« Le livre à lire dans l’isoloir » : le civisme en s'amusant
Une étude bulgare indique que l'abstentionnisme est partiellement attribuable à la crainte des électeurs de s'ennuyer dans l’isoloir. Cette inquiétude, légitime pour les plus lents d’entre nous, est désormais caduque.
Il était grand temps que je me fende d’une note suggérant l’achat d’un petit livre dont la fonction essentielle est « d’être lu dans l’isoloir »... Dans un pays où les magasins sont fermés le dimanche, jour des scrutins, il vous sera malheureusement impossible de vous procurer cet ouvrage au dernier moment et le mieux est sans doute, comme à l’occasion d’un long voyage en autocar, de prendre vos précautions avec un peu d’avance.
Mais de quoi s’agit-il au juste ? Et pour quelle raison me fais-je aujourd’hui le promoteur de ce bouquin ? Je répondrai d’abord à la seconde question en expliquant que son auteur est à la fois un confrère et un ami (Cyrille Frank, journaliste et co-responsable du blog The Benito Report), qu’il s’est stupidement privé d’une vente à peu près certaine en librairie en m’offrant un exemplaire dédicacé de son œuvre et, surtout, qu’il s’est engagé à me servir d’intermédiaire pour la publication de mes propres vaticinations... Mes motivations sur ce point sont donc simultanément amicales et intéressées ― ce qui est déjà un exploit en soi.
Mais en ce qui concerne la première interrogation, concernant le contenu et la qualité de l’objet, disons qu’il s’agit d’un vade-mecum de l’électeur indécis, propre à rappeler aux non-lecteurs de mon site (lesquels se contenteront obligeamment de suivre mes consignes le moment venu) le pourquoi et le comment d’une élection. Car d’où vient cette idée de laisser à des masses analphabètes le loisir de sélectionner leurs propres leaders, quand l’inverse serait bien plus raisonnable ? Et comment se sont déroulé les scrutins précédant celui du 22 avril prochain, dont on sait qu’il pourrait bien être « la mère de toutes les élections », pour paraphraser Saddam Hussein, grand amateur de consultations populaires devant l’Eternel ?
Bourré d’anecdotes, de micro-informations susceptibles d’impressionner vos relations à l’occasion d’une conversation politico-historique (« Saviez-vous, cher ami, que les militaires ont longtemps été privés du droit de vote, d’où l’expression « Grande muette » associée à l’armée ? », « Non ? Vraiment ? », « Absolument ! »), de conseils pratiques aux fraudeurs, de quiz amusants et de petits crobards malins, ce livre ne devrait plus quitter la table de chevet des candidats au grand oral de l’ENA (si le président Bayrou prête vie à cette institution, bien entendu).
Fournir des antisèches aux futurs cadres de la Nation n’était pourtant pas le but de Cyrille Frank, qui cherchait davantage à offrir une aimable diversion littéraire aux claustrophobes désireux d’accomplir leur devoir civique sans paniquer. Nous restons en moyenne, paraît-il, soixante secondes dans l’isoloir avant de déposer notre bulletin dans l’urne et il faut savoir à quel point cette minute peut sembler interminable à qui est allergique à ces cabines d’essayage de la démocratie. Pour autant, je n’ai pas, personnellement, ce problème : je ne passe jamais par l’isoloir et je fais généralement mon choix de la manière la plus ostentatoire qui soit, même si je crois savoir qu’il s’agit d’un comportement à la limite de la légalité. Ce qui ne m'empêche pas de me sentir solidaire de mes frères humains au caractère moins trempé...
En tout état de cause, « Le livre à lire dans l’isoloir » a le bon goût d’être parfaitement lisible hors de l’isoloir, voire d’être pertinent pour tous les types de scrutins ― cantonales et désignation d’un délégué de classe au collège compris ―, tant son approche de la problématique électorale est universelle. Une qualité que ne possède évidemment pas la dernière encyclique de Nicolas Sarkozy, produit hautement périssable s'il en est.
© Commentaires & vaticinations
« Le livre à lire dans l’isoloir », Cyrille Frank, Editions de l’Hèbe, 12 €

Mieux que Sarko, Ségo et Bayrou, ce bouquin mettrait-il tous les bords d'accord ?
Voir le billet de Quitterie à ce sujet en cliquant sur mon pseudo...
Rédigé par: centrismophile | le mercredi 04 avril 2007 à 17:32
TROP TARD pour ma pomme.
Depuis 2005, notre commune
est equipee de machines a voter, ces trucs electroniques de m... en lesquel on nous demande d'avoir confiance!
Donc plus d'isoloir, et fo pas trainer devant la machine, car les autres attendent ...
Hugues, a quand un article sur ces machines qui minent la democratie ?
Rédigé par: Tof | le jeudi 05 avril 2007 à 10:49