« Fabius, le machin à perdre | Accueil | Et les Libanais dans tout ça ? (Part. III) »

jeudi 12 octobre 2006

Commentaires

Flux Vous pouvez suivre cette conversation en vous abonnant au flux des commentaires de cette note.

J'ai choisis de m'auto-delocaliser aux USA il y a 3 ans pour mon plus grand profit personnel :-)
N'etant ni un homme, ni un ouvrier, et encore moins syndiquee, je n'etais de toute facon pas interessante pour L'Humanite. Si j'etais restee en France au chomage, j'aurais peut etre interresse Attac... Mais j'ai choisie de faire partie des "lacheurs" et je m'en porte tres bien !

Merci pour ce billet. Je ne trouve pas si souvent écrit simplement ce genre de constatation.

Quand vous dites que le projet de NS est le pillage des cerveaux, vous plaisantez ?

La loi contient de dispositions spécifiques pour lutter contre le pillage des cerveaux, qui certes ne sont pas parfaites, mais qui n'existaient pas auparavant.
Regardez donc cette loi, au chapitre 5 particulièrement :
http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/Visu?cid=423258&indice=1&table=LEX&ligneDeb=1

Je porte à gauche, mais je suis pragmatique, et je trouve que le procès fait par l'extrême gauche et une partie du PS à cette loi sont complètement sur un mode "antisarko".

Et je trouve que cette loi est loin d'être mauvaise, qu'elle institue un co-développement et apporte un début de solution au pillage intellectuel de l'afrique.

Franchement, je ne m'attendais pas à lire une attaque de si mauvaise foi sur ce blog

Nicola : heu, à en juger par le ton du paragraphe incriminé, comment dire...

Hugues : merci.

Cela dit, n'en rajoutons pas non plus : le Maroc, c'est pas le Sénégal, lequel Sénégal est d'ailleurs dans la course pour l'implantation de centres d'appels. La spécialisation du Maroc penche plutôt vers la plate-forme offshore pour les prestataires informatiques français, qui trouvent là des informaticiens aussi compétents qu'en Inde et francophones, eux. Alors, assez peu de chance de les voir dériver en canot vers les Canaries.

euh... Hugues ?

Y'a du avoir un truc qui m'a échappé... j'ai cru comprendre que vous nous dites que nous n'avons aucun intérêt à ce que l'Afrique se développe... euh... même que ça serait carrément pas bien pour nous...

Alors ? j'ai bien compris ou pas ?

Bravo Hugues - et c'est un Marocain de Rabat qui vous le dit...

Vous avez mis le doigt sur l'incohérence de certains altermondialistes - on pourrait aussi relever le discours présent il y a quelques années réclamant des mesures protectionnistes contre le dumping social - cf. http://www.blog.ma/obiterdicta/index.php?action=article&id_article=11309 .

Nicola, Eric : vous avez lu trop vite ou de travers le texte d'Hugues. Il dénonce, plutot qu'il ne reprend à son compte, les idées contradictoires (ou hypocrites) de la gauche "dogmatique". Enfin, si j'ai bien compris.

@Hugues : J'aime beaucoup votre texte. Mais ce ne sont pas des Marocains sur les rafiots !

Aïe aïe aïe, tu vas être très très malheureux au PS...

Ceci dit (pour répéter les autres): bravo et merci !

LSR

Reste encore un cliché gauchiste : "Ainsi, AXA pourra être tenté de ne pas transférer la totalité de ses gains au client et de privilégier l’actionnaire."

Ce ne serait pas si terrible, les actionnaires consomment ou investissent aussi. D'accord, tous ne sont pas français, y a sans doute plus de retraités de Floride que de veuve de Carpentras dans le lot, mais à qui la faute ?

J'approuve globalement la logique implicable de ce billet - puisqu'il est évident que la critique de l'immigration choisie ("le pillage des cerveaux") était un grand moment d'hypocrisie.

Cependant, et pour aller à l'encontre du commentaire précédent, je crains qu'Axa ne rétrocède que dalle à ses clients. Dans le meilleur des cas, ils auront un service amélioré pour le même prix, mais ce sont bien les actionnaires qui vont se gaver.

Je ne vois pas en quoi c'est "gauchiste" de critiquer la répartition de plus en plus déséquilibrée entre travail et capital, et il me semble bien naïf d'imaginer que ce transfert de revenu se fait à égalité (ca c'est pour le commentaire de SR) : non les actionnaires ne consomment pas, déjà pas en France (comme les salariés d'Axa) et encore moins au Maroc, et ensuite cette richesse redistribuée ne va que très marginalement à des vrais gens (ie. les retraités californiens) et vient plutot augmenter le patrimoine de ménages déja super riches - tant que les efforts d'axa pour gonfler la valeur de son action ne sont pas ruinés par un krach boursier.

Guillermo, votre grief manque en fait. La question de la rémunération du capital et du travail n'était pas en cause. Relisez le post initial et vous verrez que c'était les clients, non les salariés, qui avaient vocation à bénéficier des économies réalisées par Axa.

Sinon, je reconnais bien volontiers que la question que vous posez n'est pas gauchiste par elle-même. Les éléments de réponse, en revanche, oui.

Quand on y pense, en gros, la critique de la fuite des cerveaux à la Attac, ça veut dire :
"D'accord pour que les crève-la-faim viennent faire éboueur chez nous, mais pas question de se faire piquer nos boulots bien payés !"
Super de gauche comme attitude...

Julie,
On va changer les choses. Peut-être rentreras-tu…

Charles,
Mais de rien.

Nicola,
Je ne dis absolument pas que Sarkozy souhaite piller les cerveaux. Vous ne m’avez pas bien lu, si je peux me permettre… Je considère qu’il est normal qu’un pays tente d’attirer des gens qualifiés et compétents, même s’il est aussi absurde qu’impossible de fermer la porte aux non qualifiés. Je dis également qu’il serait scandaleux de considérer qu’un diplômé d’un pays du Sud n’a pas le droit, lui aussi, de faire sa vie là où il le souhaite, là où ses compétences sont en demande. Les Français le font bien, pourquoi pas les Africains. Maintenant, il est évident qu’il serait intelligent de rendre leur carrière plus attractive « au pays ». Mais là encore, la situation française est presque identique…

Econoclaste-Alexandre,
Hé hé, on fait ce qu’on peut pour initier nos compatriotes aux joies subtiles de l’économie…

Denys,
Le Maroc, c’est un exemple d’actualité. Mais tous les pays du Sud sont concernés et, dans le cas de la France, tous les pays francophones. Le co-développement par l’investissement plutôt que par la subvention, est-ce si stupide ?

Eric Durand,
Non, tu n’as pas compris. Tu as même compris le contraire de ce que je dis.

Ibn Kafka,
Bien d’accord.

Matthieu,
Les Marocains sont moins nombreux que les Maliens sur les rafiots, mais qu’est ce que ça change. Si Axa investissait à Bamako, les données resteraient les mêmes, ici et là-bas.

Elessar,
Le PS, nous allons le tournebouler.

Sr,
Il vaut tout de même mieux que les clients s’y retrouvent aussi… Même si, effectivement, au pays des contrats d’assurance-vie investis en actions (et proposés par AXA !), clients et actionnaires sont souvent les mêmes. Nous n’avons peut-être pas de fonds de pension mais nos substituts ne sont pas mal non plus…

Guillermo,
AXA peut être tenté de ne pas redistribuer ses profits liés à la délocalisation, mais le fera fatalement sous la pression de la concurrence. Le problème de ceux qui ne croient pas au marché (comme outil, pas comme dieu ou comme dogme), c’est qu’ils ne conçoivent jamais la concurrence comme un moteur positif. Le marché de l’assurance est en train de s’ouvrir en Europe, d’où, par exemple, la montée en puissance de l’Italien Generali, de l’Anglais Aviva ou de l’Allemand Allianz chez nous (via l’UAP). Ce qui signifie que la concurrence et la volonté de gagner des parts de marché peut peser à la baisse sur les tarifs au client. Amuse-toi à jeter un coup d’œil à ta facture de téléphone...

N'oubliez que vous êtes aussi probablement actionnaires d'AXA (sans le savoir) par vos économies placées en OPCVM, votre caisse de retraite complémentaire, votre compagnie d'assurance, la caisse des dépots...

J'arrive après la bataille, tout le monde t'a déjà approuvé. Bon, ben ouais, t'as raison, quoi; j'irais même jusqu'à dire que ce que tu écris est loin d'être bête. Comme quoi tu n'es pas rigoureusement incapable de faire mieux que des provocations bockeliennes à deux balles, dont acte. Bravo. N'en profite pas pour espérer me faire voter Ségolène, que je n'ai pas entendu récemment dire des choses aussi sensées. :-b

La logique alter est un peu plus perverse et un peu moins illogique que ce que tu décris Hugues. Enfin je crois. un bon alter à la sauce Bové va te répondre :

- Que la lutte est la même pour tous les travailleurs de la terre. Obéis aux mêmes règles. C'est le même combat que celui du travailleur occidental qui lutte contre la délocalisation que celui du travailleur pauvre qui risque sa peau (sauf si il est cubain, auquel cas c'est un simple capitaliste égoïste) pour venir chez nous . Ils n'ont pas accès aux ressources naturelles auxquels ils ont droit, parce qu'il existe de méchants profiteurs qui les spolient. Le problème est national et a trait à une mauvaise (re)distribution des biens.

- Il ne va pas nier qu'on peut y gagner au libre-échange l'alter (enfin si il n'est pas trop crétin). Mais il va trouver ça immoral, va voir une décadence morale dans le fait d'utiliser des " téléphones portable" (pour reprendre ta provocation manisfeste). Une fois les biens correctement redistribué le pauvre il va vivre heureux sans être perverti par nos valeurs marchandes et cette consommation qui nous aliène.

En fait, on lui rend service au pauvre en lui refusant l'accès à ce monde pourri par l'argent. Dans mon milieu ultra-bobo, à coup de refus de la modernité des masses (portable, télé etc) de légumes bio issus de producteur locaux et j'en passe et des meilleurs, c'est, me semble t'il, la logique qui prévaut. Tu comprend c'est tellement horrible d'être exploité dans un centre de télétravail alors que c'est tellement typique, ecolo, pur de vivre simplement du produit de son champ qu'on va modestement vendre avec son âne sur le joli marché exotique. Et puis ça fait de si jolis photos...

Au risque de passer pour le "gauchiste" "archaïque" et "frileux" (voire "nationaliste") de service dans ce touchant consensus sur les vertus du marché et de la concurrence, entre gens bien informés sur l'économie moderne et pleins de générosité pour les pays en développement, je me permets de souligner deux points importants, un peu facilement évacués dans ce concert de "real-économie".

Regardons d’abord les faits. Pour ses centres d’appel, Axa trouve de la main-d’oeuvre plus qualifiée et moins chère au Maroc. Très bien pour Axa et pour les Marocains embauchés et bravo pour le co-développement, mais ce sont quand même des emplois qui ne sont pas créés en France. Et quoique vous en disiez, ce déficit de création d’emplois ne sera pas compensé par la croissance issue de l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages qui résulterait d’une hypothétique diminution de la prime d’assurance. Faut pas déconner tout de même !

Le problème, c’est que ce qui se passe aujourd’hui pour les centres d’appel va se produire demain matin pour les techniciens, les ingénieurs, les chercheurs. Un dirigeant d’une grande entreprise indiquait récemment qu’un ingénieur-chercheur coûte 60 à 100 € de l’heure en Ile-de-France contre 10 à 20 € en Chine : la tentation est déjà là…
Alors qu’est-ce qu’on fait ? On se contente d’applaudir les entreprises qui délocalisent des emplois pour leur participation au développement des pays émergents et on continue à fantasmer sur je ne sais quel cercle vertueux de la concurrence ?

Outre qu’elle contribue à diminuer les créations d’emplois, cette concurrence sur les salaires, qui s’étend à grande vitesse sur quasiment tous les types de profils, va à l’évidence également tirer vers le bas le niveau de vie de nombreuses catégories de salariés.
Moins de création d’emplois et des salaires tirés vers le bas : où est le gain pour la France et pour les Français ?

Non, à ce jeu, qui n’est à l’évidence pas à somme nulle, tout le monde ne sera pas gagnant. Mais ceux qui bougent les pions n’ont généralement pas grand-chose à craindre : leur situation, leur emploi, leur salaire ou leur revenu ne sont pas directement menacés.

Mais, à mon avis, ils ne pourront pas se contenter pour autant d’assister passivement aux événements ou de les accompagner. Il faudra nécessairement trouver des solutions offensives et innovantes pour, au minimum, amortir le choc. Sinon, la situation ne sera tout simplement pas tenable socialement.

Pour être ingénieur travaillant dans le monde automobile, je peux vous dire qu'on a encore du temps devant nous. Certes les chinois/indiens/autres tiersmonde sont moins chers, mais ils sont moins compétents aussi. Acheter une voiture chinoise, et on verra comment vous la trouverez...
Ce n'est pas pour rien que les grandes firmes s'installant dans les ces pays envoyent des ingénieurs européens pour contrôler le tout.

Et puis, peut être qu'avec cette nouvelle concurrence, on va chercher encore plus, trouver de nouvelles solutions, améliorer nos produits.
Mais pour ça, il faudra travailler, je sais. Et faire plus de 35h par semaine, c'est dur ...

Comme on dit en escrime : touché, Hugues.
C'est je crois ce qu'on pourrait appeler le syndrôme "NIMBY" (Not In My BackYard, pas dans mon jardin en français).
Autrement dit, et le commentaire de Jeff en est un parfait exemple (je ne pense pas d'ailleurs qu'il soit le seul à penser ainsi), le co-développement vanté naguère par les syndicalistes de la CGT (Jean-Christophe Le Digou si je ne m'abuse), créer des emplois dans les PVD (http://fr.wikipedia.org/wiki/PVD) ou les PMA (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_les_moins_avancés), c'est parfait, mais surtout que ça ne vienne pas voler le travail des français !

Par ailleurs, pour abonder dans le sens du commentaire de l'Ankou, je travaille dans une grande entreprise informatique dont une partie de l'activité se trouve en Inde. Le moins que l'on puisse en dire est que la qualité du travail qui y est fourni n'est pas tout à fait satisfaisante.

Curieuse schizophrénie tout de même que de blamer la réalisation d'une idée il y a peu vantée...

Désolé pour les liens pourris du post précédent.
Les revoici
PVD : http://fr.wikipedia.org/wiki/PVD
PMA : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_les_moins_avancés

Jeff :

"mais ce sont quand même des emplois qui ne sont pas créés en France."

Non. Ce sont des emplois qui n'auraient pas existé du tout.

"Et quoique vous en disiez, ce déficit de création d’emplois ne sera pas compensé par la croissance issue de l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages qui résulterait d’une hypothétique diminution de la prime d’assurance. Faut pas déconner tout de même"

"j'y crois pas" ne vaut pas démonstration. Et si, effectivement, lorsque quelques centaines de milliers de clients d'axa économisent un centime d'euro, cela produit un effet positif conséquent. ruisseaux, rivières, etc.

"Le problème, c’est que ce qui se passe aujourd’hui pour les centres d’appel va se produire demain matin pour les techniciens, les ingénieurs, les chercheurs. Un dirigeant d’une grande entreprise indiquait récemment qu’un ingénieur-chercheur coûte 60 à 100 € de l’heure en Ile-de-France contre 10 à 20 € en Chine : la tentation est déjà là…"

et un employé de banque coûte deux fois plus cher au Luxembourg qu'en France. On se demande comment il peut y avoir encore des employés de banque au Luxembourg. La réponse à votre question est "avec l'argent économisé en faisant travailler des ingénieurs chinois, on bénéficie de leurs services ET on peut en plus acheter autre chose. Il n'y a pas que des biens échangeables internationalement dans la vie. A qui achetez-vous votre baguette de pain, quel médecin allez-vous voir, qui vous vend de l'électro-ménager fabriqué ailleurs? Et avec quoi allons-nous payer les services des ingénieurs chinois, sinon avec des choses que nous avons produites nous-mêmes? Les ingénieurs chinois ne sont pas chers, mais ils veulent être payés, et avec des biens et des services, pas des morceaux de papier. Il faudra donc bien leur exporter quelque chose, sous peine de devoir se passer de leurs services.

"Outre qu’elle contribue à diminuer les créations d’emplois, cette concurrence sur les salaires, qui s’étend à grande vitesse sur quasiment tous les types de profils, va à l’évidence également tirer vers le bas le niveau de vie de nombreuses catégories de salariés."

Et la terrible concurrence de l'automobile a coûté leur emploi à d'innombrables maréchaux-ferrands. On se demande comment on a fait pour survivre à ces effroyables destructions d'emploi.

"Moins de création d’emplois et des salaires tirés vers le bas : où est le gain pour la France et pour les Français ?"

Dans le fait qu'il y a en réalité autant de créations d'emploi (voire plus), et des salaires réels accrus par l'abondance de produits pas chers.

"Non, à ce jeu, qui n’est à l’évidence pas à somme nulle,"

en effet, à somme positive

"tout le monde ne sera pas gagnant."

vrai aussi : de la même façon que lorsque les goûts des gens changent, ou la technique. C'est pour cela qu'on a une protection sociale et une redistribution : parce que dans un monde ou les revenus totaux augmentent, il est légitime d'aider les malchanceux; mais il serait absurde et scandaleux d'aider les malchanceux des échanges internationaux, et pas ceux des changements de goûts ou des changements technologiques.

"Mais, à mon avis, ils ne pourront pas se contenter pour autant d’assister passivement aux événements ou de les accompagner. Il faudra nécessairement trouver des solutions offensives et innovantes pour, au minimum, amortir le choc. Sinon, la situation ne sera tout simplement pas tenable socialement."

On trouve des solutions innovantes et inoffensives (quel besoin a-t-on d'être agressif?) en laissant les gens s'organiser eux-mêmes, pas en décidant d'en haut de ce qui est bon. C'est pourquoi il est urgent de cesser de s'exciter sur les méchants du reste du monde qui se contentent de nous enrichir avec le commerce que nous entretenons avec eux; et de nous occuper de nos problèmes à nous.

Ouah

quelle synthèse AD

C'est bien gentil tout ce concert d'éloges mais Ricardo avait déja dit sensiblement la même chose en 1817...
Ps : Hugues, tu devrais faire du coaching avec Ségolène pour les débats ( hi hi hi)

Je pense que le libre échange est une notion mal comprise la plupart du temps.

j'ai trouvé un super article à ce sujet : http://www.pkarchive.org/trade/ricardo.html

Il n'empêche que Jeff soulève un point intéressant : comment faire pour accompagner les adaptations qu'implique le libre échange à tout moment? Parce que même si ce que vous dites est vrai Econoclaste, comment l'explique-t-on à l'employé de 55 ans qui vient de perdre son boulot pour cause de délocalisation?

Plus sérieusement, et c'est une question que je me pose, et auquelle je n'ai pas de réponse. Ne faudrait-il pas intégrer la notion de "vitesse de l'information" ? A l'heure où la propagation des savoirs et des techniques est quasi-instantanée, ce phénomème ne vient-il pas pertuber le modèle ricardien ?

Alexandre,

Merci pour votre réponse, très complète et de haute tenue. Un véritable petit condensé d’"économie pour les nuls". Je préfère le dire clairement : je ne suis pas, comme vous, agrégé d’économie. Je prétendrais juste ici avoir une formation scientifique correcte, suffisante en tout cas pour douter, exercer mon esprit critique, remettre en question... Et suffisante également pour voir que l’économie n’est pas une science et que l’idéologie n’est pas totalement absente des théories dominantes de cette discipline. Je me permettrais donc de poursuivre le dialogue (tant pis pour la longueur du post, pardon Hugues, privilégions la clarté)...

"Mais ce sont quand même des emplois qui ne sont pas créés en France", dis-je.
"Non. Ce sont des emplois qui n'auraient pas existé du tout", répondez-vous.

Je cite Le Monde : "Dévoilé en juin, le projet "Ambition 2012" d'Axa France vise à réaliser des performances supérieures à celles de la profession. La firme profite notamment du papy boom pour réorganiser ses effectifs : 4.500 de ses 14.000 salariés devraient partir d'ici à six ans. Un tiers ne sera pas remplacé. Sur les 3.000 embauchés, la moitié le sera en France, l'autre au Maroc... La direction avance deux arguments pour justifier son choix : une économie de 75 millions d'euros par an, et une meilleure qualité du service grâce à des horaires étendus. Elle attribue sa décision à l'échec de la négociation avec les centrales syndicales sur la flexibilité du travail".

Désolé Alexandre, mais ce sont donc des emplois dont Axa a besoin, qui existent aujourd’hui et existeront demain, qu’ils auraient pu "maintenir" en France mais qu’ils décident de "créer" au Maroc, pour des raisons de coûts et de flexibilité. Ce sont donc, je persiste et je signe, des emplois perdus pour notre pays. Il faut regarder la réalité en face même si elle contredit les belles théories.

"Et quoique vous en disiez, ce déficit de création d’emplois ne sera pas compensé par la croissance issue de l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages qui résulterait d’une hypothétique diminution de la prime d’assurance. Faut pas déconner tout de même", dis-je.
""J'y crois pas" ne vaut pas démonstration. Et si, effectivement, lorsque quelques centaines de milliers de clients d'Axa économisent un centime d'euro, cela produit un effet positif conséquent, ruisseaux, rivières, etc.", dites-vous.

Je suis d’accord avec vous : "j’y crois pas" ne vaut pas démonstration ; "j’y crois" non plus d’ailleurs. Un partout, la balle au centre.

"Le problème, c’est que ce qui se passe aujourd’hui pour les centres d’appel va se produire demain matin pour les techniciens, les ingénieurs, les chercheurs. Un dirigeant d’une grande entreprise indiquait récemment qu’un ingénieur-chercheur coûte 60 à 100 € de l’heure en Ile-de-France contre 10 à 20 € en Chine : la tentation est déjà là...", dis-je.
"Et un employé de banque coûte deux fois plus cher au Luxembourg qu'en France. On se demande comment il peut y avoir encore des employés de banque au Luxembourg. La réponse à votre question est "avec l'argent économisé en faisant travailler des ingénieurs chinois, on bénéficie de leurs services ET on peut en plus acheter autre chose. Il n'y a pas que des biens échangeables internationalement dans la vie. A qui achetez-vous votre baguette de pain, quel médecin allez-vous voir, qui vous vend de l'électro-ménager fabriqué ailleurs ? Et avec quoi allons-nous payer les services des ingénieurs chinois, sinon avec des choses que nous avons produites nous-mêmes ? Les ingénieurs chinois ne sont pas chers, mais ils veulent être payés, et avec des biens et des services, pas des morceaux de papier. Il faudra donc bien leur exporter quelque chose, sous peine de devoir se passer de leurs services", dites-vous.

D’accord avec vous : tous les emplois ne sont pas "délocalisables", c’est vrai pour le boulanger du coin comme pour tous les commerces de proximité et pour de nombreux autres métiers. Reste qu’il en existe aussi beaucoup qui le sont, délocalisables, et de plus en plus...
Pour ce qui est de la compétence des ingénieurs chinois (évoquée par d’autres commentateurs de ce blog), elle n’est sans doute pas au niveau de celle des ingénieurs français aujourd’hui, mais elle est déjà très bonne et s’améliore très vite. La concurrence dans ce domaine est déjà là...
Oui, il y a encore des employés de banque au Luxembourg, très bien payés. Il n’y a même pratiquement que ça : le Luxembourg est une banque. Vous avouerez que l’exemple que vous choisissez est un peu particulier...
Oui aussi, il faudra exporter vers la Chine : des TGV, des Airbus, des sacs Vuitton et des vêtements Dior, la visite de Paris et des châteaux de la Loire... D’autres idées ?

"Outre qu’elle contribue à diminuer les créations d’emplois, cette concurrence sur les salaires, qui s’étend à grande vitesse sur quasiment tous les types de profils, va à l’évidence également tirer vers le bas le niveau de vie de nombreuses catégories de salariés.", dis-je.
"Et la terrible concurrence de l'automobile a coûté leur emploi à d'innombrables maréchaux-ferrands. On se demande comment on a fait pour survivre à ces effroyables destructions d'emploi", dites-vous.

Je ne nierai évidemment pas l’évolution en matière de technologie, d’économie et de métiers. Mais je ne suis pas sûr que l’évolution actuelle (la fameuse "mondialisation") ait un précédent dans l’histoire. Les économistes qui auront raison sur cette période seront sans doute ceux qui analyseront les conséquences des mutations actuelles dans 20 ou 30 ans...

"Moins de création d’emplois et des salaires tirés vers le bas : où est le gain pour la France et pour les Français ?", dis-je.
"Dans le fait qu'il y a en réalité autant de créations d'emploi (voire plus), et des salaires réels accrus par l'abondance de produits pas chers", dites-vous.

Je pense que là, on est dans le domaine de la croyance. La croyance dans le cercle nécessairement vertueux engendré par la toute-puissance du marché, de la concurrence, de la mondialisation et de l’économie.

"Non, à ce jeu, qui n’est à l’évidence pas à somme nulle...", dis-je.
"En effet, à somme positive", dites-vous.

Si vous invoquez sans le dire la fameuse "destruction créatrice" de Schumpeter, j’imagine que je n’ai pas d’autre choix que de m’incliner devant le dogme, sous peine de passer pour un hérétique. Et pourtant j’ai du mal... Car je pense que la copie et le transfert de technologie vont nécessairement plus vite que l’innovation.

"Tout le monde ne sera pas gagnant.", dis-je.
"Vrai aussi : de la même façon que lorsque les goûts des gens changent, ou la technique. C'est pour cela qu'on a une protection sociale et une redistribution : parce que dans un monde ou les revenus totaux augmentent, il est légitime d'aider les malchanceux; mais il serait absurde et scandaleux d'aider les malchanceux des échanges internationaux, et pas ceux des changements de goûts ou des changements technologiques", dites-vous.

D’accord avec vous sur la nécessité de la redistribution. Mais vous aurez sans doute remarqué que cette redistribution n’existe pas dans tous les pays, et qu’elle est de plus en plus remise en question dans les pays où elle existe (suivez mon regard). Vous aurez également noté que les inégalités s’accroissent... C’est pourquoi je pense qu’il faut être innovant et offensif dans les mécanismes correctifs.

"Mais, à mon avis, ils ne pourront pas se contenter pour autant d’assister passivement aux événements ou de les accompagner. Il faudra nécessairement trouver des solutions offensives et innovantes pour, au minimum, amortir le choc. Sinon, la situation ne sera tout simplement pas tenable socialement.", dis-je.
"On trouve des solutions innovantes et inoffensives (quel besoin a-t-on d'être agressif?) en laissant les gens s'organiser eux-mêmes, pas en décidant d'en haut de ce qui est bon. C'est pourquoi il est urgent de cesser de s'exciter sur les méchants du reste du monde qui se contentent de nous enrichir avec le commerce que nous entretenons avec eux; et de nous occuper de nos problèmes à nous", dites-vous.

Je pense que l’Etat doit intervenir pour introduire des mécanismes correctifs et organiser la redistribution que vous appelez aussi de vos vœux. Je pense également qu’en tant que représentant des citoyens, il est aussi légitime à intervenir pour des raisons éthiques (tout n’est pas marchandise, le vivant en particulier), stratégiques (par exemple dans le secteur de l’énergie et dans certains domaines industriels) et politiques / sociales / humaines (dans le domaines des services publics, du revenu minimum, dans les règles du jeu en matière d’emploi et de travail, etc.). Je pense même que l’Etat ne doit pas se laisser aller au fatalisme et à la résignation devant l’inéluctabilité de la marche économique du monde et des mécanismes du sacro-saint marché, qui ont certes leurs effets positifs mais aussi, ne nous voilons pas la face, des effets négatifs.

Histoire de ne pas passer complètement pour un "nul en économie", je finirai en citant deux de vos éminents collègues qui s’expriment ainsi dans Le Monde à propos de l'affaire Axa :

"La compétition est internationale et entraîne une comparaison des coûts salariaux. Les délocalisations vont se mutiplier", estime Olivier Pastré, professeur à l'université de Paris-VIII. Il se dit favorable à "des délocalisations bien menées, qui ne détruisent pas d'emplois en France mais en créent dans les pays du Sud".

Pour Lionel Fontagné, chercheur au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii), "les entreprises qui ne délocaliseront pas seront moins compétitives et perdront des emplois". "C'est une nouvelle organisation du travail, dit-il, bonne pour les entreprises mais avec un coût social important pour les emplois non qualifiés."

Jeff,

Je pense que vous devriez lire l'article de Paul Krugman dont j'ai posté le lien ci-dessus. (notamment, concernant la croyance que la notion d'avantage comparatif ...est une croyance).

" Car je pense que la copie et le transfert de technologie vont nécessairement plus vite que l’innovation."

On ne peut copier que ce qui existe, il y a donc frein puissant :-)

Regardez le principe de la recherche fondamentale : accès libre et (disons) gratuit à l'ensemble des connaissances. Cet accès instantané à la connaissance permet bien sur d'aller de plus en plus vite. Cette concurrence totale, acharnée est également précisément le principal moteur qui nous incité à avancer.

C'est super d'être copié : quelle reconnaissance!

Eviv,

"C'est super d'être copié : quelle reconnaissance !". Sans doute. Mais ce n'est pas contradictoire avec ce que je voulais dire :

L'innovation permet d'avoir à un moment donné un avantage comparatif. Mais lorsque cette nouvelle technologie est copiée et intégrée par d'autres pays, l'avantage comparatif disparaît. Il s'inverse même si les pays en question produisent les applications de cette ex-nouvelle technologie à un coût inférieur. Or, c'est ce qui se passe.

Dans le monde idéal décrit par les théories économiques à la mode, notre avance technologique nous permet de vendre certains produits que les pays en développement ne savent pas encore fabriquer mais qu'ils peuvent acheter parce qu'ils sont devenus plus riches grâce à la mondialisation.

Il s'agit donc d'une course et d'après vous, qui va plus vite, celui qui invente ou celui qui copie ? C'est pouquoi j'ai vraiment du mal à croire qu'il s'agit d'un jeu à somme nulle (ou a fortiori positive).

Mon avis (et pas seulement le mien), c'est qu'au final, le coût social sera élevé. Et ma conviction, c'est que l'on ne peut pas se contenter de demander à des centaines de milliers d'êtres humains de payer les pots cassés au nom du soi-disant bénéfice global.

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.

Coup de sabre

Théologie amusante

La bible de l'urban cycling

Identité française : le livre !

Blogroll mal assortie

Bousculeurs d'idées reçues

Blog powered by Typepad
Membre depuis 10/2004