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février 2007

mardi 27 février 2007

A letter from England

Quelques jours à Oxford, quelques réflexions en vrac…

YobPierre Péan en est convaincu : la médiocrité du bilan de Jacques Chirac, ses douze années de coma élyséen, ses indignités pré-présidentielles, bref, sa totale ineffectivité, finiront par être oubliées au profit de sa position sur l’Irak… Et le pire, c’est qu’il a sans doute raison.

De ce côté-ci du Channel, la disparition des succès économiques et sociaux de Tony Blair derrière son engagement au côté de Georges Bush est saisissante.
« Yo Blair ! », un pamphlet à succès, mal écrit, méchant, injuste, illustre assez bien la situation : le leader travailliste n'est plus qu'une crapule ambitieuse à l’intelligence limitée, caniche des yankees et, au final, plus néocon que les néocons. Déprimant. Whichever way you look at it.

*

Un « petit » garçon de huit ans que les services sociaux voulaient enlever à la garde de sa mère restera finalement avec elle. Le gamin pèse 89 kilos et les médecins sont assez pessimistes à son sujet. S’il continue de grossir au même rythme, il mourra. Et en restant avec sa mère, il ne modifiera rien à ses habitudes alimentaires : frites et hamburgers à tous les repas et à volonté. En Grande-Bretagne, l’obésité affecte près de 15 % des moins de 11 ans.

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Si la France était l’Angleterre, Ségolène Royal s’appellerait Margaret Beckett et Gérald Dahan Rory Bremner. Cet imitateur a piégé la ministre des Affaires étrangères en se faisant passer, au téléphone, pour Gordon Brown ― ministre des Finances et successeur putatif de Tony Blair. Il s’est débrouillé pour l'amener à débiner la moitié des membres du gouvernement, apparemment sans trop de difficulté. Si la France était l’Angleterre, c’est l’absence d’éthique de l’amuseur qui aurait fait la Une.

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La plupart des supermarchés britanniques proposent désormais des caisses automatiques permettant de scanner ses propres achats. L’absence de caissière accélère les choses et les clients pressés apprécient ; les autres empruntent les caisses classiques. Chez nous, l’introduction de ces machines est retardée compte tenu de leurs conséquences en termes d'emploi. Ici, elles voisinent avec un nombre de caissiers deux ou trois fois supérieurs à la norme française.

Comment est-ce possible : en dépit d’un smic plus élevé que le nôtre, les coûts salariaux chargés sont inférieurs. Les supermarchés ont donc tendance à employer plus de monde, d’où un service indiscutablement supérieur (pour une productivité par employé nettement inférieure, évidemment). Qui est gagnant ?

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A Oxford, les bus sont propres, fréquents et équipés pour accueillir les handicapés. Ils sont aussi extrêmement chers : 2 euros pour un ticket de base, les mêmes prix qu’une Carte Orange parisienne pour un abonnement mensuel dans une agglomération 10 fois plus petite... Plusieurs compagnies concurrentes coexistent et empruntent les mêmes circuits mais ne s’arrêtent pas aux mêmes arrêts et n’acceptent pas les mêmes abonnements.

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La télé britannique reste la meilleure du monde. Du moins si les programmes culinaires et les astuces de jardinage font partie de vos centres d’intérêts fondamentaux. Bah, il reste le bouquet Sky de Rupert Murdoch et ses programmes US à flot continu...

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vendredi 23 février 2007

Patrick Devedjian, Raymond Aron et moi

Convié par Karl Zéro à interroger Patrick Devedjian, je m'étais promis de le mettre en difficulté et, par extension, de provoquer la chute de Nicolas Sarkozy. Mission à moitié accomplie...

KzdPatrick Devedjian est un type étrange. Rejeton d'un immigré arménien, il entre en politique par l'ultra droite, aux côtés de la cohorte de jeunes loups qui formeront plus tard l'ossature de l'UDF pré-Casimir. « Mais il s'agissait essentiellement de militer pour l'Algérie française », assure-t-il aujourd'hui pour expliquer ce qu'il présente comme une « erreur de jeunesse ». Dont acte : j'ai moi démarré nettement plus à gauche et je conçois que l'exaltation de la post-adolescence puisse conduire à certains excès...

N'empêche : en 1964, date à laquelle notre ami intègre Occident, un groupuscule xénophobe et violent, l'Algérie est indépendante depuis déjà deux ans. Qu'un brillant étudiant à Sciences Po dont le père a souffert du racisme ne trouve rien de mieux à faire, pour parachever « son intégration », que de frayer avec d'authentiques fascistes au nom d'une cause légèrement anachronique a tout de même de quoi surprendre.

En 1967, transfiguré par la lecture de Raymond Aron, il se débarrasse du manche de pioche qui lui servait à faire le coup de poing (sic) à la fac de Rouen. Il faut dire que ses anciens compagnons le soupçonnent alors d'être une « balance » et se proposent de tester sur lui quelques unes des techniques d'interrogatoire mises au point par une génération d'affreux un poil plus ancienne...

Devenu « libéral », il s'embarquera dans une carrière politique marquée par un engagement au RPR et roule désormais pour Nicolas Sarkozy, dont il pourrait devenir l'un des tous premiers lieutenants en cas de victoire de la droite à la présidentielle. Mais au-delà de cette bio à la hache, ajoutons que l'homme est à la fois retors et onctueux, patelin et fuyant ― autant de qualités indispensables à quiconque a été l'avocat de Jacques Chirac et de Charles Pasqua.

En tout état de cause, je me faisais une joie de lui être confronté sur le plateau de Karl Zéro, ce dernier m'ayant invité, aux côtés d'un militant de l'UMP si sympathique et ouvert qu'on se demande ce qu'il fiche dans un tel parti (j'ai cru comprendre qu'il se le demandait lui même), à le questionner sur les mérites de son champion. Les choses étant ce qu'elles sont, et les techniques de montage cruelles, notre mini-débat sur la dimension communautariste du projet sarkozyste est passé à la trappe. Demeurent néanmoins, quasi intouchés, nos échanges sur son parcours de jeunesse et les limites de son libéralisme. Et sur ce dernier point, je veux bien parier qu'Aron, s'il avait à choisir entre lui et moi, pencherait pour le blairiste plutôt que pour l'UMP-iste...

[Cliquez sur le nez de Karl Zéro pour voir la vidéo ou ici si elle ne s'affiche pas automatiquement]


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mercredi 21 février 2007

Autogol

Le départ d'Eric Besson aurait pu rester sobre et discret. Le député de la Drôme a préféré en faire un missile anti-Ségolène. Au nom du socialisme authentique, évidemment...

Own_goalJe n'ai pas envie de chercher à comprendre les raisons profondes du départ d’Eric Besson, et encore moins d'analyser trop avant les arguments qu'il a choisi de faire circuler par voie de presse ― histoire de « promouvoir » son happening.

Jeter l’éponge à quelques semaines de l’échéance, passe encore : n’ayant jamais expérimenté la pression d’une campagne présidentielle d’aussi près que le député drômois, je veux bien croire qu’elle puisse être insoutenable. Mais annoncer ce retrait avec les accents amers et tonitruants d’un cocu de pièce de boulevard, se répandre en critique sur la candidate ou son équipe et parier sur la défaite en pré-publiant ses « Je vous l’avais bien dit » rendent son attitude inexcusable.

Comme tout un tas de gens, je n’ai découvert l’existence de cet homme qu’à la sortie de son manifeste anti-Sarko. Et toujours comme tout un tas de gens, sans doute moins nombreux que les premiers, je me souviens d’avoir été troublé par la fameuse formule du « Néo-conservateur bushiste à passeport français », son petit côté dénonciation du juif apatride n’étant pas tombé dans l’oreille d’un sourd ― même socialiste et favorable à un meilleur traitement du handicap... J’avais pourtant décidé (loyalement ? Stupidement ?) de ne pas mentionner ce sentiment sur le blog préférant, dans une attitude typiquement non-bessonienne, ne pas prendre le risque de marquer contre mon camp. J’en viendrais presque, aujourd’hui, à le regretter.

Personne n’empêchait cet homme de s’éloigner du staff de campagne avec élégance et discrétion. Chargé des questions économiques, il assure d'ailleurs n’avoir aucun problème avec le chiffrage du pacte présidentiel, quoi qu’en disent certains de mes co-blogueurs. Et de fait, c’est à la perspective d’une victoire de la gauche qu’il semble réellement s’opposer, Ségolène étant accusée de mépriser les militants, la démocratie participative réduite à une fumisterie et le parti socialiste jugé trop « inorganisé » pour « répondre aux espoirs des Français ». Nadine Morano l’aurait-elle mieux descendu, cet escalier glissant ?

Si Ségolène Royal est battue, ce que je ne souhaite pas, il faudra se souvenir de l’incroyable course d’obstacles organisée à son intention depuis le début du processus d’investiture, aucun candidat n’ayant jamais vu sa compétence et sa détermination remises en cause aussi lourdement. Si elle l’emporte, ce que j’espère, l’opiniâtreté et l’énergie dont elle aura fait preuve seront les meilleures garanties d’un mandat efficace. Bah, je m'énerve, je m'énerve, mais qui est donc ce monsieur Besson, après tout ?

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mardi 20 février 2007

Pragmatisme solidaire

La société solidaire que Ségolène Royal veut construire n’est pas un obstacle au retour de la croissance, au contraire. Mais l'intox sarkozyste n'aide pas à en convaincre les électeurs.

HandicapsignsparkingtowingDe ma période américaine, je conserve pas mal de souvenirs forts, comme celui d’une société complexe dont la brutalité intrinsèque serait largement pondérée par la générosité naturelle de ses concepteurs.

Ainsi, je me souviens d’avoir été surpris, dès mon arrivée, par le très grand nombre de handicapés circulant ici et là, déjeunant dans les restaurants, visitant les musées, encaissant mes chèques à la banque... Pour être tout à fait honnête, je m’étais d'abord inquiété de cette présence massive d’aveugles ou de types en fauteuil roulant, échafaudant moult théories sur ce nouvel indice des carences sanitaires au pays du veau d’or. Car l'existence d’autant d’infirmes, en comparaison d’une France respirant la santé, démontrait forcément la supériorité de notre modèle social sur le leur. Et clairement, ces malheureux n’avaient tout bêtement pas les moyens de financer le traitement qui, chez nous, les aurait rafistolés fissa !

A la longue, j’allais pourtant comprendre que cette visibilité témoignait d’un réel souci de faciliter l'existence des invalides, ces derniers jouissant en fait de la possibilité de se déplacer à leur guise et de participer à la vie de la société ― au travail comme dans les loisirs. Emplacements de parking nombreux et respectés, ubiquité des rampes d’accès aux immeubles, toilettes publiques spacieuses et équipées, indications en braille sur les boutons d’ascenseurs, feux piétons doublés d’un système sonore, salles de spectacles adaptées et, surtout, absence manifeste de stigmatisation dans le regard de l’autre... Une fois ces mille détails repérés, c’est d'ailleurs le sentiment d’appartenir moi-même à une société égoïste et, ultimement, rétrograde, qui devait prendre le dessus sur mon chauvinisme pavlovien.

Je ne sais pas de quelle manière les Américains imposent à leurs architectes de tenir compte des besoins des handicapés. Je ne sais pas non plus comment ils obligent les employeurs à les recruter. Et je n’ai pas la moindre idée de la façon dont ils s’y prennent pour que tout le monde trouve absolument normal de bavarder avec une bibliothécaire à lunettes noires ou un programmeur paraplégique. Mais je sais que la rareté des fauteuils roulants est, sous nos latitudes, directement corrélée à la préférence des chefs d’entreprises pour le paiement d’amendes (dérisoires, il est vrai) en lieu et place du recrutement d'un collaborateur motivé et compétent mais trop, hum, différent. Je sais aussi que cette rareté a quelque chose à voir avec l’absence d’ascenseurs dans le métro, de planchers plats dans les bus, d’accessibilité des lieux publics, bref de tous ces dispositifs dont le coût serait noyé dans la masse de nos dépenses de structure mais qui nous semblent, finalement, moins indispensables qu’à ces crapules de yankees...

Je pensais à ça, hier soir, en assistant au grand oral télévisé de Ségolène et à son échange avec un monsieur souffrant d'une sclérose en plaques. Enfin, disons que je me suis mis à y penser une fois évacué l’agacement initial de la voir se focaliser, véritable guérisseuse d’écrouelles, sur les misères de ce panel trop caricaturalement « France d’en-bas »  ― un panel comme destiné à maintenir la candidate socialiste dans le rôle de mère de famille inculte composé pour elle par la war room sarkozyste ces dernières semaines.

Au-delà de cet agacement initial, donc, je me suis surtout rendu compte qu'elle était la seule à s'intéresser à ces sujets bêtes comme chou, sans qu’ils n'interfèrent le moins du monde avec le reste de son discours, cette vision d’une France scandinavisée, à la fois solidaire et réconciliée avec ses entreprises. Elle donnait l'impression, en fait, d'avoir compris que le concret de chez concret, à tout prendre, avait bien plus de sens que les clichés sur la souffrance prolétarienne de Laguiller ou les lieux communs ouvriéristes de Besancenot.

La question est de savoir si les électeurs, éblouis par le bateleur de la place Beauvau et ses fameux « 4 points de prélèvements obligatoires en moins », réaliseront à temps à quel point le terrain sur lequel Ségolène Royal se situe est le bon, ses gaffes, réelles ou supposées, n'ayant que l'importance que Nadine Morano veut bien leur donner. Les handicapés, dont je ne me permettrais pas de dire que leurs problèmes sont symboliques, en deviendraient presque la métaphore idéale du choix qui se présente à nous : inclusion et nouveaux modes de pensée d'un côté, exclusion et vieilles recettes de l'autre.

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vendredi 16 février 2007

Petits accommodements bien de chez nous

Ni la morale ni la déontologie ne sont d'affreuses vieilleries qu'il serait temps de mettre au panier. Elles sont même à la base de la modernité politique, quoi qu'en pensent Pierre Péan ou Alain Duhamel.

EthiqueJ'entendais ce matin (sur France Culture, pas sur Inter), Pierre Péan exprimer son admiration pour Jacques Chirac, « un homme dont l’histoire finira forcément pas reconnaître le mérite ». Que ce journaliste, qui avait déjà réhabilité le flirt de Mitterrand avec Vichy et contribué à la dernière cabale en date contre Le Monde, se mêle désormais de servir la soupe au président ne me gêne pas plus que ça. Et même, je veux bien croire que Chirac, pour toute sa vacuité politique, soit un type « simple » et « cultivé », aussi à l’aise en visite à la ferme qu’en méditation dans un monastère shintoïste.

Mais ça ne m’empêche pas de constater que la France qu’il abandonnera bientôt à son triste sort, douze ans après s’en être vu confier le gouvernail, est en moins bon état qu’à son arrivée. Ni le chômage de masse, ni la fameuse « fracture sociale » n’appartiennent au passé et, au-delà d’une baisse de la mortalité routière qui pourrait n’être qu’un feu de paille, rares sont les avancées réelles et durables à mettre à son actif.

Péan refuse pourtant d’observer l’homme de manière aussi prosaïque, préférant se concentrer sur sa flamboyante opposition à la guerre en Irak, la posture présidentielle dans cette affaire rachetant toutes les erreurs ou turpitudes accumulées en quarante années de vie politique. « Holà, en venait d'ailleurs à s'exclamer son interlocuteur matutinal, décontenancé par un tel panégyrique, et les marchés publics truqués, les emplois fictifs, les frais de bouche, les trahisons... La morale est-elle vraiment sauve au bout de ce long parcours ? »

« La morale ? Pfff... lâchait en retour un sous-Lacouture apparemment dégagé de ce genre de contingences. Si vous faites référence à des comportements que tous les hommes politiques français ont pu avoir à un moment ou à un autre de leur carrière, la belle affaire ! » La belle affaire, en effet, les accommodements avec la loi, la règle, l’honnêteté, l’éthique et toutes ces balivernes pour cours d’éducation civique de CM2 n'étant plus qu'anecdotiques en regard d’une hostilité farouche aux campagnes bushiennes...

Bon, force est malheureusement de constater que, pour une majorité de mes concitoyens, taper dans la caisse, se « rendre service » l'un l'autre, reste dans la logique des choses, un mandat électoral s’accompagnant nécessairement d’une foultitude de ces passe-droits que nos voisins d'Europe du Nord qualifieraient tout simplement de « délits » ― posture anti-guerre en Irak ou pas. On est tout de même fondé à ne pas suivre Péan sur ce terrain et, pourquoi pas, à être choqué par un point de vue finalement amoral.

*

La déontologie n’est pas la morale. Ou plutôt, elle en est le prolongement dans la sphère professionnelle. Au journaliste, elle impose de respecter le lecteur ou l'auditeur. Le respecter. Pas le bassiner avec une objectivité forcément impossible à honorer de manière absolue, mais tendre, autant que faire se peut, à une présentation impartiale des faits qu’il est chargé de rapporter. La mise à l’écart temporaire d’Alain Duhamel, via la suspension de ses interventions dans les émissions politiques de France Télévision, ne me paraît donc pas scandaleuse au regard de son coming out bayrouiste ― n’en déplaise à ceux qui n’y voient qu’une initiative hypocrite, voire simplement disproportionnée.

Qu’un journaliste fasse des choix en privé, c’est la moindre des choses. Qu’il soit en position, sur une chaîne de service public, d'interpeller les candidats à une fonction élective après avoir publiquement apporté son soutien à l’un d’entre eux n'en est pas moins gênant. La France médiatique cultivait déjà l’exception en confiant l’essentiel de ses moyens d’informations à des groupes industriels dépendants de la commande publique. Elle se distinguait en outre par la connivence entre journalistes et politiques, les relations personnelles de nombreuses présentatrices de journaux télévisés avec des ministres (anciens, actuels ou futurs) en étant la démonstration la plus accablante.

L’éditorialiste du Figaro ou de Libération qui ― à la satisfaction d'un lecteur ne cherchant souvent qu'à valider une opinion en passant au kiosque ― prend vigoureusement parti pour celui-ci ou celui-là n'est pourtant pas en cause. Même si nos journaux entretiennent fréquemment la confusion entre faits et analyse, la prise de positions tranchées est logique dans le contexte d'une presse « d'opinion ». L’interviewer inaltérable des soirées électorales de France 2 qu'est Alain Duhamel, en revanche, a d’autres responsabilités. Et qu’il ait même été envisagé de lui permettre, hier soir, de tenir le micro de François Bayrou après la « découverte » de son engagement en faveur du patron de l'UDF est carrément surréaliste.

Evoquer ces deux journalistes dans la même note n'est pas forcément légitime. Péan assure n'avoir jamais entretenu la moindre relation avec Chirac avant de se lancer dans l'écriture du livre qu'il était venu défendre sur France Culture, quand Duhamel habite pratiquement les palais nationaux depuis la deuxième moitié du siècle dernier... Et l'absolution de Chirac par l'un n'est sans doute pas directement superposable à l'absence de distance professionnelle de l'autre. J'ai tout de même tendance à penser qu'un pays dans lequel leurs démarches respectives seraient considérées comme, au minimum, singulières, ressemblerait davantage à un pays dans lequel les politiques ne tapent pas dans la caisse avec autant d'insouciance.

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PS : Je me livre moi-même, dans cette note déplorant les petits accommodements avec  la déontologie, à une pratique un peu limite... Et mes citations de Pierre Péan ou d’Ali Baddou (l'animateur de France Culture) n’en sont pas vraiment, du moins pas au sens d’un verbatim. Elles correspondent pourtant à la substance de ce qui a été dit ce matin.

mercredi 14 février 2007

Nonisme(s)

Ségolène n'est pas encore assez à gauche pour mériter un second tour. Quelques propositions de bon sens suffiraient pourtant à satisfaire les plus purs d'entre nous...

Comrades_1La « gauche de la gauche », une expression aux contours vagues mais généralement évocatrice de générosité et de pureté doctrinale, n'a pas été convaincue par les propositions formulées ce week-end à Villepinte. Jugée « timide » dans le meilleur des cas, mais carrément « de droite » par les plus orthodoxes de nos camarades, la plateforme ségoliste n’est donc pas de nature à leur permettre de barrer la route à l’UMP. Oh, ils ne favoriseront évidemment pas l’élection de Nicolas Sarkozy sans un terrible pincement au cœur, le souvenir du 21 avril 2002 les ayant marqués tout autant que n’importe quel social-traître. Mais, hey, les principes, s’ils étaient négociables, ben ils n’en seraient plus, des principes...

Le PS, dont on connait la flexibilité idéologique, pourrait cependant amener les Français tentés par une parenthèse trotskiste à réaliser que, à tout prendre, cinq années de socialisme déviationniste valent mieux qu’un renouvellement du bail de la droite à l’Elysée. D’où l’idée de piocher, dans les programmes des uns et des autres, quelques mesures susceptibles de rassembler la gauche, toute la gauche, autour de ses valeurs fondamentales.

Les électeurs traditionnels de la LCR, par exemple, se satisferaient certainement d’une réduction du temps de travail à 32 heures, le passage immédiat aux 30 heures n’étant malheureusement pas réaliste. Ajouté à l’interdiction des horaires flexibles, des heures supplémentaires et du transport routier de marchandises à longue distance, ce coup de griffe au grand capital ne serait-il pas le meilleur des arguments en faveur du vote Ségolène ? C’est sûr, la fixation du SMIC à 1 500 euros nets dès l'entrée en fonction de la belle du Poitou ne serait pas mal non plus, mais bon, restons raisonnables...

Les fans d’Arlette Laguiller, néanmoins, ne se laisseront pas séduire aussi facilement et exigeront, plutôt qu’une bête hausse du revenu minimum, une rallonge de 300 euros sur tous les salaires ― ce qui est bien le moins. Et le PS prônant déjà l’augmentation de 5% des petites retraites, il serait étonnant de le voir se braquer sur ce point. Cerise sur le gâteau, la candidate soc-dem pourrait approuver, sans fixer d’échéance, on n’est jamais trop prudent, la construction d’un « parti mondial de la révolution socialiste », but ultime de nos amis de Lutte Ouvrière.

Séduire les Verts, d’un autre côté, serait un véritable jeu d’enfant. Et l’on se demande d’ailleurs pourquoi Lionel Jospin ne s’était pas débrouillé, la fois dernière, pour promettre de signer cette fichue charte européenne sur les langues régionales, seule remarque négative formulée par Dominique Voynet après analyse du discours de dimanche. Hum, si j’étais Ségolène, j’y ajouterais discrètement l’arrêt du nucléaire sur quinze ans et le tour serait joué !

Mais il faut bien l’avouer, les proches du Parti des Travailleurs ne seraient pas aussi faciles à amadouer que leurs cousins écolos, leur principale exigence étant de sortir la France de son carcan européen, via la dénonciation pure et simple des traités ― Rome compris. Bah, les camarades de Daniel Gluckstein n’étant pas, à proprement parler, « anti-Europe » mais plus spécifiquement « alter-européens », il suffirait de proposer d'imposer une redéfinition à la fois plus française et plus sociale du projet d’Union à nos vingt-six partenaires, lesquels finiraient par l’accepter avec enthousiasme...

Enfin, pour ce qui est des partisans de José Bové (interdiction des OGM, création d’un Revenu Minimum pour les Artistes), des communistes (mise en place d’un service public du logement, droit de vote et d’éligibilité des étrangers, régularisation de tous les sans-papiers...) ou des fans de Roland Castro (inscrire la laïcité dans la charte des Nations-Unies, imposer la latinité comme nouveau départ des relations avec les Etats-Unis...), gageons qu’avec un minimum de bonne volonté, les rallier à la cause sans dénaturer le Pacte présidentiel ne devrait pas présenter de difficulté insurmontable.

Ah, oui... A l’occasion, rappelez-moi de suggérer à Ségolène une méthode permettant de ramener les bayrouistes au bercail sans s'aliéner la gauche orthodoxe. Avec un minimum de diplomatie, ça ne devrait pas non plus poser de problème majeur.

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lundi 12 février 2007

Back on tracks

Le discours de Villepinte marque la reprise en main, par Ségolène, d'un débat phagocyté par l'esbroufe sarkozyste. Il trace aussi les contours de ce que donnerait un blairisme « à la française ».

Equipe_aLe staff de campagne du PS m'avait spontanément abonné, au même titre qu'une poignée de blogueurs jugés aptes à faire avancer la cause, à sa mailing list pour « VIP ». Et j'appréciais vivement d'être informé, à chaque nouvelle agression UMP-iste, de la répartie cinglante concoctée par le camarade Julien Dray.

Bon, à la vérité, les fulgurances de mon confrère-diariste étaient loin de m'être devenues indispensables. Mais d'en avoir été brutalement et inexplicablement privé, il y a quelques jours, était pour le moins intriguant. La championne de la démocratie participative avait-elle modifié sa stratégie ? Percevait-elle, désormais, les blogueurs comme un risque plutôt que comme un atout dans la fabrication de l'information ? Qui sait... Un mail adressé au ségoteam sur ce thème étant resté sans réponse, je me bornerai à ce constat : je ne reçois plus aucune information, ni aucune sollicitation à me rendre ici ou ...

Mon engagement aux côtés de la belle du Poitou n'étant heureusement pas subordonné à un tel traitement de faveur, je n'allais pas laisser cette pénurie d'invitations individuelles mettre en péril ma mission de conscientisation des masses. C'est donc en tant qu'adhérent « de base » du PS que j'empruntais, dimanche après-midi, la ligne D du RER pour rallier Villepinte en compagnie d'une petite quinzaine de milliers de supporters (selon la police), histoire d'y entendre le gospel de ma candidate.

Le vaste hangar sans âme de ce centre d'expositions commerciales n'était pas, a priori, le lieu idéal de la relance d'une campagne quelque peu essoufflée. Et l'assistance encore clairsemée, à mon arrivée, n'était pas non plus de nature à me rassurer sur la capacité de Ségolène à défier le showman de la place Beauvau sur son propre terrain. Le Hall allait pourtant se remplir rapidement ― et l'ambiance se réchauffer au même rythme ― dissipant mes inquiétudes. Mon retour à ce statut de militant anonyme, pour autant, risquait de m'empêcher d'approcher des zones les plus stratégiques : la scène, les sièges réservés aux éléphants et, last but not least, l'estrade prévue pour Ségolène elle même. J'allais donc, ignoblement, exciper de ma qualité de journaliste pour franchir ces barrières qui, cruelle intrusion du réel dans une manifestation promouvant l'ordre juste, finissent toujours par s'ériger entre haves et have-nots.

Du côté des haves, justement, on se bousculait au portillon. Et si Lionel Jospin n'avait pas été, à nouveau, retenu par quelque obligation familiale totalement incontournable, ou Jean-Luc Mélenchon bloqué à Caracas par la nationalisation inopinée des aéroports vénézuéliens par son ami Hugo, c'est l'intégralité de l'équipe première qui aurait pris place face à la scène. Strauss-Kahn, Hollande, Fabius, Aubry, Lang, Guigou, Mauroy, Rocard... Même les cousins pauvres du PRG et du MRC, Baylet et Chevènement, avaient fait le voyage de Canossa. Et Taubira, et Huchon, et Razzye Hamadi, ex-pourfendeur de Ségolène aujourd'hui sous le charme... Bref, comme le chantait Aznavour en de moins heureuses circonstances, ils étaient venus, ils étaient tous là. Franchement, ça faisait plaisir à voir. Oh, bien sûr, la mine sombre de Lolo et les paupières lourdes de DSK (digestion difficile, manque de sommeil, désintérêt ?) en disaient long sur le ressentiment habitant encore les deux anciens adversaires de l'impétrante. Mais, hey, qui n'a pas ses petits soucis ?

Bah, de minuscules soucis, en effet, face à l'ampleur du discours que devait prononcer Ségolène, courtesy of Erik Orsenna, dit-on, mais aussi de Simone, Céline, Jean-Pierre, Balthazar ou Kader, soit les milliers de contributeurs aux débats participatifs de ces derniers mois. Car j'ai l'air de rigoler, comme ça, mais en tant que think tank officieux du ségolisme, je n'ai qu'à me réjouir du résultat de cette précampagne étonnante et, surtout, de l'émergence d'une social-démocratie aux contours inédits.

Tout à déjà été dit ou écrit, depuis hier, sur cet assemblage de propositions tous azimuts. Susceptible de conduire la France à la faillite par excès de dirigisme socialo-communiste selon les uns, jetant le pays sous la coupe des exploiteurs ultranéolibéraux mondialisés selon les autres, il est effectivement difficile à « placer », ce projet. Et quoi, comment interpréter un programme condamnant à la fois le centralisme jacobin d'une administration pléthorique et la crapulerie de patrons sans éthique ? Comment faire entrer dans un cadre classique l'exigence d'un environnement favorable aux entreprises et la protection des plus faibles ? Comment, enfin, digérer la condamnation sans appel de la violence des quartiers et la détermination à en comprendre les causes ? Indubitablement, un Nicolas Demorand n'y retrouverait pas ses petits... Mais pour ma part, je me sens plutôt à l'aise dans cette esquisse d'une société de stakeholders, construction blairiste à peine pondérée par notre propre habitus gaulois ― comme (ne) dirait (pas) Bourdieu... En tout état de cause, la gauche avait besoin de cette journée, de ce discours enthousiaste et optimiste ; elle avait besoin de se voir rappeler qu'accepter les réalités du monde n'est pas le corollaire de l'impuissance politique.

Mais il ne faudrait pas, au final, surestimer la capacité de Ségolène à transformer les gens ou, à tout le moins, à les transformer rapidement. Passant par les toilettes du Hall avant le discours et remarquant, bien malgré moi, que les militants n'en utilisaient pas les lavabos, j'ai pu constater que deux heures d'éducation à l'ordre juste n'avaient eu aucun effet sur ces comportements à l'heure du départ... Encore que ce genre de détail soit plutôt de nature à rassurer mes amis Raphaël M. et Cyceron, également de la fête ce dimanche, ces deux-là se méfiant de la dimension « ordre moral » et « hygiénisme » du ségolisme quand, de toute évidence, ce danger-là est assez lointain. Du blairisme « à la française », on vous dit !

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vendredi 09 février 2007

DSK, Ségolène, la fiscalité et moi...

Le meilleur moyen de ne pas être déçu par le programme du candidat de son choix, c'est de l'élaborer soi-même. Aujourd'hui : les impôts.

Ticket_gagnant_1Les lecteurs réguliers de ce blog s'en souviendront peut-être, la question fiscale n'était pas totalement étrangère à ma décision de lâcher Dominique Strauss-Kahn au profit de Ségolène Royal dans la course à l'investiture socialiste. Agacé par la molletisation rampante de l’ancien ministre des Finances j’avais, courageusement, pris la décision d’accompagner la belle du Poitou dans son processus de blairisation. Il ne s’agissait pourtant pas d’un abandon définitif de l’auteur de la Flamme et la cendre : j’étais convaincu qu’il reprendrait ses esprits à un moment ou un autre...

Le PS étant le parti de la synthèse, cette stratégie circonvolue finit par s’avérer payante. Et l’idée d’un ticket associant les deux fers de lance de la modernisation du socialisme hexagonal est effectivement redevenue plausible. Récemment rabibochés, toujours sur le thème de la gabelle, nos deux camarades dévoilent aujourd'hui un train de propositions fiscales dont la plus frappante ― soit le principe de taxer les revenus des expatriés ― a été piochée directement dans ces colonnes, véritable citerne de pensée officieuse de la campagne.

Dans les semaines qui viennent, je m’occuperai successivement de régler les questions de l’ouverture des magasins le dimanche, du malaise universitaire, de la carte scolaire et des discriminations à l’embauche. Hum, Sarkozy ferait bien d'accélérer la réflexion sur sa reconversion.

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PS : Précisons que ce dispositif affectant les exilés fiscaux a été initié par les Etats-Unis, qu'il intègre une franchise d'un niveau très raisonnable et qu'il est philosophiquement et pratiquement tout à fait défendable. Pour la démonstration complète : "No taxation without representation (et vice versa)"

mercredi 07 février 2007

Flagrants délires (pas drôles)

Du temps de Claude Villers et de Pierre Desproges, les tribunaux radiophoniques étaient désopilants. Avec Nicolas Demorand, ils sont devenus consternants.

ScapegoatJ'ai pris l’habitude, ces dernières années, d'écouter Nicolas Demorand à la radio. Enfin, pas Demorand lui-même, mais plutôt sa réinterprétation des « Matins » ― une version plus dynamique, plus in touch, que les incarnations précédentes de l’émission phare de France Culture.

C'est que ce n’est pas rien, le choix d’une station à écouter au saut du lit ! Et si la fréquence favorite de l’intelligentsia a fini par me séduire, après des siècles d’addiction matutinale à France Inter, c’est précisément par sa capacité à réconcilier le tempo d’une radio d’information et la sérénité d’un vrai lieu de réflexion. Mais Demorand, en vérité, a toujours eu tendance à m’agacer. Sa désinvolture, son côté dandy, sa propension à débattre avec ses invités au lieu de les interviewer, m’ont plus d’une fois fait grommeler sous la douche.

Son transfert sur France Inter devait toutefois me poser un sacré problème d’arbitrage : fallait-il le suivre au royaume des poulets de Loué, au motif que je m’étais accoutumé à ses manières de salonnard trendy ou, au contraire, rester fidèle à la poignée de chroniqueurs du studio d’en face ? Echanger un Alain-Gérard Slama contre un Guy Carlier ? Troquer un Olivier Pastré contre un Jean-Marc Sylvestre ? Remplacer un Alexandre Adler par un Bernard Guetta ? Abandonner un Olivier Duhamel au profit d’une Hélène Jouan ? Présenté comme ça, le choix coulait de source. Et pourtant, et pourtant...

Plusieurs mois après ce bouleversement d’une routine aussi essentielle au bon déroulement de ma journée que ― mens sana in corpore sano ― le jogging que je m’impose dès potron-minet, je suis toujours aussi indécis que l’âne de Buridan, slalomant entre les deux radios sans la moindre loyauté. L’invité d’Inter m’intéresse-t-il particulièrement ? Bing, la démagogie cynique de Carlier m’oblige, séance tenante, à reprendre le chemin de France Culture... Le social-libéralisme rigolard d’Olivier Pastré me donne-t-il matière à réflexion ? Paf, me revoici sur Inter, irrité par les efforts d’Ali Baddou à jouer les doubles de son prédécesseur au lieu de s’inventer une personnalité.

Ce matin, en tout cas, j’étais sur France Inter, attiré par la présence d’un Alain Finkielkraut dont je savais qu’il chercherait à tuer les rumeurs de son ralliement à Sarkozy. Enfin, moi, je le savais. Mais pas Demorand qui, semble-t-il, ne lit pas Le Monde, le quotidien ayant publié un communiqué du philosophe dénonçant comme « fantaisistes » et « sans aucun fondement » les « informations » complaisamment relayées par Le Canard, Libé et le Nouvel Obs.

De fait, l’animateur était surtout très fier d’avoir mis la main sur cet archétype de l’ex-soixante-huitard-acquis-aux-forces-de-la-réaction, digne représentant du sarkozysme sinistre dont on nous rebat tant les oreilles depuis quelques temps. Se préparant joyeusement à l’exécution publique du fossoyeur de la pensée progressiste une fois sa confession obtenue (à défaut de contrition), il devait d'ailleurs commencer, la fine mouche, par lui demander son avis sur la candidate socialiste...

Entendons-nous bien : je ne partage absolument pas la position d’Alain Finkielkraut à l’égard de Ségolène Royal, qu’il sous-estime complètement. Et d’ailleurs, il ne s’agirait pas de la première occasion d’affirmer ici que le philosophe se trompe, sa lecture « ethnique » des émeutes de 2005 me semblant radicalement erronée. Mais cette entreprise de transformation d’un penseur authentiquement libre en crapule réactionnaire, raciste et bushiste ― entreprise dont Demorand se faisait ce matin l’auxiliaire ― doit inquiéter jusqu'à ses détracteurs.

« La rumeur de mon ralliement à Sarkozy, expliquait justement (en substance) le philosophe, sous les dénégations véhémentes de son procureur interviewer, participe d’une logique aussi dégueulasse que transparente. Il suffit qu’André Glucksmann ou Pascal Bruckner annoncent qu’ils roulent pour le ministre de l’Intérieur pour que la machine infernale se mette en branle : les anciens-gauchos-intellos-sionistes favorables à la guerre en Irak ont achevé leur métamorphose. Bref, ils sont devenus des néo-conservateurs américains à passeport français ».

Que Finkielkraut n’ait jamais soutenu, au contraire, l’opération militaire américaine en Irak et qu’il soit possible que des intellectuels français juifs (ou présumés tels) ne soient pas les clones les uns des autres est devenu anecdotique, la liste en son temps concoctée par Frère Tariq servant désormais de grille de lecture de l’échiquier politique français. Et pour les Demorand de ce monde, obsédés par le rangement des uns des autres dans autant de petites boîtes méthodiquement étiquetées, la seule question qui comptait, une fois entérinée, d'assez mauvaise grâce, l’idée que non, décidément, l’homme n’avait pas la moindre intention d’intégrer le comité de soutien à Nicolas Sarkozy, était : « Mais bon sang de bonsoir, êtes vous de droite ou de gauche ? »

Je n’aimerais pas être la place d’Alain Finkielkraut, intellectuel à forte visibilité ayant fait le choix de penser et de dire la complexité du monde en des termes moins binaires qu’un animateur de radio conscient, lui, des impératifs de simplification qu’impose une audience de masse. Et si j'ai moi-même choisi, pour le moment encore, de rester attaché à la gauche officielle, je veux demeurer capable, autant que lui, de réévaluer ces clivages dès qu'ils ne relèvent plus que d’un dogme vide de sens.

A l’inverse de l’auteur de la Défaite de la pensée, donc, je continue de jouer le jeu. Je peux poser un regard pragmatique sur certaines des propositions économiques de l'UMP et déplorer que le PS n'y reconnaisse pas la copie mal digérée d’une démarche social-démocrate sans cesser de voter pour lui. Je peux, volontairement, ignorer l'archaïsme identitaire qui déclenche ces « J’aime pas les riches ! » démagos dans l’espoir que, d’une manière ou d’une autre, une gauche de gouvernement éclairée se débrouillera pour nous conduire au blairisme sans passer par la case Thatcher. Mais je n’en condamne pas moins le discours des orthodoxes qui ne voient plus, en ceux qui se démarquent de leur prêt-à-penser, qu’autant d'ordures droitières.

Alain Finkielkraut, n’en déplaise à Nicolas Demorand ou à n’importe lequel de ses juges autoproclamés, n’est pas un réactionnaire raciste « nostalgique de mai 67 ». Ses fameux commentaires sur l'équipe de France de football, au mieux maladroits, au pire stupides, il s'en est expliqué (et même excusé) soixante-quinze fois à l'inverse d'un Georges Frêche, serial xénophophe assumé. Et l'inviter dans une émission de radio ne devrait pas devenir le moyen, pour tel ou tel animateur-vedette, de s'en prendre à bon compte à l'intégralité des horreurs du monde... Mais peut-être finirais-je par écouter Radio 4, une station sans pub ni tribunaux populaires, pour éviter ce genre de balivernes. Tenant compte du risque toujours présent, évidemment, d'être accusé de bushisme ou pire, de blairisme, cette radio émettant en anglais. Bah, il faut bien prendre des risques de temps en temps.

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samedi 03 février 2007

L'impasse Bayrou

Ok, l'homme a de bons côtés. Mais back on planet Earth, voter Bayrou c'est voter Sarkozy.

Dead_end_1Pour la plupart des grands médias, dont on connaît le panurgisme, la cause est entendue : Ségolène est cuite et le PS en désarroi. Accumulant les « bourdes », desservie par une garde-robe inadaptée, la candidate socialiste serait désormais incapable de se mesurer au sémillant patron de l’UMP ― l'avalanche de propositions ébouriffantes du second ridiculisant les maigres suggestions participatives de la première.

On pouvait pourtant espérer que les blogs, si nombreux à déplorer l’obsession sécuritaire de TF1 en 2002, s'avisent de recentrer le débat ce coup-ci... On pouvait même s’attendre à ce qu'émergent, ici et là, des voix relativisant l’importance des bourdes en question, nos meilleurs spécialistes de la chose nucléaire n’étant pas étrangers non plus au pataquès doctrinaire... Tu parles ! Du côté des one-man media, même motif, même punition : Ségolène est creuse et mal fagotée. Fermez le ban. Il faut dire que les blogs dont l’ambition est de faire autre chose que de se relayer l’un l’autre sont rares, l’endogamie restant aussi prégnante sur le réseau mondial qu’au kiosque du coin.

Loin de moi l’idée de reprocher à qui que ce soit, journaliste, blogueur ou éleveur de volailles, de ne pas apprécier la belle du Poitou et d’estimer que n’importe lequel de ses 72 concurrents est mieux qualifié pour diriger la France. De gustibus et coloribus non est disputandum, assurent les scoliastes. Mais la perspective de voir la campagne du parti auquel j’appartiens se terminer en eau de boudin au prétexte qu'une poignée de « leaders d’opinions » n'est pas mûre pour une candidature féminine à la présidence me donne de l’eczéma (figurativement s’entend : je ne suis heureusement pas sujet à ce genre de désagrément).

Et d’ailleurs, la dernière moutonnerie médiatique du moment (oui, le mot moutonnerie existe bel et bien, n’en déplaise aux contempteurs de la bravitude) me semble aller bien au-delà de la critique standard du ségolisme, puisqu’elle consiste à répandre l’idée que l'espèce de démission symbolique qu’est le vote Bayrou est devenue un « moyen terme » tolérable pour électeurs de gauche désabusés... Là encore, que l’on ne s’y trompe pas : je respecte le président de l’UDF, autant que la manière dont il est parvenu à transformer un agrégat hétéroclite de centristes éclairés et de proto-fachos en « mouvement de progrès ». Invité, comme observateur indépendant, à sa dernière université d’été, j’ai même eu l’occasion de découvrir intuitu personae à quel point le bayrouisme recrute désormais ses militants sur des terres voisines de celles de la social-démocratie.

Mais les chances du bonhomme de l’emporter étant si microscopiques, et le concept même d’une installation à l’Elysée du leader d’un parti ayant choisi de s’aliéner gauche et droite tout en appelant à l’unité nationale Merkel-style si improbable, que tout ralliement à sa cause d’un sympathisant socialiste ressortit nécessairement du symbole. Et dans un monde post-21 avril, les conséquences d’un vote symbolique au premier tour doivent-elles encore être explicitées ?

Que l’on se satisfasse ou non de l’évolution du système vers un bipartisme d’inspiration anglo-saxonne, que l’on soit ou non en phase avec ce dont Ségolène Royal est porteuse, la donne est la suivante : Sarkozy sera au second tour, confronté à quiconque aura également franchi la barre des 18/20% en sa compagnie. Un tremblement de terre est toujours possible, évidemment, comme un match Bové-Le Pen, mais les chances de ne pas voir le ministre de l’Intérieur en finale sont trop ténues pour être prises au sérieux.

Bon, c’est sûr, comme appel à voter PS, on doit pouvoir faire mieux... Mettre un bulletin dans l’urne par dépit, voire par une sorte d’obligation morale d’un autre âge n’a rien d'enthousiasmant. Mais refuser de reprendre le fil de la campagne et d’examiner le détail des propositions bientôt soumises à débat ne serait pas non plus très rationnel.

Mon propos, l’autre jour, était d’affirmer que la « cruchifixion » de la candidate socialiste tenait d’un automatisme réactionnaire adossé à quelques gaffes bien réelles, gaffes dont on a vu qu’elles ne provoquaient pas les mêmes drames chez les porteurs de slips kangourous. Il est aujourd’hui de dénoncer l’intox de ces dernières semaines, cette transformation de celle qui passait pour imbattable en rabatteuse de l'UDF. A ceux qui, trop impatients pour attendre le 11 février, exigent un amuse-bouche un peu plus concret (et n'ont pas totalement abandonné l'idée que les milliers de débats participatifs organisés dans toute la France servaient à quelque chose), je suggère d'aller faire un tour sur un site de campagne assez éloigné de la caricature qui en est faite ici ou là, camarades de Lieu-commun compris.

Mais voter Bayrou, vraiment... Autant voter Sarkozy tout de suite, qu’on s’économise un second tour.

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