu'on trouve dans The Economist est intéressante à ce niveau. Non seulement les Palestiniens n'ont pas fait une croix sur le territoire israélien, mais l'installation de colonies sur ce qui est censé être le leur donne encore plus d'amertume et de ressentiment. Bon courage pour la paix !
Rédigé par : xerbias | mardi 05 juin 2007 à 18:04
D'autre part, le fait d'avoir gagné ainsi de façon aussi écrasante a obligé la plupart des pays arabes à accepter l'existence d'Israël, bien obligés. Ce qui aurait pu conduire à de vraies négociations... Normalement.
Je crois que Hugues a mis le doigt sur un point important. Grâce à cette guerre, Israël avait des atouts en main pour négocier, mais parfois, le problème n'est pas de gagner une guerre, c'est de savoir l'arrêter. De savoir quand utiliser son avantage au maximum, et d'éviter de laisser la situation s'envenimer dans un cycle infernal attentats/répression...
Peut-être que l'erreur irréparable a été de ne pas utiliser ces "bargaining chips", mais de vouloir les garder. L'implantation des colonies, leur maintien et leur croissance au sein des territoires occupés, l'effet est manifestement bien pire que la guerre éclair de 67. Se relever d'un choc brusque est possible, mais quarante ans d'occupation et de grignotage du territoire revandiqué par les Palestinien engendre des haines sans fin.
Rédigé par : Irène Delse | mardi 05 juin 2007 à 18:52
All,
Je ne crois pas à la fatalité. Ceci dit, la situation intra-palestinienne actuelle n'est pas le meilleur des contextes. Mais les paradigmes, comme tu dis, sont faits pour être bouleversés.
Xerbias,
Je ne sais pas si "les Palestiniens" n'ont pas fait une croix sur le territoire israélien. Il y en a, évidemment. Symétriquement, il y a aussi des Israéliens qui n'ont pas fait une croix sur la Cisjordanie. Mais il faudra bien qu'ils avalent leur chapeaux à un moment ou un autre. Après tout, ils ne sont pas nécessairement plus irrémédiablement bornés que les Irlandais, non ? http://hugues.blogs.com/commvat/2007/05/pendant_ce_temp.html
Irène Delse,
Assez d'accord. Israël a surtout joué le pourissement sous Arafat puis sous Abbas avant que la situation ne dégénère. Mais les accords de Taba n'ont tout de même pas été fichus en l'air par les Israéliens. Ils étaient très très insuffisants, mais l'Etat palestinien existerait et il s'agissait manifestement d'une première phase : http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/proche-orient/taba-intro
Rédigé par : Hugues | mardi 05 juin 2007 à 21:24
les "accords", déclarations de taba ont subi le contrecoup des élections israeliennes avant tout...
et c'est vraiment dommage,
je ne pense pas que les palestiniens les aient rejetés...
Rédigé par : francis | mercredi 06 juin 2007 à 17:52
«Je me demande pourtant ce qui resterait à négocier en 2007 sans cette victoire, sans cette transformation de la volonté arabe de destruction d’Israël en exigence de restitution des territoires...»
Là j'ai du mal à suivre: d'abord parce que la volonté de destruction d'Israël existe encore (à moins que les interprètes des journaux français aient mal traduit les discours des baronnets des extrêmes droites locale ayant le vent en poupe, mais j'en doute fort) ensuite parce que l'occupation des territoires palestiniens, la fondation de colonies de peuplement qui se comportent comme des parasites, pompant la force et ruinant le capital sympathie de l'état hébreux et le développement d'une famille politique dont les membres passent leur temps à se masturber devant des cartes fantasmées d'un Israël hypertrophié et nettoyé ethniquement, tout cela m'a surtout l'air d'avoir servi de carburateur à tous les tenants du jusqu'au boutisme qui affirmaient que l'existence des colonies ou la construction du mur étaient autant de preuves que l'état (donc le peuple, puisqu'il s'agit d'une démocratie) ne voulait pas d'un état palestinien et ne bougeraient que contraint et forcés par les armes.
Rédigé par : Laurent Weppe | mercredi 06 juin 2007 à 22:43
Laurent Weppe,
Je le dis moi-même : il reste des Israéliens convaincus qu'il ne faut pas restituer les territoires mais ils sont loin de représenter la majorité de l'opinion, laquelle a largement entériné l'idée de la paix contre les territoires. Quant aux Palestiniens qui exigent la disparition pure et simple d'Israël, il y en a aussi, mais rappelons tout de même que la charte de l'OLP était déjà devenue "caduque" du temps d'Arafat.
Rédigé par : Hugues | jeudi 07 juin 2007 à 10:40
Sauf que la capacité de nuisance et l'écho médiatique de ceux qui ont cherché à diffamé Charles Enderlin comme de ceux qui ont repris à leur comptes certains délires de la propagande tsariste est loin d'être proportionnelle à leur poids dans la population, de même que de chaque côté, ceux qui n'encadrent pas ces extrémistes ont quand même du mal à oser dire que leur "patriotisme" revendiqué tient du simulacre (est-ce si dur d'affirmer que les chefs du hamas ou de la ribambelle de partis d'extrême droite israéliens n'éprouvent aucune empathie envers ceux qu'ils prétendent défendre?).
Mais en fait, ce n'étais pas là le centre de mon propos: ce que je disais surtout, c'est que ces "Bargaining chips" me semblent avoir plus servi les intérêts (je refuse d'employer le terme de "cause) des extrémistes (anti-israéliens d'abord, puis israéliens par ricochet) que la longévité de l'état d'Israël.
Rédigé par : Laurent Weppe | vendredi 08 juin 2007 à 01:26
Israel n'a pas le "droit" de perdre une guerre!
Rédigé par : Juif | dimanche 12 août 2007 à 11:46