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mai 2007

jeudi 31 mai 2007

Ponce Pilate, où est ta victoire ?

Ignaz-Philipp Semmelweis devait démontrer, dès 1847, l'impact positif du lavage de mains sur la transmission des agents infectieux. Ignaz qui ?

WashhandsIl est parfois conseillé aux touristes d'éviter, lorsqu’ils séjournent en France, de se laisser tenter par les petites coupelles de cacahouètes ou de mini-bretzels que l'on trouve sur les comptoirs des bars et dans les réceptions mondaines. Une recommandation ne concernant pas les seuls sujets allergiques, que l’absorption de la moindre particule d’arachide risque d’envoyer à l’hôpital le visage déformé par un œdème de Quincke, mais bien tous les étrangers que leurs défenses immunitaires n’ont pas préparés à la rudesse de nos manières.

Plusieurs expériences « scientifiques » démontreraient, en effet, que l’on peut déceler la trace de dizaines d’urines différentes dans la plus minuscule des assiettes apéritives, nos compatriotes négligeant de se laver les mains après être passés aux toilettes et partageant généreusement le souvenir de leur dernière miction avec leurs semblables...

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mardi 29 mai 2007

Franchise médicale : Sarkozy responsabilise les "pas-coupables"

« Responsabiliser », c'est bien. Mais Nicolas Sarkozy ferait mieux de mettre sa clientèle électorale au pas s'il veut être pris au sérieux en matière de réduction des dépenses de santé...

VacancesS'il fallait se contenter d’un exemple pour démontrer l'ineptie du système de franchises médicales proposé par Nicolas Sarkozy, le non-remboursement d'une fraction des frais d’hospitalisation emporterait sans doute le morceau... Quelle est, en effet, la logique d’une mesure forçant le patient à contribuer davantage à son passage sur un lit à barreaux ? S’agit-il d’alléger concrètement le coût de la prestation pour l’assurance maladie ? Mais le « pourboire » (10 €) alors exigé en regard des 800 euros correspondant au prix d’une journée en service de chirurgie serait dérisoire, la franchise ne s’appliquant de plus qu’une seule fois au cours du séjour. Amener le patient à cesser de se faire hospitaliser pour un oui ou pour un non et à ne plus s’offrir un quadruple-pontage coronarien de confort à chaque long weekend ? Mais chacun sait que l’émotion que procure ce genre d’expérience est très inférieure à celle qu’induit un tour de Thunder Mountain à Disneyland ― lequel n’est même pas pris en charge par la sécu...

Je m’étais promis, une fois la victoire du patron de l’UMP entérinée, de ne pas tomber dans l’opposition systématique et d’examiner le plus honnêtement possible les initiatives qu’il prendrait, qu’elles aient été ou non intégrées à son programme électoral. De surcroît, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que le service public est une corne d’abondance dans laquelle il est raisonnable de puiser sans se poser la question de l’alimenter en matière première sonnante et trébuchante. Si l’assurance maladie est en déficit structurel (10 milliards d’euros envisagés pour 2007), ses dépenses continueront d’augmenter au même rythme que le vieillissement de la population ou que le renchérissement de techniques médicales toujours plus sophistiquées. Qu’il faille trancher dans le vif est donc une évidence que même un Fabius pourrait reconnaître après un verre ou deux de calva absorbés au comptoir du bar de la mairie du Petit-Quevilly.

Ce que le gouvernement suggère est pourtant déjà présenté par Roselyne Bachelot, improbable ministre de la Santé, non comme un dispositif de « comblement du déficit permettant d’équilibrer les comptes » mais plutôt comme « un élément de responsabilisation des patients ». Bref, une goutte d’eau dans la mer à simple vocation de « sensibilisation des assurés à l’importance de la maîtrise des dépenses de santé ». Hum, à la limite, ce désir d’éducation populaire serait légitime s’il s’accompagnait de la responsabilisation de ceux qui, dans le monde réel, poussent le déficit à la hausse, soit l’un des blocs de clientèle électorale les plus puissants de l’UMP : les prescripteurs eux-mêmes et leurs auxiliaires épiciers.

Les Français aiment les médicaments, c’est sûr. Ils en consomment plus que leurs voisins, n’apprécient guère que leurs remèdes préférés les plus inutiles soient « déremboursés », font des pharmacies leurs lieux de shopping favoris, mais leur appétit galénique serait automatiquement apaisé par un changement d’attitude de médecins aussi prompts à rédiger une ordonnance qu’ignorants du pouvoir des génériques. Clairement, c’est ce public-là qu’il aurait fallu éduquer à la gestion d'un budget en lui apprenant, par exemple, à résister aux sirènes des labos tout autant qu’aux exigences de patients (de clients ?) susceptibles de changer de crèmerie d’un simple mouvement de Carte Vitale.

Pour le moment encore, ce gouvernement (ou plutôt ses différentes incarnations puisque les Juppé, les Fillon, les, hum, comment s’appelle-t-il déjà celui-là, l’ancien ministre de l’Intérieur, zut son nom m’échappe, me semblent assez familiers) n’a guère tendance à innover en matière de mise au parfum des toubibs. Et l’augmentation régulière des honoraires des médecins de ville a rarement été le corollaire d’une modification de leurs méthodes de travail.

Roselyne Bachelot, pharmacienne de formation tombée dans la potion politique lorsqu’elle était petite, ne va tout de même pas se mettre ses confrères potards à dos en leur imposant un numerus clausus dont on pressent qu’il aurait un impact sur la consommation de médicaments. Elle ne se bagarrera pas non plus pour accélérer le déremboursement de produits sans Service Médical Rendu et permettre leur commercialisation par d’autres canaux ― plus proches de la parapharmacie et de la cosmétique que de l’officine d’un apothicaire. De même, elle n’ira pas se colleter avec les médecins pour imposer une vraie transformation de leurs pratiques.

J’imagine que le défenseur des « accidentés de la vie » qui s’est installé à l’Elysée proposera rapidement un plancher de revenus au-dessous duquel la contribution au séjour hospitalier (comme les trois autres franchises prévues par son plan : consultations, analyses, achat de médicaments) ne sera plus exigée. Il est si malin. Mais l’annulation pure et simple d’une mesure impopulaire (61% des Français sont contre), inutile (elle ne réduit pas le déficit), sanitairement douteuse (puisque susceptible d’entraîner l'abandon des premiers soins de l’année par un malade redoutant ce surcoût) serait une excellente idée si le bonhomme est effectivement à la recherche de moyens de remettre la Sécu sur les rails. Les éléphants quant à eux, et entre deux intrigues pour le contrôle du bateau ivre de la rue de Solferino, feraient bien de se focaliser sur ce genre de vrais problèmes... Merde alors, il faudra bien que ces 150 députés servent à quelque chose !

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lundi 28 mai 2007

Barrages de caniveau

A défaut d'être pavées d'or, les rues de la capitale sont couvertes de moquette. Et pour une micro-exception, c'est une sacrée micro-exception, Paris étant la seule ville au monde à développer cette surprenante pratique...

RouleauJe me souviens encore de la première fois que j'ai remarqué ces rouleaux de moquette traînant dans le caniveau. Je venais de débarquer à Paris et j'habitais Maison-Alfort, une commune de la banlieue-est doublement réputée pour l'excellence de son école vétérinaire et la puanteur dégagée par l'usine de levure de bière qui la jouxte... Je les avais d'abord pris pour une forme originale et micro-locale d'incivisme : dépôts sauvages de vieux machins comparables à l'abandon sur le trottoir d'une cuisinière déglinguée ou d'un matelas hors d'âge.

En quelques semaines, j'allais pourtant me rendre compte du caractère universel de ces affreux cylindres d'épais tissu retenus par deux morceaux de ficelle, baignant dans la rigole et s'imbibant goulûment de l'eau grisâtre y circulant.

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samedi 26 mai 2007

Plein emploi et clochards célestes

Les SDF ne disparaissent pas avec le retour du plein emploi. Ils sont remplacés par les trimardeurs d'antan. Petite carte postale d'Edimbourg.

Train_hoboEdimbourg est une ville prospère. Capitale politique, financière, culturelle et touristique de l'Ecosse, elle bénéficie manifestement de la bonne santé générale du Royaume-Uni blairiste, comme des retombées positives de l'exploitation pétrolière en mer du Nord. Les artères commerçantes de New Town sont bordées d'enseignes haut de gamme et de restaurants branchés ― ce qui doit rendre un fameux service aux « executives » qui habitent les splendides rues géorgiennes adjacentes, même si les BMW et les Porsche alignées au pied des immeubles s'en trouvent privées d'exercice.

Comme ailleurs en Grande-Bretagne, toutes les boutiques ou presque ont placé un panneau « Help wanted » sur leur devanture, les jeunes polonais et français dont les voix résonnent ici et là n'étant apparemment pas assez nombreux pour étancher la soif de consommation de notre boomtown celtique. Dans ce paradis de la réussite néo-travailliste, la présence sur Princes Street d'un grand nombre de vendeurs de The Big Issue, le journal des sans-abri, a tendance à faire tache. Qui sont donc ces gens auxquels la fortune refuse obstinément de sourire ? De quelle médaille ternie sont-ils le revers ? Le mieux est sans doute de leur poser la question...

Le premier SDF dont je m'approche est un type d'une cinquantaine d'années, plutôt propre sur lui, casquette en tweed vissée sur le crâne. Il lui manque bien quelques dents, mais bon, ça lui donne un petit air couleur locale bien venu dans cette cité médiévale. Je commence par lui expliquer que je suis français, que chez nous le chômage est très élevé et qu'il y a pas mal de gens qui dorment dehors. Je lui dis aussi que je ne vois pas pourquoi il n'a pas de boulot lui-même, puisqu'il semble si facile d'en trouver... Mais il me comprends de travers. Il croit que, puisque je viens d'un pays pauvre, je cherche moi-même du travail : « Oui, oui, du boulot, il y en a ! Vous avez bien fait de venir ici ! Allez au Job Center, ils vont vous trouver ça tout de suite... » Je reformule ma question : « Mais s'il y a du boulot, pourquoi n'en avez-vous pas un ? Et pourquoi devez-vous vendre The Big Issue ? » « Ben, parce que j'ai un casier judiciaire, répond le gars en haussant les épaules et en levant les mains, paumes écartées, pour appuyer son propos avec autant d'emphase qu'un authentique mangeur de grenouille. Et personne ne vous donne un job si vous êtes allé en prison... »

Hum, c'est possible, mais ça ne me suffit pas. Ces gens ne sont tout de même pas tous d'anciens taulards, même si les prisons britanniques sont en train de battre des records en termes de taux d'occupation. Je m'avance alors jusqu'à une petite bonne femme au visage marqué par l'alcool, mais s'exprimant avec aisance et sans accent écossais. Elle est un peu décontenancée par ma curiosité et je précise que je ne suis pas en train de lui reprocher quoi que ce soit, voire de lui conseiller de se lever tôt le matin comme le ferait mon nouveau président en pareilles circonstances... Non, je suis juste intrigué par le fait qu'il puisse y avoir autant de travail disponible à côté de gens qui n'en ont pas.

Elle m'assure qu'elle est d'accord avec moi, que c'est bizarre, effectivement, mais qu'elle ne sait pas pourquoi ça se passe comme ça « en général » et qu'elle ne veut pas me parler de sa situation « en particulier ». Je la remercie et j'attaque mon troisième larron, un trentenaire rigolard qui affirme bien connaître la France depuis qu'il a bourlingué du côté de Nîmes et d'Avignon (« Avignon, c'est l'Edimbourg des Français, non ? Il y a aussi un festival de théâtre ? »).

Il me raconte un peu ses voyages et lorsque je lui demande, comme aux autres, pourquoi il est obligé de dormir dehors, il m'explique qu'il est justement difficile de commencer à travailler si l'on a pas d'adresse, que c'est un cercle vicieux, tout ça... Mais j'insiste. Je  veux savoir s'il n'existe pas des services sociaux capables de fournir un hébergement le temps, pour lui, de se remettre en selle et d'avoir travaillé quelques semaines avant de reprendre une vie « normale » et il lâche : « Bof, je n'en veux pas, moi, de cette vie normale. J'ai déjà bossé, j'ai déjà eu un appart et une bagnole. Mais je n'aime pas ça. J'aime bien circuler et ne rien devoir à personne. D'ailleurs, je ne vends The Big Issue qu'entre deux trucs, pour me faire un peu de fric. Je ne fais pas ça tout le temps... ».

Avant de le quitter, je lui demande encore si ça n'est pas trop dur, de dormir dans les rues d'Edimbourg en hiver, avec le froid qu'il doit faire. « Oh, mais personne ne dort dans les rues en hiver, à part les poivrots qui oublient où ils habitent ! se marre mon nouveau copain. Je fais du sofa surfing chez les gens car il y a toujours quelqu'un qui va prendre pitié d'un pauvre malheureux comme moi et l'inviter à passer la nuit au chaud ! »

Hum, that makes sense, comme on dit en Ecosse... Donnez du travail à tout le monde, vraiment tout le monde, et ressurgissent des profils totalement oubliés dans un pays rendu amorphe par le chômage de masse comme le nôtre : le trimardeur, le vagabond, le hobo, le rebelle insensible à l'idée de posséder un IPod, un Blackberry et un plan d'épargne retraite. Hey, les Jack Kerouac, les Woody Guthrie et les Archimède ne brûlaient-ils le dur que par nécessité ?

Mais sans doute le type au casier judiciaire ou la femme au visage rougi par l'alcool témoignent-ils d'autre chose que d'un simple désir d'exister « autrement »... Et même mon routard jovial, tiens, finira peut-être par en avoir marre, de cette vie sans confort, sans attaches. N'empêche, je ne serai pas mécontent de les voir enfin revenir, les clochards célestes, et de les voir remplacer les « accidentés de la vie » (aie, voilà que je me remets à parler comme Sarkozy) débarqués sur le trottoir par hasard. Vraiment, ça serait bath, comme on disait sous les ponts de Paname...

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vendredi 18 mai 2007

Sarkozy, homme orchestre

Rémy Bricka de la politique, Nicolas Sarkozy s'est entouré d'une équipe dont on pressent qu'elle lui permettra de jouer de tous les instruments sans interférence. Mais quel sera le rôle de Bernard Kouchner et de Martin Hirsch dans sa partition ?

Homme_orchestre_2Je veux bien ne pas tomber dans la comparaison scabreuse, le vol d'un oeuf n'étant assimilable à celui d'un boeuf que lorsque le délinquant est un mineur multirécidiviste originaire d'une zone de non-droit, mais j'éprouve certaines difficultés à réconcilier l'hommage rendu à Guy Môquet et l'accolade faite à Eric Besson au cours des dernières vingt-quatre heures.

Trahi par un « camarade » de pacotille, le jeune communiste assassiné est effectivement l'admirable archétype de ceux qui, sans avoir le goût du sacrifice, acceptent de prendre les risques que la plupart d'entre nous fuiraient. Le dénonciateur du « Nécoconservateur bushiste à passeport français » passerait plutôt, de son côté, pour la caricature du félon médiéval ― sa capacité à changer de cheval au milieu du gué en disant long sur la profondeur de ses convictions.

En les honorant l'un et l'autre, le résistant et le traître, Nicolas Sarkozy ne m'aide pas beaucoup à trancher dans la conversation schizophrène que je mène avec moi-même depuis son élection, à la recherche d'indices sur la tournure que prendra son mandat. Bah, son nouveau secrétaire d'Etat à la « Prospective et à l'évaluation des politiques publiques auprès du Premier ministre » étant toujours susceptible de le poignarder dans le dos à l'occasion, ne jetons pas immédiatement la pierre au successeur de Jacques Chirac et intéressons-nous plutôt au reste de sa dream team.

Au final, pas de vraies surprises, même si le retour de Roselyne Bachelot et de Christine Boutin ne donne guère le sentiment que le désir d'efficacité ait primé sur toute autre considération dans l'élaboration de ce gouvernement. Non, dans cette affaire, Blücher n'a pas remplacé Grouchy et les élus sont bel et bien les éligibles : Brice Hortefeux hérite du sinistre ministère de l'Identité nationale dont personne, pas même Eric Besson, encore que, n'aurait voulu ; Michèle Alliot-Marie abandonne les pandores au profit des bourres ; Borloo et Juppé obtiennent les grands machin-choses qui siéent à des personnalités de leur calibre ; un Xavier récupère l'Education nationale quand un autre est chargé du Travail... Bref, tout semble en place pour que Sarkozy s'occupe de tout par le truchement d'un Premier ministre réinventé en chief of staff.

Mais sur Bernard Kouchner et Martin Hirsch, je réserve mon jugement. L'un et l'autre ont fait le choix de l'action et je ne me permettrais pas, connaissant leurs parcours respectifs, de les ravaler au rang d'un Besson (que personne, en revanche, ne connaît). J'imagine qu'ils sont un peu comme moi dans cette histoire : incertains quant à la manière dont les choses évolueront et prêts à faire le pari d'une bonne surprise. Comme moi, donc, à la différence qu'on leur a proposé un ministère et que je conserve tout juste le droit de m'épancher sur mon blog. En tout état de cause, je n'accompagnerai pas François Hollande dans sa colère en carton, me souvenant, avec Eolas, de la complaisance du Premier secrétaire à l'égard de Georges Frêche : il faut croire qu'être nommé ministre est plus à même de vous faire foutre à la porte du PS que l'émission régulière de propos racistes.

Seule certitude à ce stade, le trouble suscité par cette ouverture à gauche (Hirsch, actuel président d'Emmaüs, se présente comme « deloriste » et Jean-Pierre Jouyet, un proche de Ségolène Royal, est également doté d'un strapontin sarkozyste) et au centre (Hervé Morin a pris la place de Robien comme UDF de service) devrait aider l'UMP à repeindre la Chambre en bleu horizon jusqu'au plafond. Mais pour y faire quoi ? Hum, bien malin qui le dira.

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PS : Com-vat va rester muet quelques jours, le temps pour son auteur d'aller se ressourcer dans les Highlands écossaises. Il faut bien que je me débarrasse de mes RTT avant que Sarkozy ne me les carotte, non ? Mais les commentaires restent ouverts et les textes sur lesquels vous auriez pu faire l'impasse vous tendent leurs petits bras potelés. A très bientôt...

mercredi 16 mai 2007

Texas hold'em sarkozyen

Le poker est à la mode et Nicolas Sarkozy semble avoir la main. Mais au pays de la belote, est-ce le meilleur des atouts ?

Pat_poker2_2Il est bluffant, ce Sarkozy... Et l'on a beau refuser, par principe, soyons sérieux, de lui accorder le bénéfice du doute, il est difficile de ne pas lui reconnaître une qualité ou deux au vu des derniers développements en date. Une qualité ou deux, mais aussi un ou deux défauts. Défauts suffisamment frappants pour inciter l'observateur à une certaine prudence.

Commençons d’ailleurs par les défauts. Tiens, cette histoire de yacht et d’amitiés patronales, par exemple : si elle ne valait sans doute pas le ramdam orchestré par Libé, elle témoignait d’un vrai mépris du bonhomme pour ce que j’appellerai, à la manière de Nadine de Rothschild ― référence doublement pertinente ― les « convenances ». Que l’homme qui promettait d’aller « habiter la fonction dans un monastère » en cas de victoire se la joue nouveau riche avec autant d’ostentation est tout de même interpellant. Et l’affaire du non-vote de Cécilia, factuellement anecdotique, indique bien à quel point la connivence du nouveau président avec les patrons de presse ne fera guère progresser la France dans le classement RSF au cours de ce quinquennat.

Bon, mais tout ça, on le savait déjà. Son goût du luxe et du clinquant empruntant davantage aux comportements d’un oligarque moscovite qu’à la sobriété de l’aristocrate hongrois qu’il est, au moins partiellement, attendons-nous même à ce qu’un gros 4X4 aux vitres fumées remplace la Vel Satis dans les défilés du 14-Juillet. Quant à son approche de l’indépendance de la presse, hum, là-encore, la comparaison avec la Russie reste légitime.

Mais parlons enfin de ses qualités ― ou au moins de ses qualités présumées. De ce dynamisme volontariste qu’il est en train de démontrer avant même que les cendres du grand Jacques ne soient vaguement refroidies. Nicolas Sarkozy, élu avec 53% des suffrages et sur un programme de droite, assure vouloir pratiquer l’ouverture et mettre en œuvre la fameuse alliance des contraires prônées par feu François Bayrou (quoi, il n’est pas mort François Bayrou ? Ah bon, je croyais avoir lu sa nécro dans le journal mais j’ai dû me tromper...). Il recrute Kouchner, peut-être Taubira, fusionne les radicaux des deux rives, fait du pied à Védrine et met ses lieutenants en pétard au nom d’un pragmatisme de bon aloi, fidèle à l’adage sino-blairiste qui veut que la couleur du chat importe peu « dès lors qu’il attrape les souris ». C'est beaucoup... Hum, sans doute, mais de quelles souris parlons-nous au juste ? Du redressement de l’économie française ou de la déroute socialiste aux législatives ? De la stratégie politique ou de la magouille politicarde ?

Sur l’Europe, Sarkozy débarque à Berlin avec son idée de « traité simplifié », claironnant que « la France est de retour ». Mais personne ne sait vraiment de quoi il s'agit, ni ici, où l’idée de demander au parlement de voter un digest du texte constitutionnel aura du mal à passer auprès des nonistes, ni chez les voisins en ayant déjà ratifié l’intégralité.

Bref, Sarkozy nous laisse songeurs, incapables de déterminer s’il est en train, effectivement, d’habiter la fonction au point de prendre les problèmes à bras le corps, l’un après l’autre et à toute allure pour mieux les régler, ignorant les pleurnicheries de ses fidèles déçus, ou s’il se contente de brasser du vent dans l’espoir de laminer la gauche le mois prochain et mieux se chiraquiser l’été venu. Bluffe-t-il ? Nous entraîne-t-il dans une partie de strip-poker qui nous laissera à poil en bout de mandat ? Est-il, au contraire, en train de construire quelque chose d’inédit, d’incompréhensible pour quiconque, comme moi, cherche à s’adosser à des repères connus ?

Filant la métaphore vegas-ienne jusqu’au bout, et me fondant sur mon expérience du sarkozysme dans le monde réel, je choisis l’hypothèse du poker-menteur, du coup d’esbroufe sans substance. Une attitude confortable, d’ailleurs : que l’histoire me donne raison et je me vanterai d’une vaticination à succès ; qu’elle me donne tort et c’est le pays qui y gagne. Ce n’est plus du poker, c’est le pari de Pascal à l’envers. Au royaume de la belote, il fallait bien ça.

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lundi 14 mai 2007

Lost in time

Il faudra bien dix ans pour reconstruire le PS autour d'une doctrine viable. Dans l'intervalle, Nicolas Sarkozy pourra réformer sur ses deux oreilles. Ca ne vous rappelle rien ?

Lost_in_timeOn dit que l’histoire « ne repasse pas les plats », qu'il lui arrive de « bégayer », sans doute, mais que rien n'est jamais exactement pareil. Qu'à un contexte différent, une solution distincte s'appliquera forcément... Mais les certitudes de ce bon sens en kit, de cette approche « raisonnable » du cheminement spécifique des nations, viennent manifestement se briser sur l’écueil de l’expérience britannique lorsque la France contemporaine est observée.

Si Ségolène Royal l’avait emporté sur Nicolas Sarkozy, si le courant de pensée qu’elle incarnait, cette construction inédite de social-libéralisme solidaire, d’écologisme pragmatique et de retour aux « valeurs » avait convaincu l’opinion, la question ne se poserait pas dans les mêmes termes, évidemment. La championne du débat participatif aurait pu s’imposer définitivement aux éléphants, lesquels auraient dû arbitrer entre ralliement sans arrière-pensée et voyage sans retour vers les innombrables cimetières pour pachydermes en bout de course que recèle la République ― qui reste bonne fille.

On a le droit d’en douter, mais l’émergence de cette nouvelle façon de faire de la politique, de cette nouvelle approche de l’économie, dans un contexte de forte croissance mondiale et d’évolution démographique intérieure favorable à la baisse du chômage, aurait vraisemblablement permis d’atteindre les deux objectifs majeurs de n'importe quel candidat aux plus hautes fonctions de l'Etat : la reconstruction d'une économie solide et le retour au plein-emploi. Elle aurait même démontré que de tels objectifs ne sous-tendent ni la soumission dogmatique du politique au marché, ni le passage du Sud par profits et pertes, ni même l’inévitabilité de la transformation en jungle ultranéolibérale d’un pays en harmonie avec la marche du monde...

Mais Ségolène Royal a perdu, et avec elle les espoirs d’une rénovation rapide et profonde du parti socialiste. Les « Marx Attacks », comme les désigne pertinemment mon camarade Eviv Bulgroz, ont fait leur réapparition, expliquant finement que la France n’a voté massivement à droite que « par dépit » ― un Fabius ou un Emmanuelli capable de « relever le drapeau de la gauche authentique » ayant cruellement manqué aux électeurs dans l’isoloir. Et à l’heure des règlements de comptes un peu minables, un peu stériles, l’aile « social-démocrate » du PS n’est pas en reste, la « disponibilité » de DSK risquant d’être ravalée à une assez peu glorieuse « mise en disponibilité » tant son message reste flou, camouflé qu’il est par une ambition personnelle de moins en moins légitime, de plus en plus anachronique...

Dans le même temps, un Nicolas Sarkozy adepte du syncrétisme politique rassemble toutes les droites sous l’étendard de son bonapartisme ― des petits blancs du FN aux giscardiens de la vieille UDF ―, les structurant autour de son improbable recette gaullo-jauressiste. Surfant, comme l’aurait fait la belle du Poitou, sur les paramètres exogènes du retour à la croissance et implémentant effectivement la dizaine de réformes dont le pays a besoin pour redécoller, il est quasi-assuré de réussir et peut rêver, avant même d'avoir bousculé Chirac sur le perron de l'Elysée, d’une réélection triomphale en 2012 sur la base d’un bilan positif de fin de mandat ― vraie rareté sous nos latitudes.

Oh, il y aura du dégât, qu'on n'en doute pas... Il y aura des pots cassés parmi ceux d’entre-nous qui n’arriveront pas à suivre le rythme qu’il entend imprimer à son action. Mais, hey, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ! Et s’il faut sacrifier une génération sur l’autel du retour de la France dans la course, so be it ! Tiens, même Guaino sera d’accord, si l'omelette est préparée de façon suffisamment progressiste : « Vous souffrez aujourd’hui, oui, mais c’est pour la bonne cause. Car comme disait Jaurès : " Le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense" ». Hum, alors si c'est Jaurès qui le dit...

La formidable impression de « déjà-vu » (en anglais dans le texte) que provoque cette configuration est étonnante, rien ne ressemblant plus à la France d’aujourd’hui qu’une Grande-Bretagne s’apprêtant à sauter à pieds joints dans l’aventure thatchérienne. Ni une gauche archaïque, déboussolée et divisée, ni une droite décomplexée, super organisée et adossée à une feuille de route dénuée d’ambigüité. Même la diversion créée par l’ami Bayrou et les réponses maladroites qu’elle allait susciter à l’intérieur du PS nous renvoient plus de vingt ans en arrière, du côté de Westminster.

Bah, si répétition historique il y a, si l’Hexagone se la joue « lost in time », l’espoir d’une sortie du tunnel, même lointaine, vaut la peine d’être mentionné. Car dans le scénario anglais, les gentils finissent tout de même par l’emporter et les méchants sont un beau jour raccompagnés à la sortie de Dodge-City à califourchon sur un rail de chemin de fer (privatisé ?), le corps recouvert de goudron et de plumes jusqu’au sac à main. Le seul problème, c’est que ça prend dix ans. Minimum. Et qu’il s’en passe des choses,  en dix ans. Pour le coup, on en viendrait presque à absoudre préemptivement l'éventuelle défection d’un Kouchner, si elle devait se confirmer : une décennie de purgatoire n'est pas une perspective réjouissante lorsque l’alternative est d’être au cœur de l’action.

Je termine tout juste la « Brève histoire de l’avenir » de Jacques Attali, autre néo-sarkozyste notoire, et je m’étonne de ce que ce galimatias de lieu communs sur les « neuf formes » de l’organisation humaine, les hyper-ceci et les hyper-cela qui transformeront notre monde de manière drastique dans les trente ans à venir, puisse être pris au sérieux au-delà du cercle des amateurs de SF bas-de-gamme. Je veux bien, à l’instar de Saint-Exupéry, constater que les prévisions sont difficiles à faire lorsqu’elles concernent l’avenir, mais le rappel de l’histoire récente me semble franchement mieux adapté à la vaticination politique que la régurgitation de concepts collectés dans un vieux numéro d’Astounding Stories. Une incertitude perdure néanmoins, et pas des moindres : la réédition d'un quasi quart de siècle d'histoire britannique implique-t-elle le retirage des numéros du loto sortis sous Thatcher ? A tout hasard, j'irai remplir une grille ou deux. Moi aussi, je veux m'enrichir sous Sarkozy.

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PS : Je sais que les lecteurs ne suivent pas nécessairement les liens (d'ailleurs trop nombreux, on m'en fait souvent la remarque) dont je parsème mes notes. Je recommande pourtant la lecture de deux articles parus ici-même il y a quelques mois en complément de ce billet : Gauche, l'heure des choix et Le blog de Tony Blair

vendredi 11 mai 2007

Un commerce en pleine santé

Champions du monde de la consommation de médicaments, nous restons les lanternes rouges de la lecture de journaux quotidiens. Quitte à nous complaire dans l'exception, vendons les journaux dans les pharmacies et les choses rentreront dans l'ordre (des médecins).

PharmacieAttendre son tour à la pharmacie ne fait pas vraiment partie des habitudes françaises ! Attention, « faire la queue » n'est pas ici le problème, même si nos compatriotes n’ont guère, pour l’attente ordonnée et linéaire, le même goût que leurs voisins britanniques et préfèrent souvent se bousculer sauvagement pour monter dans un bus... Non, c’est tout simplement que la formation d’une file indienne d’amateurs de psychotropes et de granules homéopathiques n’aurait aucun sens dans un pays aussi richement pourvu en échoppes d’apothicaires.

Vous êtes en manque d’aspirine, de cortisone ou de Prozac et un ou deux clients encombrent déjà la pharmacie du coin ? Qu’à cela ne tienne : avancez de quelques mètres sur le même trottoir jusqu’à la suivante.

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mercredi 09 mai 2007

Pendant ce temps, dans le reste du monde...

L'Irlande du Nord est désormais en paix. Merci qui ?

Hidden_agenda_3La planète entière a beau s'être passionnée pour l'élection française, elle ne s'est pas arrêtée de tourner pour autant. Et aussi surprenant que ça puisse paraître, il s'est même passé deux ou trois choses importantes pendant que les paparazzis pistaient notre nouveau conducator à travers les mers du sud. Un exemple ? L'incroyable réconciliation nord-irlandaise, amenant Unionistes et Sinn Fein à coopérer dans la gestion de leur croupion insulaire après des décennies de violence et d’incompréhension mutuelle.

Mon intérêt pour les pays de culture celte, s’il m’a permis de crapahuter en terres républicaines, ne m’a jamais conduit jusqu’aux « six comtés » du Nord. D’où une vision peut-être plus romantique que concrète du lieu, de ses habitants, de son conflit au long cours. Le Belfast que j’imagine ? Une Angleterre provinciale peuplée d’Irlandais en colère ; un Northampton dont les maisons victoriennes et les « terraces » géorgiennes seraient abandonnées aux tagueurs paramilitaires ; des blacks cabs zigzaguant entre les check-points militaires ; des groupes d’écoliers protestants et catholiques se regardant de travers... Des noms, aussi, densifient cette construction mentale : les Bobby Sands, les Bernadette Devlin, les Gerry Adams, les Ian Paisley, les Guilford Four, les Birmingham Six ou même Sorj Chalandon, le journaliste de Libé qui nous donnait des nouvelles... Et des films,  morceaux d’histoire, de désespoir ou de propagande : Daniel Day-Lewis en terroriste malgré lui, Frances McDormand en enquêtrice...

Il va falloir réviser tout ça, ce fatras de « Good Friday agreement », d’explosions de pubs, de rotules brisées à coups de barres de fer, de défilés orangistes, de bêtise crasse et de courage, de courage et de bêtise crasse. Il va falloir réviser tout ça parce qu’un type, oh pas tout seul, évidemment ― même le très oubliable John Major mérite une petite tape dans le dos sur ce coup ―, un réformateur ambitieux, un as de la politique, avait fait de la réconciliation nord-irlandaise le principal enjeu de sa carrière (avec la réduction du chômage et l’investissement dans les services publics, évidemment)...

Je m’étais agacé, l’autre jour, de la manière dont l’histoire réinterpréterait les années de pouvoir de Chirac et de Blair à l'aune de l'affaire irakienne, offrant à l’un les honneurs de la résistance au bushisme guerrier et ravalant l’autre au rang de caniche servile des intérêts des pétrolier texans. Que le premier n’ait absolument rien accompli en quarante ans de parasitage des palais nationaux quand l’autre s’est arrangé, en dix ans à peine, pour vider l’abcès le plus « israélo-palestinien » du monde this side of the Méditerranée devrait pourtant permettre une réévaluation de leur valeur-ajoutée respective.

Mais à Libé, Sorj Chalandon ne couvre plus l’Irlande. Et dans l’édition du jour, un méchant quart de page rédigé depuis Londres, planqué en rubrique « Monde », tient lieu d’hommage à un événement qu’il ne serait pas ridicule de qualifier d’historique mais que sa conclusion décrit finement « comme une aubaine pour Tony Blair  à la veille de son départ »... Non, à Libé, on préfère faire la Une sur le yacht Bolloré et la double d’ouverture sur le jogging matutinal de Nicolas Sarkozy. Hum, s'il était allé en Corse, au moins...

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lundi 07 mai 2007

Thérapeutiques

A l'homéopathie ségoliste, les Français ont préféré l'huile de foie de morue du bon docteur Sarkozy. Dont acte (médical). Mais gare à la chimio insidieuse...

HuileA ceux qui s'imaginent que com-vat va se transformer, pour les cinq années à venir, en adversaire systématique et borné du sarkozysme, je préfère annoncer la couleur : il n'en est pas question. J'ai soutenu Ségolène Royal sans aucune ambigüité dès le début de la campagne d’investiture ; je continue à penser qu’elle est, jusqu’à preuve du contraire, la mieux placée pour conduire la new-labourisation du PS ; je suis même convaincu qu’un engagement véritable des donneurs de leçons de social-démocratie aurait pu changer le cours de l'histoire, mais je ne vais pas pour autant mettre mon cerveau entre parenthèses pour une demi-décennie (au minimum).

Nicolas Sarkozy ― je l’ai tellement rabâché que j’ai l’impression que mon clavier pourrait se débrouiller pour taper tout ça en pilote automatique ― n’est ni un fasciste, ni un danger pour la République, ni un terrible bushiste impatient d’expédier le Charles-de-Gaulle dans le golfe persique. Et pour cause : même George Bush n’est plus un terrible bushiste impatient d’expédier l’Abraham-Lincoln dans le golfe persique... Non, Nicolas Sarkozy est un homme politique de droite, un conservateur dont la vision du monde s’est construite entre Neuilly et le « bon » dix-septième arrondissement. Spontanément sensible au discours d’un patronat plus soucieux de préservation du statu quo et de protection contre la concurrence que d’innovation et de dynamisme, il a su colorer son programme d'assez de baratin « libéral » (au sens où les lecteurs en charentaises d’Investir sont « libéraux ») pour séduire Loïc Le Meur et passer pour un « moderne ». Mais au final, son cocktail ultra-classique de réduction d’effectif des fonctionnaires, de baisse des impôts et de renforcement des forces de police, bien qu’auto-contradictoire, ne me semble pas de nature à provoquer la panique chez les gens raisonnables.

Néanmoins, et à l’exception notable d’un Jacques Chirac, prince de la nullité et de l’ineffectivité, un type en lequel près de vingt millions de personnes ont cru bon de placer leurs espoirs est toujours susceptible de se transcender. La France n’est pas dans l’état lamentable que les petits télégraphistes de l’UMP se sont ingéniés à décrire ces derniers mois, certes, mais elle fait effectivement face à un certain nombre de défis (emploi, mondialisation, construction européenne, dette, éducation, recherche, sécurité, immigration...) ― défis que Ségolène aurait vraisemblablement pu relever avec davantage de doigté que notre nouveau, hum, président. Mais les électeurs s'étant laissés convaincre de la nécessité d’absorber, trois fois par jour, cinq ans durant, une cuillérée à soupe d’huile de foie de morue quand quelques granules Boiron pouvaient faire l’affaire, acceptons le verdict des urnes, comme on dit...

Nous voici donc forcés, avant d’en arriver à l’étape Blair, de passer par la phase Thatcher : la société va devenir plus dure, moins coopérative, plus inégalitaire, moins solidaire pendant quelques années mais les grands équilibres finiront par être rétablis lorsque la gauche, recomposée autour d’un projet clairement social-démocrate, reprendra la main sur une droite ayant achevé le sale boulot. Nous aurions pu, évidemment, nous épargner cette pénitence mais, comme le rappellent régulièrement mes camarades Econoclastes, there’s no such thing as a free lunch...

Car la gauche est-elle capable de remporter les législatives qui s’annoncent ? Et sa victoire est-elle même souhaitable en l’état ? Au lendemain de l'élection présidentielle, je suis tenté de répondre non ― deux fois non. Il est probable de voir le PS exploser dans les jours qui viennent sous les coups de boutoirs des revanchards et des archéos, lesquels expliqueront à leurs clientèles respectives que Ségolène n’était pas assez centriste ou, au contraire, pas assez radicale. Une synthèse de fortune peut toujours, bien entendu, être bricolée en quelques jours, mais je vois mal comment les égos et les stratégies des uns et des autres pourront être conciliés au-delà de ce colmatage. Et quel serait le sens, dans ce contexte, d’une majorité socialiste à l’Assemblée, au-delà du bordel et de l’immobilisme découlant d’une nouvelle cohabitation ?

Bon petit soldat, je voterai tout de même pour mon camp en juin prochain, mais je le ferai par loyauté plus que par conviction. Pour le reste, je tâcherai de conserver à blog le ton ouvert et non dogmatique qui, je crois, est le sien depuis l'origine. J’avalerai donc, consciencieusement et si elle se révèle efficace, l’horrible potion du docteur Sarkozy, mais je ne me priverai évidemment pas de dénoncer, aussi souvent que nécessaire, l'éventuel recours à la chimiothérapie pour le traitement d’un rhume. En ces temps de contrôle des dépenses de santé, c’est bien la moindre des choses, non ?

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