Il ne devrait pas être difficile de faire de 2007 un millésime supérieur à n'importe laquelle des années de la période 2002-2006. Mais pourquoi ne pas viser beaucoup plus haut ?
C'est la troisième fois que je présente mes vœux de nouvel an aux lecteurs de ce blog et je ne suis pas mécontent d'avoir quelque chose de nouveau à écrire pour l'occasion. L'idée de débiter, année après année, les mêmes banalités convenues ne me convenant pas autant qu’à l’ami Chirac, j'avais besoin d’un peu de changement. Et du changement, justement, il y en a. Enfin, disons qu'il y en aura. Ou même qu'il pourrait y en avoir, ce qui revient au même.
En 2005, je m’étais agacé des peurs françaises, de ces frousses multiples semblant être devenues la seconde nature de mes compatriotes ; clairement, elles ne se sont pas atténuées. En 2006, c’était la perspective d’un nouvel épisode d’immobilisme politique et économique qui allait m’inspirer, ni la gauche ni la droite ne donnant l’impression d’avoir quelque chose de pertinent à raconter...
Et de fait, la France attaque cette année-charnière en plutôt mauvaise posture. Aucun des grands défis qui se posent à elle n’est en voie de règlement. Endettée, rongée par le chômage de masse, engagée dans un déclin relatif que rien ne semble devoir stopper, étouffée par ses vieilles habitudes, elle donne souvent le sentiment d’être incapable de s’en sortir ― de reprendre la place qui fut la sienne parmi les grandes nations.
Je fais pourtant le pari d’un changement total d’atmosphère d’ici à ma prochaine note de célébration d’une année neuve, la dépression chronique dont nous souffrons restant curable. Il ne faudrait pas grand-chose, en vérité, pour nous remettre sur les rails au plan technique. Et comme le dit souvent le tristement mésestimé Nicolas Baverez, deux ou trois ans suffiraient à agir sur les quelques leviers susceptibles de libérer les énergies dont ce pays regorge. Non, le problème tient davantage à l’état d’esprit dans lequel nous sommes plongés depuis que la classe politique a décidé que nous n’étions plus à la hauteur ― que la France n’avait plus à rien à dire au monde et qu’il importait surtout de se protéger de sa marche.
En 2007, les problèmes structurels ne s’évanouiront pas. Les jeunes auront encore du mal à entrer sur le marché du travail et les vieux à ne pas en sortir. Les banlieues des grandes villes resteront en état d’alerte semi-permanent. Les nihilistes rouges et bruns poursuivront leur travail de sape. Mais le potentiel de la France est tel qu’il suffira d’un signal positif, d’un événement fondateur frappant pour relancer la machine et se dégager, enfin, de cette torpeur malsaine.
Aux cyniques de la gauche, qui s’entêtent à ne voir en Ségolène Royal qu’un phénomène marketing sans substance, décodé dans son « habitus » droitier par un Saint-Bourdieu revenu d’entre les morts, je suggère d’accepter de jouer le jeu quelques mois. Il sera toujours temps, après tout, d’en revenir aux mêmes recettes inopérantes auxquelles ils sont si attachés en cas d’échec de la belle du Poitou à réveiller le pays. Aux « raisonnables » parmi eux, attirés par le centrisme bonnasse d’un Bayrou, sorte de DSK de rechange, je propose de se souvenir des raisons pour lesquelles ils sont de gauche.
Il est des moments dans l’histoire où c’est moins le détail d’un projet de gouvernement que la dynamique qu'il sous-tend qui importe. « Désir d’avenir », ce slogan à la gomme concocté par je ne sais quel communicant à la recherche d’un concept de campagne, se révèle au final en harmonie totale avec l’impetus dont nous avions besoin pour rebondir. Pour le reste, comme disait le général, l’intendance suivra... Ah oui, j'oubliais : meilleurs vœux !
© Commentaires & vaticinations
Bonne année ! et bonne continuation, car je considère ton blog comme le meilleur de sa catégorie. Merci pour tous ces billets ; et souhaitons nous que tu nous en pondes un triomphal le lendemain du second tour !
Rédigé par : Francois | mardi 02 janvier 2007 à 19:48
J'aimerais bien être aussi optimiste, mais vues les dernières prestations du principal soutien de Ségolène qui propose ni plus ni moins des sanctions contre divers pays européens cf http://www.liberation.fr/rebonds/226189.FR.php
et la nouvelle idyle entre l'UMP et les associations gauchistes quichotesques, j'ai peur qu'on s'oriente vers des surprises dans le mauvais sens, quelque soit le vainqueur. Il va nous rester à souhaiter que, comme les autres fois, ce ne soient que des promesses en l'air.
Rédigé par : wavrill | mardi 02 janvier 2007 à 19:48
PS: Et en dépit de mes posts rabat-joie, je trouve aussi que ton blog est une merveille. Bonne année!
Rédigé par : wavrill | mardi 02 janvier 2007 à 19:57
"Je ne sais plus quel général..." Gamelin peut-être ? Juin 40?
Ne manquait que l'impetus pour rembourser la dette.
Ce côté "sourions dans l'axe du soleil" renvoit la guirlande de la candidate.
Consternant.
Rédigé par : Charles' | mardi 02 janvier 2007 à 22:07
Pour me convaincre de voter Ségolène (et c'est possible), il me faudra plus qu'un «chiche ?».
Or à part l'adoration béate, promesse de cinq année de narcose euphorique, on ne me propose pas grand'chose de concret à gauche. Tu me diras qu'à droite, on se propose de me protéger des jeunes, des banlieues, du monde et de mes propres enfants. Ce n'est guère plus engageant.
C'est ce que je redoute un peu. Que la stratégie du PS soit de prendre une pose aguicheuse et de ne rien dire, espérant attirer ainsi les électeurs effarouchés par l'UMP.
Ce qui serait un néant politique aussi profond que le deuxième tour de 2002.
Rédigé par : Eolas | mercredi 03 janvier 2007 à 00:48
Tu nous dis: "Aux cyniques de la gauche, qui s’entêtent à ne voir en Ségolène Royal qu’un phénomène marketing sans substance (...), , je suggère d’accepter de jouer le jeu quelques mois."
OK... :-/
Mais tu ajoutes:
"Aux « raisonnables » parmi eux, attirés par le centrisme bonnasse d’un Bayrou, sorte de DSK de rechange, je propose de se souvenir des raisons pour lesquelles ils sont de gauche."
Ah, là, tu gâches tout, mon gars: ces raisons sont précisément celles pour lesquelles je ne peux pas la saquer...
Bonne année à toi quand même! Un type qui apprécie Franck Capra au point de citer son meilleur film dans ses voeux de nouvel an ne peut pas être totalement mauvais... Mais je te signale que ce film est une glorification des tentatives donquichottesques vouées à l'échec dès l'origine par tous les réalistes ayant deux sous de bon sens. Ca peut à la rigueur convenir à une apologie de Jospin, mais s'agissant de Ségo, sa success story est trop clinquante jusqu'ici pour que la comparaison soit pertinente...
Rédigé par : Poil de lama | mercredi 03 janvier 2007 à 09:51
François,
Merci pour les compliments (même si je ne sais pas vraiment à quelle catégorie j'appartiens !). Et, oui, j'espère bien avoir l'occasion de faire une note triomphale le jour venu.
Wavrill,
Le papier de Montebourg est idiot et démago. Mais pourquoi se concentrer sur ce genre de chose. Je veux bien militer pour un regard moins cynique sur les objectifs de l'élection, mais je ne me fais pas d'illusion sur les méthodes de campagne. Encore que, évidemment, on pourrait faire autrement. Tiens, la prochaine présidentielle, je m'en occupe directement.
Autrement, merci pour le compliment. Et peu importe ce côté "rabat-joie" dont tu parles : il faut du débat, non ?
Charles'
La foi dernière, j'étais "raciste". Me voici devenu "consternant". Je me demande ce que mon prochain billet me réserve.
Eolas,
Mais enfin, ce n'est pas à toi que l'on apprendra à quel point les effets de manche sont indispensables à une prestation convaincante. Ségolène est en campagne. Ses seconds couteaux disent les conneries d’usage. Mais concentrons-nous sur le message de fond : il faut relancer la machine, rappeler quelques règles sur la vie en société, mettre les gens au boulot, innover... et tout ça sans abandonner qui que ce soit au bord de la route. Le reste n’est billevesées, balivernes et coquecigrues.
Poil de lama,
Si tes raisons de ne pas la saquer sont celles que j’évoque une ligne plus haut, c’est peut-être que la confusion sur ce que doit représenter la gauche. Quant à Capra, loin de glorifier l’échec, il assure au contraire que le succès est toujours possible. Même lorsque tout semble perdu.
Rédigé par : Hugues | mercredi 03 janvier 2007 à 10:32
Bonne année le joli.
Rédigé par : sasa | mercredi 03 janvier 2007 à 10:45
Si le succès est toujours possible même lorsque tout semble perdu, je vais continuer à militer pour une Europe démocratique (selon le principe "un homme, une voix, pas de veto pour l'Estonie ni pour Malte ni pour Blair") et sociale (la semaine de 32 heures partout, le SMIC à 27 euros dans 1800 pays, à moins que ce ne soit le contraire)...
T'as beau dire, je ne crois pas que Ségo ressemble tellement à James Stewart -- même si il y a déjà eu des gens pour la comparer à Marilyn Monroe et Audrey Hepburn, ce qui était déjà faire preuve de beaucoup d'imagination.
Rédigé par : Poil de lama | mercredi 03 janvier 2007 à 11:06
Bah, pourquoi le papier de Montebourg serait idiot? Démago avec sa façon de se montrer agressif à l'écrit, je veux bien, mais le coup du millionnaire qui se tire dans un paradis fiscal reste quand même l'une des choses les plus énervantes qui soit, surtout après quand on me demande de plaindre des gars qui peuvent dépenser dans l'année 1000 fois plus que moi et qui s'estiment intouchables parce qu'ils sont riches/célèbres/copains avec le pouvoir (rayez les mentions inutiles s'il y en a).
Quand à taper sur les paradis fiscaux, personnellement, j'ai toujours considéré leur existence comme un non sens: quand ils sont microscopiques leur existence est dénuée de fondement valable (On a pas surnommé Monaco le 53ème Canton des Alpes Maritimes juste pour hérisser les cheveux des Monégasques), quand ils sont plus vaste que cela, ils peuvent faire autre chose (la Suisse a quand même une économie qui lui permet de vivre sans faire le paradis fiscal). Donc je suis très partisan de l'idée de permettre à l'UE (pas la France, trop petite pour ça) de lutter contre ces paradis une fois qu'elle fonctionne comme une vrai fédération.
Rédigé par : Laurent Weppe | mercredi 03 janvier 2007 à 11:33
Hugues,
Je ne pense pas une seconde que tu sois raciste. Mais la lecture rendait cette idée possible.
La campagne de Ségolène Royal, jusqu'à aujourd'hui, me semble construite sur la séduction, sur un empathie manipulée et une illusion de débat. Somme toute assez malhonnête.
Mais laissons-lui le bénéfice du doute.
Rédigé par : Charles' | mercredi 03 janvier 2007 à 12:15
2007, l'année de la chute!
Rédigé par : major tom | mercredi 03 janvier 2007 à 16:51
"Mais concentrons-nous sur le message de fond : il faut relancer la machine, rappeler quelques règles sur la vie en société, mettre les gens au boulot, innover... et tout ça sans abandonner qui que ce soit au bord de la route."
Oui, mais c'est le message de Sarkozy, ça aussi. Il reste quoi pour les distinguer ? Les guirlandes ?
Rédigé par : Eolas | mercredi 03 janvier 2007 à 16:53
Oui, c'est ce qu'Eric Dupin avait qualifié de "triangulation" ( http://ericdupin.blogs.com/murmures/2006/06/triangulations_.html )...
Ca n'aide pas à choisir.
Heureux celui qui a choisi :-)
Et bonne année !
Rédigé par : polluxe | mercredi 03 janvier 2007 à 17:29
J'avais trouvé ce texte:
http://www.peripheries.net/article305.html?var_recherche=clementine+autain+anti+lib%E9ral
de Mona Chollet, interessant, et je trouve dommage que Clémentine Autain se soit heurtée à tant de rigidité parce qu'il me semble qu'elle était porteuse d'une part de futur et de modernité.
Je ne pense pas qu'il restera grand chose de l'UMP après les élections; un parti appelé à disparaitre, dans le cas, probable d'un victoire de Ségolène, je pense. Mais là aussi on peut se demander ce qu'il restera du PS par la suite... Ce qui pourrait d'ici 5 à 10 ans laisser la porte ouverte à un aventurisme politique qui pourrait ne rien laisser présager de bon.
Rédigé par : Lory Calque | jeudi 04 janvier 2007 à 14:31
Hi hi hi !
"le tristement sous-estimé Nicolas Baverez"...
Hou hou hou !
"les nihilistes rouges-bruns" (nazi Besancenot! facho Bové !)
Décidément vous n'avez rien perdu de votre verve de fin de banquet !! Quel humour !
Et de gauche en plus !
Une bonne année à vous aussi !
Rédigé par : manu | dimanche 07 janvier 2007 à 00:48