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novembre 2006

jeudi 30 novembre 2006

Pétard mouillé

Nicolas Sarkozy est candidat à la présidence de la République ? Sans blague !

BbsarkoLe moins qu'on puisse dire, c'est que la nouvelle n'a pas fait l'effet d’une bombe ! Elle a même bien failli être éclipsée, au chapitre des vraies-fausses surprises de la journée d'hier, par le dépôt d'un énième préavis de grève à Libération. Et pour cause : Nicolas Sarkozy donne l'impression d'être candidat depuis si longtemps que l'annonce officielle de son ambition présidentielle tient forcément plus de l’anticlimax que du coup de théâtre...

Je me souviens d'ailleurs d’avoir lu quelque part qu’adolescent, le bouillant ministre de l’Intérieur construisait déjà son plan de carrière avec application, s’en étant même ouvert à Pierre Assouline ― alors son condisciple dans un collège de Neuilly. « Tu veux faire quoi, toi, plus tard, comme métier ? avait questionné le futur blogueur littéraire en mastiquant bruyamment le dernier Pépito du paquet, vautré sur le canapé du salon. Moi, j’aimerais bien écrire des livres... » « Ben moi, je serai président de la République ! » avait lâché un Sarko de treize ans avec l’assurance que nous lui connaissons, ignorant les spasmes d’un petit camarade en passe de s’étouffer sur son biscuit chocolaté.

Dans le contexte yankee, un aveu de ce genre mériterait à peine d’être signalé, la dimension épique de la fonction présidentielle US, son côté « American dream », nous ayant habitué à ce qu’un petit Clinton sur deux se sente prédestiné à s'installer à la Maison Blanche. Dans le contexte français, et a fortiori pour un clampin de la génération de Sarkozy, né en 1955, l’identification à Georges Pompidou, Gaston Doumergue ou René Coty avait quelque chose de franchement surréaliste...

Il n’empêche, l’homme vient d’annoncer « officiellement » sa candidature à la magistrature suprême et, clairement, tout le monde s’en fout ― à gauche comme à droite. Quant à cette idée de réunir une brochette de représentants de la presse de province pour la divulgation de son projet pour la France ―  pathétique dans sa volonté maladroite de cligner de l'oeil en direction des « vrais gens » sans pour autant quitter la rue de la Boétie ―, elle donne surtout le sentiment d’une impréparation totale et d'une précipitation fébrile face à la nouvelle donne ségolienne.

Candidat officiel, donc, bien que non encore investi par la chambre d’enregistrement que constitue cette UMP-godillot, empêtré dans les querelles sordides de l’affaire Clearstream, en guerre avec la Chiraco-Villepinie, plombé par un bilan ministériel médiocre, ringardisé par la belle du Poitou, Nicolas Sarkozy risque d'avoir du mal à expliquer en quoi la « rupture » cent fois évoquée permettra d’en finir avec la pratique du Pouvoir à laquelle il nous a habitué depuis 1977, année de son entrée en politique. Et, annonce officielle ou pas, ambition précoce ou pas, Nicolas Sarkozy devrait peut-être commencer à s’inventer un rêve de secours : le premier n'a jamais été aussi menacé.

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PS : Excellente République des Blogs, hier soir. Un tas de rencontres intéressantes, de retrouvailles lieu-communardes ou autres sympathiques... Mais vivement l'interdiction totale de la cigarette dans les lieux publics. Rentrer à la maison en puant la clope, la gorge sèche, tout ça : ça n'est plus mon truc.

dimanche 26 novembre 2006

Une brute est une brute est une brute

En quoi les tondus du PSG sont-ils plus détestables que les brûleurs de bus à capuche ? Et leur violence moins socio-économiquement porteuse de sens que celle des émeutiers de novembre 2005 ? 

Hooligans_1Passées les premières heures de flottement ― l'affaire risquant toujours de tourner à la bavure classique, au nouvel épisode dans la chronique de ces rois de la gâchette en uniforme stimulés par le sarkozysme ambiant ―, l’unanimité faisait plaisir à voir. A gauche, à droite, au MRAP, dans la presse, des voix se sont élevées pour condamner la violence aveugle d’une bande de barbares décervelés, pour dénoncer la complaisance coupable de l’encadrement du PSG à leur égard, pour invoquer, enfin, la nécessité d’agir contre le terrible phénomène hooligan… On a même pu entendre parler, ici et là, du « courage » de ce policier qui, au péril de sa vie, s’était placé en travers de la route de ces tondus amateurs de foot, lancés à la poursuite d’un supporter de l’équipe adverse.

Je ne vais pas, moi-même, m’en prendre à un pauvre type dont j’imagine assez bien les sentiments mêlés. Avoir tué quelqu’un, même en situation de légitime défense, même dans des circonstances aussi transparentes, n'est sans doute pas évident à assumer. Et faisant l’effort d’imagination consistant à me mettre à sa place, ce soir-là, tâtonnant dans l’obscurité pour retrouver mes lunettes tombées à terre (il était myope), cherchant à me protéger des coups d’une horde de dégénérés me traitant de sale nègre (il était noir) tout en gardant un œil sur la victime initialement menacée d’extinction (elle était juive), je me dis surtout que j’aurais peut-être été incapable, gagné par la panique, de ne pas vider la totalité de mon chargeur sur les assaillants…

Mais ce qui me frappe dans cette histoire, c’est la différence de traitement accordée aux brutes nihilistes selon que leurs actes puissent être placés dans un contexte socio-économique parfaitement balisé ou, plus prosaïquement, réduits à la violence vaine de supporters de foot ; selon que leur violence soit analysée comme un « fait politique » ou prestement renvoyée aux pages sportives. Car qui sont ces fans du PSG en bombers et rangers, passant leurs heures de loisirs aux abords du Parc des Princes à la recherche d’un crâne basané à fracasser, d’un marseillais à étriper ou d’un porteur de kippa à dégommer ? Qui sont-ils sinon des prolos, des chômeurs, des déclassés, des désœuvrés à la recherche d’une explication simple du monde, exprimant leur colère et leur haine du système à coups de batte de base-ball… Cousins ― jumeaux, même ― des braqueurs des RER, des brûleurs de bus, des caillasseurs de pompiers, ils n’ont pourtant pas droit à la même sollicitude, à la même considération des « sachants » des pages Débat du Monde. Et les flics qui leur tiennent tête ne semblent pas devoir subir l’opprobre de ceux qui, patrouillant les cités, finissent parfois à l’hôpital...

La raison fondamentale de cette différence de traitement : les mythologies auxquelles nous décidons, tacitement, de rattacher les uns et les autres, fascisme pour les premiers, lutte des classes pour les seconds. Une lecture dogmatique transformant, au gré des circonstances, le flic s’interposant en héros ou en nervi. Loin de moi l’idée d’exiger, pour les adorateurs du ballon rond et de la croix gammée, le même degré de compréhension que celui qui est accordé aux adeptes de look capuche-baskets. Encore que… Mais je me sentirais probablement plus à l’aise dans un système postulant que la violence est inacceptable d’où qu’elle vienne. Qu’elle n’est jamais, du moins dans le contexte de la société démocratique et civilisée qui le nôtre, justifiée. Que ses auteurs peuvent être renvoyés dos à dos sans pathos inutile. Tabasser un spectateur à la sortie du stade en beuglant « Vive le PSG ! », agresser un passant dans la rue : same difference.

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vendredi 24 novembre 2006

Libé gratuit : évaluation à la française !

L'idée de transformer Libération en gratuit haut-de-gamme, suggérée ici, vient d'être « évaluée » par une (toute petite) partie de sa rédaction et de son lectorat. Clairement, une lente agonie en kiosque est préférable à un rappel de ce à quoi sert un journal ― gratuit ou pas.

Alberteinstein2Une idée susceptible de permettre à un journal en perdition de reprendre pied peut-elle être évaluée de manière aussi sommaire ? Je ne sais pas s’il s’agit véritablement de l’idée qui tue, au sens où elle serait efficace à coup sûr, mais elle mérite certainement plus d’attention que la condamnation rapide dont elle vient d’être l’objet sur les blogs de deux des journalistes de Libération.

Daniel Schneidermann, d’abord favorablement intrigué, entend-il un type lui assurer en commentaire que la diffusion en province serait délicate ? Bing (Bang Blog) ! Il abandonne la partie et déclare l’affaire « close ». Ce faisant, il apporte surtout de l’eau au moulin de ceux qui pensent, comme moi, que la distribution d'un produit, fut-il culturel, n’est pas une affaire de journaliste mais bien de « marketeur », de logisticien, ou même, de transporteur...

Laurent Mauriac, correspondant à New York, est-il sollicité sur l’exemple du Village Voice, hebdo passé du payant au gratuit sans rien perdre de son mordant ? Il répond par quelques approximations sur l'impossibilité d'un transfert en France de la formule, voire sur son échec relatif aux Etats-Unis. Ainsi, une diffusion de 250 000 exemplaires ne « serait pas spectaculaire pour une ville comme New York » (8 millions d’habitants, 14 pour l’agglomération). Dont acte. Mais de la part d’un membre de la rédaction d’un journal diffusant péniblement 120 000 exemplaires dans un pays de 60 millions d’âmes, ça laisse rêveur. Evidemment, le Village Voice est gratuit. Mais sa diffusion reste à peine inférieure d’un tiers à celle des principaux free papers nationaux français, pourtant perçus comme ayant réussi leur implantation !

Le Village Voice aurait, par ailleurs « perdu de son influence » et « serait moins souvent cité »... Pire, la qualité éditoriale, « de l’avis général, aurait souffert »... D’où sortent donc ces assertions ? Sur quels éléments factuels s’appuient-elles ? Clairement, le fact checking à l’américaine reste une donnée rare sous nos latitudes.

La santé financière du Village Voice reposerait en outre sur les petites annonces, lesquelles seraient menacées par Craig’s List, un site internet communautaire aux allures de bulletin board. Evidemment, le Web fragilise le modèle économique des « annonces classées » traditionnelles. Ca s’appelle de la concurrence et la presse résiste assez bien, merci pour elle, lorsqu’elle sait se doter de sites Internet efficaces. De surcroît, le marché de la PA, en France, est surtout contrôlé par des gratuits papier édités par des groupes comme la Comareg (« ParuVendu »), lesquels n'entendent pas se laisser manger la laine sur le dos sans réagir. Donc, oui, il faut se bagarrer sur ce marché. Et alors ? Par ailleurs, la diffusion « d’annonces de sexe » (sic) semble choquer l'ambassadeur new yorkais de Libération... Rappelons tout de même que, des « Chéries » au minitel rose, le journal de Jean-Paul Sartre et de Louis Skorecki n’a pas toujours été aussi bégueule sur la question du sexe comme moteur du business !

Mais Laurent Mauriac fait également référence à une présence plus forte aux Etats-Unis qu’en France de la publicité dans la presse, suggérant l'impossibilité du financement d'un titre par les seuls annonceurs. La belle affaire : les journaux détiennent là-bas une part supérieure des investissements publicitaires parce qu'ils sont plus dynamiques : plus de titres, plus de diffusion. On voit mal comment les quotidiens français pourraient s’arroger une part significative des plans médias lorsque l’ensemble de nos nationaux généralistes vend moins d’exemplaires que le seul Daily Telegraph en Grande-Bretagne, pour prendre un exemple moins exotique ! Qu'ils améliorent leur pénétration et l'on verra sans doute les acheteurs d'espace publicitaire rééquilibrer leurs « mix » presse-radio-télé-affichage-Web.

Par ailleurs, poser que le marché français est déjà trop « encombré » par d’autres gratuits n’a aucun sens, sauf à considérer que, même sans faire payer ses lecteurs, Libé serait incapable de séduire davantage que Métro ou 20-Minutes ! Quelle absence incroyable de confiance en soi... Enfin, sur la structure organisationnelle d’un gratuit, je suggère à Laurent Mauriac de cesser de supputer pour aller voir concrètement comment fonctionne le Village Voice, vérifier s’il travaille sans journalistes, s'il les rémunère convenablement, s’il n’organise pas de reportages, etc. Mon pari est qu’il sera surpris (a fortiori lorsque l’on sait qu’à Libé, tout payant qu’il est, l’on demande parfois aux reporters en déplacement de dormir chez un lecteur pour éviter les frais d’hôtel...).

Bref, comme on dit chez Apple : Think different !

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P.S. : En complément, je conseille à ceux de mes lecteurs qui s'intéresseraient au Village Voice et au groupe dont il est le navire amiral, de visiter son site corporate. On y trouve pas mal d'éléments sur la manière dont il est structuré, mais également des informations sur la quantité impressionnante de prix (Pulitzer ou autres) obtenus par ses journalistes pour la qualité de leur travail de reportage, d'investigation ou de critique.

Toujours plus exotique, dans le contexte français où une offre d'emploi de journaliste est une sorte d'objet rare et précieux (a-t-on jamais vu une PA de recrutement pour un poste à Libé, entre deux plans sociaux ?), le groupe recrute en permanence et le signale au monde entier.

Bon, mais je ne suis pas là pour faire la promotion du Village Voice et de son groupe, juste pour tenter d'enfoncer mon clou concernant la possibilité, pour Libé, de tenter une nouvelle aventure fondée sur un modèle économique radicalement différent, certes, mais viable et sans impact négatif obligatoire sur son indépendance éditoriale.

mardi 21 novembre 2006

Libération et les gratuits : if you can't beat them, join them !

L'arrivée de Laurent Joffrin est une excellente nouvelle du point de vue éditorial. Mais parce qu'elle n'aura aucun impact sur l'environnement hostile dans lequel évolue Libération, l'heure est peut-être venue d'une vraie révolution…

VvoicesadJe suis assez intrigué par le plan de Laurent Joffrin pour Libération et, surtout, par la manière dont il est parvenu à le vendre aux salariés. D’abord parce que rien ne le distingue vraiment du premier jet Rothschild, même si le nombre de départs a effectivement été ramené de 100 à 80 (les syndicats proposaient 50), mais aussi parce que ni la personnalité de l’ex-directeur de la rédaction du Nouvel Obs, ni ses options politiques disons, réformistes, ne semblent de nature à rassurer les partisans d’un retour du journal à ses « racines antilibérales »…

Pour autant, si une seule personne au monde est susceptible de tenter cette opération de la dernière chance avec une vague possibilité de succès, c'est bien ce type de 54 ans, connaissant Libé comme sa poche pour y avoir effectué plusieurs allers-retours, excellent journaliste et, dit-on, plutôt bon manager. Il fallait d'ailleurs une certaine dose de courage pour quitter l’un des hebdos les plus prospères de la place et intégrer un quotidien en phase terminale. Du courage et peut-être un peu d’inconscience, compte-tenu de la situation financière désastreuse de la société et de l’absence de vraies perspectives de redémarrage.

Car en quoi consiste, exactement, le projet Joffrin ? Est-il réellement possible de redresser la barre en faisant de Libération un « journal engagé aux côtés de ses lecteurs plutôt qu’au-dessus », en développant « fortement » le site Internet, en « allégeant les hiérarchies », en rendant les journalistes « polyvalents » et en apportant, hum, de la « valeur ajoutée à l’information » ? Franchement, en marge d’une indispensable recapitalisation de la société et de la mise en œuvre d’un plan d’économie drastique, ces déclarations d’intentions tiennent surtout du baratin convenu et auraient pu être proférées par n’importe quel parachuté.

Je l’ai déjà écrit ici, je ne crois pas que les problèmes de Libération se résument à sa propre incapacité à se réformer au plan rédactionnel et à gagner de nouveaux lecteurs par la pertinence de son contenu. Libération n’intéresse plus grand monde, c’est un fait, et la presse quotidienne française traverse bel et bien une crise de l’offre plutôt qu’une crise de la demande au vu du faible nombre de titres et de leur inaptitude à marcher sur les traces d’une presse magazine aussi diverse que florissante. Mais même un Libération « de qualité », un Libération que les gens auraient envie de lire, verrait sa résurrection bloquée par l’absence d’un réseau de distribution dense et efficace, par un prix de vente prohibitif, voire par la concurrence croissante des gratuits et du Web. Déjà cruel pour des titres en bonne santé relative ou, au minimum, adossés à des groupes à peu près viables, qu’il s’agisse du Figaro et du Monde, cet environnement ne permettra pas à Libération de reprendre pied.

Faut-il pour autant se résoudre à la disparition de l’un des derniers quotidiens nationaux français ? Faut-il accepter de n’avoir plus le choix, le matin, qu’entre le Figaro et le Parisien ? Faut-il faire son deuil du potentiel d’irrévérence et de rébellion que recèle, encore, parfois, le journal de Serge Ju… heu, de Laurent Joffrin ? Certainement pas, puisqu’une solution existe qui permettrait, tout à la fois, une relance du titre et la reconquête du statut de pionnier, de défricheur, qui fut un jour le sien.

En 1996, le Village Voice, un hebdomadaire alternatif à peu près aussi consubstantiel à la vie culturelle new-yorkaise que Spécial-Dernière à la vie turfiste parisienne, décidait, tout bêtement, de devenir gratuit, boostant du même coup sa diffusion, son chiffre d’affaires publicitaire et ses volumes de petites annonces. Pour ce journal créé par Norman Mailer en 1955, ayant ouvert ses pages au ban et à l’arrière-ban de la contre-culture américaine, d’Ezra Pound à Henry Miller, de James Baldwin à Allen Ginsberg, de Jules Feiffer à Lester Bangs, il ne s’agissait évidemment pas de se métamorphoser en Metro ou en 20-Minutes mais bien de trouver un nouveau souffle au plan économique, sans abandonner quoi que ce soit de son inventivité, de sa créativité et de son agressivité politique.

Avec une diffusion de 250 000 exemplaires chaque semaine, le Village Voice est d’ailleurs devenu le navire amiral de Village Voice Media, un groupe de presse solide et indépendant, traversant les crises sans encombres et se payant même le luxe d’être l’un des principaux acteurs du Net dans la Big Apple, avec 2 millions de visiteurs uniques pour 10 millions de pages vues par mois sur son site principal

Si Libération, dont la disparition reste probable à plus ou moins longue échéance, avec ou sans Rothschild, avec ou sans Joffrin, décidait d’emprunter le même chemin en devenant, pourquoi pas, le « premier quotidien de qualité gratuit au monde », est-il absurde d’imaginer que sa diffusion explose enfin ? Est-il absurde d’imaginer que les annonceurs se penchent enfin sur sa capacité à saisir les modes et les tendances ? Est-il absurde d’imaginer qu’il se mette à piétiner les plates bandes de la Comareg en termes d'annonces classées…

Un Libé diffusé à 500 000 ou 600 000 exemplaires, échappant aux NMPP et, pourquoi pas, au Syndicat du Livre ; un Libé aux finances stables ; un Libé réduisant sa dépendance au seul marché parisien ; un Libé appréhendant sereinement la montée en puissance de son activité Web sans crainte de cannibaliser ses ventes en kiosque… Voilà de quoi réveiller un enthousiasme que tous les « plans de polyvalence des journalistes » ou de « diffusion d'information à valeur ajoutée » de l'univers ne sauront jamais susciter. Enfin, moi, ce que j'en dis...

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vendredi 17 novembre 2006

Un Bad-Godesberg "par la preuve" ?

La victoire sans appel de Ségolène Royal accélère la transformation du PS en organisation social-démocrate. Il faudra pourtant attendre la rédaction du programme pour prendre la mesure de l'événement.

Sgovote_1Promenant, jeudi soir, son sourire crispé d’une table de dépouillement à l'autre, ce cadre de la section du 11e à laquelle j'appartiens était probablement le meilleur indicateur avancé de la victoire de Ségolène. Jusqu’ici acquises à Jospin, les élites socialistes du plus bobo des arrondissements parisiens était visiblement déboussolées par l’absence de consigne de vote de la part de l’ancien Premier ministre : tout juste étaient-elles convaincues d’avoir l’élimination de l’impudente pour mission sacrée...

L’ouverture des enveloppes allait pourtant leur démontrer à quel point les troupes s’étaient émancipées ces derniers mois, les bulletins SR s’empilant à un rythme soutenu, abandonnant DSK et LF à leurs micro-batailles de coin de table : « Ségolène Royal », « Ségolène Royal », « Ségolène Royal », « Ségolène Royal », « Ségolène Royal », « DSK », « DSK », « Ségolène Royal », « Ségolène Royal », « Ségolène Royal », « Ségolène Royal », « DSK », « Laurent Fabius »... « Hein, Laurent qui ? »...  Et les oh et les ah satisfaits poussés à chaque nouvelle mention du patronyme de la belle du Poitou ne laissaient aucun doute quant au changement de rapport de force entre militants depuis la fameuse campagne d’adhésions « à 20 balles ».

Au final, le décompte allait se solder, là comme ailleurs, sur une franche avance de Ségolène, 559 voix sur 1 1121 (49,8%) s’étant exprimées en sa faveur, contre 434 (38,8%) en celle de DSK et 128 (11,4%) au profit du malheureux Fabius. Clairement, un tel triomphe en territoire hostile ne pouvait que suggérer la déconfiture totale de nos deux big boys au-delà du périphérique. Et pour une déconfiture, ce fut une déconfiture, avec la future présidente dans le rôle de la Bonne-Maman, sa féminité pour une fois exploitée en contexte.

Mais le PS ayant, on le sait, la synthèse chevillée au corps, les ennemis d’hier sont déjà rabibochés, prêts à se lancer dans la vraie bataille. Personnellement, je n’ai qu’à me réjouir de la situation : ma candidate l’emporte par une marge telle qu’elle n’aura aucun mal à imposer son iconoclasme, DSK reste premier-ministrable et Fabius est marginalisé... Mais surtout, compte tenu des scores cumulés des deux leaders (plus de 80%), la rupture du parti avec le dogme semble enfin consommée. Bien entendu, il faudra encore attendre quelques mois ― et la rédaction du programme de la présidentielle ― pour s’en rendre compte. Mais je veux bien faire le pari que le refus sans équivoque d’accompagner le born-again marxiste dans son délire marque, bien plus qu’un choix stratégique ponctuel, l’acceptation des réalités du monde par la majorité des socialistes.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne m’inquiète guère des appels lancés, ici ou là, à transférer vers Bayrou les espoirs déçus des DSKistes, comme si l’objectif n’était pas, finalement, de gagner l’élection à gauche mais de clamer son attachement à une sorte de centrisme incolore (ceci-dit sans mépris pour cette UDF new-style dont j’ai appris à apprécier certains aspects).

Sarkozy qui, en dépit de ses rodomontades, aurait cent fois préféré se retrouver en face d’un prof d’éco compétent mais « classique », n’a qu’à bien se tenir : le PS, s’il conserve cette dynamique, n'en fera qu’une bouchée. Le Bad-Godesberg ségoliste « par la preuve », plutôt qu'un énième débat théorique sur la nécessité d'un changement, l'aura alors emporté.

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mercredi 15 novembre 2006

La terrible affaire des 35 heures à l'école

On me reproche en coulisses d'avoir éludé la question de la fameuse vidéo dite des « 35 heures » en me concentrant sur la dieudonnerie du weekend... Message reçu.

Outre les points de vue déjà exprimés en commentaires ici et , et dans l'attente du scrutin fatidique, je me permets de déléguer l'expression de mon sentiment général à l'ami Dany Cohn-Bendit (voir clip ci-dessous). Non, les profs ne sont pas tous d’affreux flemmards ; oui, leurs méthodes de travail peuvent être améliorées compte tenu des résultats médiocres qu’ils obtiennent et des expériences positives menées ailleurs.

Indiquons seulement, en préalable, que les enseignants sont parfois, comme les cheminots ou les agents du fisc, attachés à des procédures qui ne sont pas nécessairement les meilleures du point de vue du public qu'ils entendent servir. Si, demain, il leur est demandé d'être plus présents à l'école parce que « c'est mieux pour les gosses », ils y perdront en autonomie et en liberté d'organisation de leur vie personnelle, c'est une évidence. Mais si les gosses y gagnent ?

Si leurs chefs d'établissement les notent et les recrutent, ils seront également moins bien lotis. Mais là encore : et si les gosses y gagnent ? Existe-t-il d'autres contextes où il ne serait pas logique de constituer des équipes sur des critères autres que les diplômes ou l'ancienneté ? Sommes-nous tous interchangeables et également motivés et compétents ? Au final, les profs sont-ils les seuls à pouvoir exprimer un avis légitime sur l'école ?

lundi 13 novembre 2006

Dieudonné aux BBR : mise en abyme de la haine de soi

J'ai toujours soutenu que l'antisémitisme relevait davantage de la pathologie que de l'expression d’une « opinion ». Le rapprochement Dieudonné-Front national en est la meilleure preuve.

Dieudonngollnisch_1Quelles que soient ses filiations simplement « franchouillardes », du boulangisme au poujadisme ; quels que soient ses ressorts « populistes » plutôt que franchement « fascistes » ; quelles que soient les motivations d’électeurs plus souvent désespérés que xénophobes... Bref, quels que soient les termes de l’analyse, le Front national est un parti raciste.

Evidemment, sa dénonciation de l’immigration, du libre-échange et de l’Europe passe rarement par l’expression brutale d’un refus de la mixité ethnique ou culturelle : l’époque ne s’y prête guère. Mais, pour le FN comme pour ses équivalents belges, britanniques ou allemands, l’essentiel est généralement dans le non-dit, dans le suggéré, dans le tacite. Et si les « petites phrases » du chef ou de ses lieutenants sont finalement peu fréquentes, les adhérents qui ne sauraient pas à quoi s’en tenir sur la doctrine sous-jacente du parti ne doivent pas vraiment courir les allées du Bourget au moment de la fête des BBR.

La présence d’un Farid Smahi ou d’un Stéphane Durbec, cautions arabe et noire du Front, aux côtés de Jean-Marie Le Pen pourrait dès lors passer pour surprenante, les deux « militants » étant nécessairement conscients de l’estime en laquelle ils sont tenus par l’immense majorité de leurs, hum, compagnons de route... Elle relève pourtant d’un phénomène assez bien documenté de « haine de soi » ― phénomène sur lequel je ne m’étendrai pas ici, n’ayant ni le temps ni le goût de me pencher sur les drames intimes de ces paradoxes ambulants.

Dieudonné, dont j’apprends qu’il était, ce weekend, en goguette chez les défenseurs de la France monochrome, m’intéresse davantage. Et pour cause : l’ancien humoriste entré en politique par le combat contre le Front national trouve aujourd'hui logique d’aller serrer la main de l’homme qui, il y a peu, représentait jusqu’à la caricature tout ce qu’il assurait détester : la fermeture d’esprit, l’ultra conservatisme, l’archaïsme idéologique, le refus de l’autre.

Mon point de vue est que la dimension obsessionnelle de son antijudaïsme est désormais telle qu’il lui importe davantage de se rapprocher d’un partisan avoué du colonialisme, de la torture et de l’inégalité des races que de s’en distinguer pour exister. Il est, en quelque sorte, passé de l’autre côté, a franchi la barrière morale qui sépare le positionnement politique fondé sur l’argument rationnel pour s’aventurer sur le terrain de la détestation pure et simple...

Depuis quelques années, Dieudonné élabore un discours fondé sur la responsabilité ultime des juifs sur l’ensemble des désordres du monde contemporain, l’oppression historique du Sud par le Nord et, surtout, l’esclavage ! Que le combat ― légitime ― pour la reconnaissance du drame des traites négrières en souffre, ses délires jetant le discrédit sur les artisans d’une vraie réflexion scientifique sur l’une des pires abominations des comportements humains, ne le dérange plus. Il est désormais ailleurs, dans la dénonciation inlassable du « sioniste » ― ce monstre en redingote et papillotes proférant des Isra-Heil en massacrant des petits enfants ―, dans la description du juif en porte-plume de Louis XIV pour la rédaction du Code Noir... Et qu'importe si ces fariboles ne convainquent personne, tant qu'elles permettent de fédérer tout ce que le pays compte d'aigris et d'amateurs de bouc émissaire...

Jusqu’à présent, pour autant, son obsession passait nécessairement par le truchement d’un discours « progressiste ». Et le combat des Palestiniens pour un Etat, véhicule idéal de rassemblement des gentils (sic), semblait convenir à sa démarche. En prenant langue avec Le Pen, Dieudonné laisse tomber toute prétention à la séduction des gens de progrès. Il abandonne tout recours à cette cause-tampon, à cet alibi consensuel qui permettrait de justifier sa détestation des juifs : il annonce la couleur. Cette couleur, justement, que méprisent ses nouveaux alliés, ceux auxquels il accepte de faire allégeance sans se soucier de ce que cette allégeance signifie en termes d’abdication de sa propre valeur et de reniement de sa propre histoire.

Je tiens moi-même l’esclavage, et pas seulement le commerce triangulaire initié, un temps, par les Européens, pour une tragédie sans nom, évidemment comparable aux différentes incarnations de l’antisémitisme ayant culminé avec la Shoah. Mais il me paraît totalement impossible de s’indigner de l’un sans partager l'horreur de l’autre. Dieudonné, désormais, ne s’indigne plus de rien. Enfermé dans sa rhétorique absurde, il subit même les sarcasmes racistes en souriant, pour peu qu’ils soient émis par ceux dont il croit partager le combat. Pas plus qu’avec Smahi et Durbec, je ne m’essaierai à comprendre les ressorts secrets et intimes de sa démarche. Cette démonstration de haine de soi par procuration, en revanche, n'a guère besoin d'explication.

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P.S. : Les explications fournies par Dieudonné sur son passage par le Canossa du Bourget valant leur pesant de cacahouètes (via Versac), je vous suggère d'y jeter un coup d'oeil en complément de cette note. C'est ici.

mercredi 08 novembre 2006

Pourquoi je voterai Ségolène le 16 novembre

La campagne pour l'investiture socialiste se termine comme elle avait commencé : Ségolène en tête, DSK et Fabius en lutte pour la seconde place d'une éventuelle finale. Elle aura néanmoins permis à la belle du Poitou d'apporter la preuve de la pertinence de sa démarche.

CandoJe ne voudrais pas donner le sentiment de m’identifier trop fortement à la candidate que j’ai décidé de soutenir, mais j’ai l’impression, tout comme elle, d’avoir eu du mal à faire passer mon message auprès des gardiens du bon goût ces dernières semaines... Tout au long de la campagne, en effet, Ségolène Royal a été accusée, simultanément, de ne rien dire et d’en dire trop. Et les mêmes esprits chagrins se sont ingéniés à lui reprocher son manque de substance le lundi pour mieux l’attaquer sur ses dérives iconoclastes le mardi. De mon côté, je crois être revenu, à de nombreuses reprises, sur les raisons de ce soutien, sans effet visible sur ces commentateurs me sommant de m’expliquer « concrètement ».

Je vais donc tenter de les satisfaire une fois encore, à quelques jours du vote d’investiture, tout en mesurant l’inutilité de la démarche en termes prosélytes : les anti-Ségo le resteront jusqu’au bout, quand ses supporters me semblent très susceptibles de se reporter sans arrière-pensée sur un autre candidat en cas d’échec. Et de toute façon, l’évolution récente de l’audience du blog (plus d’un millier de visiteurs quotidiens en dépit d’un rythme de publication généralement hebdomadaire) suggère que les commentaires ne reflètent pas nécessairement le point de vue de la majorité des lecteurs. Les membres du PS ne représentant, en outre, qu’une minorité parmi les gens qui fréquentent ces pages, mes prises de position ont peu de chance d’avoir un impact sur l’issue de ce scrutin interne (mais sait-on jamais...).

J’appartiens à ce milieu que les as du marketing rangent chez les « CSP+ » et les publicitaires chez les « bobos ». Mon activité professionnelle me permet de jouir de revenus supérieurs à la moyenne, j’ai vécu à l’étranger, je lis la presse française et internationale, je m’intéresse à l’économie et à la littérature, je suis propriétaire d’un appartement dans le centre de Paris et je circule à vélo... Bref, tout le portrait d’un électeur naturel de DSK (d’aucuns persifleraient qu’il s’agit plutôt de celui d’un électeur de droite, mais j’ai tout de même précisé que je lisais des livres pour brouiller les pistes). Tout le portrait d’un électeur de DSK, donc ? Absolument. Et il n’y a pas si longtemps, c’est effectivement le député de Sarcelles que j’espérais voir entrer à l’Elysée, le boulot naguère accompli à Bercy, comme  la vision développée dans son livre-manifeste de 2002, correspondant aux attentes du gauchiste réformé que je suis. Enfin, un gauchiste réformé ayant patiemment élaboré une version suffisamment syncrétique de la social-démocratie pour y intégrer, sans difficulté de cohabitation, Aron, Tocqueville, le New-Labour et les différentes incarnations chrono-spatiales du modèle scandinave. Et sur mon diagnostic de l’économie française : lisez Julliard, Baverez, Marseille, Fauroux & Spitz, Le Boucher, Blanc..., soit la cohorte de ceux qui, hâtivement qualifiés de « déclinistes », passent leur temps à clamer que la France est formidable et qu’il lui suffirait de s’en souvenir pour reprendre le cours de son histoire. Le DSKiste de base, quoi...

Mais voilà, j'ai changé d’avis. J'ai changé d’avis à force d’entendre DSK se molletiser en faisant le pari, comme tant d’autres au PS, que seul un retour aux valeurs de la « gauche éternelle », celle du programme commun et de la dénonciation du terrible capitalisme anglo-saxon, pourrait lui permettre d’arriver au pouvoir. J'ai changé d’avis à force de l’entendre se renier, jour après jour, refusant d’assumer jusqu’à l’héritage des années Jospin. Bon, j’avais bien compris, comme tout le monde, qu’il ne s’agissait que d’un positionnement marketing, d’une posture, d’une « tactique », l’idée étant, à la Fabius, de ratisser large avant d’affiner. J’avais bien compris mais cette tactique-là ne me disait plus rien.

Bien entendu, j’aurais pu attendre un peu et, même, réviser mes positions au moment du coming out social-démocrate de l’ami Dominique. J’aurais pu m’intéresser à son voyage aux Etats-Unis, à ses réflexions sur l’autonomie des universités, aux distances prises par rapport à la question de la renationalisation d’EDF... J’aurais pu, c'est vrai, mais il était déjà trop tard, le phénomène Ségolène m’ayant entretemps conduit à reconsidérer totalement l’idée que je me faisais d’un président. Enfin, d’un président pour 2007. Pas pour 1970 ou 2040.

On s’en doute, la belle du Poitou, si elle s’avisait de lire mon blog, s’empresserait de publier un communiqué pour s’en distancer, mon blairisme à moi étant légèrement plus appuyé que sa timide référence aux succès de magic-Tony en matière de chômage des jeunes. Fort heureusement, je n’ai pas de compte à lui rendre (et réciproquement). Mais quels sont donc, dans ces conditions, les ressorts qui sous-tendent mon soutien à sa candidature ? Ok. Commençons par la dimension « la plus évidente », comme on dit désormais : Ségolène Royal est une femme. Et contrairement à pas mal de gens, j’incline à penser qu’il s’agit d’un facteur majeur, porteur de différences fondamentales dans l’approche du pouvoir et de la chose politique. Je ne fais pas, pour autant, de la « Femme » avec un grand F une sorte d’être surnaturel et éthéré, dégagé des ambitions animales et primaires qui nous animeraient, nous les hommes. Certainement pas. Et les rumeurs sur certaines de ses dérives autocratiques comme présidente de région achèveraient d’éliminer toute illusion de ce type. Mais je suis convaincu que traverser la vie au féminin suppose une expérience si radicalement autre, si décalée de celle que nos quinquas en pantalons ont pu connaître, que l’envie d’offrir le top job à une représentante du « sexe faible » est devenue terriblement attractive. La fonction présidentielle, même lorsqu’un Mitterrand assure ne « vouloir le pouvoir que pour nous le rendre », est en France l'héritière directe de son équivalent sous l’Ancien Régime. Et la dérive monarchique que n'évitera évidemment pas un successeur de Chirac façonné par une ambition de trente ans me semble moins probable chez quelqu’un dont le projet est récent.

Je ne mettrai pourtant pas mon bulletin dans l’urne dans le seul but d’assister l’ascension d’une présidentiable « accidentelle », sorte de mère de famille héroïquement sortie du rang. Non, je le mettrai dans l’urne en considérant que Ségolène Royal représente, pour toutes ses maladresses, la première chance véritable de briser le dogme et de troquer le lyrisme qui sied si bien au PS pour une bonne cure de pragmatisme. Qu’il s’agisse de délinquance, de scolarité, de temps de travail, d'innovations démocratiques et, même, plus récemment, de politique internationale ou d’affaires européennes, elle seule semble être capable de reprendre les problèmes à la base plutôt qu’en fonction de ce que ses compétiteurs croient devoir rabâcher pour séduire leur micro-segment de l’opinion socialiste.

DSK évoque-t-il, un sanglot dans la voix une « Europe embrassant la Méditerranée jusqu'au cap de Bonne espérance » ? Fabius décrit-il les contours d’une « Europe de la gauche française » ? Elle leur répond qu’elle préfère une Europe « de la preuve », recentrée sur les valeurs de paix et de prospérité qui réconcilieront les gens avec une magnifique idée vidée de son sens à force d’être transformée en concept marketing.

DSK et Fabius lui font-ils la leçon en énonçant les 72 articles du Traité de Non-Prolifération nucléaire (plus les protocoles additionnels) ? Elle leur répond qu’elle s’attache davantage à la réalité de la situation iranienne (ambigüité de la finalité des opérations d’enrichissement d'uranium, mais absence d’ambigüité quant à la menace pesant sur Israël...). DSK et Fabius récitent-ils dans l’ordre les 84 procédures distinctes régissant l'action de la FINUL ? Elle leur répond que si rien de concret ne vient transformer la vie des gazaouites au plan matériel, rien de bon n’est à espérer avant longtemps. DSK et Fabius restent-ils bloqués dans un time-warp, dissertant sur les mérites d’une intervention américaine en Irak ? Elle leur fait remarquer que l’intervention a eu lieu et qu’il s’agit désormais de savoir si, oui ou non, la France peut aider ce pays à s’installer dans la démocratie (formation de cadres, gestion de l’eau, électricité, écoles...).

Je l’ai déjà dit ici, mais puisqu’il faut se répéter, répétons-nous, je crois que le principal frein à l’émergence d’une social-démocratie efficace dans l'Hexagone tient à notre aversion au pragmatisme et à la prise en compte du réel, les envolées dogmatiques de Fabius et le lyrisme technicien de DSK n’étant, finalement, que les deux faces d’une même médaille en toc. Souhaiter l’élection de Ségolène, ce n’est pas souhaiter l’arrivée d’un nouvel homme providentiel (et pour cause !), mais plutôt la mise en place d’une équipe capable de rendre sa boussole à la France et de la gérer, au moins quelques années, sans ambition démesurée. Ca peut paraître ennuyeux, cette perspective de « suédisation » du pays de la Révolution et des « journées d'action » de la SNCF et, sans doute, ça l’est. Mais la perspective d’une poursuite du déclin si la gauche non-ségoliste l’emporte ou, pire encore, celle de la transformation de la France en espace communautarisé et faussement libéral si elle ne l’emporte pas, est insupportable. Le 16 novembre, je voterai Ségolène. Pas vous ?

© Commentaires & vaticinations

mardi 07 novembre 2006

Violences urbaines : rediffusions commémoratives

Au moment d'attaquer un billet sur ce nouvel épisode de violence nihiliste en banlieue, je me rends compte que rien de ce que j'ai écrit il y a un an n'a réellement besoin d'être mis-à-jour, qu'il s'agisse de mon sentiment sur les racailles salopards, ou de mon point de vue sur les ressorts économiques et civiques de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Du coup, je m'économise quelques heures de rédaction en vous suggérant de lire ou de relire les textes suivants :

dimanche 05 novembre 2006

La Maison Blanche comme si vous y étiez

Il en va de la politique comme des névroses des familles de croque-morts : seuls les Américains savent en faire de la bonne fiction télé.

Westcast_1Cette période d’intense activité électorale, des « Midterms » à la montée en puissance de notre propre campagne présidentielle, me semblait propice à l'évocation de ce véritable programme de formation à la vie politique qu'est « West Wing » (« A la Maison Blanche »).

Evidemment, tout a déjà été dit sur la liberté de ton, l’humour ou la capacité à aborder les sujets les plus controversés des producteurs télé US, nos « Navarro » et autres « Commissaire Moulin » étant manifestement tournés sur une planète différente de celle où nous habitons, nous Français, quand les Américains ont l’avantage de partager le même univers que les personnages de leurs séries.

Car nos ennemis préférés ont beau être d’affreux obèses incultes et primaires, ils ont compris que la télévision, lorsqu’elle fait à ce point partie de la vie des gens, sert à autre chose qu’à distraire le prolétaire épuisé par sa dure journée de labeur et peut, pourquoi pas, stimuler sa réflexion d’adulte au même titre qu’un film ou un livre. J’ai moi-même découvert, assez récemment mais je me suis rattrapé depuis, ce petit bijou de feuilleton centré sur la vie quotidienne dans l'aile ouest de la Maison Blanche ― centre névralgique du pouvoir présidentiel outre-Atlantique.

Oh, rien de vraiment nouveau sous le soleil en termes formels, cet agrégat de personnages archétypaux jonglant, tant que bien que mal, entre vie professionnelle et vie personnelle nous étant familier depuis, disons, « Hill Street Blues », série initiatrice du concept. Mais le contexte d’une équipe présidentielle soudée autour de son patron et enchaînant les crises les plus sérieuses (conflits internationaux, élections, terrorisme, élaboration et vote du budget…) ou les événements les plus triviaux (réception des lettres de créances d’un nouvel ambassadeur, relations avec le Sénat, gestion du bipartisme...) n'a vraiment rien du déjà-vu ― comme on dit en anglais.

Bon, avouons que la bonté et l’honnêteté fondamentales des protagonistes, qu’il s’agisse de ce président Bartlett aux faux airs de DSK (il est interprété par Martin Sheen) ou de son vieux renard de chef de cabinet, agacent fréquemment, la moindre de leur décision ne pouvant être guidée que par le sens aigu de la justice et du bien commun qui caractérise les hommes politiques là-bas comme ici ... Pour autant, cette plongée quasi documentaire dans les méandres des institutions américaines est passionnante et les références historiques ou juridiques lâchées, l’air de rien, par tel ou tel personnage en contrepoint, généralement éclairantes.

Je crois comprendre que la première saison de « West Wing » avait été diffusée sur France 2 en VF, tard dans la nuit et de manière discontinue, avant d’être remplacée par je ne sais quel nanard : vous ne verrez donc pas ça à la télé. Mais qu’à cela ne tienne, le vidéo club du coin tient certainement l’intégrale de la série à votre disposition. Le service peer-to-peer de votre gamin aussi mais, tout aussi respectueux du droit que les justiciers de la Maison Blanche, je me vois mal vous conseiller de vous lancer dans le copyright infringement...

© Commentaires & vaticinations

P.S. : Martin Winckler, le toubib-écrivain spécialiste des séries américaines, s’était fendu, dans le Monde Diplo, d’un article à la gloire de « The West Wing » ― article sur lequel je viens de tomber en googlisant la série. Qu’un tel papier ait pu être commandé par l’Institut Français de l’Antiaméricanisme était déjà surprenant... Mais qu’il ait été publié dépasse carrément l’entendement. Bah, je suppute que l’ami Ignacio Ramonet était en déplacement à La Havane au moment des faits.

Le livre de l'année !

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