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avril 2007

lundi 30 avril 2007

Euro fort : du bon usage de François Bayrou

Puisque François Bayrou est encore là, autant s'en servir : son point de vue sur l'euro étant le plus sensé qu'il nous soit donné d'entendre this side of the Quiévrain, souhaitons qu'il l'impose à Ségolène.

TrichetTentant maladroitement, l'autre soir à la télévision, de nous convaincre de son immense maîtrise des dossiers ― de tous les dossiers ―,  Nicolas Sarkozy ne s'est pas privé d'entonner sa petite chanson sur « l'euro fort, fossoyeur de l'emploi industriel en France ». Il faut dire qu'elle a du succès, cette chanson, au pays du Grand-Non. Tiens, même Ségolène la fredonne à l'occasion...

Rendez-vous compte : si les affreux petits comptables de Francfort n'étaient pas si obtus, s'ils rétablissaient une parité plus « raisonnable » entre l'euro et le dollar, s'ils acceptaient de placer la Banque Centrale Européenne au service d'une vision plus, comment dire, française, de la politique monétaire de l'Union, c'en serait fini de la crise et du chômage ! L'Europe redeviendrait compétitive, les délocalisations s'interrompraient et la Chine viendrait nous manger dans la main. Vraiment, quel crétin ce Jean-Claude Trichet ! On n'a pas idée ! Même le patron du bistrot où je prends mon café le matin le lui dirait, qu'il faut baisser ces fichus taux d'intérêt !

A l'appui de la démonstration sarkozyenne : la Banque d'Angleterre et sa légendaire soumission à l'interventionnisme blairiste. « Regardez Gordon Brown, devait-il expliquer à un correspondant du Times rendu muet par un tel aplomb, dès que la livre grimpe trop haut par rapport au dollar, bing, il baisse les taux d'intérêt ». Bon, que la Banque d'Angleterre soit, statutairement et depuis 1997, aussi indépendante du pouvoir politique que la BCE, que le sterling vienne de franchir le cap des deux dollars sans que personne ne s'en émeuve et que les taux britanniques soient très nettement supérieurs aux nôtres semble lui avoir échappé. Mais c'est sans doute que, n'ayant entendu aucun expat se plaindre de la vigueur de la monnaie lors de son dernier meeting londonien, il en a déduit que la devise locale s'échangeait contre des cacahouètes sur le FOREX...

Et d'ailleurs, qui fixe la parité des monnaies entre elles et, singulièrement, la valeur du dollar par rapport à l'euro, puisque c'est celle qui semble empêcher nos élites de dormir sans gober deux ou trois Mogadon ? Aussi incroyable que cela paraisse, c'est la mission des « marchés », c'est à dire d'investisseurs de toutes natures (fonds privés ou publics, Etats, entreprises, banques, traders...), lesquels achètent et vendent des devises pour des raisons qui leur sont propres (réserves liquides, spéculation sur l'évolution des parités, couverture de risque de change, bla bla bla...). Les banques centrales ont bien sûr la possibilité d'orienter ces crapules capitalistes dans une direction ou une autre en agissant sur les taux ― soit le niveau de rémunération associé à la détention d'une devise ― mais, au final, les marchés arbitrent toujours en fonction de leur perception de la santé et des perspectives d'une économie, les taux n'étant qu'un facteur parmi d'autres. Et dans l'affaire euro-dollar, les taux américains sont effectivement les plus élevés même si, à écouter Sarkozy et ses lieutenants, on pourrait croire que le billet vert a rejoint la livre et le brouzouf au paradis des monnaies en solde...

Mais quand bien même... Admettons que la BCE puisse être persuadée de jouer le jeu que la France voudrait bien lui imposer et qu'elle s'avise de provoquer la dégringolade de la monnaie commune, à « l'américaine ». Comment se débrouillera-t-elle, si nos amis yankees persistent dans leur attitude non-constructive et déloyale, pour que les deux principales devises de la planète soient affaiblies simultanément ? Comment atteindra-t-elle la parité idéale (sic) si la baisse des taux suffit aux uns et aux autres à relancer la course à l'échalote chaque fois que nécessaire ? Tiens, ça, même le patron de mon bistrot le comprendrait, lui qui connaît bien le problème de l'évolution du prix du petit noir et du sandwich aux rillettes au rade d'à coté...

Bref, tout ça, c'est du baratin. Et même un magnifique exercice de démagogie si l'on part du principe qu'il doit bien se trouver, à l'UMP ou au PS, un type ayant lu un livre ou deux. Car l'idée qu'une monnaie anémique soit un atout pour une économie développée, en concurrence avec une tripotée de pays émergents bourrés d'une main d'oeuvre aussi volontaire que peu exigeante, est tellement inepte qu'elle ne devrait même plus être émise sans faire éclater de rire les cafetiers les moins éclairés.

François Bayrou, dialoguant vendredi avec Ségolène, s'est d'ailleurs permis de rappeler que non seulement la France est le seul membre de l'eurozone à se plaindre de Jean-Claude Trichet, mais que l'Allemagne est redevenue la première puissance exportatrice au monde devant les États-Unis, le Japon ou la Chine avec la même monnaie que les petits copains gaulois ! Il aurait tout aussi bien pu indiquer que les Pays-Bas et la Belgique jouissent également d'un solde commercial positif, voire que la France était membre du club de ceux qui vendent davantage qu'ils n'achètent jusqu'à ce que les chiraco-sarkozyens ne se mêlent de ce qui ne les regarde pas ― et tout ça malgré le « franc fort» cher à l'ami Bérégovoy !

Une monnaie forte, et l'impact de l'Endaka (la série de réévaluations historiques du yen nippon) sur l'industrie automobile japonaise en est la preuve, force les pays à réorienter leurs exportations vers des produits et services à « haute valeur ajoutée », dont le prix n'est pas le facteur déterminant du point de vue du client. Ainsi, lorsque vous faites l'acquisition d'une Porsche Cayenne, pour prendre un exemple extrême en matière d'ostentation voiturière, vous n'achetez pas un instrument de mobilité permettant d'aller faire les courses à Auchan mais un symbole statutaire chargé d'informer le reste du monde de votre niveau de revenus... De même, lorsque vous investissez dans une machine outil Trumpf pour découper de la tôle dans votre usine, vous achetez de la fiabilité, de la productivité, de la compétitivité avant de vous intéresser au prix relatif d'un tel engin. Geddit?

Assurément, une monnaie forte ne vous protégera pas de la concurrence salariale chinoise dès qu'il est question de fabriquer des seaux en plastique. Mais franchement, et sauf à ramener le niveau de l'euro à celui du yuan et les salaires lyonnais au niveau des rémunérations pékinoises, est-ce là toute l'ambition industrielle d'un pays comme le nôtre ?

Par le passé, Français ou Italiens avaient pris l'habitude de regagner de la compétitivité en dépréciant leur devise : votre inflation galopait, vos produits étaient si standards qu'ils ne séduisaient que par leurs tarifs, bing (comme dirait Sarkozy), une petite dévaluation et le tour était joué ! Mais ça n'est plus possible, maintenant que nous nous sommes dotés de biftons tellement robustes qu'ils résistent, non seulement à notre absence de croissance et à la dérive de notre dette publique, mais aussi à nos émeutes de banlieue et nos Le Pen au second tour... Il y a dix ans, aucun doute n'est permis, ce genre de plaisanteries aurait expédié le franc dans une tourmente telle que nous en serions réduits à mendier auprès du FMI de quoi assurer les dépenses courantes sans « default » sur le remboursement de la dette. Je galège ? Demandez aux Anglais : ils connaissent...

La France ― qui envoie de toute manière les deux-tiers de ses exportations vers le reste de l'Union sans aucun risque de change ― profite de l'euro fort pour réduire le coût de sa facture énergétique et de ses importations de matières premières ; accroître le pouvoir d'achat de ses investisseurs à l'étranger ; rendre plus difficile la prise de contrôle de ses entreprises par leurs concurrentes internationales ; forcer ses acteurs économiques à monter en gamme ; peser sur l'inflation importée ; réduire le poids de la dette exprimée en dollars ; augmenter le pouvoir d'achat de ses citoyens... Ca donnerait plutôt envie, ça, non ?

François Bayrou, je le disais, espère pouvoir influencer les choix économiques de Ségolène Royal. Ces choix seraient même, à en juger par le ton du débat de vendredi, le seul point d'achoppement majeur entre la doctrine du PS et celle de son futur « Parti Démocrate ». A une semaine du jour J, il serait bon de voir Number Three mettre son ambition personnelle au congélateur, histoire de réfléchir à une vision un peu plus pragmatique de la construction de la social-démocratie sous nos latitudes. La belle du Poitou s'étant courageusement engagée à compléter son fameux pacte, un aggiornamento sur l'euro n'est-il pas le meilleur des adjuvants ? Allez, les amis, encore un petit effort...

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vendredi 27 avril 2007

Sarkozysme(s)

Ne reculant devant aucun sacrifice pour ses lecteurs, com-vat a regardé Nicolas Sarkozy hier soir sur France 2.

Sarkof2_2Elle est forte, cette Ségolène Royal, très forte... Forte au point d'amener Nicolas Sarkozy à consacrer le quart de son intervention d'hier soir à s'indigner d'un éventuel débat entre elle et François Bayrou. « J'ai gagné, merde, je suis qualifié, bon sang de bonsoir ! trépignait-il [en substance]. Et il est tout de même incroyable qu’un type dont le nombre de voix est inférieur de moitié au mien ose encore se montrer en public ! Mais quelle honte ! »

Bon, on le comprend un peu. Ayant naïvement considéré qu’il lui suffirait d’envoyer ses gros bras en terre UDF avec pour mission d’émettre, subtilement mais fermement, le genre de proposition « qui ne se refuse pas » en direction d'une poignée d'élus indécis, il pouvait l’avoir mauvaise... Il en venait même, sur France 2, à reprendre les analogies footballistiques glanées la veille sur com-vat : « Bayrou n'est qu'en "petite finale", il n’a qu’à débattre avec Le Pen s’il le souhaite. Mais avec Ségolène, c’est moi et moi seul ! »

Ca faisait presque de la peine, tiens, cette impudeur de grand blessé. Et d’ailleurs, il semble que le CSA, la presse quotidienne et Canal Plus aient été suffisamment émus par la situation pour rappeler le duo social-démocrate au respect de l’étiquette. Ouf, le processus démocratique est sauf !

*

Si le patron de l’UMP a un souci d’emploi du temps quelconque, un empêchement, un meeting de trop d'ici à la fin de la campagne, je veux bien jouer les doublures.

Non, vous vous en doutez, je ne suis évidemment pas devenu sarkozyste pendant la nuit. Et non, bien sûr, il est assez peu probable qu’un grand gars bien bâti comme moi puisse être confondu, ne serait-ce qu'une seconde, avec, hum, enfin, quoi, vous voyez ce que je veux dire... Mais je commence à si bien connaître les trois ou quatre éléments standards de sa rhétorique que je me sens capable de faire illusion le temps d'un discours. Entre le « pays qui se lève tôt », le « travailler plus pour gagner plus », les choses « qu’il est incroyable que l’on n’ait pas le droit de dire en France » et le sauvetage d’Alstom contre les gnomes de Bruxelles, je suis complètement au point.

Nicolas, si tu as besoin, n’hésite pas. Entre sportifs, c’est bien la moindre des choses.

*

A la télévision française, on a le droit de dire n’importe quoi. Vraiment n’importe quoi : Arlette Chabot ayant invité Charles Bremner, honorable correspondant parisien du Times de Londres, à questionner Sarkozy sur sa vision du reste du monde, elle décide de le présenter comme simple « journaliste britannique » tout juste « descendu de l’Eurostar ». Mais mon estimé confrère étant installé chez nous depuis plus d’une décennie, il est probable qu’il ait tout bêtement pris le métro pour se rendre au studio de France 2.

Pourquoi ce petit mensonge idiot ? Pour rien. Comme ça. Par habitude de travestissement gratuit de l’information... Ou peut-être parce que l’intervieweuse de choc de France 2 imaginait qu’un tel trajet épaterait le chaland : « Wow, all the way from London, England ? On the Eurostar? To interview Sarkozy? You’re kidding me!!! »

Tiens, je me demande si l’Italien de la veille, pour Ségolène, n’était pas aussi venu en pantoufles...

*

Nicolas Sarkozy est peut-être à jour sur certains thèmes purement domestiques, il reste faible à l’international. Et Charles Bremner a beau avoir superbement ignoré la question que je lui suggérais avant l’émission (cette délicatesse des Britanniques, vraiment...), la simple mention de la Russie a suffi à mettre le droitier présidentiable dans l’embarras : « La Russie, heu, oui, c’est un grand pays. Et Poutine en est le président. Mais il y a des problèmes, hein, en Russie. Il y a de la corruption. Des trucs qui ne vont pas, quoi. Et il faut avoir le courage de le dire ».

Sur la Chine, l’impétrant s’est montré encore moins disert, n’étant apparemment pas capable de citer de mémoire le nom d’un quelconque leader local, même s’il se souvient d’avoir rencontré un « ancien numéro un devenu numéro deux » et de lui avoir demandé « ce que ça faisait comme effet » : « La Chine, heu, oui, c’est un grand pays. Mais il y a des problèmes, hein, en Chine. Il y a des trucs qui ne vont pas, quoi. Et il faut avoir le courage de le dire ». Ceci dit, s’est sur le Darfour qu’il s’est montré le plus calé : « Il faut des corridors humanitaires pour faire passer la nourriture et les enseignants, merde ! Et il ne faut pas hésiter à traduire les dirigeants devant la cour internationale de... La cour de justice, là, qu'ils ont ! C’est vrai, ça, quand même, après tout, c’est comme avec Ingrid Betancourt ! »

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jeudi 26 avril 2007

Nul en arithmétique (et fier de l'être)

Les chiffres sont formels : Ségolène ne peut pas l'emporter. Fuck les chiffres !

FluideJ'ai toujours été nul en arithmétique. Aligner des colonnes de chiffres, les diviser, les multiplier, les soustraire les uns aux autres m'a toujours assommé. C'est amusant, d'ailleurs, cette aversion pour le calcul de la part d'un amateur d'économie (hum, là, passe encore, la science économique « à la française » préférant les concepts à la comptabilité) et de politique (le vrai paradis des calculateurs)...

Mais c’est ainsi. Et mon tonton Rudolf, le spécialiste de l’enseignement des maths à travers les âges, vous le confirmera : ce n’est même pas ma faute ! Non, c’est la faute à Bayrou... Enfin pas à ce Bayrou-là, mais à tous les Bayrou qui se sont succédés rue de Grenelle ces dernières décennies, réformant et restructurant sans fin la manière de faire entrer les bases des sciences dures dans les têtes molles des ultimes cohortes du baby-boom.

J’ai toujours été nul en arithmétique, donc, mais je crois me souvenir de m’être à peu près débrouillé avec les maths modernes, ces histoires d’ensembles et de sous-ensembles permettant d’agglomérer des choux et des patates, des carottes et des navets... D’ailleurs, j’ai de beaux restes (pas de navets, de maths modernes...), d’où ma capacité à faire la somme, puisque c’est la mode, des votes exogènes qui pourraient raisonnablement s’ajouter aux suffrages déjà récoltés (pour rester dans la métaphore légumineuse) par Ségolène au premier tour.

Car je ne vais tout de même pas m’entêter à être plus royaliste que Royal ! Et si la boss considère désormais qu’il est convenable de voir de quel bois se chauffe le co-responsable de mes carences matheuses à quelques jours du second tour, qui suis-je pour jouer les trouble-fête ? Rosissant d’aise devant la presse hier après-midi, François Bayrou laissait justement entendre qu’en dépit de ses préventions à l’égard d’un programme économique socialo-communiste susceptible de conduire la France à la disette et au scorbut, il restait ouvert à un débat de gens honnêtes avec Ségolène. Bon, il exigeait, pourquoi pas, tant qu’on y est, que ce débat soit organisé en direct à la télé et repris sur les principaux canaux mondiaux à une heure de grande écoute, mais l’idée du dialogue était là. Et les flèches décochées sans répit en direction de l’ami Sarkozy semblaient indiquer que cette ouverture ne serait pas, heureusement, multilatérale...

Mon ami Michel B., qui sait compter, lui, assure qu’un report bayrouiste de 60% minimum est indispensable à la victoire ; la recherche d’un terrain d’entente est donc à privilégier. Pas la reddition, évidemment, le vainqueur de la « petite finale » ne devant pas s’imaginer qu’il est encore dans la course pour la coupe, mais bien la discussion sur ce qui rassemble les deux versions de la mouvance Démocrate avec un D majuscule ― comme dans « Social ».

Ségolène Royal, qui, entre parenthèses, était carrément excellente hier soir sur France 2, a déjà fait la plus grande partie du chemin. D’accord pour un débat, d’accord pour une réévaluation d’éventuelles divergences sur ceci ou cela, d’accord, même, pour accueillir des centristes dans son futur gouvernement, elle peut considérer, à bon droit, que la balle est dans le camp du Béarnais. Un Béarnais dont les remarquables attributs auditifs sont certainement l’indice d’une grande capacité d’écoute.

Mais en bon terrien, François Bayrou devrait éviter de trop décoller du plancher des vaches en s’imaginant que ses six millions d’électeurs font de lui le passage obligé vers la victoire. Les choses étant ce qu’elles sont, qu’il s’agisse de l’avance théorique de Sarkozy et des menaces que fait peser ce dernier sur la réélection des parlementaires UDF, Number Three ne gardera pas longtemps la main. Sans un accord quelconque, le would be dynamiteur des frontières politiques hexagonales pourrait bien se retrouver nu et cru dans sa ferme (qui n’est pas du Poitou), à méditer sur un destin liquéfié en eau de boudin.

La question est donc plutôt de savoir ce que veulent, concrètement, les uns et les autres, élus ou électeurs, c'est à dire la victoire de Sarkozy ou celle de Ségolène Royal. Dans le premier cas, et ce petit rappel s’adresse à nos camarades de la gauche orthodoxe tentés par une journée de pêche à la ligne, c’est l’entrée à l’Elysée d’un conservateur franchouillard à l’ancienne, au côté duquel Chirac était un aimable altermondialiste. Dans le second, c’est la possibilité d’une expérience social-démocrate moderne, tentant de réconcilier dynamisme économique et justice sociale (pour faire court mais pour le « long », baladez-vous sur com-vat, ça me fera de la page vue). On peut donc raisonnablement imaginer que les Français ayant choisi Bayrou pour, précisément, en arriver à ce cas de figure n’auront pas besoin d’une consigne pour se déterminer et qu’ils débarqueront en masse sur les plages ségolistes le 6 juin mai prochain.

Les sondeurs, d’anciens forts en maths reconvertis dans la cuisine probabiliste redressée et corrigée des variations saisonnières, semblent en douter, agitant frénétiquement leurs petites TI programmables sur LCI. Mais pour nous, les nuls en arithmétique, ils pourraient tout aussi bien parler chinois. Ah, et vous ai-je déjà dit que Ségolène était excellente hier soir sur France 2 ?

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mardi 24 avril 2007

Antoinette Blair est de retour

Ségolène est désormais au pied du mur. Avec un peu d'élan, elle devrait pouvoir le franchir (et sans même un Bayrou pour lui faire la courte échelle).

Lady_jumpingInvité, dimanche soir, à expliquer les ressorts du ségolisme a, littéralement, la terre entière, je crains de m'être laissé légèrement emporter par mon enthousiasme militant. Promouvoir, après tout, la belle du Poitou comme « la meilleure chance de conversion de la gauche française à la social-démocratie moderne » était peut-être un poil aventureux, compte tenu de l'ambiguïté qui plane parfois sur ses choix dans le domaine économique.

Mais la vie vaudrait-elle la peine d'être vécue sans courir le risque d'être déçu ? Sans doute pas. Supporter de la candidate socialiste depuis les prémices de sa campagne d'investiture, j'ai régulièrement défendu l'idée qu'elle était ― plus qu'un DSK manifestement incapable de prendre le taureau par les cornes ― l'électron libre dont le PS avait besoin pour évoluer, l'iconoclaste dont les Français avaient besoin pour se réformer.

Il m'est arrivé, évidemment, de me demander si je ne m'étais pas fourvoyé, ses aller-retours, ses hésitations, ses contradictions m'ayant parfois refroidi. Était-elle prête à assumer un discours non-dogmatique sur les 35 heures ou pas ? Sa sortie sur l'organisation du temps de travail des profs était-elle fondée sur une réflexion véritable ? Son intérêt pour les expériences scandinaves de flexisécurité était-il authentique ? Son désir de réconcilier les Français avec l'idée que la création de richesse est le préalable à toute redistribution était-il suffisamment puissant ? La question des « valeurs », de la responsabilité individuelle, faisait également partie de mes interrogations : serait-elle en mesure d'imposer sa vision d'une société à la fois solidaire, équitable et efficace, cet « ordre juste » dont elle nous rebattait les oreilles ?

Je suis parfaitement conscient, en abordant ces questions, d'être à mille lieues de ce que la « Gauche » est censée représenter dans notre pays, voire de contribuer à la mauvaise réputation de Ségolène Royal, cette « fille de militaire catholique à l'habitus droitier » dénoncée d'outre-tombe par l'ami Bourdieu. Mais l'exposé de mes propres convictions n'étant pas susceptible d'être repris comme argumentaire de campagne par les militants qui piétinent près des bouches de métro, qu'importe...

Convaincu que les expériences conduites en Suède, au Danemark et en Grande-Bretagne ont été la clé de la résolution des crises sociales traversées par ces pays, mais persuadé que leur importation directe n'aurait aucun sens, j'ai fait le pari que cette petite bonne femme sans a priori saurait les accommoder à la sauce hexagonale, le débat sur son blairisme réel ou supposé n'ayant dès lors plus aucun sens. Bon, la référence au leader du New Labour reste malgré tout pertinente, compte tenu de la proximité culturelle, géographique, économique, historique, démographique de la France et de la Grande-Bretagne ― même si l'affaire irakienne est malheureusement venue brouiller les cartes. Une référence d'ailleurs réapparue à vingt-quatre heures du premier tour, lorsque Ségolène s'est souvenue, en direct sur France Inter, des succès obtenus par Tony Blair sur les fronts de l'éducation, de la santé ou de l'emploi ! Il ne s'agissait évidemment pas de faire allégeance à un modèle dont les défauts sont connus, mais d'insister, en femme libre, sur la marge de manoeuvre qu'elle s'accorderait en cas de victoire...

Encore une fois, ce type de discours semblera assez éloigné des consignes émises par la rue de Solferino, consignes visant surtout à donner des gages aux Laguiller et autres Besancenot ayant fait l'honneur au PS d'appeler à « barrer la route à la droite ». Mais c'est justement que ces derniers, comme une partie de l'électorat traditionnel de la gauche « de gouvernement », ne perçoivent la prochaine échéance qu'en termes de Tout Sauf Sarkozy ― Ségolène n'étant ici qu'un pis aller.

Je n'adhère pas, moi-même, à ce mouvement de bien-pensance à l'égard du patron de l'UMP : Nicolas Sarkozy n'est ni un danger pour la démocratie, ni un fou dangereux, ni un cruel eugéniste. Nicolas Sarkozy est, plus prosaïquement, l'héritier de la droite traditionnelle française, conservatrice et interventionniste, ses seules originalités résidant dans une vision communautariste de l'organisation de la société et un atlantisme confus. En tout état de cause, il n'est ni le réformateur, ni le rebelle qu'il prétend être : juste un ministre de l'Intérieur à la compétence discutable habité par une ambition dévorante.

François Bayrou peut-il ― doit-il ― être l'auxiliaire d'une victoire de Ségolène dans ce contexte ? Ses 18,5% lui confèrent-ils le statut de faiseur de roi auquel il prétend ? Je ne le pense plus. Incapable d'orienter ses électeurs dans un sens ou dans l'autre sans s'en aliéner la moitié, il doit compter sur l'hostilité à un virage à gauche de députés dont la réélection est basée sur des accords de désistement avec l'UMP. Et quel serait, en outre, la cohérence d'un accord avec Ségolène au regard de sa posture fondamentalement centriste ? De ce point de vue, un retour au bercail droitier est tout aussi délicat, même si résister au chant de la sirène Borloo lui sera difficile. Mais que le Béarnais se débrouille. Ses problèmes ne sont, de toute évidence, pas les nôtres.

Nos problèmes à nous, les problèmes de la gauche, seraient plutôt d'amener l'immense majorité des électeurs rêvant d'une France dynamique, à l'aise dans son siècle, mais soucieuse de préserver son modèle solidaire, à faire le choix le plus judicieux. A voter pour plutôt que contre. Il reste à Ségolène une quinzaine de jours pour emporter leur conviction. Mais la cruche, la bécassine, l'incompétente ayant déjà franchi, with flying colours, les obstacles de l'investiture interne et du premier tour, elle devrait s'en tirer sans encombre.

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dimanche 22 avril 2007

www.com-vat.com en direct sur CNN

Troisblogueurscnn18h30 - Première expérience de live blogging sur com-vat. Je viens d'arriver à la terrasse Martini, le site loué par CNN pour y suivre la soirée électorale. Un lieu particulièrement couleur locale pour le public de CNN : on voit la tour Eiffel, l'arc de Triomphe et des petites Renault et Peugeot remontant les Champs Elysées.

J'ai été installé à une grande table ronde et rouge, aux côtés de Loic Le Meur, le sarkozyste de service, et de Gilles Klein, un confrère journaliste et blogueur, puis présenté à Hala Gorani, l'anchorwoman de l'émission. Inutile de dire que les estimations secrètes circulent bruyamment dans les parages. Mais je n'ai pas le droit de les reprendre ici. Juste de dire que la vie est belle, pas complètement et totalement belle, mais belle tout de même...

19h00 - Personne ne s'intéresse encore à nous, à part une journaliste de 20 Minutes, plus intriguée par les blogueurs que par CNN. Je lui donne mon avis, elle est d'accord avec moi. Mais, encore une fois, je ne peux pas vous dire sur quoi nous tombons d'accord. C'est dur de respecter la loi.

19h15 - Bon, en fait, la manière dont nous allons pouvoir intervenir à l'antenne n'est pas bien claire. Les Américains s'intéressent assez peu à notre petit pays, même s'ils trouvent -- avec raison après tout -- Ségolène sexy. Paris risque donc de ne pas avoir l'antenne très souvent. Il faut savoir que l'élection nigériane fait beaucoup plus de bruit sur les canaux internationaux que la nôtre. Va comprendre...

19h20 - Sommes-nous seuls dans l'univers ? Non. La terrasse Martini est directement adossée à une tripotée de terrasses identiques, depuis lesquelles des clones des gens qui nous entourent font exactement la même chose : envoyer des images de la tour Eiffel à la maison. Ils auraient dû s'entendre, ça aurait fait des économies. Non, je suis bête, ça aurait été le socialisme...

19h20 - Hala Gorani est très sympa. Elle a démarré sa carrière dans un quotidien du Nord de la France, comme moi. Mais c'était un journal concurrent et pas à la même époque. Et elle est désormais sur CNN et moi, hum, non...

19h32 - Ségolène Royal vient d'entrer dans la salle. Elle se dirige vers mois en souriant...

19h33 - Oh, ça va, si on peut plus rigoler..

19h46 - Je viens d'être filmé par une équipe de télé française (je crois qu'il s'agit de Canal Plus, mais je n'en suis pas certain). Je leur ai dit que mon blog était extrêmement important et qu'il avait eu une grande influence sur l'élection (si vous voyez ce que je veux dire à quelques minutes des résultats).

19h54 - Ca y est, j'ai commencé à donner mon avis. Mais je n'ai pas dit grand chose, évidemment. Le Meur a clamé son amour pour Sarkozy, a rappelé qu'il recevait plus de 2 zillions de visiteurs par jour sur son blog. J'ai répliqué que Ségolène allair changer les choses, mais je n'ai pas mentionné le trafic sur mon blog -- légèrement inférieur au sien (mais de peu). En tout cas, le reste du monde sait désormais que Ségolène a la capacité de changer les choses et que les Français sont prêts à ce changement patati et patata.

20h00 - Ségolène est donc seconde, pas loin derrière. Le reste suit.

20h20 - Je m'étais un peu emmêlé les pinceaux dans les estimations. Bayrou, annoncé à plus de 18%, reste clairement un "player", comme on dit au pays de CNN. Il peut encore tenter de se rapprocher de l'un ou de l'autre des deux candidats. De mon point de vue, les trois enseignements immédiats sont : Ségolène est au second tour, à quelques points de Sarkozy (ouf !) ; Le Pen est réduit à 11% ; la "réserve" semble supérieure à gauche, compte tenu du positionnement centre-gauche de Bayrou et des possibilités de dialogue évoquées, prématurément, par l'ami Rocard.

20h30 - Le live blogging, c'est compliqué. On ne peut pas écouter les télés, on ne peut pas discuter avec les gens, on ne peut pas réfléchir. Je ne peux même pas me lever de ma chaise à cause du micro dont le fil passe sous ma chemise et dans mon pantalon, mais aussi à cause de Hala Gorani, toujours susceptible de venir me demander d'intervenir un dixième de seconde sur ceci ou cela. Car au final, nous sommes vraiment les stars de la soirée, même si nous ne nous exprimons que par bribes un peu frustrantes. C'est du live blogging interruptus.

20h45 - Le Pen est en train de se plaindre des médias, son discours habituel. Un discours d'ailleurs largement imité par Bayrou ces derniers temps. Je suis en train de réfléchir à la manière dont ce dernier, justement, va se débrouiller pour se vendre (et à qui).

20h57 - Je viens d'expliquer au monde entier que Ségolène était pro-business, blairiste et open to free trade. Il fallait bien que j'empêche Le Meur de nous la raconter avec "Sarkozy le libéral" -- un type dont on connaît le tropisme interventionniste. C'est ennuyeux, on n'a pas le temps de réfléchir.

21h13 - Bayrou est en train d'expliquer qu'il a gagné, qu'il n'est pas mort. Mais il veut négocier, c'est clair. Je viens de taper sur lui en direct, mais je ne devrais peut-être pas l'énerver puisqu'il peut encore servir. Loïc Le Meur a fait pareil et Hala Gorani finit par trouver que ça manque de bayrouistes, par ici. Ils sont  où, les sept millions ? Hum, je crois justement que c'est tout le problème... Tiens Christine Ockrent vient d'arriver.

21h39 - Ségolène parle. Le Meur lui reproche de lire son texte et Gilles Klein la trouve trop à gauche, trop anti-capital. Il va encore falloir que je corrige le tir pour ma prochaine intervention, juste après Ségo, c'est moi. Ne zappez pas (comme disait l'autre) !

22h00 - C'est bon, j'ai fini ma dernière intervention. Je me casse et je file à la République des Blogs. Le vrai papier, ce sera pour plus tard.

La pendule fait tic-tac tic-tac

Le dimanche, c'est long. Surtout vers la fin.

8_heuresPour un militant socialiste au rabais, l'un de ces « adhérents à 20 balles », j'aurai l'impression d'avoir eu, si Ségolène passe le cap du premier tour, davantage d'impact sur l'avenir de la gauche française qu'un Laurent Fabius ou un Jean-Luc Mélenchon en facilitant l'investiture de la belle du Poitou... Enfin, ça c'est effectivement si elle se qualifie pour la phase finale. Dans le cas contraire, je ne donne pas cher du parti de Jaurès et de Mitterrand, déchiré qu'il sera par les revanchards qui ne manqueront pas de faire une réapparition tonitruante dans la minute qui suivra l'annonce des résultats.

Mais à l'heure où j'écris ces lignes, je n'ai pas envie d'être trop négatif. Il est 15h30, il fait  beau, je viens d'accomplir mon devoir civique et je ne me souviens pas d'avoir fait la queue aussi longtemps dans le bureau de vote du onzième arrondissement où j'ai mes habitudes. Je veux y voir un signe encourageant : une mobilisation importante dans un coin de Paris votant généralement à gauche, c'est forcément pour la bonne cause.

De toute manière, tout blogueur censément « influent » que je sois devenu depuis que les membres de Lieu-commun sont présentés un peu partout comme l'élite de la blogosphère, je n'ai pas plus d'information confidentielle à me mettre sous la dent que les blogueurs non-influents, voire carrément les non-blogueurs... Je viens bien d'aller faire un tout sur le site du Temps de Genève, puis sur celui du Soir de Bruxelles, histoire d'y prendre connaissance des sondages secrets qu'il est absurdement interdit de publier en France sous peine d'amendes disporportionnées, mais j'en suis revenu sans sentiment particulier : rien ne ressemble plus à un sondage secret qu'un sondage standard.

J'attends donc, comme tout le monde, que les choses sérieuses commencent et je me prépare aux conséquences des différentes configurations qui pourraient sortir des urnes dans un pays où un chasseur de tourterelles se voit donner les mêmes moyens de faire passer son message que le leader d'un grand parti de gouvernement ― et où un borgne partisan de la torture et prônant l'inégalité des « races » se retrouve parfois au second tour de la présidentielle...

Il faudra bien, d'ailleurs, que je me débrouille pour trouver quelque chose d'intelligent à dire quels que soient les résultats, ayant été invité à donner mon avis sur CNN dès 18h30. Bah, avec une Ségolène en tête, ou même en deuxième position, il suffira d'appuyer sur le bouton pour déclencher la machine à pensées positives. Et j'imagine bien que les équipes de cette chaîne d'information continue ― sorte de France 24 des Américains ― se seront débrouillées pour mettre la main sur des données chiffrées un peu plus crédibles que les pourcentages belgo-helvètes sus-cités. Encore que leurs performances en termes de fact-checking ne soient pas des plus impressionnantes, leur site Internet me présentant comme travaillant pour Libération et assurant que c'est à Bayrou que j'accorde ma confiance. C'est dire si je n'aurai aucun complexe à improviser...

Bon, je vais m'arrêter là pour le moment, ne devant reprendre le clavier qu'une fois installé chez mes confrères yankees, sur une terrasse des Champs Elysées. Les lèvres gercées, les sinus bloqués et le cerveau embrumé par le méga-rhume que j'ai inopportunément contracté à l'occasion du séjour équestre dont je viens à peine de rentrer, il faut que je reprenne des forces avant le début du match. A plus tard...

© Commentaires & vaticinations

PS : Il est interdit, on l'a vu, de publier les derniers sondages au péril d'une amende particulièrement salée. Il est également prohibé de poursuivre une activité militante dans les quarante-huit heures qui précèdent le scrutin. Ok. Il me semble néanmoins légitime de signaler l'engagement pris, avant la fin de la campagne réglementaire, par une célèbre blogueuse dont la caractéristique est de n'avoir pas froid aux yeux (ni ailleurs, en fait) en cas de victoire de Ségolène... Hésitants de la dernière heure, ce message s'adresse à vous.

mardi 17 avril 2007

La campagne à la campagne

Fort_galopLes Français, ont le sait, prennent énormément de vacances. Ca risque de changer, évidemment, si l'ami Sarkozy l'emporte, mais nous n'en sommes heureusement pas là... En tout état de cause, votre serviteur se voir forcé d’écouler un reliquat qu'il croyait inépuisable de jours de congés, sauf à voir ces derniers engloutis par un système de gestion des ressources humaines sans pitié.

Je vais donc passer le reste de cette campagne de premier tour... à la campagne (quelque part dans le Perche, où je galoperai à travers bois puisque le cheval est, après le vélo, mon mode de déplacement favori ― nous en reparlerons d’ailleurs un jour, ne vous inquiétez pas).

Bien entendu, je serai de retour dimanche pour accomplir mon devoir civique, ce qui est la moindre des choses pour un donneur de leçon dans mon genre. J’aurai même le privilège de continuer à les donner, ces leçons, tout au long de la soirée électorale et au monde entier, ayant été invité par la rédaction parisienne de CNN à intervenir sur leur auguste antenne. Oui, oui, je sais, ils invitent vraiment n’importe qui.

A dimanche, donc. Et comme disait l’autre, faites le bon choix (mais non, voyons, pas celui-là ! Enfin ! Où avez-vous donc la tête ?).

lundi 16 avril 2007

Petites considérations agricoles en période électorale

Une fois encore, Michel Rocard est « en avance sur son temps ». Une façon respectueuse d'affirmer qu'il n’est tout simplement pas à l'heure.

RocardJe n'ai pas souvent eu l’occasion, depuis que je m'intéresse à la vie des idées, d'être en désaccord avec Michel Rocard. Social-démocrate, fédéraliste, intellectuel authentique égaré parmi les poseurs du paysage politique, l'éternel ex-futur accoucheur de la gauche non-communiste n'a jamais pêché, à mes yeux, que par absence épisodique de pragmatisme.

Mais le pragmatisme, à quelques jours de l’élection présidentielle, est justement la qualité la plus indispensable à un homme souhaitant peser sur le cours des choses. Et cette proposition d’alliance PS-UDF manque tellement d’à-propos qu’on se demande pourquoi il s’est donné la peine de la formuler. Entendons-nous bien : je suis moi-même parfaitement à l’aise avec la logique qui sous-tend son initiative. Et les lecteurs réguliers de ce blog savent en quelle estime je tiens le magistère moral que l’extrême-gauche fait peser sur le Parti Socialiste ― magistère étouffant dans l’œuf toute tentative d’aggiornamento doctrinal à la Bad-Godesberg. De même connaissent-ils l’intérêt que je porte à l’évolution de l’UDF sous l’impulsion de François Bayrou ― une évolution dont rien ne dit, malheureusement, qu’elle survivra aux prochaines législatives compte tenu des intérêts bien compris de ses députés les plus incomplètement « recentrés ».

Car quelles seraient les modalités pratiques de l’alliance prônée par Rocard ? Et suggère-t-il, par exemple, un désistement de la candidate socialiste au profit du béarnais ? Ou l’inverse ? Conseille-t-il à Ségolène Royal de prendre langue avec l’un des ses principaux adversaires et d’élaborer avec lui une stratégie transformant l’élection suprême en une vague mascarade folklorique si les deux candidats deviennent interchangeables ?

Tout ça, on le voit, dans le contexte du choix d’un individu spécifique pour gouverner la France, n’a pas de sens. Et que Michel Rocard ne s’en rende pas compte en dit long sur la manière purement théorique dont il préfère envisager les choses quand la réalité ne lui convient pas. Bon, la proximité d’idées entre le courant social-démocrate du PS et le courant démocrate-social de l’UDF est une évidence. Tout comme le besoin de faire émerger une structure politique moderne ressemblant, pour aller vite, à un parti Démocrate à l’américaine, un Labour à la britannique ou un SPD à l’allemande... Mais faut-il en déduire qu’une petite formation de droite comme l’UDF ― dont rien n’indique que les électeurs traditionnels et les élus locaux (tablant logiquement sur des accords de désistement avec l’UMP pour assure leur réélection) sont en phase avec le réformisme de leur leader ―, est devenue la clé de la modernisation de la gauche française ?

Ségolène Royal, qu’on le veuille ou non, est, ici et maintenant, le principal espoir de transformation du PS, de rupture avec l’extrême-gauche et de remise en route d'un pays bloqué. Le blairisme de sa campagne d’investiture, rendu flou par le besoin de rassembler au-delà du parti, reste consubstantiel à la démarche de cet OVNI politique que des mois d’intox sexiste n’ont pas fait vaciller. Faut-il citer Arlette Laguiller pour s’en convaincre, la mère Térésa du trotskysme confondant volontiers la candidate du PS et la présidente du Medef puisque ces deux femmes sont d’accord sur le principe qu’entrepreneur n’est pas synonyme d'exploiteur sanguinaire ?

L’émergence de la social-démocratie peut ― doit ― passer par une victoire massive de Ségolène Royal, victoire lui donnant les coudées franches pour en revenir aux fondamentaux lui ayant permis de l’emporter sur ses camarades-compétiteurs le 16 octobre dernier. Qu’une recomposition du paysage politique s’organise alors à l’occasion des législatives, sur la base de rapprochements entre personnalités UDF de la trempe d’un Hervé Morin, d’une Marielle de Sarnez ou d’un Jean-Louis Bourlanges, pourquoi pas... On imagine assez bien, dans ce cas de figure, que les Robien, les Santini, les Courson, préfèreront rester dans leurs pénates proprement droitières ― intouchés par la grâce bayrouiste qu’ils sont... Mais qu’il faille en passer par une défaite du PS, par je ne sais quelles tractations d’arrière-cuisine, par l’alignement sur ce bisounoursisme stérile à l’heure du sprint final n’a aucun sens.

Michel Rocard parle, à juste titre, et même si l’expression finit par être assez galvaudée, de « déplacer les lignes ». Ok. Pourquoi pas. Mais remplaçons un instant le mot « ligne » par son équivalent agricole (une idée que le fermier Bayrou appréciera à sa juste valeur) et avouons que, pour faire bouger les « sillons », mettre la charrue avant les bœufs n’est peut-être pas l'idée du siècle. Le labour, en revanche...

©Commentaires & vaticinations

vendredi 13 avril 2007

From "Loose change" to "Dead broke"

Où est donc passée la blogosphère conspirationniste française ? Mystère... Et peut-on comprendre ce qui s'est passé à Alger sans son « éclairage » ? Fort heureusement, la réponse est oui.

BlesssCe qu'il y a de rassurant avec la blogosphère à vocation conspirationniste, celle qui affecte de dénoncer la manipulation permanente de l’opinion et l’inféodation des médias à la cause de l’impérialo-libéralisme, c’est son absence de suite dans les idées... Un manque de constance qui en dit long sur les limites de son pouvoir de nuisance.

Il y a quelques mois encore, ce recoin fourre-tout du Web 2.0 se repassait en boucle les « Loose change » et autres documentaires interdits ― dissertant sans fin sur le design d’une aile de Boeing ou l'authenticité d’un impact sur une brique du Pentagone. Le 11 septembre 2001, des milliers de gens avaient trouvé la mort, c’est sûr, mais vraisemblablement dans le cadre d’un complot associant la fine fleur des néocons, du blairisme, du sionisme et des fonds de pension californiens en un terrible Protocole. Al-Qaeda, Ben Laden, Al-Zarkaoui, tout ça c’était de la poudre aux yeux, un montage aussi grossier que cynique visant à consolider la mainmise d’un Occident décadent sur un tiers-monde en souffrance.

Mais un clou chasse l’autre, sur le Web comme dans les kiosques, et le « droit de suite » ne semble pas être le fort de nos champions de l’alter-vérité. Depuis la destruction du World Trade Center (je prendrai cet événement emblématique comme point de départ mais le premier attentat revendiqué par Al-Qaeda remonte à 1993), des innocents sont morts à Djerba, à Casablanca, à Madrid, à Londres, à Istanbul, à Charm-el-Cheik, à Bagdad et maintenant à Alger. Depuis le 11 septembre, un mouvement fondamentaliste sunnite [NDLR : précision à l’intention d’un Nicolas Sarkozy manquant parfois de culture générale] dont le projet est le rétablissement du Califat et l’exportation du Jihad au-delà des frontières virtuelles de l’Oumma, terrorise la planète et assassine indistinctement musulmans, chrétiens, hindouistes et juifs...

L’attentat d’Alger, dans ce contexte, n’est jamais qu’une nouvelle étape dans la stratégie d’expansion d’Al-Qaeda, stratégie passant par la cooptation de terroristes « locaux ». La problématique maghrébine n’a, on s’en doute, pas grand-chose à voir avec la présence américaine en Irak, la question israélo-palestinienne ou encore le conflit indo-pakistanais sur le Cachemire.

A quelques jours de l’élection présidentielle, l’assourdissant mutisme de nos Mulder & Scully de l’Internet en VF est réconfortant, nul ne sachant dans quelle direction cette campagne à géométrie variable aurait pu dériver sous leur influence. D'ailleurs, entre la percée du bayrouisme, les arbitrages entre groupuscules trotskistes, les rumeurs de rumeurs ou les « retraites chapeau » d’anciens haut-fonctionnaires passés au privé, les victimes d’Alger n’ont même pas eu les honneurs d’Agoravox, ex-hotbed du conspirationnisme franchouillard. Mais franchement, qui s’en plaindra ? Le 11 septembre 2001, nous étions tous des Américains. Depuis le 11 avril 2007, nous sommes tous des Algériens. N’en déplaise au Réseau Voltaire.

©Commentaires & vaticinations

mercredi 11 avril 2007

L'heure du changement

Vicksburg_redJe n'étais plus intervenu sur la maquette de ce site depuis bien longtemps et, franchement, je commençais à en avoir ras la casquette, de ce « Vicksburg Red » prétentieux. A l'inverse de certains de mes collègues blogueurs amateurs de bidouillage, toutefois, ma marge de manœuvre est assez faible... Une vague sélection de couleurs, quelques « thèmes » préfabriqués : c’est à peu près toute la latitude que vous confère une contribution mensuelle d’un peu moins de cinq euros à la prospérité d’une poignée de bobos californiens...

Mais je ne m’en plains pas, en fait, ayant toujours privilégié le contenu sur le contenant. La nouvelle maquette, baptisée « Subtle Neutral » par ses concepteurs, me semble d’ailleurs plutôt adaptée à cette attitude. Un fond blanc, du texte noir, une titraille sobre... Que demande le peuple, après tout ?

Seul bémol à cette quasi félicité graphique, l’incapacité dans laquelle je suis d’empêcher les uns et les autres d’adopter un design identique. Mais de là à me lancer, Koz-style, dans l’écriture de mes propres lignes de code, hum, non merci ! Le contenu, on vous dit, le contenu !

Le livre de l'année !

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