Les parisiens se couchent trop tard le samedi. Du coup, ils n’ont même plus la force de ne pas travailler le dimanche... Heureusement, la CGT veille (si j'ose dire).
C’est sûr, mon ami Jean-Luc A. va encore m’accuser de faire du mauvais esprit ; de taper sur de malheureux ouvriers en quête d’une existence décente ; de contribuer à cette terrible et droitière entreprise de clabaudage du statut des fonctionnaires... Tant pis, j’assume. D’abord parce que ce n’est pas vrai : le statut en question, dans un certain nombre de cas, peut parfaitement se concevoir même si l’on voit mal en quoi le fait de cotiser moins longtemps que les autres pour une retraite plus généreuse serait consubstantiel au service efficace de la République. Et ensuite parce que, quel que soit le thème abordé sur ce blog, Jean-Luc A. m’accuse de faire du mauvais esprit. Bah, il faut dire qu’il fait partie de ceux de mes camarades qui connaissent le « vrai prix » du socialisme ― soit un pourcentage de leurs revenus plutôt qu’une cotisation aux allures de forfait UGC. Il a des excuses, quoi...
Bon, mais quelle crapulerie commise au nom de la défense du fameux statut, quelle hypocrisie proférée en barrage à la remise en question des zakisociaux vais-je m’aviser de dénoncer aujourd’hui pour m’attirer la réprobation de Jean-Luc A. ? Mais la menace d’une grève à la RATP pour fêter l’arrivée de l’été, voyons ! Quoi d’autre ?
Je m’étais déjà exprimé sur la manière dont nos amis agents de l’Etat ou « assimilés » (la RATP est en fait un EPIC) aiment à entretenir la confusion entre la préservation de quelque avantage corporatiste et la lutte contre « l’inexorable déliquescence du service public ». Il est toujours délicat, en effet, d’expliquer à plusieurs centaines de milliers de smicards en CDD qu’ils ne pourront pas, tel ou tel jour, se rendre de leur domicile de Bondy à leur lieu de travail de Levallois à 6 heures du matin au motif que les cheminots sont hostiles au principe de la notation au mérite. Il est donc souvent préférable de laisser entendre que c’est contre la « maîtrise comptable » de ceci ou de cela qu’une nouvelle bataille du rail est engagée, sans noyer ces malheureux « usagers » sous un déluge de détails compliqués... Hey, leur vie est déjà si difficile.
Mais comment, dans l’affaire qui nous occupe, transformer l’arrêt de travail prévu pour demain, à l’appel de la CGT et des autonomes de l’UNSA, en nouvel avatar du combat contre la déferlante ultranéolibérale ? Franchement, même Jean-Luc M. (avec lequel Jean-Luc A. n’a strictement rien à voir, rassurez-vous) aurait du mal à s’acquitter de cette mission en dépit de son étonnante capacité à débusquer la cruauté capitaliste dans tout et dans n’importe quoi (surtout dans n’importe quoi, en fait). Car quel est exactement l’événement forçant les agents de la RATP à prendre, la mort dans l’âme, c’est certain, le risque de fiche en l’air la fête de la Musique de ceux d’entre-nous qui, intempérance oblige, avaient prévu de célébrer le solstice lang-ien en transports en commun ?
Tout simplement le refus du prolongement d’une heure des horaires d’activité du samedi ! Le refus d’une remise en cause du bel équilibre chrono-biologique élaboré en un siècle par de braves gens ayant tout de même autre chose à faire que de conduire un métro à 2h00 du mat' au prétexte qu’une poignée de parisiens a choisi de faire la foire le samedi soir, merde alors !
Traditionnellement, en effet, le dernier métro s’élance à 1h15, ce qui distingue d’ailleurs Paris de New-York ― une ville où les véhicules de transport urbain n’ont pas peur du noir. Pour autant, les modes de vie s’étant considérablement modifiés depuis l’inauguration de Vincennes-Porte Maillot en juillet 1900, l’allongement des horaires faisait depuis longtemps partie des exigences des crapules égoïstes dotées d’une carte Navigo. « Pas question ! s’indignent donc les syndicats. Et si vous tenez vraiment à faire la fête, ce qui n’est pas loin d’être indécent compte tenu de la conjoncture, débrouillez-vous au moins pour la faire à des horaires raisonnables ! Le dernier métro à 2h15, bon sang, on aura tout vu ! »
De fait, on pourrait comprendre, de la part de syndicats de surcroît particulièrement hostiles au travail du dimanche, cette prévention à l’égard d’horaires de couvre-feu aussi peu chrétiens. Car il est bien difficile d’imaginer qu’un fêtard ayant besoin d’emprunter le métro aussi tardivement puisse être en mesure d’assister, l'esprit clair, au premier office matutinal. Et ça, si même un communiste peut le comprendre, comment la pédégère de la RATP, membre putative de l’Opus Dei, pourrait-elle l’ignorer ?
Il n’empêche. Je campe sur mes positions de mécréant : si la possibilité de faire circuler des métros à 2 heures du matin une petite fois par semaine est en contradiction avec l’idée que se fait la CGT d’un service public performant, peu me chaut. J’avais déjà lancé l’idée, sous un pseudonyme, malheureusement, d’une fermeture des restaurants aux heures de repas, les pauvres bougres forcés de jouer les domestiques de la bourgeoisie devant à tout prix retrouver leur dignité d'hommes libres. Mais la résistance opposée par nos amis conducteurs de métro à une initiative aussi anodine étant à peine plus absurde, j’espère que, le jour où les restaurants parisiens seront effectivement fermés par ordre du Comité de Salut Public, les apparatchiks se souviendront que l’idée venait de moi. Qui sait, ça me vaudra peut-être d’être libéré plus tôt de mon camp de rééducation par le travail...
© Commentaires & vaticinations
L'intérêt des salariés de la RATP c'est l'intérêt collectif, c'est comme cela on ne peut rien y faire, c'est consubstanciel, inquestionnable, c'est sacré...
Tout ce qui n'est pas l'intérêt des salariés de la RATP ne peut donc pas être l'interêt collectif...
Et c'est ainsi que parler de la soviétisation avancée de la France est de moins en moins une blague et de plus en plus une réalité...
Rédigé par : Jules | mardi 20 juin 2006 à 20:22
Je croyais que la musique adoucissait les mœurs.
Amis otages, comptons-nous.
À la RATP, la fête de la musique commence demain matin à 5 heures et durera jusqu'à jeudi 6 heures. Quels fêtards ces ratépistes !
Et, on ne pourrait vraiment rien y faire ? Même pas Ségolène ?
Rédigé par : sylvie | mardi 20 juin 2006 à 20:44
Il avait été question fût un temps de dérèglementer l'activité de taxi et notamment, de décharger l'administration de la coûteuse tache de compter, recompter et re-re-compter le nombre de patentes de taxis, de bien plomber et replomber les compteurs, de vérifier et revérifier les qualifications des propriétaires, chauffeurs, etc, etc...
Une solution à retenir ? Ce serait, accessoirement, un moyen de promouvoir le covoiturage sans par ailleurs prendre de front les travailleurs
Rédigé par : Golfeur | mardi 20 juin 2006 à 22:00
La soviétisation de la France !
On croirait lire le Figaro du 11 mai 1981. Merci, Jules, pour ce moment d'hilarité.
Quant à l'article de Mélenchon, même si je ne trouve pas le personnage follement sympathique, globalement l'analyse est assez vraie. Quand le Flan aura fini de se démouler, Berluscoblair pourra sortir...
Enfin, d'accord avec Sylvie, comptons les otages de l'abominable coup d'Etat des RATPistes. Alors, les otages : Ingrid Bettencourt...Florence Aubenas (non là c'est fini...) et plein d'autres, dans des pays à l'économie pourtant bien libérale (Colombie, Tchétchénie...).
Bonne fête de la Musique.
Rédigé par : manu | mardi 20 juin 2006 à 22:47
Manu,
Tu te trompes de site, ici ce n'est ni bellacio.net ni reso.net.
Rédigé par : Jules | mercredi 21 juin 2006 à 09:23
Yo Jules,
Ca me fend le cœur, mais je dois avouer que le hautement désagréable Manu n’est pas totalement dans l’erreur en pointant une certaine exagération sur la question de la « soviétisation » de la France. Bien entendu, la CGT n'a strictement rien à faire des usagers et dissimule ses intérêts derrière ceux du « public », toi, moi (et même Manu). C’est d’ailleurs tout le propos de cette note.
Mais elle n’est pas toute puissante et ses ouailles la renvoient parfois dans les cordes. Il semble ainsi que le mot d’ordre syndical n'ait
pas été suivi par la base et que les perturbations en resteront à un niveau minimal pour la fête de la Musique (même si cela ne nous dit rien sur la façon dont les horaires du samedi seront ou pas modifiés -- ce qui reste quand même l'enjeu fondamental dans cette affaire).
Pour autant, et là où je te rejoins totalement, c’est sur le danger que pose une organisation capable de faire interdire l’ouverture du flagship Louis Vuitton sur les Champs ou lorsqu’elle fait fermer les dizaines de boutiques des Usines Center le jour où elles réalisent 40% de leur CA hebdomadaire (http://w-next.typepad.com/whatsnext/2006/06/vive_le_travail.html).
Ceci dit, si l'histoire prouve que la grève a été adoucie parce que la direction a reculé, nous aurons à reparler de tout ça...
Sylvie,
Ouille ouille ouille ! Là encore, le diabolique Manu (je souffre, je souffre) est peut-être dans le vrai en rappelant qu’un otage, c’est un type dont la vie est menacée par un fanatique masqué et armé d’un AK 47. Pas une personne mise en difficulté temporaire par un groupe de syndicalistes bornés et réactionnaires...
Rédigé par : Hugues | mercredi 21 juin 2006 à 09:54
Le Robert, 2004 :
Otage
Fig. : Être l'otage de… : être l'objet d'une pression, d'un chantage politique, économique, etc.
Flan
Crème à base de lait, d'œufs et de farine que l'on fait prendre au four.
Comme quoi, décidément, le sens figuré des uns n'est pas le sens figuré des autres.
Rédigé par : Sylvie | mercredi 21 juin 2006 à 10:15
Bravo Sylvie pour cette definition qui montre que l'on peut etre l'otage des Farcs en Colombie, mais que l'on peut etre aussi l'otage de la cgt un jour de greve. Dans les deux cas les risques et les consequences sont incomparables evidemment, ce qui n'empeche pas de recouvrir a chaque fois une situation ou l'on peut etre "l'objet d'une pression, d'un chantage politique, économique, etc."
Pour la sovitisation de la France, j'ai pris la peine de dire "Et c'est ainsi que parler de la soviétisation avancée de la France est de moins en moins une blague et de plus en plus une réalité..."
Je ne dis pas la France = l'URSS. Je dis juste que la boutade qui consiste a parler de "sovietisation" de la France pourrait finir par ne plus etre une boutade.
Rédigé par : Jules | mercredi 21 juin 2006 à 10:57
Mon cher Hugues, en dépit de ton sens aigu du nonsense, je crains que tu ne te fourvoies dans un néo-libéralisme de moins en moins rampant.
D'ailleurs cela avait commencé avec des commentaires élogieux à propos de DSK, dangereux suppôt du capital.
D'ici que tu votes Sarko pour remettre tous ces feignants au pas...
Rédigé par : Marc | mercredi 21 juin 2006 à 15:08
Sarko ?! Sarko ?! Jamais !!! Je suis comme Hollande, moi : je suis un socialiste. Et un socialiste c'est... c'est... heu... c'est quelqu'un qui ne se commet pas avec un homme de droite ! Voilà !
http://hugues.blogs.com/commvat/2006/06/franois_holland.html
Rédigé par : Hugues | mercredi 21 juin 2006 à 16:14
C'est bien Hugues. L'argument est à la hauteur de ceux qui vous sont opposés. Parce que, pour l'instant, à part des accusations bien banales…
Rédigé par : sylvie | mercredi 21 juin 2006 à 16:34
DSK, "dangereux suppôt du capital" ?
Pourquoi "dangereux" ?
Rédigé par : manu | mercredi 21 juin 2006 à 16:53
"DSK, dangereux suppôt du capital"
Et pourquoi pas complotant avec les francs-maçons??
Sans en avoir conscience (c'est ce que j'aime à croire) il y en aura toujours pour donner dans ces vieilles ritournelles cacophoniques.
Affligeant.
Rédigé par : D de Braule. | mercredi 21 juin 2006 à 21:59
Qu'on aime ou qu'on déteste DSK, on gagne à lire les machins produits par les groupes qu'il anime :
http://www.gauche-en-europe.org/doc_lib_agee/domaineeconomique.doc
http://www.gauche-en-europe.org/doc_lib_agee/domainestrategique.doc
Rédigé par : Golfeur | mercredi 21 juin 2006 à 23:04
Homme de droite moi-même, attiré par le sarkozysme, par son aspect finalement assez rebelle (quoi de plus dérangeant, en effet, que la rupture avec le cocon socialiste ?), je partage tout à fait votre point de vue sur la RATP et la CGT en général. Ces gens-là nous fatiguent, et donnent une bien étrange image d'un hypothétique "contre-pouvoir" salarié. Si c'est cela, merci, et vive le patronat.
Quant à Strauss-Kahn, son aspect un peu bourgeois mal assumé m'agace, mais force est de constater qu'il fait la basse noble du solo ténor de Nicolas Sarkozy.
En espérant que cette partition puisse enfin l'emporter en 2007, et que la France ne reste plus le dernier pays communiste au monde (avec la Corée du nord et Cuba) !
Pardonnez ce propos, qui peut sembler excessif, mais sans force, l'on n'est rien.
Rédigé par : eric carmen | jeudi 22 juin 2006 à 10:07
Oh pétard... Je ne pensais pas en arriver à écrire une chose pareille mais force est de constater qu'il y trop d'ironie dans ce fil de commentaires ! On ne sait plus qui dit quoi, qui pense quoi et qui est au second ou au 72ème degré. Même moi je ne sais plus où j'en suis...
En ce qui me concerne. Je suis de gauche, résolument social-démocrate dans l'acception rocardo-suédo-blairiste du concept, hostile à la vision sociétale et communautariste de Sarkozy et partisan d'un ticket Ségolène-DSK pour la présidentielle (il s'agit évidemment de raccourcis dont les détails se trouvent dans les diverses notes de ce blog).
Donc, et pour lever d'éventuelles ambiguïtés : reprocher son archaïsme corporatiste à la CGT ne me transforme pas en militant possible de l'UMP mais confirme effectivement un point de vue "social-libéral" (le terme libéral étant ici prononcé dans son acception authentique et non pas dans sa version caricaturale "moderne"). Ouf !
Rédigé par : Hugues | jeudi 22 juin 2006 à 10:36
Pardon, mais Blair...social-démocrate ?
Et le suédo-blairisme, quel est cet animal étrange ? La Suède = la Grande-Bretagne ?
Waow.
Avec ou sans métro, vous ne l'avez pas ratée, votre fête de la musique.
Rédigé par : manu | jeudi 22 juin 2006 à 14:05
3Et le suédo-blairisme, quel est cet animal étrange ? La Suède = la Grande-Bretagne ?
Waow."
Oui - Waow.
"Je suis de gauche, résolument social-démocrate dans l'acception rocardo-suédo-blairiste du concept"
A mon avis Hugues, tu as tout ce qu'il faut pour commencer un nouveau "courant" au PS...
Rédigé par : Jules | jeudi 22 juin 2006 à 14:35
Prochain post sur l'entrée en campagne de ton grand ami Besancenot ? Il veut sortir la campagne des thèmes "sécuritaires" pour l'animer avec des revendications "sociales" : beau programme, non ?
Après ses 4,3% de 2002, va-t-il cette fois-ci franchir la barre des 5% ? Plus si la campagne socialiste se balirise ? Ce sera autant de voix de moins pour le PS... Damn it ! Le retour de Jean-Marie ? Un second tour Le Pen-Sarko sur fond de reportages de TF1 sur un gang de barbares de banlieue qui torturent à mort des vieilles personnes SDF, juives et homosexuelles ? Ca promet !!! Vivement 2007 !
Rédigé par : Arkeo | lundi 26 juin 2006 à 00:23