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septembre 2006

vendredi 22 septembre 2006

Message personnel à Ségolène : tout va bien, je suis dans la place...

Pleine d’enseignements, ma toute première réunion de section PS s’est déroulée sans encombre. Mais me faire des copains chez les camarades exigera probablement de gros efforts... de leur part.

MeetingSégolène, qui ne fait jamais les choses à moitié, avait pris soin de m’alerter sur ce détail par l’intermédiaire de mon quotidien favori : « Si tu  veux voter pour moi à l’heure de l’investiture, je te rappelle qu’il ne suffit pas d’avoir claqué 20 euros dans une adhésion électronique. Il faut aussi avoir passé la porte de ta section au moins une fois avant la fin du mois du septembre ! »

Elle est comme ça, Ségolène. Elle est pour le respect des conventions pour l’ordre juste, quoi... Et le rituel de la présentation du nouvel adhérent à sa section étant consubstantiel à la tradition de militantisme ouvrier du PS, il était hors de question d’y couper. C’est pourquoi je me suis précipité, hier en sortant du boulot, vers le local paroissial qui sert de lieu de rassemblement aux socialistes du onzième arrondissement, histoire d’assister à cette assemblée générale de la dernière chance. Je n’étais d’ailleurs pas le seul, la salle mal ventilée dans laquelle je débarquais, transpirant d’avoir pédalé comme un malade pour être à l’heure, étant clairement inadaptée à une aussi forte affluence.

Il faut dire que l’énorme succès des adhésions discountées risque de poser de sérieux problèmes organisationnels au parti de Blum, Jaurès et Mélenchon. Ainsi, la section à laquelle j’appartiens peut désormais se vanter de compter autant d’adhérents que certaines fédérations départementales de province, le nombre d’encartés ayant bondi de 700 à 1 500 en quelques mois. Résultat, les néo-socialistes dans mon genre étaient manifestement plus nombreux que les vieux routiers du programme commun, posant sans complexe les questions les plus naïves sur le fonctionnement des instances supérieures de la rue de Solferino, le concept de la distribution de tracts sur les marchés et le recours au papier recyclé pour l’envoi de circulaires internes...

Pour les animateurs de courants qui hantent les lieux, cet apport de sang neuf semble être vécu avec autant d’enthousiasme que de méfiance. Rien ne devrait être plus facile, en théorie, que de retourner comme autant de crêpes les apprentis militants à la recherche d’une explication du monde en trois points, le seul problème étant, pour l’évangéliste fabiusien, de fondre sur une proie égarée près de la machine à café avant que le jospinien ou le DSKiste ne s’en soit emparé pour lui démontrer à quel point son obédience représente les fondamentaux vrais du socialisme authentique, la concurrence n’en proposant qu’une variété dévoyée (ceci-dit en toute « camaraderie », évidemment...). D’un autre côté, la forte proportion de ségolistes infiltrés parmi les nouveaux venus, ségolistes également tentés par la diffusion de la bonne parole de leur championne auprès des indécis, complique la donne au point d’hypothéquer l’avenir même d’une section généralement perçue comme majoritairement « hollandaise ».

Me présentant moi-même à mes interlocuteurs comme blairo-ségoliste à inclination bockélienne, je ne suis pas certain de leur avoir fait une excellente impression. Et si le Premier secrétaire de la section s’est gentiment laissé allé à me proposer de prendre un pot au café du coin, à l’issue de la réunion et en compagnie d’un étonnant assortiment d’admirateurs de Laurent et d’aficionados de Dominique, ma défense du bilan du Labour et mon intérêt pour les propositions de la belle du Poitou ne me permettront sans doute pas de me faire beaucoup d’amis chez les camarades.

Il n’empêche. Cette première prise de contact pleine d’enseignements, si elle ne me conduit pas directement à l’exclusion pour déviation titiste, laisse espérer de passionnants débats, mon projet restant de transformer le monde par le truchement d’une petite bonne femme au physique avantageux et aux options décoiffantes au pays du prêt-à-penser. Seul bémol (et les pessimistes interpréteront sans doute cet incident comme un mauvais présage à l'approche de l’investiture) : l’impossibilité de réenfourcher mon bicloune pour rentrer à la maison, quelque sombre abruti essayant de piquer l’engin étant tout juste parvenu à en bloquer l’antivol. Bah, c’est peut-être que l’abruti en question était en mal d’un peu de discipline ségoliste...

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lundi 18 septembre 2006

Benoît XVI, les fanatiques et les idiots utiles

Je ne pensais pas écrire quoi que ce soit sur la non-histoire du discours du pape, mais l’éditorial découvert ce matin dans Libération mérite d’être commenté. Il serait dommage, en effet, que cet admirable exercice de sophisme politiquement correct n’ait pas le retentissement qu’il mérite...

Pape_1Lorsque j’ai appris, vendredi dernier, en fin de journée et via les dépêches de Yahoo actualités, que le pape avait proféré je ne sais quelle insanité à l’égard de l’Islam, je me suis demandé quelle mouche avait piqué cet homme intelligent et cultivé, dont l’approche intellectuelle de la chose religieuse me parlait davantage que le militantisme émotionnel de son prédécesseur. Après tout, même un mécréant de mon espèce est en droit d’être attentif à ce que le directeur de conscience de centaines de millions de catholiques à travers le monde pense de ceci ou de cela. Et dans un pays où il revient au service public audiovisuel, chaque dimanche matin, d’offrir ses ondes aux différents crédos   Libre Pensée comprise   le débat cultuel rattrape fatalement le débat tout court.

Je me suis donc mis en quête du discours original du « souverain pontife », comme on dit, afin de juger par moi-même de la nature des insultes émises à l’encontre de nos cousins musulmans et j’avoue avoir eu du mal à y retrouver la terrible agression suggérée par les agences de presse. Dans un texte de nature universitaire ― ce qui est bien le moins puisqu’il avait été préparé au bénéfice des chercheurs et enseignants de l’université de Ratisbonne ― Benoît XVI s’essayait plutôt à évoquer la relation entre la foi et la raison, le croisement des héritages grecs et chrétiens ou la capacité de la science à interroger le fait religieux. Rien de bien méchant, en vérité, dans ces propos hâtivement  réduits par les analphabètes de Reuters et de l’AFP à une citation décontextualisée d’un empereur byzantin du XIVe siècle (citation d’ailleurs qualifiée d'« étonnamment abrupte » par le pape lui-même).

Une non-histoire, donc, fondée sur un texte de théologien dense et complexe mais accessible à qui veut bien prendre le temps de le lire et, en tout état de cause, impossible à transformer en diatribe antimusulmane. Sauf à être, évidemment, à la recherche d’une nouvelle opportunité de conflit interreligieux...

Mais, et je l’écrivais au début de cette note, c’est davantage aux commentateurs prétendument informés que j’ai envie de m’en prendre, et plus spécifiquement à l’idiot utile de garde ce weekend à Libération, lequel s’est fendu d’un éditorial réminiscent du dialogue tenu par le général Custer et son guide indien dans Little Big Man au sujet d’un canyon à traverser ou à contourner (tant pis pour les non-cinéphiles). Chargé de cogner sur le curé en chef, Jean-Michel Thénard effectuait la démonstration suivante :

  • le pape n’a rien dit de répréhensible ;
  • un passage de son texte est cité hors contexte ;
  • les fanatiques sont à la recherche de prétextes pour encourager la colère des musulmans ;
  • le pape est donc coupable d'avoir prononcé un discours que des fanatiques peuvent déformer pour déclencher un choc des civilisations ;
  • le pape ferait mieux de la fermer...

Je ne vais pas m’amuser à déconstruire cet édito phrase à phrase. Bien moins sophistiqué que le discours de Ratisbonne, il pourra être directement consulté par les esprits les moins subtils et jugé pour ce qu’il est. Je me permettrais pourtant de me demander si, ultimement, les apôtres du politiquement correct ne sont pas aussi dangereux que les fanatiques religieux dans ce genre d'affaire, leur capacité, sous couvert d’objectivité et de réflexion raisonnable, à faire entrer la logique des barbus dans la pensée courante étant plus qu'inquiétante.

Chez l'esprit simple de Lahore ou de Téhéran, la parole de tel ou tel mollah suffira toujours à déclencher une colère aussi frustre que sincère. Sous nos latitudes, il revient aux Jean-Michel Thénard et consorts d'habiller d'arguments à trois sous le principe d'un encadrement de la liberté d'expression et de la réflexion complexe au nom d'une hypothétique préservation du calme et de l'harmonie. Mais avec les uns comme avec les autres, ce n'est pas la démocratie qui gagne.

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vendredi 15 septembre 2006

DSK prône (par inadvertance) la baisse de la fiscalité comme moteur de la croissance

Le terrible processus de « fabiusisation » de Dominique Strauss-Kahn est-il réversible ? Les paris sont ouverts.

DskjapyCe qui est sympa, lorsque vous avez un fan club, c’est la qualité de l’accueil que réserveront ses membres à n’importe laquelle de vos vaticinations aussi détonante soit-elle. Allant et venant, deux heures durant, sur l’estrade dressée en juin dernier (*) au beau milieu d’un gymnase parisien, Dominique Strauss-Kahn s’était ainsi abandonné à la volupté narcissique que procure une assistance totalement acquise, baissant parfois la garde au point de sortir de son personnage en voie de fabiusisation sans provoquer le moindre haussement de sourcils dans les gradins...

Comprenons-nous bien. Je n’ai rien contre DSK au contraire. Et jusqu’à ces derniers mois, il était même le champion en lequel je plaçais mes espoirs de social-démocrate frustré, son passage à Bercy et son livre-manifeste de 2002 m’ayant convaincu de ce qu’il pouvait nous apporter en termes de croissance, de réformes concrètes et de modernisation du discours politique. Mais son évolution stratégique, la tentation absurde du « rassemblement à gauche », l’abandon de la référence au blairisme et à l'expérience scandinave, voire le refus d’évaluer avec pragmatisme le potentiel électoral que représente désormais Ségolène Royal, m’en ont progressivement éloigné.

D’ailleurs, si j’avais fait l’effort d’être présent dans ce gymnase surchauffé du IXe arrondissement, simultanément haut lieu du socialisme et témoin des comportements les plus abjects, c’était autant dans l’espoir d’être regagné à la cause que dans le but d’alimenter mon blog en anecdotes de néo-militant socialiste. Las, je dois avouer en être reparti dans le même état d’esprit qu’à mon arrivée : déterminé à offrir ma voix à la belle du Poitou à l’heure de l’investiture.

Je ne suis pas naïf et je sais qu’une réunion de ce genre vise essentiellement à galvaniser des militants préalablement convaincus, lesquels se chargeront ensuite de répercuter, apostle style, la bonne parole dans leurs cénacles respectifs. Mais l’idée que la conviction de types dans mon genre puisse être emportée dans la foulée semblait avoir été négligée. Car franchement, il ne s’est rien dit d’intéressant ou d’interpellant ce soir là, au-delà d'un baratin convenu sur la générosité ontologique de la gauche, la méchanceté intrinsèque de la droite ou l’impérieuse nécessité de changer les choses « pour le mieux » ; bref, rien qui ne puisse heurter les militants qui, n’ayant pas la mémoire des visages, croyaient assister à un meeting du député du Grand-Quevilly.

Ah si, tout de même ! J'allais oublier de mentionner le passage ayant fourni son titre à cette note, ce qui serait un comble pour quelqu'un qui, comme moi, prétend avoir de la suite dans les idées... Interrogé sur l’incapacité de Chirac à assumer ses promesses de campagne dans l’affaire de la TVA sur la restauration, nos partenaires européens ayant refusé de booster le président auprès de sa clientèle cafetière, DSK s’est souvenu de ses propres succès dans ce domaine. « Les travaux de rénovation des logements de particuliers étaient généralement effectués au noir, a-t-il expliqué en substance, voire pas effectués du tout du fait de leur coût exorbitant ! En passant d’une TVA de 19,6% à un taux de 5,5%, j’ai permis d’accroître l’activité du secteur et j’ai augmenté le produit global de la taxe ! » CQFD.

Ca n’a l’air de rien, cette petite démonstration. Et n’importe quel étudiant de première année de Sciences éco limitant tristement ses lectures au « Spécial Cuba » d'Alternatives économiques est en mesure de concevoir qu’en diminuant le coût d’un service, on renforce son attractivité... Et qu’un grand nombre de contribuables faiblement taxés peut rapporter davantage qu’un petit nombre de contribuables lourdement imposés. Le fameux « trop d’impôt tue l’impôt » de Laffer, quoi ! Pas vraiment de quoi fouetter un « économiste en culotte courte », comme dirait DSK lorsqu’il tente de discréditer plaisamment les compétences de Ségolène hors de la sphère des affaires familiales.

N’importe quel étudiant en première année de Science éco, oui... A moins qu’il ne soit membre du MJS ou de la Ligue, évidemment. Et c’est justement là que se situe le problème : le fan club de Japy reste parfaitement capable d’entendre le discours adulte et raisonnable qui lui était tenu jusqu’à ce que DSK ne se laisse entraîner dans une surenchère à gauche, surenchère fondée sur l’idée que tout ce qui ne nous éloigne pas du terrible libéralisme anglo-saxon doit être condamné.

Le succès de Ségolène, auprès de l’opinion comme auprès des militants socialistes, procède précisément d’une analyse inverse de la situation, la prochaine présidente de la République occupant le terrain qui aurait pu ― qui aurait dû ― être celui du Dominique Strauss-Kahn d’avant (ou plutôt, du Dominique Strauss-Kahn des conversations privées d’aujourd’hui, au cours desquelles il lui arrive de balancer qu’une renationalisation d’EDF n’est peut-être pas, après tout, la priorité des priorité en cas de retour aux affaires).

A l’inverse d'un Fabius, l’ami Dominique n’a pas encore franchi le Rubicon. Et s’il n’hésite pas, lorsque l’occasion lui en est offerte, à jouer les vieux renards éprouvés face à l’inexpérience présumée de son ancienne collègue de bureau, il ne s’est pas autorisé les sorties lamentables d’un Mélenchon ou d’un Emmanuelli sur le thème des concours de beauté et autres corvées de baby-sitting... Il peut donc encore mettre son ambition personnelle dans sa poche et accepter la nouvelle donne avec réalisme, un ticket Ségolène-DSK étant la quasi-assurance d’une victoire du PS, ce qui serait déjà bien, mais également du changement dont la France à besoin.

Président, c'est sûr, ça en jette. Mais Premier ministre, cher Dominique, ce n'est pas mal non plus : on garde son fan club, on peut bricoler la TVA, on peut éclabousser Besancenot sur son vélo en passant dans les flaques d’eau en Vel Satis de fonction... En restant dans l’opposition à la suite d’un combat stérile, fratricide et ringard, en revanche, on doit s’ennuyer ferme.

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(*) Je sais, je sais, trois mois de retard pour une compte-rendu de meeting, c'est un peu beaucoup. Mais j'espérais vaguement ne pas avoir à l'écrire. Quelle erreur...

lundi 11 septembre 2006

You can run but you can’t hide

Les terroristes ne sont pas des justiciers. Et se faire tout petit dans un coin n’est pas un moyen de leur échapper.

Wtc_1Je ne crois pas me tromper beaucoup en suggérant que, pour un nombre croissant d’Européens, le terrorisme islamiste est, d’une certaine manière, le fruit pourri de nos propres turpitudes. Nous nous sommes mal comportés, nous nous sommes enrichis sur le dos de pauvres gens, nous avons humilié les masses arabes et, juste retour des choses, nous en payons désormais le prix…

Dans ce contexte, Ben Laden, pour toute sa cruauté, prend l’allure d’un Guevara moderne quand les kamikazes du 11 septembre 2001 se transforment en joyeux compagnons de Robin des Bois. Que les exigences légitimes de ces combattants de la liberté soient enfin prises en compte (la création d’un Etat palestinien, le départ des troupes occidentales d’Irak et d’Afghanistan, l’autorisation du voile dans les écoles françaises, l’interdiction du blasphème, etc.) et les choses rentreront dans l’ordre. Ben Laden reprendra les rênes de son entreprise de BTP et ses lieutenants pourront enfin se consacrer aux activités paisibles auxquelles les destinaient leurs brillantes études.

Le problème, c’est que ni Ben Laden, ni ses lieutenants, ni la cohorte d’assassins qui, de par le monde, se réclament du Djihad ne voient les choses de cette façon, leur projet tendant à être légèrement plus complexe. Le règlement de la question palestinienne, dont tout tyran moyen-oriental qui se respecte fait un préalable à l’émergence de la démocratie dans son propre pays, s’il se produit un jour, serait effectivement une bonne chose. Mais uniquement pour les Palestiniens et l’on voit mal en quoi les populations du reste de l’Oumma en seraient affectées dans leur vie quotidienne. Le retrait des troupes occidentales d’Irak et d’Afghanistan, lorsqu’il adviendra, risque surtout de faire l’affaire des seigneurs de la guerre et autres docteurs de la foi locaux lesquels ne sont guère connus pour leur amour de la paix et de la tolérance.

De fait, pour ce que j’en sais, les djihadistes de ce monde, à la manière de leurs prédécesseurs nazis et fascistes, ont déjà rendues leurs ambitions publiques, soit le triomphe universel de la vraie foi et le rétablissement du Califat à l’échelle de la planète. Ni plus, ni moins. Et s’il est tentant de prétendre qu’en jouant la carte de l’apaisement, qu'en se démarquant, autant que faire se peut, des positions de l’ogre américain, il devient possible de conclure quelque pacte de non-agression d’inspiration munichoise, les chances de réussite semblent assez ténues. Peut-être est-il utile, d’ailleurs, de rappeler que les attentats de New York ont été commis avant l’intervention en Afghanistan, cette dernière en étant la conséquence plutôt que la cause. Quel était donc le crime spécifique dont les 3 000 victimes du World Trade Center devaient impérativement payer le prix ?

Je suis un démocrate. Je n’étais pas partisan de l’intervention irakienne et la création d’une Palestine souveraine aux côtés d’Israël figure en bonne place sur la liste que j’adresse chaque année au Père Noël. Je suis conscient des déséquilibres économiques et sociaux qui fondent la relation Nord-Sud, même si je pense qu’il est ridicule de mettre un Mali misérable et une Lybie richissime sur le même plan, les difficultés subies par l’un n’ayant pas grand chose à voir avec les problèmes que s’inflige l’autre. Je suis même prêt à m’accommoder, si tel est leur souhait, ce que je ne crois pas, d’une extension d’un Islam ultra-rigoriste et obscurantiste à toutes les populations musulmanes du Moyen-Orient. Mais je refuse de me plier aux diktats d’exaltés dont le projet est de transformer le monde en m’asservissant.

L’Islam, comme religion, me semble largement aussi valide que le Christianisme, le Judaïsme, la Scientologie ou n’importe quelle autre béquille philosophique institutionnelle : que des adultes choisissent de s’interdire de jouir de leur passage sur terre dans la perspective d’un au-delà merveilleux les regarde. Mais que les fanatiques parmi eux se mêlent de m’imposer leurs règles de vie ou leur vision du bien et du mal à coups de cimeterre et je me rebiffe.

Les victimes du 11-Septembre n’étaient coupables de rien. Celles des attentats de Londres ou de Madrid non plus. Les 10 morts et 250 blessés français des attentats perpétrés, en 95, par le réseau Kelkal-Boualem, n'avaient rien à voir avec le combat opposant les djihadistes algériens aux oligarques du FLN. Les victimes ne sont jamais coupables.

Evidemment, donner sa chance à la diplomatie, éviter, lorsque c’est possible, d’en arriver à un conflit, est une attitude respectable. Mais s’imaginer que la simple bonne volonté, que le seul désir d’éviter la confrontation, permettront d’éviter que les bombes n’explosent et que les avions ne se fracassent à nouveau sur les immeubles est une illusion aussi stérile que dangereuse. Offrir aux islamistes leurs Sudètes ne les empêchera pas d’exiger leur Pologne ― au contraire. Et privilégier la paix ne signifiera jamais qu’il est préférable de se faire tout petit dans un coin dans l’espoir que la foudre ne frappe que le voisin.

© Commentaires & vaticinations

PS. : On l’aura compris, je fais partie de ces grands naïfs n’accordant pas le moindre crédit aux élucubrations conspirationnistes attribuant les attentats du 11-Septembre à un aréopage de sionistes sanguinaires et de néocons mégalomanes. Il n’est donc pas utile de démarrer une discussion sur ce thème sous cette note.

jeudi 07 septembre 2006

L’ABC de l’UDF

Chose promise, chose due. Après le commentaire politique, la visite touristique...

AlphabetsoupA comme accueil. J’ai beau jouer les VIP, personne ne semble avoir été mandaté pour m’attendre à la gare de Montpellier et même la navette mentionnée sur le blog des jeunes de l’UDF est introuvable... Je déambule quelques minutes dans le hall, me fendant d’un coup de fil à un blogueur local que je souhaitais rencontrer depuis longtemps pour lui proposer d’aller prendre un verre. Mais je finis par repérer, pour l’avoir vu à la télé, Nicolas Domenach, le rédacteur en chef de Marianne, lui aussi en attente de quelque chose ou quelqu’un...

Je m’approche de lui : « Excusez-moi, vous attendez la navette pour l’université d’été de l’UDF ? » Le  célèbre journaliste m’observe avec inquiétude, se demandant peut-être si je ne vais pas lui taper un euro ou, pire encore, si je ne suis pas un militant bayrouiste souhaitant se faire des copains : « Heu, oui... Enfin non. On vient me chercher ! » Ce qu’il tient à me faire comprendre, en fait, c’est qu’il n’est pas du genre à emprunter une bétaillère à militants mais que, en tant qu’invité de prestige, une voiture dans laquelle il n’est pas question que je mette les pieds doit arriver d'une minute à l'autre. Justement, un ado en T-shirt orange, la panoplie ukraino-centriste du moment, entre en scène et vient saluer le bonhomme : « Monsieur Domenach ? Je suis venu vous chercher... »

Je me dirige vers le jeune ukrainien : « Pardon, je suis également invité à la Grande-Motte. Est-ce que je peux venir avec vous ? » Il m’examine avec circonspection, tentant d'établir si, moi aussi, je suis une célébrité. Une fois mon anonymat relatif confirmé, il lâche : « Non, malheureusement, la voiture est pleine. Allez à la gare routière : il devrait y avoir un bus... »

Au final, la responsable communication de je ne sais plus quelle fédération francilienne aura pitié de moi et en compagnie d’une lectrice du livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg « Le chômage, fatalité ou nécessité » aperçue dans le train me conduira en taxi jusqu’à la Grande-Motte.

B comme blogueur. Je ne suis pas le seul blogueur de la place, loin s’en faut. Je fais la connaissance de Cyceron (l’un des trois auteurs du Benito Report), de Cratyle (un militant UDF ne partageant pas mon sens de l’humour) et de Philippe Pinault, le patron de BlogSpirit (dont je viens de devenir le client à titre professionnel et avec lequel je peux parler boutique). J’échange aussi quelques mots avec Frédéric de Démocratie Sans Frontières en faisant la queue au comptoir d'accueil du VVF.

Je n’ai malheureusement pas rencontré Stéphane Estrano, dont je viens de découvrir le blog étrange, et j’ai trouvé mon « camarade » Fraise des bois, venu vendre son recueil d’anecdotes bloguesques, assez peu cordial. Mais c’était peut-être le climat...

Pour autant, je constate que les comptes-rendus des uns et des autres ont tendance à être d’une meilleure tenue que ceux des blogueurs de Marseille ou de La Rochelle. Ma popularité dans la, hum, blogosphère risque d'en souffrir, mais je partage totalement le point de vue de Joël Ronez sur le surprenant manque de distance et de compréhension de la chose politique affiché par la plupart des invités de Sarkozy. Mon camarade Vinvin excepté ― sa capacité à s'amuser de cette mascarade lui permettant d’échapper au naufrage ―, le spectacle de ces jeunes gens modernes émoustillés par un carton d’invitation aux allures de plat de lentilles est franchement grotesque (cf. : cette hallucinante photo de Loïc Le Meur assis en tailleur au pied du gnome).

C comme chambre d'hôtel. Je ne suis pas un authentique VIP, au sens où Nicolas Domenach, qui passe régulièrement à la télé, en est un, mais je suis apparemment mieux traité que les autres blogueurs. Ainsi, c’est à l’hôtel Mercure du centre de la Grande-Motte que je suis logé, quand mes « confrères » sont répartis dans les baraquements en béton crépi du VVF du Ponant.

Je subodore néanmoins que c’est le manque de place, plus que ma qualité de blogueur ultra-influent, qui explique cette différence de traitement. Bah, la perspective de partager mes pénates avec un inconnu, et un inconnu centriste par-dessus le marché, n’étant pas des plus folichonnes, je ne vais pas m'en plaindre. Et en plus, ma chambre donne sur le port.

D comme discours. François Bayrou prononce son discours sur une estrade disposée dos à la petite plage du VVF. Arrivé trop tard pour trouver un siège, je me place derrière la scène, au soleil, ce qui m'offre un excellent point de vue sur ses mocassins crottés d'homme de la terre. Directement en face de moi, l’élite du centrisme ― les Marielle de Sarnez et autres Jean-Louis Bourlanges ― a l’air de se demander qui est ce type assis derrière le podium, un attentat étant si vite arrivé. Mais je n’attente à rien, le discours du boss étant bien trop prenant pour m’en laisser le loisir. Clairement, le gars n’est pas mauvais. Ce sont ses oreilles décollées qui le desservent : elles empêchent l'auditeur de se concentrer sur son charisme. Mais vu de dos, il ne s’en tire vraiment pas mal.

E comme entrisme. Ayant décidé de consacrer mon premier déjeuner à la découverte de ce qui motive un jeune de l’UDF, je m’installe, en compagnie de mon nouvel ami Cyceron, à la même table qu'un groupe de centristes en devenir. Las, quelques questions suffisent à découvrir que les centristes en question n’ont pas la moindre affection pour Bayrou, leur cœur vibrant plutôt pour Jacques Cheminade, candidat permanent à la présidence de la République et franchisé local de Lyndon LaRouche, un Le Pen américain (pour aller vite, car c'est un peu plus compliqué).

Nos amis, qui fréquentent toutes les manifestations politiques, évangélisent à tour de bras, distribuant force tracts et feuilles de choux. Bon, il est vrai que je suis assez mal placé pour leur reprocher ce programme de conversion, étant moi-même à la recherche d’âmes simples à ségoliser. Mais tout de même, comparer la belle du Poitou à un curieux animal comme LaRouche serait un poil exagéré.

F comme Frédéric Encel. Frédéric Encel est un géopolitologue. Auteur de plusieurs essais remarqués, il a été invité à intervenir dans une table ronde centrée sur « les relations internationales de la France » mais assez décousue, les prises de paroles étant totalement déconnectées les unes des autres. Il va toutefois se rendre fort utile en remettant à sa place le correspondant à Bruxelles de France Inter, Quentin Dickinson, lequel est manifestement peu au fait du rôle de l’OTAN en Afghanistan et ne possède qu’une compréhension limitée du concept de guerre asymétrique.

Au diner, que je partage avec Encel, une élève de Sciences Po aux allures de collégienne, un couple de militants UDF de l’Eure (que je salue en passant) et Adnan Paulus, le représentant à Paris du Forum irakien (une organisation assyrienne démocratique), je découvre avec ébahissement que le géopolitologue ne sait pas ce qu’est un blog ! Rassurez-vous, lorsque nous nous séparons, son éducation est faite. Hé, quoi, nous sommes à l’université, non ?

G comme Grande-Motte. La Grande-Motte, je ne connaissais pas. Et je dois dire que cette espèce de terrain d’aventure architectural est loin d’être l’horreur que l’on dit. Les immeubles en forme de pyramides sont plutôt bien entretenus, la verdure en boîte convenablement répartie et les bateaux qui tanguent dans le port sont les mêmes qu’à Douarnenez ou Cassis. Les taxis locaux pourraient néanmoins faire quelques efforts de ponctualité.

H comme Hystérie collective. Hum, là, j’exagère un peu. Et la soirée dansante organisée par les jeunes n’avait rien de la folle java, même si la salle de réunion transformée en cabaret était munie d’une grosse boule à facettes. Enfin, moi, je suis rentré assez tôt à l’hôtel ce soir là, ayant prévu d’aller courir sur le front de mer le lendemain matin ― fidèle à mes habitudes de born again sportif.

Mais il faut dire qu’à l’UDF, on reste « jeune » jusqu’à 35 ans. Et à 35 ans, les boums sont rarement endiablées.

J comme journaliste. Je suis journaliste dans le civil. J’ai donc l’habitude de fréquenter ces manifestations au sein desquelles la salle de presse et les lieux de pouvoir sont considérés comme les seuls espaces civilisés ― se retrouver aux côtés du « public » étant impensable... A la Grande-Motte, les journalistes, souvent des seconds couteaux n’ayant pas été pressentis pour le véritable événement du week-end, quelque part du côté de Marseille, sont donc restés aux alentours de la salle de presse à papoter en attendant les deux interventions majeures, Rocard et Bayrou, puis sont rentrés à la maison.

Dans leur registre, ils n’avaient rien à envier aux blogueurs les moins créatifs…

M comme marques. François Bayrou, dans son discours, s’est élevé contre la tyrannie des marques et a ressorti son idée d’un uniforme pour les écoliers. Pourquoi pas... Les gosses, c’est vrai, sont de plus en plus soumis aux diktats du marketing et cette suggestion est défendable. Il était tout de même amusant de voir un certain Sandro Gozi, présenté comme le « bras droit » de Romano Prodi, applaudir cette proposition à tout rompre. Gravure de mode en costume crème, le bellâtre avait l'air assez peu convaincu du danger sur lequel notre leader en sabots crottés tentait de l’alerter.

R comme Ragondin. En longeant un bosquet, je repère un rat gigantesque en train de grignoter une branche morte. Je fais un bond de côté mais un vieux militant UDF vient me rassurer en rigolant : « Ce n'est pas un rat, c’est un ragondin, une sorte de castor. Il y en a toute une famille dans la pièce d’eau qui se trouve en contrebas et les employés du VVF s’en occupent ».

Il se met à me raconter un tas de trucs sur le ragondin, son habitat, ses habitudes alimentaires, son mode de vie, etc. Ca dure un moment et c'est très intéressant. A la fin, je lui demande s’il est spécialiste des ragondins mais il me dit que non : il est juste en train de lire le panneau d’information planté derrière moi.

S comme salle de presse. La « salle de presse » est une méchante affaire de 15 mètres carrés où se barricadent une petite dizaine de journalistes, l'air débordé. Lorsque j’y pénètre, les deux jeunes filles en T-shirt orange chargée de jouer les cerbères s’entre-regardent. « Ce mec, t'as vu son badge ? C’est un blogueur, pas un journaliste... Il a le droit d’être là ? » demande l’une. « Ben oui, blogueur ou journaliste, c’est pareil », la rassure l’autre sans savoir à quel point ce court dialogue est en phase avec le débat qui agite la blogosphère à intervalles réguliers, opposant en un combat douteux, titulaires d’une carte de presse et « citoyens reporters ».

En tout état de cause, l'endroit n'a rien d'un paradis pour happy few mais l’on y trouve les journaux du jour, une télé, une machine à café et des petites madeleines sous cellophane. On le voit, on est loin du luxe de l’UMP, ou même du confort du PS, en termes de media facilities. Il y a bien un PC connecté à Internet, mais les deux militantes me regardent de travers lorsque je leur demande si je peux relever mes mails. Ok, ok, je m’en vais...

T comme ténor. Jean Lassalle, ce parlementaire réputé pour son manque d’appétit, est sans doute le grognard Bayrouiste le plus efficace à l'heure de la Marseillaise. « Ténor dramatique » en termes de tessiture, il serait plutôt du genre dramatique tout court en termes politiques. Et si certains de ses engagements personnels sont évidemment sincères, il n’en sont pas moins absurdes. Petit scoop : je n’ai pas eu beaucoup de mal à dénicher des militants ne partageant pas sa définition du mot « délocalisation »...

U comme université d’été. Le terme est vraiment galvaudé. Je me suis promené partout, j’ai assisté à pas mal de débats, j’ai parlé à un tas de gens, mais je ne pense pas être prêt pour le moindre examen en UDFologie. De toute façon, et ce n’est pas François Bayrou, ancien ministre de l’Education nationale, qui me contredira, les universités françaises sont dans un état lamentable...

V comme Village Vacances Familles. L’UDF est un parti fauché. Et le VVF du Ponant, ce centre de vacances en préfabriqué ayant connu des jours meilleurs, n’est pas exactement Monte-Carlo. En tout et pour tout, la sauterie n’aura d’ailleurs coûté que 150 000 euros (repas et hébergement de 2 000 personnes compris), ce qui permettrait à peine de loger Johnny et Loïc Le Meur au Concorde Palm Beach de la Corniche à Marseille en chambre simple (mais avec vue sur le château d’If).

Détail amusant, les congressistes n’étaient pas seuls à arpenter les allées du VVF, d’authentiques vacanciers, souvent âgés, les croisant ici et là sur le chemin de la salle à manger... Mais ce côté bout de ficelles est plutôt sympathique, les jeunes organisateurs se mettant vraiment en quatre pour rendre service. L’atmosphère générale est franchement familiale, populaire, pas people pour deux sous. Et le choix du VVF, l’un des hauts lieux du tourisme social dont Edmond Maire fut un temps le patron, était tout à fait pertinent pour un parti dont le leader passe son temps à citer Jaurès.

X comme xylophone. Je n’ai pas trouvé d’entrée commençant par un X.

Y comme yaourt. La plupart des gens écrivent et prononcent « yaourt ». D’autres écrivent « yoghourt » mais prononcent yaourt quand même. Enfin, il y a ceux qui écrivent et prononcent yoghourt. C’est selon. Moi, j’appartiens à la première catégorie. Je n’avais pas non plus de mot commençant par un Y. Et de toute façon, il manquait déjà tout un tas de lettres à cet alphabet...

Z comme Zemmour. Eric Zemmour est journaliste au Figaro. Il est aussi l’auteur d’un essai sur les relations hommes femmes que toutes les blogueuses n’apprécient pas. Mais franchement, je n’ai pas d’opinion sur le bonhomme, dont je n’ai jamais rien lu.

Je passe tout de même quelques instants dans la salle où il intervient, en tant que Candide, dans un débat social aux enjeux difficiles à identifier. Une histoire de syndicats en désaccord les uns avec les autres sur un point de doctrine, quelque chose comme ça. Je retiens surtout qu’il est contre le modèle suédois, dont on lui rebat les oreilles depuis qu’il est petit.

Le soir au diner, un employé du VVF est en train de débarrasser les tables et je fais remarquer à mon nouvel ami Cyceron qu’il ressemble à Zemmour comme deux gouttes d’eau. Je lui conseille de le prendre en photo pour poster une note  titrée : « Eric Zemmour fait des ménages à l’université d’été de l’UDF ». Cyceron a pris la photo mais ne l’a pas publiée. Poltron !

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lundi 04 septembre 2006

Université d’été de l’UDF : la gauche, oui, but not as we know it...

Le weekend dernier, la Grande-Motte accueillait le premier rassemblement majeur de la gauche non-communiste. Une initiative sympathique, mais dont la finalité reste obscure.

Grande_motte_1Il serait malhonnête de prétendre que je n’avais pas, en débarquant à la Grande-Motte, un certain nombre de préjugés sur les enjeux de la petite fiesta organisée par les amis de François Bayrou. J’avais évidemment suivi, d’assez loin, la transformation d’une coalition hétéroclite de chrétiens-démocrates, libéraux pur jus, nostalgiques du giscardisme et vrais réactionnaires en « mouvement de progrès », mais les choses restaient floues. Et à en juger par les réactions de mes proches à l’annonce de mon départ pour UDF-land, elles ne le restaient pas que pour moi...

Nominalement associés à la majorité, les parlementaires UDF n’avaient pourtant pas hésité à refuser leur confiance au gouvernement dès 2005, ignorant les consignes de Dominique de Villepin et les avertissements de Gilles de Robien. La moitié d’entre eux s’était même autorisée à voter contre le budget 2006, véritable camouflet pour le bellâtre de Matignon. Mais, au final, tout ça n’avait pas grande importance, le non-alignement sporadique tenant plus de la stratégie politicarde que de la déclaration d’indépendance authentique dans la tradition française.

Il serait malhonnête de prétendre, rentré à Paris, que mes préjugés n’ont pas été levés, ces trois jours m’ayant surtout permis de mesurer l’incroyable identité de vues entre un rocardo-blairiste de mon acabit et les militants de la Grande-Motte. Ouverts à l’innovation, antiracistes, pro-européens, plutôt pas mal informés des réalités internationales : il aurait été difficile de se fâcher avec eux. J’avais beau chercher la petite bête, arpenter les allées du VVF du Ponant à la recherche d’un amateur de personnalisme à la Charles Millon qui ne se serait pas rendu compte que les temps avaient changé, j’avais compris, dès le premier jour, que je rentrerais bredouille.

Assistant à une réunion à laquelle participait la poignée d’élus qui forme la garde rapprochée de Bayrou (Hervé Morin, Marielle de Sarnez, l'excellent Jean-Louis Bourlanges...), je devais parfois me retenir d’applaudir et me pincer à intervalles réguliers pour me souvenir que je ne me trouvais pas à La Rochelle mais bien en territoire ennemi. Bon, l’absence d’excités exigeant l’arrêt immédiat des relations diplomatiques avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël était un bon moyen de rester conscient de ce qui distingue les universités d’été de mon propre parti d’une manifestation UDF, mais tout de même... Et pour tout être tout à fait sincère, c’est tout juste si je ne me sentais pas un peu agacé par le manque de créativité de leurs propositions économiques, un jeune militant m’ayant même traité, hum, de « libéral » lors d’une conversation sur le CNE...

Le discours du boss allait d’ailleurs confirmer ce sentiment d’une métamorphose de l’ancien véhicule électoral de VGE en think tank social-démocrate, François Bayrou s’emportant contre ces DSK, ces Kouchner, ces Rocard même, préférant se livrer à toutes les contorsions pour éviter d’avouer qu’ils préféreraient passer leurs vacances avec lui qu’avec Besancenot (bon, à la décharge de Rocard, rappelons qu'il avait quand même accepté un weekend à défaut de vraies vacances...).

Me faisant moi-même régulièrement l’avocat d’une redistribution des cartes à gauche, m’irritant constamment des gages offerts aux trotskistes ou aux communistes non-reconstruits dans la perspective, totalement illusoire, de l’émergence d’un consensus entre réformistes et révolutionnaires, je buvais du petit lait. De fait, la seule grimace apparue sur mon visage (d’après les témoins) pendant ce speech-fleuve concernait GDF, le pourfendeur autoproclamé des idées reçues se montrant incapable de penser cette affaire autrement qu’en termes platement franco-français. Bah, Marielle de Sarnez m’ayant laissé entendre que la religion du parti n’était pas encore complètement faite sur ce point, je garde l’espoir d’influencer le débat dans un sens plus européen si Bayrou, par désœuvrement ou curiosité, s’avisait de lire mes propres suggestions...

Encore que, qu’il les lise ou pas n’a pas grande importance, ma conviction étant qu'il ne pourra rester qu’un acteur secondaire, la logique du système interdisant à un outsider de prendre la main. Et d’ailleurs (j’ai décidé d’être franc jusqu’au bout), je ne suis pas loin de me satisfaire d’une telle situation, tenant le bipartisme pour la forme la plus aboutie de représentation démocratique et préférant l'existence de courants aux risques d’émiettement électoral. Séduit par un Bayrou finalement plutôt intéressant, content d’avoir découvert que les jeune UDF, effectivement, desserrent parfois la cravate et défendent des valeurs aussi honorables que les miennes, je reste campé derrière Ségolène, la candidate dont je subodore qu’elle a, elle, une chance raisonnable de décrocher le pompon et de mettre en œuvre ce dont Bayrou ne peut que rêver.

Je m’étais d’ailleurs vanté, sur le ton de la plaisanterie, évidemment, avant mon départ, de convertir les foules grand-mottoises au ségolisme. Mais je crois que ce ne sera pas nécessaire, la suggestion d’un second tour Ségo-Sarko conduisant mes sondés à préférer systématiquement la belle du Poitou au gnome de la place Beauvau. Il n'empêche, c'était bien sympa...

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Note : Je reviendrais plus tard sur le déroulement de l’université d’été proprement-dite. Il faut bien tenir mes nouveaux lecteurs UDF en haleine, non ?

Le livre de l'année !

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