Contrat Première Chance : un CPE, oui, mais en mieux...
Le Contrat Première Chance est une réponse appropriée au chômage des jeunes non-qualifiés. Et son petit parfum de CPE n'est pas un hasard.
Mon soutien à Ségolène sur le thème du Contrat Première Chance n'est sans doute pas de ceux dont elle cherchera à se prévaloir en priorité. Le premier tour, c'est demain ou presque, et rassembler le « peuple de gauche » autour d’une proposition aussi fortement réminiscente du CPE est déjà assez délicat pour ne pas vouloir en rajouter dans la provoc. Mais bon, comme on dit, on ne choisit pas sa famille ― même politique. Et les pompiers chargés d’expliquer que non, vraiment, le CPC n’a rien à voir, mais alors rien, avec la trouvaille villepinienne de triste mémoire pourront bien allumer tous les contre-feux possibles, ils ne m’empêcheront pas d’estimer que le dispositif ségoliste était une excellente idée dès son premier jet.
J’appartiens à la rarissime espèce ― de fait, je pourrais bien être le seul ― des membres du PS ayant ouvertement affiché leur intérêt pour le CPE en son temps. Le chômage des moins de 25 ans est, chez nous, un problème spécifique et, à problème spécifique, solution spécifique. Là où Villepin se plantait, néanmoins, c’est lorsqu’il cherchait à enfourner diplômés de l’ESSEC et collégiens en rupture de ban dans le même baluchon. Quoi qu’on en dise, notre économie se débrouille encore pour intégrer les premiers dès la fin de leur troisième stage à 150 euros par mois. C’est avec les seconds qu’elle est à la peine.
Mais le Galouzeau avait également oublié à quel point la France est un pays attaché à ses traditions, une proposition pareille n’étant guère susceptible d’être adoptée sans les marathons tripartites d’usage ― ces réunions Etat-patronat-syndicats au terme desquelles un accord finit toujours par être signé par tous à l’exception de la CGT et après quelques concessions de bon aloi. Pour un porteur de particule prétendument sportif, faire simultanément l’impasse sur l’étiquette et la dimension athlétique du dialogue social est plutôt surprenant.
N’empêche, aujourd’hui, Ségolène remet le couvert, replaçant une campagne en voie de papyvoise-isation sur un registre un peu plus sérieux. Et que propose-t-elle, notre future présidente sous les lazzis de la gauche authentique : tout simplement le moyen, pour les 120 000 jeunes qui quittent l’école chaque année sans le moindre bagage, d’intégrer une « Très Petite Entreprise » dans le cadre d’un contrat d’apprentissage, d’un contrat de professionnalisation ou d’un CDI après trois mois d’une « mise à niveau » financée par les pouvoirs publics (à hauteur de 55 à 80% du SMIC).
Pour les jeunes un peu motivés, c’est la possibilité de se voir mettre le pied à l’étrier, de se frotter au monde du travail, d’acquérir de l’expérience et de miser sur une embauche définitive. Pour l’entreprise ― généralement un artisan n’employant personne ou une société d’une dizaine de salariés ―, c’est l’opportunité de se développer sur la base d’un risque financier et juridique minimal. Dans le cas d’employeurs conscients de leurs responsabilités sociales, c’est même l’occasion de sortir un jeune de la dèche. Excusez du peu.
Non, évidemment, le salarié ne sera pas assuré de conserver son poste s’il ne fait pas l’affaire ou si les projets à moyen terme de son employeur ne se concrétisent pas. Et oui, le dispositif coûtera de l’argent (1 milliard d’euros), comme les emplois jeunes avant lui. Mais la référence aux emplois jeunes, qui permettaient eux aussi une première incursion dans le monde du travail, n’est pas infamante même si le fait de limiter le système à des entreprises commerciales susceptibles de pérenniser les emplois est plus raisonnable que l’invention d’un énième corps de pseudo-fonctionnaires...
Si le risque ― pour un investissement ne correspondant jamais qu’au double de l’amende réglée par la France aux autorités californiennes à la suite des malversations du Crédit Lyonnais ― est de permettre à des micro-entreprises d’accroître leur capacité à répondre à la demande et à 120 000 jeunes sans perspectives de décrocher un job, prenons-le !
©Commentaires & vaticinations

Mais bon sang, qu'est-ce qu'ils ont donc fait, les jeunes, pour que les sympathisants socialistes s'empressent tant à vouloir faire leur bonheur après avoir échoué pendant des dizaines d'années à gérer leur propre présent ?
Plutôt que de vouloir enseigner à ceux qui, bon an mal an, devront bien se démerder avec ce qu'on leur laissera pour bâtir à la fois leur présent et nos vieux jours, si on s'occuppait plutôt de balayer nos merdes avant de laisser la place ?
Rédigé par: Passant | le mardi 10 avril 2007 à 20:45
Je ne suis pas d'accord. Les mesures d'exceptions (pour les jeunes, pour les vieux, pour les handicapes) ont toujours des effets nefastes imprevus: si on favorise les vieux, les jeunes ne sont plus employables, si on favorise les jeunes se sont les vieux qui deviennent indesirable.
Et en plus la multiplication des dispositifs les rends difficiles a utiliser et a appliquer (sans parler des infractions pures et simples a la loi).
Je trouve que l'idee de Bayrou de financer deux emplois est plus simple et non discriminante donc au total plus efficace car le chomage des jeunes est un resultat direct du chomage en general (qui touche forcement plus les moins formes et les moins experimentes quelque soit leur age).
Je pense par ailleurs qu'il est temps d'en finir avec l'abus des CDD et des stages. CDI et Interim suffisent largement a couvrir les besoins.
Rédigé par: Denis | le mardi 10 avril 2007 à 20:55
ce CPC est assez représentatif de la campagne de ségo: nul dans la forme, pas si nul sur le fond.
quel est l'abruti qui a trouvé ce nom?
Alors qu'on voit bien que des gens intelligents ont essayé de produire une proposition pas trop mal élaborée, il a fallu que qqun dans le staff salope le boulot en reprenant les 2 premiers mots du CPE.
Rédigé par: Martin P. | le mardi 10 avril 2007 à 21:00
Sauf que l'idée de Bayrou pose le même problème que le CPE made by Villepin: il ne comporte aucun outil contre les effets d'aubaines et les artifices comptables (un peu comme le fait d'interdire les déficits de fonctionnement dans le budget de l'état).
En fait, alors même que la droite accuse la gauche de vouloir toujours porter le soupçon sur les pauvres chefs d'entreprises, décrétés malhonnêtes par idéologie marxisto-soixante-huitarde, elle tombe en réalité dans le travers inverse: il ne faut pas dévelloper d'outils efficaces contre les patrons et les entreprises indélicats parce que ça serait porter sur eux un grave soupçon.
En fait, je pourrai aussi rajouter une anecdote à ce sujet: Ma mère a été chef d'établissement pendant 3 ans aux USA. Quand il y a eu la crise du CPE, elle m'a affirmé que durant sa période américaine, elle engageait souvent des employés avec un contrat type CPE. Sauf qu'il y avait là une subtilité: il y a des syndicats aux USA, et en Californie, et dans l'enseignement, ils sont du genre puissants et pas portés sur la rigolade: dixit ma mère: "si j'avais fait n'importe quoi avec ce type de contrat, les syndicats ne m'auraient pas loupé, et c'est ma tête qui roulait".
Alors en attendant que le syndicalisme de masse cher à Royal devienne une réalité, le fait que le CPC contienne une clause qui fasse que les TPE indélicates payent le prix fort de leur indélicatesse me semble être déjà une très bonne protection dont l'absence rendait le CPE innacceptable.
Rédigé par: Laurent Weppe | le mardi 10 avril 2007 à 21:09
@Laurent
On parle ici d'employes du prive. Aux Etats Unis le seul contrat qui existe (ou presque) est le 'at will' qui est un CDI qui se termine quand l'une des parties le souhaite.
Il ne sert a rien de faire un nouveau contrat si on n'applique pas la loi. La loi sur les CDD est soit violee completement soit contournee.
Autrement dit, il vaut mieux un dispositif simple qui est facile a controller qu'un dispositif complique que l'on ne controle pas. Il faut egalement des amendes qui passent l'envie a la grande majorite de ne pas respecter la loi.
Bayrou propose d'aider des emplois pour des petites entreprises dans lesquelles il n'y a pas de syndicats mais qui ont rarement les moyens de faire des montages complexes pour contourner la loi.
Au fait c'est quoi l'effet d'aubaine dont on nous rebat les oreilles ?
Rédigé par: Denis | le mardi 10 avril 2007 à 23:12
Plutôt qu'au CPE, le 'CPC' ressemble plus aux emplois-jeunes version secteur privé (sous Jospin). Ils ont eu un succès formidable comme chacun sait!
Le problème avec ce type de contrat, c'est que le petit patron va se poser la question: qu'est-ce que je fais si je ne fais pas assez de chiffre pour le garder au bour d'un an? S'il n'a pas la possibilité de le licencier, il préférera utiliser des contrats qui lui permettront de licencier ou bien il ne fera rien.
En ce sens, le CNE a un énorme avantage: sans coûter un rond à l'état, il répond à cette revendication.
Tant qu'on n'aura pas assuré leur sécurité en cas de mauvaise anticipation ou de pas de chances, ce type de contrats ma paraît assez futile et dépensier.
Rédigé par: Proteos | le mercredi 11 avril 2007 à 00:13
Proteos, n'oublie pas que l'objectif est là de sorir des jeunes sans qualification de leur voie de garage. C'est une occasion qui leur est donné. Je ne pense pas que ce soit futile.
C'est une transition, avant de mettre au point un système de formation et un marché de l'emploi plus efficace. Mais en attendant, il faut agir, orienter le marché. S'il y a un besoin, mais que ces emplois ne seraient pas créés, faisont le. Cela ne prend la place de personne.
Quant à la proposition Bayrou, c'est un cadeau, ouvert à toutes les entreprises, bien plus complexe que ce dispositif ( que se passe t-il après 5 ans, comment comptabiliser deux emplois, quid des filiales, quels emplois choisirs, comment empêcher des entreprises de licencier pour réembaucher sans charges... ) et sans suivi, ni formation... Qui va en profiter ? Même pas les entreprises, vu que les exonérations de charges sur les autres employés seraient limitées à ceux qui touchent moins de 1.3 smics : ce seraient les personnes qualifiés, qui sont facilement employables, et sur lesquelles il y a de fortes charges car elles ont un salaire plus élevé.
Rédigé par: jani-rah | le mercredi 11 avril 2007 à 10:22
Passant,
En ce qui me concerne, je ne me souviens pas d'avoir été méchant avec les jeunes (et je ne suis pas si vieux moi-même). Mais je ne comprends pas ce que tu dis : il n'est pas légitime de chercher des solutions politiques à des problèmes clairement identifiés au prétexte qu'il aurait fallu commencer par éviter le problème ? C'est bien ça ?
Denis,
Je ne pense pas que l'idée de Bayrou sur les deux emplois sans charges soit mauvaise. Il faudrait sans doute la limiter aux TPE PME pour éviter de subventionner des boîtes qui n'en ont clairement pas besoin, mais il s'agit d'un projet différent. En fait, l'idée de Bayrou est intéressante pour des emplois qualifiés, voire très qualifiés. Elle peut permettre à une boîte de recruter un chercheur, un technicien, un communicant ou un commercial à son juste prix, compte tenu de l'absence de charges. Il serait stupide de griller ces deux cartouches pour recruter un jeune sans formation dans ce contexte. Les deux projets sont donc assez complémentaires, d'une certaine manière.
Martin P.,
Nul dans la forme ? Et pourquoi donc. Il ne me semble pas que la partie de l'alphabet déjà utilisée par la droite soit à jeter à la poubelle...
Laurent Weppe,
Comme je le disais, si l'idée Bayrou est réservée aux TPE, il n'y aura pas d'effet d'aubaine. Une petite boîte industrielle qui veut recruter un ingénieur à 50 ou 60 000 euros pour développer un nouveau produit ne le fait peut-être pas quand ce poste coûte le double en réalité. Si le brut représente l'ensemble du poste, elle peut être tentée.
Denis,
L'effet d'aubaine, c'est de subventionner un recrutement dans une entreprise qui aurait recruté même sans subvention. Il est parfois inévitable mais il peut être modulé.
Proteos,
Oui, les emplois jeunes ont eu leur utilité en permettant à des jeunes d'entrer sur le marché du travail à un moment où il fallait agir rapidement, sans attendre un dégel économique. Le gouvernement Jospin avait fait son boulot.
Rédigé par: Hugues | le mercredi 11 avril 2007 à 10:47
"Un énième corps de pseudo-fonctionnaires"...feriez-vous allusion aux journalistes à statut ?
Rédigé par: manu | le mercredi 11 avril 2007 à 12:25
@Hugues: Les emplois-jeunes ça a surtout marché dans le public. Dans le privé, ça a fait un gros flop. Comme apparemment le CPC n'est prévu que pour le privé, je pense que son destin sera le même, sans compter les possibles réactions de l'UNEF...
@Jani-rah:
Si, c'est futile: pourquoi se fatiguer pour un machin qui ne concernera au final que très peu le public concerné, vu la réticence très probable des employeurs putatifs.
Et c'est dépensier: le coût par personne est très élevé.
Rédigé par: Proteos | le mercredi 11 avril 2007 à 16:22
"problèmes clairement identifiés"
Contextuellement, il me semble ici, cette tournure est une affirmation tout à fait gratuite. Elle se base d'ailleurs sur des chiffres d'une part sans réelle signification, d'autre part établis par une officine aux manières et méthodes contestées, et enfin, me semble relever du symptôme régulièrement dénoncé selon lequel : "Quand on montre la Lune au fou, celui-ci regarde le doigt."
Bref, de la politique de Foire du Trône.
Rédigé par: Passant | le mercredi 11 avril 2007 à 16:37
@Hugues
merci pour la precision de l'effet d'aubaine. Il serait interessant de pouvoir l'evaluer mais au total l'effet d'aubaine de la mesure Bayrou n'est que transitoire et tres limite: 2 emplois par entreprise...
A terme je suis d'accord il faudrait le limiter aux deux premiers emplois crees par une entreprise comme c'est le cas, il me semble aux etats unis.
Le chomage des jeunes et des non qualifies n'est qu'une consequence du chomage massif en France. Il me semble clair que, par le passe, lorsque l'on a essaye de resoudre le probleme pour une categorie speciale on a soit miserablement echoue, soit cree une nouvelle categorie a aider.
Quand aux emplois jeunes, il y a eu un clair effet d'aubaine pour la fonction publique. J'ai un exemple particulier en tete ou l'emploi jeune en question est reste emploi jeune jusqu'a ce qu'il obtienne le concour de l'administration et est reste au meme poste. Conclusion on aurait pu ouvrir des le debut un poste supplementaire.
Rédigé par: Denis | le mercredi 11 avril 2007 à 17:31
@Denis:
non, ce n'est pas limité aux deux premiers emplois. Les gens ont juste à créer des société pipo qui vont agir comme prestataire de services. On peut exonérer assez facilement un comité de direction comme ça. Sur le coup du temporaire, il suffit de créer des entreprises bidon suffisamment souvent.
On doit aussi pourvoir trouver d'autres façons de faire
Rédigé par: Proteos | le jeudi 12 avril 2007 à 15:59
@Proteos
Creer des societes bidons pour deux salaries je n'y crois pas. Ce n'est pas gratuit de creer une societe (et de faire sa comptabilite et autre).
Et je sais que l'on trouvera surement des cas ou c'est rentable. Si ca doit faciliter la creation d'emploi je me moque qu'une poignee d'individus en tire profit.
Par ailleurs si ca peut encourager des entreprises plus grosses a transferer certaines activites dans des societes plus petites, ca n'est pas forcement un mal parce ces societes plus petites pourront offrir leurs services a d'autres.
Rédigé par: Denis | le jeudi 12 avril 2007 à 17:57
dis donc on trouve des blogs vachement bien sur le net...
merci à l'auteur et aux commentateurs pour cette richesse, il semblerait bien qu'on pédale plus vite du cerveau ici (et parfois dans le bar du coin) que dans les autres médias.
il est vrai que tant qu'on distribue gratuitement de l'intelligence on empêche les autres d'en vendre...
je reviendrai
Rédigé par: babat59 | le lundi 16 avril 2007 à 22:28
Segolene qui nous pond une idée après avoir rejeté le CPE. Faut arreter de prendre les gens pour des idiots (soi disant très differente mais dans les faits presque similaire).
On manifeste avec nos amis CGT et on fait le contraire ensuite ...
Raz le bol de cette France vue par la gauche...
Rédigé par: haliway | le mercredi 18 avril 2007 à 13:19
Et ils veulent lutter contre les profits et la fuite des capitaux. C'est pas avec la creation d'entreprises bidon que ça marchera.
Rédigé par: Regis | le mercredi 18 avril 2007 à 13:22
Pourquoi ne pas prendre l'exemple de l'Irlande au lieu de créer des contrats sans valeur et qui ne sont que des rustines ...
Rédigé par: Antoine | le mercredi 18 avril 2007 à 13:24
Tiens, c'est amusant, les trois derniers commentaires qui disent à peu près la même chose sont en fait émis par la même adresse IP. Antoine, ou Régis, ou haliway, la schizophrénie te guette.
Rédigé par: Hugues | le mercredi 18 avril 2007 à 14:39