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janvier 2007

mercredi 31 janvier 2007

Tout est relatif

« A tous les expatriés qui sont malheureux de la situation de la France et de leur départ, je veux dire : "revenez" ! », a lancé mardi soir le candidat de l'UMP à plus d'un millier de Français de Londres, lors d'une réunion publique dans un ancien marché de la capitale britannique reconverti en salle de conférence. (...) Le meeting a failli tourner à l'émeute lorsque, pour des raisons de sécurité, environ un millier de personnes n'ont pu entrer dans la salle de conférence » . (...)

« Elles ont scandé de dépit "Ségolène ! Ségolène !", le prénom de la candidate socialiste Ségolène Royal, martelé les portes de verre et poussé des hurlements, jusqu'à ce que des "bobbies" (policiers anglais) les dispersent sans ménagement ».

Le Monde (via Jules)

Au final, les Français de Londres sont bel et bien des immigrés. Lorsqu'un célèbre mollah débarque du bled, ils sont forcés de prier dans la rue si le local mis à leur disposition par leur pays d'accueil est trop petit. L'égalité des droits entre Français et étrangers est atteinte.

lundi 29 janvier 2007

Vieilli, usé, fatigué ? Que nenni !

Les quelques fumeurs encore recensés, s'ils avaient enfin décidé de reprendre leur santé en main, risquent d'arbitrer en faveur du vice contre la vertu à la lecture de cette note. Mais qui leur jettera la pierre ?

TortureUne marche de 54 kilomètres, ça n'a l'air de rien. Et quiconque a déjà parcouru une vingtaine de bornes par une belle journée d'été, s'arrêtant ici ou là pour admirer un point de vue ou une chapelle du XIIe siècle avant d'aller déjeuner dans la sympathique petite auberge recommandée par l'oncle Albert, s'imaginera sans doute qu'il s'agit d'une promenade de santé.

Hum... Permettez-moi de vous dire que « quiconque » se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'au coude : participer à la fameuse marche Paris-Mantes est à peu près aussi comparable à une balade en forêt qu'une heure de piscine l'est à la traversée de la Manche à la nage. J'exagère ? Oui. Mais à peine. Troisième « exploit » sportif majeur de ma nouvelle existence de non-fumeur, cette épreuve semble avoir été conçue par un malade mental particulièrement imaginatif. Car enfin, quitter les faubourgs de la capitale à minuit, dans la froidure d'un samedi de janvier, pour rejoindre les confins de l'Ile-de-France en traversant autant de zones pavillonnaires, de rocades et de forêts humides que possible n'est pas exactement une façon normale de passer la nuit. Même pour un insomniaque.

La balade en question, en effet, n'a rien de touristique. La nuit, il fait noir et ce ne sont pas les petites lampes frontales imposées par le règlement qui y changent quelque chose, parole de mineur de fond ! Non, la marche Paris-Mantes est bel et bien une épreuve d'endurance absurde, ne procurant de surcroît aucun des bénéfices post-mortem habituellement associés aux flagellants et autres pénitents remontant je ne sais quels escaliers sur les rotules.

Bon, les premiers vingt kilomètres, en dépit de la fatigue accumulée tout au long de la journée, du froid et de l'humidité, s'étaient plutôt bien passés. M'étant débrouillé pour effectuer ce parcours en compagnie d'une sélection de Chicago boys, j'imaginais que j'en profiterais pour les convaincre de la validité de mon modèle ségolo-bockelo-scandinave d'économie socialo-libérale. Tu parles ! Concentré sur mon effort, fatigué par une journée ayant commencé aux alentours de six heures du matin, j'allais vite déchanter. Pour autant, je m'étais bien lancé, sous les encouragements du petit Joe Jackson ayant élu domicile à l'intérieur de mon lecteur MP3, dans une courte séance de jogging, histoire de ne pas passer pour un rigolo aux côtés des quelques furieux faisant tout le trajet en courant... Quelle erreur ! La marche et la course sollicitant apparemment des segments différents de l'appareil musculaire humain, j'aurais mieux fait de conserver la même allure jusqu'à Mantes, le grand Oscar Wilde ayant probablement découvert l'importance d'être constant à la suite d'un exercice de ce genre...

Au total, je devais  passer plus de neuf heures (9h31 pour être précis) à battre le pavé, passant les ultimes vingt kilomètres à me lamenter et à jurer (mais un peu tard) qu'on ne m'y prendrait plus. Les deux dernières heures allaient même être les plus pénibles psychologiquement, les estimations contradictoires des uns et des autres sur la distance restant à parcourir étant un excellent moyen de casser le moral de l'amateur de faits concrets que je suis :

Jumeauville, c'est à combien de kilomètres ?
Oh, 4 ou 5. Maximum 6... On y est presque...

Mais une heure plus tard, un autre habitué de l'épreuve vous assurait, la main sur le coeur, que les premières maisons de cette étape majeure de la compétition seraient visibles d'ici deux ou trois kilomètres, bouleversant tous vos calculs de réserve d'endurance et démolissant ce qui vous restait de moral.

L'interminable entrée dans Mantes semble d'ailleurs tout spécialement organisée pour briser les esprits forts dans mon genre. Un panneau routier vous indique-t-il que vous venez de pénétrer dans la commune ? Un autre vous informe que votre destination est en fait « Mantes-la-Jolie », trois bornes plus avant ! Entrez-vous enfin dans Mantes-la-Jolie ? C''est pour mieux négocier la dizaine de virages et de chicanes vous empêchant de voir l'arche d'arrivée et de savoir, concrètement, combien de temps cette séance de torture doit encore durer. Même le passage de la ligne proprement dite est un enfer, les officiels vous orientant alors vers un lointain gymnase pour la remise d'étranges médailles en forme de semelle cloutée...

Mais j'ai l'air de me plaindre, comme ça, de regretter d'avoir passé ma nuit de samedi à dimanche en enfer quand, en réalité, je suis franchement fier de moi et de cette nouvelle célébration de ma capacité à laisser tomber la clope, sans même attendre les injonctions chiraquiennes, et à me transformer en sportif accompli. Ni vieilli (même s'il se trouve que la fameuse nuit était également celle de mon anniversaire), ni usé, ni fatigué (enfin, un peu quand même), j'en viendrais même à recommander à tout un chacun de tenter l'aventure l'an prochain. En ce qui me concerne, toutefois, une fois suffit : comme disait Torquemada, rien n'est plus ennuyeux plus que le manque de créativité dans l'exercice de la torture.

© Commentaires & vaticinations

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PS : Je tiens à évoquer ici la dame au blouson multicolore sans laquelle je me serais peut-être jeté sous le pont ferroviaire de Mantes-la-Jolie au lieu de parcourir le dernier kilomètre (ou les deux derniers ? Ou les trois ?), épuisé et vidé que j'étais... Cette sympathique mantaise avait en effet décidé de m'aider à franchir la ligne d'arrivée en marchant à mes côtés et en bavardant pour me distraire. En la remerciant, je lui ai dit que je me souviendrais d'elle toute ma vie et c'était sans doute vrai !

PPS : Etant enfin parvenu, le jour même de la marche, à faire fonctionner le lecteur MP3 reçu à Noël, j'ai également été assisté dans mon effort par de moins anonymes supporters dont voici la liste : Genesis : Fox-Trot et Trespass ; Leonard Cohen : Ten New Songs et Dear Heather; Tom Waits : One From The Heart ; Joe Jackson : Big World ; Bob Dylan : Desire. Il est possible que les plus jeunes de mes lecteurs n'aient jamais entendu parler d'une telle play-list. Mais ont-ils jamais marché 54 kilomètres ?

vendredi 26 janvier 2007

What makes them so different ?

Quels que soient les indicateurs socio-économiques considérés, un petit groupe de pays truste systématiquement la tête des classements. Mais quel est donc leur secret ? [attention : texte ridiculement saturé de liens !]

Hagar_1Ils sont généralement plus riches que les uns, mais plus généreux que les autres. Ils ont tendance à travailler davantage et plus longtemps que le reste d'entre nous, même s’ils refusent de s’en plaindre. Ils n’aiment guère s’endetter, gèrent leurs comptes avec rigueur et investissent massivement dans l’avenir. Il faut dire que l’avenir justement, ils adorent : Internet, les télécoms, tout ça, c’est vraiment leur truc...

Enfin, c’est leur truc, mais pas leur seul truc. Parce qu’ils savent qu’ils vivront longtemps, ils ont choisi d’évoluer dans un environnement préservé. Et parce qu’ils ont le sens de la justice, ils n’apprécient ni les discriminations, ni les inégalités trop criantes. D’ailleurs, ils refusent catégoriquement de sacrifier la probité à l’efficacité, n’hésitant pas à dénoncer la moindre entorse à ce principe. Et tout ça leur profite, au bout du compte, leurs perspectives restant excellentes. Tellement excellentes, en fait, qu’ils ont fini par se faire remarquer...

Bon, ils ont bien quelques défauts : il leur arrive de boire plus que de raison et n’ont peut-être pas, au moins pour quelques uns d’entre eux, un immense respect pour les baleines. Mais au final, il est légitime de se demander ce que peut bien être le secret de leur incontestable réussite. « Ils », c’est ce petit groupe de nations indistinctement et improprement qualifié, selon les contextes, de Scandinavie ou de « pays nordiques » ― un petit groupe de nations trustant régulièrement les meilleures places des classements socio-économiques mondiaux.

Ce fameux secret tient-il à leur « histoire commune », à ces siècles passés à s’envahir l’un l’autre ? Faut-il plutôt regarder du côté de leur proximité culturelle, religieuse ou, parfois, linguistique ? L’explication passe-t-elle par l'excentricité de leur géographie ou la rudesse de leur climat ? Pourquoi pas... Tout est possible. Mais pour ma part, et compte tenu du fossé qui sépare une monarchie pétrolière comme la Norvège d’un micro-Etat de marins-pêcheurs comme l’Islande, je serais plutôt tenté d’insister sur ce qui les distingue. Proches mais différents. Et même, plus différents que proches.

Encore que tout ça, finalement, n’ait plus vraiment d’importance au moment d’examiner la dynamique objective d'une performance « mesurable ». Si le pays A, que sa « culture » n’incite pas « naturellement » à prendre telle ou telle décision stratégique, observant les succès du pays B, joue les imitateurs, les mêmes causes ont des chances de produire les mêmes effets. L’Espagne, latine et brouillonne, n’est-elle pas en train de se scandinaviser en termes de production d’énergies renouvelables ? Et l’Irlande, celtique et frondeuse ? N’a-t-elle pas sacrifié sans sourciller son passé de productrice de gigot-pomme de terre pour mieux jouer les dragons Hi-Tech ?

Clairement, les succès de la Suède, du Danemark, de la Norvège, de l’Islande ou de la Finlande sont fondés, plus que sur une mythologie commune ou un faible pour l’aquavit, sur l’adoption d’un modèle social et économique parfaitement identifié. Et ni la taille de la population, ni les choix institutionnels totalement disparates de ces différents pays n’en faisaient les terres d’élection logiques de la social-démocratie ― désignation politique du secret en question.

La France des Trente Glorieuses, décrite par Jacques Marseille  comme « une Pologne qui aurait réussi », ressemble de plus en plus à une Suède qui aurait échoué depuis sa glissade dans les Trentes Piteuses. Désormais affligée des mêmes cancers économiques que n’importe quelle Amérique ― working poors, SDF, minorités visibles en colère... ― elle tente de se convaincre qu’il lui suffirait de piocher dans ses vieilles recettes pour échapper à la course du monde.

Sa droite, intuitivement protectionniste et conservatrice, à beau s’être récemment rassemblée derrière un libéral d’opérette, elle n’est certainement pas prête à accepter les bouleversements qu’impliquerait l’émergence d'une société du mérite individuel et du dynamisme. Sa gauche, enferrée dans une quête du Grand Soir aux accents de plus en plus religieux, n’imagine plus le moindre « moyen terme », le moindre purgatoire meublé par Ikéa à l’intérieur duquel il serait somme toute plaisant de séjourner un ou deux siècles.

Incorrigible optimiste, je n'ai pas encore abandonné l'espoir de voir le PS, entraîné par une Ségolène temporairement à la peine, réaffirmer sa vocation à suivre l'exemple de ceux qui réussissent sur tous les tableaux. Et s'il faut bien, pour ce faire, rompre définitivement avec ceux qui vont chercher leurs modèles plus au sud, so be it. Il n'est pas question, évidemment, d'importer je ne sais quel kit socdem passe-partout : la patrie du camembert et de l'universalisme révolutionnaire a d'autres ambitions qu'un confort pépère en pin massif. Mais il s'agirait au moins d'élaborer notre propre version d'une économie solidaire mais efficace, juste mais dynamique, flexible mais rassurante, nos amis vikings ayant largement démontré à quel point ces termes n'étaient pas antinomiques. Une Suède oui, mais en plus rock'n'roll, quoi.

Et franchement, ça ne vous dirait pas de jouer à nouveau les modèles ?

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mercredi 24 janvier 2007

Un lifting pour Lieu-commun

Lc_2Lieu-commun, l'agrégateur de blogs bien connu, vient d'être relifté. Il continue de réunir les articles de ceux que les grands médias présentent régulièrement comme la « crème » de la blogosphère mais proposera également, en bonus, des billets spécifiques et des podcasts.

Sur ce dernier point, une première expérience de « radio Lieu-commun » a été tentée il y a quelques jours et ses fruits seront mis en ligne incessamment. Les sujets abordés risquent d'être un peu défraîchis mais, hey, la crème doit bien s'attendre à tourner...

mardi 23 janvier 2007

Le premier défaut de Ségolène

Bien plus que son « compagnon », c'est l'archaïsme idéologique du PS qui reste le « premier défaut » de Ségolène. La démocratie participative permettra-t-elle de remettre la gauche sur les rails de la modernité ?

Caveman_1Parcourant, hier soir, l'interview accordée par Nicolas Sarkozy au Monde tout en écoutant François Hollande sur France Inter, j’avoue avoir eu du mal à arbitrer entre loyauté militante et sens critique... D’un côté, un homme de droite parfois présenté comme une menace pour la République reprenait à son compte, les uns après les autres, les arguments régulièrement exposés sur ce blog en matière de fiscalité, de temps de travail, de contrôle des dépenses publiques, voire d’autonomie des universités ; de l’autre, un prince consort embarrassé cherchait, sans y parvenir, à réconcilier les archaïsmes d’un appareil de parti fatigué et les propositions iconoclastes de sa propre candidate à la présidentielle.

Bon, à la vérité, ce n’est pas la première fois que je m’interroge sur ma position exacte sur un échiquier politique à peu près aussi mobile que le masque de cire qui sert désormais de visage à Régine. Social-démocrate, membre du PS et radicalement étranger à la culture poujado-terrienne qui est le socle idéologique de la droite française, je n’ai aucun complexe à affirmer mon appartenance à la gauche « au sens large » ― celle, qui débarrassée du carcan provincial dans lequel certains de mes camarades voudraient bien l’enfermer, ne renvoie pas le mot « libéral » au dictionnaire des gros mots, a de l’estime pour les Démocrates américains, confesse du respect pour le Labour britannique et clame son admiration pour les socialistes scandinaves.

Ce n’est pas la première fois, donc, mais à quelques semaines d’une élection présidentielle un peu particulière, mon sentiment d’impatience à l’égard de l’appareil censé porter les espoirs d’un changement réel à tendance à s’exacerber. Clairement, les propos de Sarkozy, s’ils passeraient inaperçus dans n’importe quel « manifesto » travailliste, ne choquent personne non plus dans les cercles de la gauche « qui pense » ― soit le pendant antonymique de cette gauche qui se contente de réagir conformément au dogme sur tout et n’importe quoi. Et ni DSK, ni Bockel, ni Migaud, ni les milliers de militants ou de sympathisants socialistes que leur expérience personnelle ou leur parcours professionnel incite régulièrement à réviser leurs positions sur la nature de l’univers dans lequel nous évoluons, ne sont véritablement persuadés que le non-remplacement de tous les fonctionnaires partant en retraite est le premier pas vers la dictature...

Las, empêtrée dans les marais d’un « projet » ridicule, cette gauche qui pense accepte de placer son cerveau sur pause, au risque de confier les clés du pays à un homme qui, s’il n’est pas le diable incarné, a toutes les chances de se révéler un nouveau Chirac, roi de la promesse ramasse-tout et du dynamisme factice. Aux commandes depuis des lustres, le ministre de l’Intérieur ne sera évidemment pas l’homme de la relance qu’il n’a pas été capable de provoquer jusqu’ici. Pas plus que l’ami Jacquot, champion de la fracture sociale en 95, n’est en mesure de nous dire, au soir de sa vie politique, en quoi il aura été utile au pays.

Mon pari de « ségoliste », je l’ai déjà expliqué aux sceptiques qui passent par ici, consiste à considérer que l’approche différente de la belle du Poitou est à peu près le seul moyen de redresser la barre et de contourner les réflexes d’appareil. Et cette idée de « démocratie participative », loin d’être un gadget, doit permettre de faire circuler, du bas vers le haut, des concepts jugés aussi décoiffants rue de Solférino qu’évidents chez un Français lambda beaucoup plus subtil que ne le l'imagine François Hollande...

Reste à savoir si la candidate aura réellement le courage, la volonté et la force de se servir de ce levier pour renvoyer les archéos à leur préhistoire et Sarkozy à sa carrière d’organisateur de spectacles. Je le souhaite, mais un doute subsiste, la dernière vraie chance de modernisation conjointe du PS et de la France ayant été absurdement rejetée en son temps...

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PS qui n'a rien à voir : En ce qui me concerne, j'éprouve une grande sympathie pour le Québec et les Québécois et je ne trouve pas abracadabrantesque que Ségolène Royal ― ou Chirac lui-même en 1995 ― n'hésite pas à exprimer un sentiment de même nature pour nos cousins d'Amérique lorsque la question lui est posée. Ce qui ne m'empêche pas, comme les deux sus-cités, de considérer que l'avenir des habitants de la Belle-Province est leur affaire et leur affaire seulement. Jusqu'à nouvel ordre, ils souhaitent rester canadiens. Quant à cette nouvelle polémique en carton, elle devrait rapidement faire pschitt...

jeudi 18 janvier 2007

Going native

Le correspondant du Times à Paris nous aime. Formidable ! Mais il fait désormais preuve d'indulgence pour notre approche de la fiscalité. Est-il temps pour lui de changer d'affectation ?

FrogJ'ai beau ne pas déborder d’affection pour le Times, cette espèce de Figaro londonien, j'apprécie beaucoup le blog de son correspondant parisien, Charles Bremner. D'abord parce qu'il est informatif et plutôt bien écrit, mais surtout parce qu’il est manifestement l'œuvre d’un authentique francophile.

Or la francophilie, dans le contexte de la presse britannique, est presque une aberration. Et la moindre évocation des Français par un membre de la NUJ dans l'exercice de ses fonctions est invariablement encombrée de clichés sur leur absence d’hygiène, leur refus du respect des règles ou leurs manières étranges... Le lecteur de Manchester et de Birmingham, d’ailleurs, serait presque déçu si ces lieux communs xénophobes ne lui étaient pas servis à intervalles réguliers ― qu’il soit amateur de vulgarité tapageuse (The Sun) ou de condescendance amusée (The Economist).

Bon, à la décharge de mes confrères d’outre-Manche, les clichés en question ne sont pas totalement dénués de fondement, même si nous faisons désormais de gros efforts en matière de renouvellement de sous-vêtements. Mais au final, et même un traître à la patrie tel que moi est forcé de l’admettre, ce systématisme dans la raillerie frise souvent l’insupportable. D’autant plus que la réciproque n’est pas vraie, l’anglophilie, voire l’anglomanie de nos propres plumitifs étant légendaire. Et si ces derniers ne rechignent pas non plus à l’usage de la caricature à l’égard de nos voisins du dessus, le profil du gentleman en chapeau melon est tout de même plus valorisant que celui du quasi-clodo en tricot marin et béret basque censé être notre marque de fabrique...

Le blog de Charles Bremner ― et je dis bien le blog, dans la mesure où ses articles « officiels » sacrifient parfois à la tradition, à moins qu’ils ne soient retravaillés sans son consentement par quelque rewriter allergique à l’ail ― est d’une toute autre nature. L’homme, c’est une évidence, aime la France. Il l’aime même au point de ne pas considérer, comme la plupart de ses compatriotes, qu’elle serait encore plus formidable sans les Français. Du coup, il lui arrive parfois d’aller au-delà du raisonnable dans les interprétations rationnalisantes qu’il propose à ses lecteurs de nos mystérieuses petites intrigues. Dernier exemple en date : l’affaire des « riches à 4 000 euros » et ses contorsions embarrassées visant à expliquer pourquoi le salaire d’une infirmière britannique en milieu de carrière fait de vous un affreux capitaliste dans l’Hexagone...

Les Français ne le savent pas toujours, qui voyagent peu à l’étranger, mais leurs salaires directs sont parmi les plus faibles du « premier monde ». Pas leurs coûts salariaux, évidemment, qui restent les mêmes que dans la plupart des pays comparables en termes de PIB par habitant, mais bien ce qui leur reste après déduction de l’ensemble des cotisations versées à tout un tas d’organismes aux finalités obscures. Et il n’est pas rare, pour un étranger amené à travailler en France, d’être surpris, sinon choqué, par la faiblesse des émoluments qui lui seront proposés en plus de ses Tickets Restaurant.

Mais si Charles Bremner mentionne l’existence de ces prélèvements en indiquant qu’ils représentent quelque 20% du salaire nominal d’un Français, il semble faire l'impasse les « charges patronales », la fameuse « face cachée » du bulletin de salaire. Pour autant, le concept même de « charges patronales » n'est qu’une vaste fumisterie, le salarié devant nécessairement produire suffisamment de richesses pour couvrir la totalité de la dépense le concernant pour être employable (l’idéal est même qu’il produise un peu plus si un minimum de profit est envisagé). Par voie de conséquence, ce n’est pas de 20% mais de 60% de son revenu théorique qu’il se trouve privé. Et à coûts salariaux globaux identiques en France et en Grande-Bretagne, le Gaulois recevra 40 quand le Grand-Breton touchera 80, confirme l'OCDE. Inutile de préciser lequel de nos deux amis sera capable d’investir dans une longère périgourdine facilement accessible via EasyJet.

Attention, explique encore Charles Bremner à ses lecteurs : ce système a priori confiscatoire, pour parler comme le premier sarkozyste venu, correspond en réalité à un choix de société, les Français étant généralement d’accord pour permettre à un Etat avisé de dépenser à leur place l’argent qu’ils gagnent. S'ensuit d'ailleurs le portrait d’une France à la limite de la suédisation, avec ses services de santé haut de gamme et ses retraites confortables... Hum : le hic, c’est qu'un pays comme la Suède, comparable à la France en termes de pression fiscale, fait rarement la Une des journaux ― même britanniques ― pour ses campings urbains, ses banlieues déshéritées en révolte, son chômage de masse, l'absence de pérennité de son système de pension ou ses écoles en ébullition.

Moi-même, social-démocrate bon teint, je ne verrais pas le moindre inconvénient à ce que mon gouvernement prélève et redistribue quelque 50% du PIB si les résultats étaient au rendez-vous et permettaient, effectivement, de bâtir le modèle à la fois compétitif et solidaire dont bénéficient Suédois ou Danois. Mais l’idée d'alimenter, chaque mois, la vingtaine d’organismes aux sigles abscons qui se bousculent sur ma fiche de paye sans cesser d'enjamber, pour me rendre au boulot, le même nombre de SDF qu’un habitant de San Francisco me semble de plus en plus grotesque.

Le débat sur la « fortune » du duo Royal-Hollande, fortune dont il n'est pas certain qu'elle lui permettrait d'investir dans une maison Phénix en banlieue d'Oxford, illustre bien cette dérive. Tout comme la transformation d'un revenu mensuel de 4 000 euros en symbole d’une richesse insolente quand le vrai scandale se situe plutôt du côté du niveau inacceptable des salaires directs, d'une structure fiscale faisant reposer l’essentiel du financement du pays sur le travail et, surtout, de l'inefficacité croissante de la dépense publique.

Au final, je n’en veux pas vraiment à Charles Bremner, dont je continuerai d'apprécier l’humour et, à la vérité, le tact. Mais peut-être s'est-il laissé aller, insensiblement, à adopter jusqu'aux modes de pensée les plus idiosyncratiques de ceux qu'il était venu observer. Et si, reprenant ses esprits, le correspondant du Times décidait d’aller explorer une contrée nouvelle, souhaitons qu'il s'agisse, justement, de la Suède ou du Danemark et que son nouveau blog devienne l’ordinaire de nos élites. Qui sait, elles en tireront peut-être quelques leçons...

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lundi 15 janvier 2007

Combien faut-il de Nicolas Sarkozy pour changer une ampoule ?

Nicolas Sarkozy est un formidable entertainer. Et il serait dommage que nous soyons privés d'un talent pareil une fois Ségolène installée à l'Elysée*.

ClocloSi Claude François, un chanteur populaire de la deuxième moitié du XXe siècle, n'était pas mort prématurément, il serait devenu animateur de télévision. C'est du moins ce qu'assurent, invariablement, ses camarades survivants lorsque, invités à lui rendre hommage à l’occasion de la sortie d’une énième compilation de ses plus grands succès, ils vantent « le sens du spectacle et de l’organisation » du fondateur des Clodettes.

Je ne me prononcerai pas ici sur les qualités vocales ou chorégraphiques de ce petit homme énergique et déterminé, mes goûts en ces domaines ne recoupant guère les siens. Mais sa réputation de showman rigoureux, sa recherche légendaire de la perfection, comme son professionnalisme pointilleux l’autorisaient vraisemblablement à envisager ce type de reconversion, l’âge venant. Las, le sens de la scène n’étant pas toujours le corollaire d’un solide esprit pratique, une stupide histoire d’ampoule électrique et de baignoire devait priver la France des fabuleux duels d'audience qu'elle était pourtant en droit d'escompter, chaque samedi soir, entre Patrick Sébastien et l’auteur de « Comme d'habitude ».

Si Nicolas Sarkozy, un ministre de l’Intérieur de la première moitié du XXIe siècle, n’est pas élu président de la République en avril prochain, il pourrait avantageusement tenter une carrière de présentateur d"émissions de variétés, son goût du spectacle et de la performance scénique lui conférant de sérieux atouts dans la perspective d’une explosion de la demande de contenus télévisuels.

L’université d’été de l’UMP, déjà, nous avait permis de prendre la mesure de son talent : cette fiesta d’envergure hollywoodienne, cette concentration des plus grands artistes du moment, cette formidable communion transgénérationnelle... Un vrai prime time pour TF1 ! Et pour cause... Mais son passage chez Arlette Chabot, pour trois heures d’une émission de plateau captivante, avait également confirmé l'âme d’animateur de talk show du président de l’UMP ― cette capacité à passer du rire aux larmes (et réciproquement) étant la marque des professionnels authentiques.

Pour autant, c’est sa prestation de dimanche, véritable festival d’émotion et de passion, qui marquera vraiment les mémoires, cette mise en scène irréprochable, cette myriade de guest stars prestigieuses et cette débauche de moyens techniques étant réminiscente des meilleurs concerts de Johnny « Guillaume Tell » Hallyday. Avouons-le : nous étions loin, très loin, de la modeste excursion rurale entreprise par Ségolène Royal le même jour, à l’occasion de l’inauguration d’une presse à huile dans une fermette anonyme...

Clairement, une fois la belle du Poitou installée à l’Elysée, le charisme et la présence magnétique de Nicolas Sarkozy seront naturellement transférables au petit écran, Michel Drucker lui-même ayant enregistré une baisse de l’audience de son proramme dominical pendant le show de la porte de Versailles. Il faudra pourtant que le patron de l'UMP, s’il accepte cette reconversion, ignore les invitations à un week-end vin chaud-fondue que pourrait lancer son ami Johnny. La nouvelle résidence montagnarde du vieux rocker étant notoirement équipée de très nombreuses salles de bain, le risque d'un accident de baignoire ne saurait être écarté...

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vendredi 12 janvier 2007

Ségo-DSK : extension du domaine de l'amnistie

Ségolène étant, hélas, susceptible d'accorder son pardon aux pécheurs routiers, il est logique qu'elle se montre magnanime à l'égard de DSK. La doctrine fiscale du PS ne s'en portera que mieux...

AdoubementFinalement, je me demande s'il ne faut pas se féliciter de la déclaration de guerre lancée à la Suisse, dans l'un des accès de fureur vengeresse dont il est coutumier, par notre archange de la Terreur préféré. Furieux de voir Johnny Hallyday franchir les Alpes sans passer par Varennes, Arnaud Montebourg s’était en effet autoproclamé « spécialiste de la chose fiscale » au sein du team Ségolène. Un spécialiste capable d’interpréter l’installation du siège européen d’une entreprise américaine ailleurs qu’en France comme de la « prédation » de la part du pays d’accueil, certes, mais un spécialiste tout de même... Et dans le même ordre idée, je ne suis pas loin de penser que la sortie ridicule de François Hollande sur ces « riches à 4 000 euros par mois » auxquels il faudra bien faire rendre gorge, était un joli cadeau à faire à une belle du Poitou en phase de constitution de son équipe première.

Je m'explique. La fiscalité est, avec la délinquance, l’un des terrains de chasse favoris des démagogues ― professionnels ou amateurs. Et rien n’est plus apte à déclencher les passions de comptoir que la désignation à la vindicte populaire du « profiteur » ou du « privilégié » échappant à la gabelle par la ruse et la duplicité. Loin de moi, évidemment, l’idée de défendre le profiteur ou le privilégié en question, mon point de vue sur l’un et l’autre ayant été longuement développé dans ces colonnes. Mon soutien sans faille à l’expression de la solidarité citoyenne que représente un impôt juste et proportionné ne m’entraînera jamais, pour autant, sur les chemins cabossés du baratin populiste testé, dans des registres différents, par les camarades Montebourg et Hollande.

Mais pour en revenir aux conséquences positives de ces dérives, le retour de Dominique Strauss-Kahn sur le devant de la scène ― comme sa réconciliation implicite avec Ségolène ― est l’une des meilleures nouvelles politiques de ces derniers jours. Bien entendu, ce rapprochement était inévitable, mon concept d’un DSK Premier ministre en 2007 étant plus valide que jamais. Mais les circonstances pouvant y conduire restaient floues et l'importation, en contrebande, de principes de taxation élaborés place du Colonel Fabien l'ont rendu clairement indispensable.

Mettant son amertume dans sa poche, un mouchoir rose par-dessus, le meilleur locataire de Bercy du dernier millénaire a donc accepté de remettre un peu de cohérence dans la doctrine fiscale du Parti Socialiste. Chargé d’un rapport sur « l'efficacité de la dépense publique » et sur « la réforme du système de prélèvements », il devrait être capable de proposer quelque chose d’un peu plus subtil et sophistiqué que les camarades cités plus haut... Encore que, encore que... Les lecteurs attentifs de ce blog s’en souviennent peut-être, les questions fiscales n’étaient pas été totalement étrangères à ma décision de changer de cheval dans la course à l’investiture. Bah, ayant redécouvert, au fil des mois, la fibre social-démocrate qui l’avait rendu si populaire auprès des bobos dans mon genre, l’ami Dominique devrait être capable de conserver le cap défini en 2002.

Je titrais l’autre jour, et pour m’en plaindre, sur le Retour de Dieu. Je conclus aujourd’hui, avec satisfaction, sur le retour de DSK ; un retour que je n’avais jamais cessé d’escompter. Qui a dit que mon athéisme de niveau 6 sur l’échelle de Dawkins me rendait incapable d’un acte de foi ?

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mercredi 10 janvier 2007

Amnistie infranationale

Mon mépris pour les feux rouges ne fait pas de moi l'avocat idéal d'une élimination de l'amnistie électorale ― une micro-exception que le monde ne nous envie pas. Mais, assumant sans regimber les suites pécuniaires de mes turpitudes cyclistes, je ne suis pas le plus mal placé pour en parler...

Grand_pardonChaque élection présidentielle est l’occasion, pour le nouvel occupant de l’Elysée, de s’attirer la sympathie des piliers de bistrots n’ayant pas voté pour lui en effaçant l’ardoise de leurs infractions au code de la route. Cette pratique, censée s’inscrire dans une certaine «  tradition républicaine », pourrait sembler totalement anachronique à l’heure du permis à points et de la lutte contre les « incivilités » au sens large. Et force est de constater que, d’échéance suprême en échéance suprême, le champ de l’amnistie post-électorale s’est réduit comme une peau de chagrin depuis son introduction, en 1958 (date qui, incidemment, indique à quel point la fameuse « tradition » est loin de remonter jusqu’à la nuit des temps).

Les premières années, les choses se passaient à la bonne franquette : stationnement illégal, conduite en état d’ivresse, dépassement de vitesse ou écrasement de piéton n’étaient appréciés qu’en tant qu’effets secondaires bénins d’une civilisation automobile décrite comme l'étape ultime du développement humain. En conséquence, rien ni personne ne s’opposait au passage par profits et pertes des procédures engagées à l’encontre d’automobilistes suffisamment crétins pour s’être laissés coincer par une maréchaussée particulièrement bienveillante.

En 1974, Valéry Giscard d’Estaing allait pourtant faire une première entorse à la pratique en décidant que, non, vraiment, provoquer un accident mortel après avoir bu n’était pas amnistiable. Conduire bourré, passe encore ; écrabouiller une petite vieille, d’accord. Mais les deux en même temps, pas question ! Las, il fallut encore attendre la réélection de Jacques Chirac, en 2002, pour que la mesure soit enfin limitée aux seuls PV de stationnement ; et se placer dans la perspective de la présidentielle 2007 pour que l’élimination pure et simple du concept soit envisagée par certains des candidats...

Le ségoliste que je suis a du mal à l’accepter, la belle du Poitou ne fait pas partie de ce petit groupe d’iconoclastes. Et si Nicolas Sarkozy et François Bayrou, interrogés par Auto Plus, se sont clairement exprimés contre l’amnistie, la candidate socialiste est restée dans le flou, précisant que  sa « réflexion se poursuivait ». Du côté des franchement « pour », on ne retrouve d’ailleurs plus que les défenseurs attitrés des « petites gens », convaincus que la démagogie est le seul moyen de rester en phase avec un électorat présumé incapable de réfléchir hors des dogmes.

Olivier Besancenot, Marie-Georges Buffet et Jean-Marie Le Pen, questionnés sur ce thème, se sont donc prononcés en faveur du pardon des péchés motorisés, y ajoutant toutefois, chacun dans son style, une petite précision bienvenue. Ainsi, pour le facteur joufflu, le stationnement payant participant logiquement de la lutte des classes en frappant riches et pauvres de la même manière, il est préférable de ne punir que les excès de vitesse. La candidate de la gauche antilibérale réduite aux acquêts, elle, reste hostile aux affreux personnages s’appropriant les emplacements réservés aux handicapés, le stationnement sur un passage pour piétons, par exemple, ne lui semblant pas aussi condamnable... Quant au borgne, plus giscardien que jamais, ce qui n’est pas étonnant puisqu’il se définit désormais comme un homme du « centre droit », il prône carrément le retour à la version 1974 de l’amnistie, toute infraction routière n’entraînant ni la mort ni l’hospitalisation d’une victime devant être effacée...

Le concept de « contravention » n’a jamais été présenté, en France, comme la conséquence logique du non-respect d’une règle ― règle pourtant établie au nom du bien commun. Au pays de Montesquieu, l’esprit des lois reste lettre morte et le PV généralement perçu comme une brimade, voire comme le moyen diabolique de remplir les caisses d’un Etat-sangsue. Que l’introduction du stationnement payant en ville résulte d’une réflexion globale sur l’urbanisme, la pollution, la mobilité ou la gestion de l’espace collectif ne fait tout simplement pas partie de l’équation. Et d'ailleurs, pourquoi les Français auraient-ils une autre attitude dans ce domaine, quand le premier élu local venu se fait fort de faire « sauter » vos « prunes » sur simple demandeA charge de revanche, évidemment, cher administré ! »).

Mais ce clientélisme ― comme l’entretien de l'ignorance sur le sens du respect de la règle ― ne serait rien s’il n’avait pour conséquence de peser négativement sur les statistiques de la sécurité routière, chaque échéance présidentielle étant attendue avec la même impatience par les chauffards que l’ouverture de la chasse par mon ami Christophe du P.

Jacques Chirac, dont on connaît le bilan, ou plutôt l’absence de bilan, ne laissera derrière-lui, au-delà d'un musée potentiellement éponyme, qu’un seul résultat positif : la baisse de la mortalité routière par la mise en place d’une politique d’information des conducteurs et de répression des comportements dangereux. 43% de baisse des accidents mortels et le passage sous le seuil des 5 000 victimes en 2005, ce n’est pas rien ! Et son successeur à l’Elysée, s’il a du pain sur la planche dans à peu près tous les domaines, ferait bien de préserver cet acquis-là. Ségolène, si le vacarme de la circulation boulevard Saint-Germain ne t’empêche pas d’entendre cette suggestion hautement participative à ton effort de campagne : on your bike !

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lundi 08 janvier 2007

Le retour de Dieu

Si Dieu n'existe pas, quel est ce vieux barbu qui frappe à la porte avec tant d'insistance ― les armes à la main ?

DieuRichard Dawkins serait probablement étonné d’apprendre que son dernier livre, The God Delusion, m'a été offert à Noël par ma belle-sœur. Que ce vade-mecum de l'athéisme puisse être considéré, par une catholique pratiquante, comme un moyen acceptable de célébrer la naissance de Jésus est en effet assez surprenant. Mais c’est sans doute que ma belle-sœur conserve de sa formation en biologie, outre un abonnement au New Scientist, un intérêt suffisamment vif pour la nature des choses pour ne pas se satisfaire des explications cosmogoniques de son directeur de conscience...

Pour autant, Richard Dawkins n’aurait que faire de ces justifications, l’évolutionniste en chef de l’université d’Oxford n’ayant qu’un respect limité pour les esprits censément rationnels affirmant concilier démarche scientifique et croyance en un Dieu « personnel » créateur de toute chose, observateur attentif de nos misérables existences et réceptif aux suppliques adressées à ses différents collaborateurs.

J’appartiens à la même catégorie que ce professionnel du rappel du caractère hautement improbable d’une responsabilité divine dans la Création. Sur l’échelle de 1 à 7 dont il est le promoteur, et dont le premier degré implique une foi sans équivoque, je me situerais du côté du 6 ― soit l'échelon sur lequel se trouvent rassemblés les athées nominaux conservant une micro-place au doute.

Car enfin, et en dépit de l’appel à l’hypocrisie du pari de Pascal, il est devenu délicat, pour quiconque fait le choix de « penser », de feindre d’ignorer Darwin, entre autres, pour conserver une chance de séjourner au paradis. Démontant, les unes après les autres, les aberrations inhérentes à tout discours religieux, Dawkins s'insurge d'ailleurs violemment contre la faiblesse morale des « savants » qui sacrifient, trop souvent encore, leur sens critique à la paix des ménages (Des noms ! Des noms !).

Il n’aurait aucun sens de reprendre ici, un à un, les arguments d’un homme pragmatique et plein d’humour, rien de véritablement nouveau, au sens d’une éventuelle « révélation » laïque, n’étant à découvrir au long des 416 pages de ce livre. Disons seulement qu'ils viendront conforter les libres penseurs érudits, éclairer les athées intuitifs, troubler les agnostiques et faire s’étrangler de rage les croyants de toutes obédiences (catholiques, musulmans, juifs ou adorateurs de la licorne rose invisible...).

Mais en dépit de l’agacement de Dawkins pour la faiblesse de ceux qui, sous nos latitudes, affectent d’adosser leurs valeurs à des mythes à peu près aussi valides que celui de la petite souris ou du père Noël, l’athéisme, à ses différents degrés, reste un phénomène assez peu répandu. Si peu répandu, même, qu’il revient à un second auteur de signaler à quel point la God Delusion demeure la norme.

C’est le job d’Eli Barnavi, historien et ancien ambassadeur d’Israël en France, dont les neuf thèses sur le fait religieux, le fondamentalisme et ses conséquences terroristes (Les Religions meurtrières), viennent rappeler à un Occident largement sécularisé à quel point le reste du monde ne rêve ni d’une « Fin de l’histoire » au sens d’un bonheur démocratico-matérialiste, ni d’une coexistence harmonieuse des modes de vie sur la planète. Une vérité particulièrement difficile à entendre dans une France convaincue de l’universalité de son modèle laïque.

Attention, il ne viendrait jamais à l’idée de ce spécialiste des conflits religieux à travers les siècles de désigner l’Islam comme singulièrement violent face à d’autres dogmes plus gentillets les uns que les autres. Et s’il est effectivement raisonnable de s’inquiéter de l’islamisme comme idéologie issue de l’Islam et prônant la violence, c’est plutôt à un réveil à la réalité du monde tel qu’il va que Barnavi nous invite. Un monde où, encore une fois, la religion dénoncée par Dawkins comme une vaste fumisterie reste, que nous le voulions ou non, l’un des premiers moteurs de l’humanité, en Europe comme ailleurs. Clairement, même s'il n'existe pas, God is back. Et il est en colère.

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