Rechercher


  • tout le Web
    com-vat.com

Collectivisation des moyens de production

Blogroll mal assorti

Sur le Net

Trousse à outils

« février 2007 | Accueil | avril 2007 »

mars 2007

jeudi 29 mars 2007

Petit rappel de la topologie parisienne

La gare du Nord n'est pas à Belleville. Sommes-nous forcés de prétendre le contraire pour lutter contre Sarkozy ? Evidemment pas.

Gare_du_nordC'est agaçant, cette affaire de la gare du Nord ― c'est vraiment agaçant. Un banal contrôle de ticket de métro se transforme en émeute ; des CRS, bottés, casqués, sont confrontés des heures durant à plusieurs centaines de « jeunes » en pétard ; le trafic est perturbé sur l’ensemble des lignes qui convergent vers l’énorme plateforme d’échange ferroviaire ; des vitrines sont fracassées et des magasins pillés... Bref, c’est le bordel et nous voici pourtant sommés d'accepter une lecture « progressiste » de la situation. L'une de ces postures en kit incluant, évidemment, l’indignation face au climat délétère découlant de cinq années de sarkozysme et l’exaspération devant la logique anxiogène d’une politique ayant déjà provoqué, quelques jours plus tôt, l’arrestation musclée d’un « grand-père chinois » à Belleville...

Mais pas cette fois. Non, ce coup-ci, je suis comme les « jeunes » de la gare du Nord, tiens : je n’ai pas envie de répondre à la sommation. Je n’ai pas envie de prétendre qu’un type contrôlé sans ticket est la victime innocente d’un État policier. Que la violence des casseurs est forcément légitimée par l’arrogance du Pouvoir. Ou encore qu’envoyer la troupe pour embarquer un papy sans-papiers est en quoi que ce soit comparable à la reprise en main de vandales en mal d’exercice physique.

Comme tout un chacun ― et j’ai même entendu Patrick Devedjian s’en offusquer, c’est dire... ― j’avais été choqué par l’opération consistant à dépêcher davantage de testons casqués à Belleville qu’à Kaboul dans le seul but de passer les menottes à un malheureux clandestin. Choqué et, avouons-le, surpris qu’il ne se soit pas trouvé un gradé suffisamment éclairé pour ordonner un prudent repli au moment opportun, ni le tabassage de parents d’élèves ni l'arrestation d’une directrice d’école un peu énervée ne faisant partie des missions de base d’un fonctionnaire de police.

Bah, c’est peut-être que le sarkozysme est effectivement passé par là. Que les inhibitions gouvernant le comportement des forces de l’ordre dans un pays démocratique sont devenues inopérantes : « Le boss a dit qu’il fallait faire du chiffre, remplir des charters... Ok. On s’en charge. Et ce n’est pas une poignée de bobos à vélo qui nous empêchera de faire notre boulot non mais des fois ! » C'est sûr, lorsque les flics sont convaincus qu’ils ne font « que leur boulot » dans de telles circonstances, c’est bien que quelque chose ne tourne plus rond.

Mais quel rapport, franchement, entre cette lamentable affaire et celle de la gare du Nord ? Et comment adhérer sans insulter sa propre intelligence à l'idée que Sarkozy est directement responsable de « l'atmosphère » ayant conduit à la destruction de tout ce qui pouvait l'être sur le passage d'une horde de brutes violemment SNCF-ophobes ? Qu'il aurait même, en quelque sorte, déclenché l'émeute histoire de nous repasser les plats sécuritaires de 2002 ?

Il existe mille raisons de ne pas voter Sarkozy, de souhaiter sa défaite, mais sa fermeté à l'égard de décervelés trop rapidement transformés en champions de la démocratie n'en fait pas partie. Il existe mille raisons de considérer que Sarkozy est un diviseur, un cynique, un opportuniste, mais son attitude face à un vandalisme vide de sens ne saurait être un argument recevable.

J'imagine que je ne me ferai pas que des amis en l'affirmant, mais je me réjouis du pragmatisme de Ségolène Royal sur ce terrain ― comme de sa capacité à renvoyer Sarkozy dans les cordes lorsqu'il la situe « du côté du laxisme et des émeutiers ». Et quelle serait, d'ailleurs, la crédibilité de la candidate socialiste si, à l'instar d'un Olivier Besancenot, elle expliquait que, gare du Nord, c'est Sarkozy qui s'est mis « hors la loi » ? Serait-elle mieux perçue à gauche si, comme le leader trotskiste, elle prônait la gratuité des transports en commun comme remède à la violence ?

Non vraiment, Belleville n'est pas la gare du Nord. Ni géographiquement, pour ceux d'entre vous que la topographie parisienne intimiderait, ni moralement, pour ceux que l'amalgame tenterait.

©Commentaires & vaticinations

mardi 27 mars 2007

Radio Lieu-commun, deuxième...

OnairLieu-commun, l'agrégateur de la crème de la blogosphère, vient de mettre son second podcast en ligne. Authueil, Jules de Diner's room, Verel, Versac et votre serviteur se penchent, à cette occasion, sur les préoccupations identitaires et institutionnelles des candidats à la présidence de la République.

C'est prétentieux, mal enregistré, trop long, honteusement pompé sur le format de l’Esprit public et, au final, sans grand intérêt mais ça nous fait plaisir et ça ne coûte rien à personne. Alors pourquoi s’en priver...

dimanche 25 mars 2007

Joyeux anniversaire !

Et si ça me plaît, à moi, de sauter sur ma chaise comme un cabri en disant « L'Europe, l'Europe, l'Europe... »  Excellent anniversaire à l'Union européenne ! [Recharger la page pour maximum effect -- Merci à Eolas pour le bidule]

ensemble depuis 1957

vendredi 23 mars 2007

Identité(s) nationale(s) en vrac

L'identité nationale, ça part vraiment dans tous les sens. La preuve.

Ecoli_2Deux coopératives laitières, représentant 80% de la production de camembert au lait cru, soit le seul type de camembert susceptible de recevoir une AOC, pasteuriseront désormais leurs fromages... Qu'une telle initiative soit prise sans provoquer les réactions indignées de nos douze candidats à la présidence de la République en dit long sur l'état de déliquescence de notre identité nationale. Le camembert au lait cru n’est-il pas, avec la baguette et le kil de rouge, l’un des principaux ferments (lactiques) de la culture tricolore ? Et le remplacement, sur les étals de nos crémiers, de cette icône du savoir-vivre gaulois par quelque ersatz insipide ne vaut-il pas que l’on se révolte ?

Apparemment non, puisque même José Bové, qui préfère de toute façon le roquefort aux pâtes molles de Normandie, est resté muet sur ce point. Et ni les Américains ni l’économie de marché n’étant directement responsables de la tragédie (encore que...), l’affaire lui semblait peut-être sans enjeu véritable. Du coup, les vrais coupables de cette agression anti-française, bien que connus des services de police, courent toujours. Leurs patronymes à consonance étrangère, Listeria Monocytogenes et Escherichia Coli, ne laissent cependant aucun doute quant à l'urgence d’un renforcement de nos défenses immunitaires.

*

Charlie-Hebdo, poursuivi pour injures à la communauté musulmane, vient d’être relaxé. Le journal de Philippe Val avait choisi de publier, par solidarité avec ses confrères danois du Jylland-Posten et dans le cadre d’un combat permanent pour la liberté d’expression, une série de dessins à la qualité inégale, certes, mais assez peu susceptibles de provoquer la colère du Très-Haut (qui en a vu d’autres).

Ayant déjà développé ici-même mon point de vue sur cette affaire, je ne vois pas vraiment ce que je pourrais y ajouter. Sauf, peut-être, la satisfaction de voir la justice réaffirmer un principe dont nous refusions de douter : l’attachement de la France à sa tradition de tolérance pour la caricature et la critique des dogmes ― de tous les dogmes ― dans le cadre d’une société laïque et pluraliste.

Mais on me souffle dans l’oreillette que l’UOIF, élément majeur de l'organisme chargé par Nicolas Sarkozy de gérer les relations des Français musulmans avec le reste de la société, a décidé de faire appel de cette décision. Il faudra donc attendre encore un an pour obtenir la confirmation définitive de la relaxe, l’arrivée (toujours possible) à l’Elysée d’un homme ayant tendance à se mêler de ce qui ne le regarde pas étant assez peu encourageante dans ce contexte. Mais bon, un an, c’est long. N’en faisons pas tout de suite un fromage (au lait cru, évidemment).

*

Ayant débuté ma carrière de plumitif dans un canard maritime (sic), je me flatte d’une certaine connaissance de la chose portuaire. Breton de Marseille, je m'enorgueillis par ailleurs d’une assez bonne compréhension des galéjades façon Canebière ― d'où le point de vue qui suit.

Il y a encore quelques années, le complexe Marseille-Fos était le premier port de France et le second en Europe, juste derrière Rotterdam. Mais son manque de fiabilité, comme son incapacité à mécaniser ses opérations de chargement-déchargement dans le contexte d’une augmentation des flux de conteneurs (en lieu et place des trafics vraquiers), allaient, au fil des ans, éroder cette position au profit d’autres « plateformes ».

Désormais, le PAM, comme on désigne affectueusement le port autonome du côté de la Joliette, n’est plus que le quatrième port européen (tous trafics confondus) et le vingtième pour les conteneurs. Ses crises interminables et le blocage fréquent et coûteux des navires en transit par des dockers qu’il ne serait pas illégitime de qualifier de jusqu’au-boutistes, ont progressivement éloignés les armateurs de ses quais au profit des darses de Gênes ou de Barcelone.

Je sais bien que ces considérations stimuleront les réactions-réflexes de ceux qui, n’y connaissant pas grand-chose, les liront comme le discours d'un antisyndicaliste primaire. Ils seront dans l’erreur, comme le démontre la dernière grève en date, opposant, en un amusant combat fratricide, la CGT du Port à celle de GDF.

Les dockers interdisent en effet, depuis le 14 mars, les entrée et sorties de navires pour exiger que les opérations de transbordement gazier ― opérations extrêmement délicates et soumises à la réglementation Seveso ― leur soient confiées. GDF, de son côté, préfère que ses propres équipes se chargent de cette mission pour des raisons de sécurité. Lorsque l’on sait que, en rythme annuel, ces opérations représentent à peine l’équivalent d’un gros poste de travail (soit un peu plus d’un millier d’heures), on comprend l’absurdité d’un combat bloquant les mouvements de plusieurs dizaines de cargos (à 50 000 dollars la journée en rade) et le sentiment d’impatience qui saisit les armateurs. Bah, ça doit encore être un truc identitaire...

©Commentaires & vaticinations

mercredi 21 mars 2007

Les soviets, oui, mais en tellement plus cool

Les trotskistes « à la française » restent des trotskistes « tout court ». C'est la qualité de leur marketing qui les distingue de leurs camarades de la IVe Internationale. Qui a dit que nous étions nuls en communication institutionnelle ?

LonJe veux bien tenter de ne pas tomber, tout spécialiste de l’exception française que je sois, dans ce travers droitier consistant à présenter la France comme l’ultime terre d’accueil du communisme dans le monde développé. Après tout, le Parti du Travail reste une force politique de premier plan en Suisse romande et je crois savoir que le CPUSA a survécu au mccarthisme... Force est pourtant de constater que la marche en avant de l’humanité (sic) n’a guère de prise sur nos différents courants marxistes ― courants suffisamment vivaces pour avoir placé, non pas un, non pas deux, non pas trois, mais bien quatre candidats sur orbite présidentielle cette année encore.

Bon, passons rapidement, même si nous aurons l’occasion d’en reparler, sur ce qui reste du PCF et de ses troupes pour nous concentrer sur la mouvance trotskiste. Oh, Marie-Georges Buffet, stalinienne authentique miraculeusement transformée en dame-patronnesse larmoyante, mérite certainement qu’on s’intéresse à son parcours ; mais une chose à la fois ! Cette année encore, donc, trois candidats trotskistes se disputeront les faveurs des électeurs français. Il est donc légitime, avant même de chercher à comprendre ce qui les distingue les uns des autres, d’observer ce qui a pu les réunir sous la bannière d’un aventurier barbichu allergique aux pics à glace. Rappelons ainsi que le trotskisme des origines, porté, comme il se doit, par un certain Trotsky (Léon de son petit nom), s’est construit dans l’opposition à l’idée stalinienne qu’il était possible de réaliser le « socialisme dans un seul pays » en lieu et place d’une révolution d’envergure mondiale.

Ca n’a l’air de rien, comme ça, cette petite différence doctrinale, mais Staline, un homme au caractère assez entier, allait en faire un tel casus belli qu’une élimination pure et simple de l’hérétique en chef lui paru le seul moyen d’étouffer dans l’œuf l’hérésie elle-même. Réfugié à Mexico, l'ami Léon allait donc être assassiné par un émissaire de l’oncle Joe en 1940 ― sans impact majeur sur la diffusion de sa parole (bien au contraire).

Comme Staline, Trotsky était néanmoins un marxiste-léniniste de très stricte obédience, favorable à l’élimination du capitalisme, la collectivisation des moyens de production (soit la nationalisation de l’ensemble des entreprises) et le remplacement des parlements, institutions bourgeoises par excellence, par les soviets. Son bannissement, autant que son assassinat, allait pourtant permettre à ses disciples de ne pas endosser les crimes du communisme à travers l’histoire, chaque échec, chaque dérive totalitaire, étant logiquement à mettre au passif d’une vision dévoyée de la doctrine de base. L’URSS ? Hum, des crapules sanguinaires. La Chine de Mao ? Une horreur héritée, justement, du stalinisme de Moscou. La Pologne de Jaruzelski ? C’est pas nous. La Corée de Kim Jong-Il ? On a un alibi. La Roumanie de Ceausescu ? J’ai joué aux cartes toute la soirée avec mon beau-frère. Le Cuba de Castro ? Heu, faut voir... N'ont-ils pas accès à d'excellents hôpitaux en sortant de prison, les dissidents locaux ?

Bref, être trotskiste, c’est être communiste sans responsabilité devant l’histoire. Sans avoir à assumer quoi que ce soit au-delà d’une vision du monde où chacun serait l’égal de son voisin, où l’agneau viendrait s’abreuver auprès du lion, où l’on fabriquerait de gros machins industriels dans la joie et la bonne humeur sur la base d’objectifs de production déterminés démocratiquement par des ouvriers aux muscles saillants et au regard pur. Enfin, ça, c’est être trotskiste en général. C'est-à-dire lorsque l’on appartient à un groupuscule d’une dizaine d'hurluberlus dont les prises de position ne sont même plus répertoriées à la rubrique loony left de la presse britannique ou allemande. Car être trotskiste en France, c’est un peu différent.

Rois du marketing, les trois principales organisations trotskistes gauloises (il en existe en fait plus d’une vingtaine, se détestant cordialement les unes les autres du fait d’interprétations différentes de tel ou tel paragraphe du Programme de transition), ne perdent jamais leur temps à expliquer à leurs électeurs ou même à leur sympathisants à quelle démarche ils contribuent la joie au cœur. Arlette Laguiller, indéboulonnable figure de proue de Lutte ouvrière, ne va donc pas bassiner ses fans avec les rouages complexes d’un mouvement clandestin sectaire, dirigé dans l’ombre par le patron d’une petite boîte de consultants en marketing et prônant le changement par la lutte armée. Sympathique facteur joufflu, Olivier Besancenot ne va pas assommer les foules avec ses vieilles lunes de matérialisme dialectique, matérialisme historique et autres glorifications de la révolution de 1917. Gérard Schivardi, enfin, ne va tout de même pas gaspiller sa salive à expliquer son parcours, du PS au principal mouvement « lambertiste » français, un courant trotskiste que son internationalisme a parfois conduit à d’étranges divagations.

Non, rien de tout ça pour les électeurs trotskistes, convaincus pour la plupart de n’apporter leur suffrage qu’à une gauche un peu plus radicale, un peu plus rebelle, un peu moins soucieuse de préserver l’ordre établi qu’un PS trop conciliant... Besancenot ? Un vieil ado amateur de foot et de rock’n’roll. Laguiller ? Une syndicaliste naïve. Schivardi ? Un rural dénonçant la fermeture des bureaux de poste... Rien de bien méchant, quoi. Mais quel besoin d'aller chercher midi à quatorze heures ?

On m’a souvent reproché, ici ou ailleurs, de renvoyer dos-à-dos extrême droite et extrême gauche sans rappel du fossé qui sépare une proposition généreuse d’une vision excluante et égoïste de l’organisation sociale. D’ignorer, pour faire court, la ligne de partage entre le bien et le mal. J’assume. Tout comme je dénonce l’abus de confiance que représente le travestissement d’une idéologie ayant systématiquement conduit, sous toutes les latitudes, dans toutes ses incarnations, au totalitarisme et à l’échec économique, en une rébellion baba cool sans conséquences ni ancrage historique.

On objectera qu’avec leurs quelques pourcents, les trois camarades ne risquent guère de mettre la démocratie en péril, l’instauration de la dictature du prolétariat demeurant une menace assez diffuse. Dont acte. Mais leur capacité de nuisance en période électorale, le magistère moral absurde qu’ils exercent encore sur le reste de la gauche sont, pour le coup, les freins les plus concrets à l’émergence d’une social-démocratie apaisée et efficace. Et les freins sont faits pour être desserrés, non ?

©Commentaires & vaticinations

lundi 19 mars 2007

Histrionisme, amour et politique

Nicolas Sarkozy est un excellent comédien. Et après ? Faudrait-il voter pour Gérard Depardieu s'il se présentait ?

ZnithJ'ai une confession à faire à mes lecteurs. Une terrible confession. Hier après-midi, à l'heure où Ségolène galvanisait les élus PS porte de Versailles, où Drucker servait la soupe à Charlotte Gainsbourg sur France 2, où Amélie Mauresmo se faisait opérer de l'appendicite, j'étais au Zénith, à quelques mètres à peine de Nicolas Sarkozy...

Mon camarade Raphaël M. et votre serviteur avions en effet décidé de juger par nous-mêmes de la capacité du candidat de « la droite décomplexée » à stimuler les foules en direct-live. Et le meeting de dimanche étant consacré à la jeunesse, il nous semblait intéressant de nous frotter, en tout bien tout honneur, ça va sans dire, à cette « génération Sarko » en gestation. Car la politique, ce n’est pas qu’une chose froide et désincarnée pour vieux schnocks dans mon genre. Non, la politique, c’est aussi l’affaire des jeunes, des forces vives de demain, de ceux qui rêvent, explorent et innovent.

Nous étions d’ailleurs inquiets, en arrivant sur les lieux, à l’idée d’être trop facilement repérables, n’étant ni spécialement jeunes ni particulièrement fascinés par le ministre de l’Intérieur... Serions-nous immédiatement localisés et expulsés après avoir été enduits de goudron et de plumes ? Les gros bras du service d’ordre nous entraîneraient-ils dans un coin sombre du parc de la Villette pour nous tabasser en braillant « Tiens prends ça dans ta gueule, crapule socialo-communiste ! » ? Soucieux de préserver notre intégrité physique, nous avions jugé nécessaire d’inviter François X., le voisin du dessous de Raphaël, à nous accompagner : sympathique et paradoxal spécimen de prof de droite, il nous servirait de caution politique et, éventuellement, d’interprète en cas de difficulté ethnolinguistique.

Mais les choses ne se passent jamais comme prévu dans ce genre de circonstances et c’est aux deux membres bona fide de l’Internationale socialiste qu’il allait revenir d’ouvrir la voie à leur compagnon sarkozyste. A l’inverse des meetings de Ségolène, organisés à la bonne franquette et sans chichis, les réunions publiques de la droite restent extrêmement contrôlées. Des portiques de détection sont installés aux portes et des vigiles filtrent les entrées, refoulant sans état d’âme les visiteurs spontanés non-munis d’un badge en plastique. Fameuse surprise, en fait : non seulement faut-il être de droite pour venir écouter Sarkozy, mais encore faut-il l’être de manière officielle et se promener avec un petit médaillon attestant sans ambigüité de son identité politique autour du cou (dans l’attente d’un badge d’identité nationale ?). François X, unique enseignant de son collège de ZEP à prôner la fin de la « pensée-68 », aurait ainsi été cruellement exclu de cette communion solennelle sans notre intervention, à Raphaël et à moi [notre intervention de journalistes dans le civil, pas de socialistes, évidemment, la presse n'ayant besoin de montrer patte sarkoblanche qu'à Europe 1 ou à Paris-Match].

Un meeting de Nicolas Sarkozy, c’est d’abord un spectacle. Un spectacle dans les gradins, où des milliers de supporters venus de toute la France semblent confondre la défense d’un idéal politique et le soutien à une équipe de foot, et un spectacle sur la scène, sur laquelle des acrobates urbains sont chargés de chauffer une salle qui n’en a pourtant pas vraiment besoin. Car les jeunes sarkozystes, ou plutôt les « jeunes populaires », comme ils s'auto-désignent, sont enthousiastes et bruyants. Equipés de cornes de brume et de banderoles aux couleurs de leur région d’origine (« La Bretagne avec Sarkozy », « Les jeunes actifs du Lot-et-Garonne pour Nicolas »), ils ressemblent à s’y méprendre à des membres du MJS ! Et même s’ils moins colorés que les socialistes débutants ― la génération Sarko n’est que très modérément black-blanc-beur ―, ils n’ont guère le look comme-il-faut de leurs homologues de l’UDF et encore moins la nonchalance Sciences-Po-khâgneuse des DSKistes. « Populaires », le mot ne leur va finalement pas si mal ― un constat qui n’est d'ailleurs pas leur faire injure, loin s'en faut.

C’est d’ailleurs intriguant, cet engagement à droite de la part de jeunes pas forcément bien nés. Quels peuvent-être les ressorts, au-delà des aspects socialisants d’une adhésion précoce à une organisation politique (rencontrer des filles, se faire des amis...), d’une identification au parti du « bouclier fiscal » ? Et la jeunesse n’est-elle pas, même connement, même naïvement, plus spontanément « généreusement rebelle » que « fiscalement conservatrice » ? « C’est qu’ils sont attachés à la France avant de s’intéresser à la fiscalité, assure François X. en désignant un jeune homme en caban lisant Michelet en attendant l’arrivée du boss. Et qui leur en parle, de la France, à part Sarkozy et autrement que Le Pen ? » Mouais, faut voir...

Voir, justement, avec le discours d'ouverture de Fabien de Sans Nicolas, le mal-nommé bébé-Sarko chargé d’orienter la jeunesse dans le bon sens. Un speech passe-partout, rempli des poncifs jeunistes de rigueur, du baratin sur « cette jeunesse trop longtemps brimée par la bien-pensance de la gauche mais enfin prête à affirmer clairement ses choix avant d’aller sauver le monde patati patata »... Oh, rien de bien méchant, de la part de ce trentenaire déguisé en ado mais s’exprimant comme son vieux routier de père spirituel, des attitudes aux inflexions de voix...

Voir, enfin, avec le clou du spectacle, l’intervention de Sarkozy lui-même, le discours tant attendu par 10 000 jeunes en délire, un millier de vigiles et soixante-quinze journalistes (chiffres officiels). Voir autant qu’entendre, effectivement, tant le bonhomme a de la présence. Qu'il semble loin, le temps où il se faisait balader par DSK à l’occasion d’un débat télévisé. Il a pris de la bouteille, de l’assurance et joue de l’émotion comme d’autres du violon. Son texte est excellent, sa manière de le prononcer est d’un professionnalisme surprenant et le charisme qu’il déploie est sans commune mesure avec le côté toujours un peu laborieux des apparitions publiques de Ségolène, le vague ennui qui suinte des interventions de Bayrou, les colères factices et transparentes d’un Besancenot...

Sarkozy, ce coup-ci, parle d’amour. Il cite les poètes et Guy Môquet, résistant communiste fusillé à 17 ans. Il parle d’espoir et de solidarité. Il parle de la France et de son histoire. Il parle de rassemblement, d’avenir, d’ambition. Il ne dit absolument rien de concret, en fait, mais transmet ces émotions propres à faire bondir le coeur de ces jeunes pousses UMPistes dans leurs poitrines encore insuffisamment droitisées. Il parle de sa mère en citant Albert Cohen, il parle de liberté et, on en serait presque convaincu à l'écoute de cette verve inspirée, Sarkozy est l’homme de la situation. Il nous aime. Il a changé. Tout ce qu’il veut, c’est que la France aille de l’avant. Avec tous les Français. De toutes les couleurs, de toutes les origines, de toutes les religions.

Bon, on tique bien un peu lorsque Jean-Paul II est convoqué pour célébrer les valeurs de la famille et de l’entrée dans l’espérance (« N’ayez-pas peur ! ») mais, au final, rien ou si peu dans cette peinture dynamique de ce que pourrait être une France réconciliée avec le monde, réconciliée avec son histoire, réconciliée avec elle-même, n'est de nature à faire sursauter un blairo-ségoliste. Et le même discours, finalement, ferait vibrer sans effort jeunes socialistes et jeunes centristes s’il leur était servi sous la bannière de leur choix. Un hommage à Martin-Luther King, merde !

Reste à savoir ce que nos jeunes Populaires feraient, en lieu et place de cette déclaration d’amour Urbi et orbi, du Sarkozy du monde réel. Ce qu'ils feraient du Sarkozy du ministère de l’Identité nationale, du Sarkozy des magouilles immobilières, du Sarkozy des accommodements avec la loi de 1905, du Sarkozy du contrôle des médias, du Sarkozy des cabinets noirs, du Sarkozy de l’ambition cynique maquillée en idéalisme... Le président de l'UMP, c’est sûr, est un excellent comédien. Et même, comme on le savait déjà, un excellent organisateur de spectacles. Mais l’idée a-t-elle jamais été d'envoyer qui que ce soit à l'Elysée au motif qu’il était capable de garder une salle en haleine en lui tenant, le cœur en bandoulière, des propos en décalage abyssal avec son action politique ?

Sous d’autres cieux, en d’autre temps, des acteurs ont bien été élus présidents. Mais ils étaient d’abord de très mauvais comédiens, la politique étant pour eux le moyen d’échapper à un demi-siècle de cachetonnages médiocres. Nicolas Sarkozy, lui, est vraiment trop doué pour faire l’impasse sur la formidable carrière d'histrion qui lui tend les bras. Et si les jeunes populaires qui lui criaient leur amour dimanche au Zénith étaient sincères, ne pas voter pour lui serait le meilleur service à lui rendre. D'ailleurs, il peut compter sur moi.

©Commentaires & vaticinations

jeudi 15 mars 2007

Paperback writers

La France a su maintenir un excellent réseau de libraires indépendants. Elle défend pourtant assez mal les produits que ces derniers ont à vendre. Ah, ces fameuses micro-exceptions françaises...

Paperbackwriters_2Fin 96, Hervé de Charrette, le très oubliable ministre des Affaires étrangères d’Alain Juppé, prend l’initiative de réchauffer les relations peu amènes qui existent entre le quai d’Orsay et le département d’Etat américain. Il faut dire que l’Hexagone et les Etats-Unis viennent tout juste de s’écharper sur l’évolution du rôle de l’OTAN dans le contexte de la fin de la guerre froide. Un peu de délicatesse dans ce monde de brutes ne saurait donc faire de mal à personne...

Notre Lancelot du Lac au petit pied s’avise donc de faire parvenir à Warren Christopher, son homologue yankee, une poignée d’ouvrages historiques sélectionnés avec soin par son responsable du protocole. Las, loin de resserrer les liens entre les deux nations, le geste envenime encore un peu plus la situation...

Lire la suite "Paperback writers" »

mercredi 14 mars 2007

Bayrouisme(s)

Il est grand le mystère du bayrouisme, mais son exégèse n'est pas interdite. Quatre options explorées (pour autant d'impasses).

SeulAntisarkozysme chiraquien. En 81, Chirac avait tout mis en œuvre pour faire battre Giscard, l'élection de Mitterrand lui semblant, à tout prendre, un pis-aller raisonnable. On subodore qu'il se plaçait dans la perspective de l'échec d’une union de la gauche mal-ficelée et d'un retour de la droite à l’Elysée dès la présidentielle suivante. A sept ans près, il avait vu juste.

Aujourd’hui, un certain nombre de chiraquiens forcenés assurent préférer Bayrou à Sarkozy. Le patron de l’UDF serait en effet « plus proche », dans sa démarche comme dans son histoire personnelle, de « la philosophie » du président sortant. S’ils ont raison, si Bayrou est effectivement le successeur le plus digne du grand Jacques, son élection ouvre en quelque sorte la voie à un troisième mandat chiraquien. Brrr. On en frémit d’avance. Mais je préfère penser qu’ils se situent davantage sur le terrain de l’amertume vengeresse, voire sur celui de la fidélité sentimentale, que dans le registre de la réflexion politique dépassionnée...

*

Tentation centriste authentique. Il est possible de voter pour François Bayrou en imaginant qu’il représente une option centriste viable. La gauche et la droite ayant échoué à sortir la France de son état de langueur en dépit de diagnostics socio-économiques proches ― et les alternances s’enchaînant sans résultats visibles ―, l’idée d’une alliance des contraires devient séduisante. Un gouvernement réunissant « les meilleurs » de la gauche et « les meilleurs » de la droite ne serait-il pas à même, sans s’attirer les foudres des corps intermédiaires attachés aux deux pôles traditionnels (syndicats de salariés, MEDEF, etc.), d’entreprendre les réformes dont le pays a besoin sans trop bousculer l’impératif de justice sociale ? Et l’exemple allemand d’un gouvernement d’union nationale imposé par les urnes n’est-il pas la preuve de la pertinence de ce point de vue ? Il s’agit à coup sûr de la version la plus sympathique du bayrouisme, de la plus attractive. A ceci près que les clivages droite-gauche ne se résument pas, en France, à l’opposition de dogmes sans fondements dans la vie réelle.

De fait, la social-démocratie n’est effectivement pas si éloignée de la pratique des chrétiens-démocrates à l’œuvre chez certains de nos voisins et dont se réclame François Bayrou. Mais le bipartisme est l’expression, justement, de la possibilité offerte aux électeurs d’infléchir la conduite du pays dans un sens ou dans l’autre. Ainsi, quel serait le moyen de dire son fait à un gouvernement « bilatéral » si son travail ne satisfait plus ? Voter Le Pen ? Voter Besancenot ?

Le bipartisme et la possibilité d’une alternance sont les préalables d’une démocratie apaisée et efficace. En revanche, le retour à la quatrième République que nous promet Bayrou, avec ses cabinets à l’ancienne, regroupant « les meilleurs » d’où qu’ils soient issus, son parlement atomisé par la proportionnelle, sont une recette pour l’immobilisme dans le meilleur des cas, et pour les dérives extrémistes dans le pire. Et s’il faut chercher des exemples de coalitions bricolées dans le désordre idéologique, allons plutôt observer Israël ou l’Italie, la pratique allemande du consensus n’étant pas exactement le modèle le plus proche du nôtre...

*

Détestation ségoliste. Cette option est un peu, dans sa version « progressiste », le miroir  de la démarche antisarkozyste observée au début de cette note. Mais elle participe également d’une démarche nihiliste superposable à l’affaire du référendum constitutionnel.

Dans le premier cas, celui de la manoeuvre anti-Sarko ― comme lorsqu'un Begag refuse d’apporter sa caution au ministre de l’Intérieur ―, il s’agit du Tout Sauf Ségolène de base. On lui préférait DSK, seul garant d’une réorientation intelligente du PS vers la social-démocratie ; on soutiendra donc le chrétien-démocrate allant répétant sa proximité d’idée avec l’ancien ministre des Finances et débordant d’amour pour Rocard, Delors ou Kouchner... Dans la seconde hypothèse, de nature "noniste", on feint d'ignorer la capacité destructrice de cette opération, le PS risquant plus d’imploser que de se bad-godbériser sous l’impact d’une victoire bayrouiste. Bah, répondent les apprentis-sorciers, un plan B encore insoupçonné finira bien par émerger...

Mais il n’y a pas de plan B. Pas plus que le fameux Non « pro-européen », cet étrange animal, n’a donné lieu à une relance de l’Union par le social. Que Bayrou l’emporte dans le cadre d’un second tour contre Sarkozy, et c’est toute la démarche de modernisation du PS qui est remise en question, les Fabius, les Mélenchon, les Emmanuelli reprenant la barre et les DSK retournant à leurs activités de conseil.

Posons-nous seulement la question de la formation du premier gouvernement Bayrou, dans l’attente des législatives, pour imaginer la confusion qui régnerait sur l’ensemble du paysage politique français. Quel premier ministre ? Quelle équipe ? Et interrogeons-nous sur l’attitude de la formation obtenant alors la majorité lors du renouvellement du parlement ? Sera-t-elle encline à faire allégeance à un président « accidentel », ne disposant que d’une vingtaine de députés ? Peu probable... Et en tout cas bien moins qu’une nouvelle cohabitation paralysante.

*

Nihilisme « respectable ». Mettre un coup de pied dans la fourmilière qu’est censé être l’establishment en votant pour Le Pen ou Besancenot, ce n’est pas évident. Offrir sa voix à l’unificateur des extrêmes droites françaises ou à un exalté promettant de sortir la France de l’économie de marché, ça exige un certain détachement, une vraie capacité à se moquer de l'impact de son vote au point de le réduire à un geste de colère sans conséquence. Dans ce contexte, voter Bayrou est l’expression d’un véritable nihilisme sans les stigmates du vote extrémiste, ni même les aspects de démission citoyenne que représente l’abstention. Le vrai vote « nul », quoi...

©Commentaires & vaticinations

lundi 12 mars 2007

Identité nationale : "Et nous les Français, où on se met ?"

Nicolas Sarkozy poursuit son effort de balkanisation de la société française. Nos héros parviendront-ils à déjouer son terrible stratagème ? Bayrou aidant, rien n'est moins sûr, malheureusement...

Superdupont_1Il faudra songer à remercier Nicolas Sarkozy pour sa dernière initiative en date, cette amusante proposition de création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale... Je passe mon temps à le rabâcher, c’est justement lorsqu’il se mêle de ces questions « communautaires » au sens large que le patron de l’UMP est le plus dangereux. Et les Besancenot et autres Buffet ont beau agiter l’épouvantail du « libéralisme » de l’animal, n’importe quel social-démocrate éclairé est plus « libéral » que cet interventionniste réactionnaire travesti en observateur pragmatique de la chose économique.

Non, là où l’ami Sarkozy me fiche les jetons, c’est dans son rôle d’ordonnateur de la société sur le mode ethnico-religieux ― cette tendance à réduire ceux qui pensaient être des citoyens de plein exercice à leurs « origines ». Des musulmans, des catholiques, des juifs, des bouddhistes, des protestants... Bref, un magnifique bouquet de communautés alignées comme à la parade derrière leurs directeurs de conscience respectifs, seuls interlocuteurs valables des pouvoirs publics. Le voici, le modèle sarkozyste de bonne gouvernance sociale.

Tiens, ça me rappelle cette histoire belge dont il faudra concocter une version française. La scène se passe aux Fourons, un patelin autrefois célèbre pour ses pugilats entre francophones et néerlandophones. La police s’interpose un jour de grosse baston, demandant aux Wallons de se mettre d’un côté et aux Flamands de l’autre. Une fois la consigne appliquée, le quelques juifs hassidiques en redingotes restés sur le champ de bataille demandent : « Et nous les Belges, on se met où ? »

Et nous les « Français », on se met où, dans la France de Sarko ? On se met où si nos éventuelles croyances intimes n’ont rien à voir avec notre vision du monde comme citoyens, comme républicains, comme démocrates ? On se met où si ni l’Episcopat, ni le CRIF, ni le CFCM ne nous conviennent comme « corps intermédiaires ». On se met où si, ignominie des ignominies, nous n’avons même pas la moindre croyance intime ?

Mais voici qu’après nous avoir métamorphosés en une juxtaposition de communautés religieuses, Nicolas Sarkozy se penche sur notre « identité ». Et dans le cadre d’un « ministère » par-dessus le marché. Et dans le cadre d’un ministère également chargé des questions d’immigration, un phénomène dont on sait bien à quel point il est l’alpha et l’oméga de tous les problèmes de la France... Comme dans la récupération du slogan phare du lepénisme, « Aimez-la ou quittez-la ! », l’homme ne fait pas mystère de sa stratégie : qu’une nouvelle menace émerge à droite (car Bayrou est de droite, rappelons-le tout de même en passant aux fans des Bisounours) et voici qu’il nous repasse une petite couche de démagogie crapuleuse. Oh, il n’est pas personnellement raciste, Sarkozy, et l’identité française, il sait bien qu’elle ne se résumera pas à la distribution d’une série de formulaires émis par son ministère ad-hoc. Mais il est prêt à tout, le bougre. D’ailleurs, même le père Chirac s’en est rendu compte, qui préfère inciter les Français à se méfier des dérives extrémistes au lieu de les inviter à voter pour cet empereur du cynisme...

Je le disais, il faudra songer à remercier le ministre de l’Intérieur pour ce rappel à l’ordre, l’intox Bayrou de ces derniers jours nous ayant peut-être fait perdre de vue la nature du risque que nous courrions. Encore que, l’idée d’un ministère de l’Immigration ayant d’abord été émise par le jovial béarnais, les choses sont toujours un peu plus complexes qu’il n’y paraît. Bah, voter à gauche serait bien une solution, mais les avis divergent... Ce n’est pas simple, tout ça. Ce n’est pas simple...

©Commentaires & vaticinations

dimanche 11 mars 2007

Habillé pour l'hiver

La délicate question du respect des feux rouges ayant déjà été traitée, abordons celle du cycliste urbain comme « fashion victim » à l'occasion de cette deuxième livraison de « Mon vélo et moi ».

Cyclingrain_1Ma propension naturelle à m’habiller n’importe comment, de même que l'exercice d’une profession n'exigeant pas le port d’une panoplie de monsieur comme-il-faut, facilitent énormément mon existence de cycliste urbain. Pour autant, la pratique quotidienne du vélo implique une sérieuse réévaluation de ses habitudes vestimentaires : avoir trop chaud, ce n’est pas bon ; trop froid, ce n’est pas mieux ; n’être qu’insuffisamment protégé des intempéries est carrément dramatique...

Clairement, c’est à la belle saison que les choses sont les plus simples. Jeans et T-shirts sont alors totalement adaptés au pédalage parisien, même si l’absence de cache-chaîne sur mon destrier Décathlon m’impose d’enserrer, façon Bourvil, mes bas de pantalons dans de petites bandes de velcro fluorescent. Et au final, même si je transpire un peu, ce n’est pas le voisin de bureau émergeant en nage d’un métro torride et suintant qui me reprochera quoi que ce soit. L’été, le vélo est roi.

En fait, les difficultés cyclo-vestimentaires ne commencent vraiment qu’à l’automne, lorsqu’une veste ou un blouson deviennent nécessaires. Car comment se protéger du froid et du vent tout en tenant compte du réchauffement rapide que provoque immanquablement un trajet Ménilmontant-Opéra en 14 minutes chrono ? Le vélo est le seul moyen de transport permettant de crever de chaleur ou de se les geler par micro-phases intermittentes de quelques secondes, voire d’éprouver ces deux sensations simultanément. Il existe bien des vêtements dits « techniques » dont le but est de rendre cette contradiction thermique supportable, mais ils ont l’immense inconvénient, justement, d’avoir l’air de vêtements techniques... Je m’habille peut-être n’importe comment, mais pas avec n’importe quoi. Et l’idée de parcourir les rues et les avenues de la Ville-Lumière déguisé en Lance Armstrong me semble aussi saugrenue que celle d’enfiler un complet-veston en Tergal® avant de quitter la maison.

D’où l’inlassable recherche du vêtement ultime qui, tout à la fois, me protégera du froid, du vent, de la chaleur et de la pluie sans pour autant me forcer au sacrifice de mon look d’ancien baba converti au pragmatisme social-libéral ― look étudié s’il en est. Mon manteau de cuir marron, acheté au salon du cheval il y a quatre ans ? Trop long. Pas confortable. Mon blouson thermique jaune-vif, cadeau d’une attachée de presse en échange de je ne sais plus quelle entorse à la déontologie ? Trop jaune. Trop vif. Trop technique. Mon K-Way bleu-marine ? Même ma fille de dix ans refuse d’être vue en ma compagnie lorsque je le porte... Non, il faut bien l’avouer, je n’ai toujours pas trouvé le vêtement idéal et je me contente d’alterner entre les différents éléments qui composent ma misérable garde-robe ― éléments suffisamment inappropriés pour me faire regretter de ne pas être fan de Poulidor, merde, et que l’on en parle plus ! Mais je garde l’espoir : un jour, je trouverai.

Le froid, c’est une chose. La transpiration, on s’en accommode. Mais la pluie, c’est une toute autre affaire. Rouler mouillé est carrément insupportable et les chances d’attraper la crève sont trop nombreuses pour être ignorées. L’eau vous ruisselle sur le visage et remonte le long de vos manches par l’intérieur ; vos chaussures sont pleines de flotte ; votre pantalon a l’air de sortir de la machine à laver avant d’avoir été essoré... Bref, vous êtes trempé. De surcroît, votre bicloune n’est même pas équipé d’un garde-boue à l’arrière, d’où l'arrosage dorsal ininterrompu d’eau crade pendant tout le trajet...

Là encore, je n’ai pas encore de solution définitive. Je bricole. Je tente ceci ou cela. Et pour la tête les jours de tempête ? Parfois une casquette de baseball, un bonnet en laine... Ou tiens, ce blouson dont la capuche refuse obstinément de tourner en même temps que ma tête dans les moments ou jeter un coup d’œil de côté est susceptible de me sauver de l’écrasement entre un bus et un camion-poubelle... Après quatre ans de vélo à temps partiel, et plus d'un an à temps plein, je reste incapable de trouver les vêtements adéquats au seul mode de transport urbain pesant positivement sur mon empreinte écologique personnelle. Parti comme c'est, ça risque de durer. Mais ça ne m'empêchera pas de continuer à pédaler : la quête du Graal, ça maintient en forme.

©Commentaires & vaticinations

Mon vélo et moi : 1 2 3 4 5 6

Le livre de l'année !

Les commentaires récents

Aviez-vous lu ça ?

OJD

Blog powered by TypePad
Membre depuis 10/2004