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lundi 29 mai 2006

N’importe quoi !

Edouard Michelin et moi-même avions plus d’un point commun : le même âge, le même goût pour la Bretagne, un lien assez marqué avec l’univers automobile...  Bof, non en fait. A y réfléchir, nous n’avions pas grand-chose en commun.

Armen_1Je me souviens de cette BD de Bretécher, publiée dans le Nouvel Obs à la suite des attentats de 86. On y voyait deux couples discuter, sur le bord d’un trottoir, de l’explosion qui venait de se produire à la Galerie Point-Show des Champs-Elysées ― l’un des types expliquant à quel point il avait lui-même eu la chance inouïe d’échapper à la bombe. « J’allais descendre chercher des cigarettes et je pensais passer à la Galerie, assurait-il d’un ton dramatique. Mais Simone m’a conseillé de fouiller mon blouson marron avant de sortir. Putain : il y avait un paquet de Marlboro à peine entamé dans la poche intérieure ! Sans ça, je me retrouvais là-bas pile à l’heure de l'attentat ! Incroyable, non ? »

Le gars allait pourtant voir son petit effet anéanti assez pitoyablement par sa propre épouse, laquelle venait de se souvenir que non, vraiment, cette histoire de cigarettes datait forcément du dimanche précédent, au retour d’un interminable déjeuner chez tata Ginette, plutôt que du jour de la bombe (« Ben souviens-toi : même qu’on avait eu des embouteillages porte de Saint-Cloud »). La BD s’achevait sur le couple s’engueulant sur le trottoir après le départ de ses amis, le type reprochant à sa moitié de le persécuter et de lui casser tous ses coups par pure méchanceté...

Moi, comme le personnage de Bretécher, j’aurais fait la gueule... Merde alors, on est là, en train de raconter une histoire intéressante et originale à des amis. Une histoire qui, pour le coup, appartient presque à l’Histoire avec un grand H, et il faut que quelqu’un intervienne pour rétablir une vérité totalement superflue, privant d'ailleurs les auditeurs de la possibilité de se faire mousser, eux-mêmes, en racontant qu’ils connaissent un type ayant échappé de justesse à un attentat ! Franchement, c’est bien les nanas, ça...

Mais tiens, figurez-vous que je viens moi-même de vivre un truc assez dingue. Enfin, dingue n’est peut-être pas exactement le mot qui convient mais, au minimum, un truc étonnant. Bon, je vous avais expliqué que mon blog était momentanément fermé pour cause de périple breton. Je viens en effet de rentrer à Paris, après quelques jours de marche en Cornouailles (30 kilomètres par jour, sac au dos et sous la pluie ― chacun ses perversions...). Et mon séjour se terminant par Audierne, j’avais évidemment programmé une journée à l’Ile de Sein, ce rocher microscopique rendu fameux par le patriotisme de ses habitants. Et alors, me direz-vous ? En quoi le fait d’être allé faire un tour à Sein me permettrait-il de frimer auprès de mes lecteurs, lesquels ont peut-être déjà visité l’Australie ou Bornéo et ne vont tout de même pas se laisser impressionner par un trajet de 50 minutes en mini-ferry entre la capitale bretonne de la langoustine et un vague caillou battu par les vents ? Ok, ok, une seconde. J’y arrive, au clou de l’histoire. A l’Histoire, même.

Bon, il faut d’abord expliquer à ceux qui l’ignoreraient encore que la Bretagne « jouit » d’un micro-climat très spécial, extrêmement homogène, permettant aux amateurs de fin d’automne permanent (c’est mon cas), de ne jamais être surpris par d’inutiles variations de température ou de niveau d’humidité. La semaine dernière, donc, il faisait froid et gris sur la Bretagne et le jour de ma visite à Sein, le vent s’était même mis à souffler suffisamment fort pour faire passer notre rafiot de la Penn Ar Bed pour un cargo battant pavillon des Bahamas après inspection par la RINA mais avant le passage des quarantièmes rugissants : soit un fétu de paille à deux doigts de se briser en deux. J’exagère ? Hum, oui, évidemment. Mais enfin, il y avait du vent et ça secouait pas mal...

Ca secouait tellement, en fait, que j'ai à peine été surpris d’apprendre, en rentrant à Paris, qu’un bateau de pêche avait coulé le même jour au large de Sein, un bateau à bord duquel se trouvait le patron du premier fabricant mondial de pneumatiques. Rendez-vous compte : au jour et à l’heure auxquels je me trouvais moi-même à bord d’un navire balloté par les éléments, Edouard Michelin était en difficulté bien plus sérieuse à quelques encablures, son bateau étant apparemment encore moins résistant que l’André Colin (dont, incidemment, les équipements de sauvetage auraient dû être contrôlés il y a déjà deux mois au vu des stickers apposés sur les canots et les brassières).

Attention, loin de moi l’idée de me réjouir de la disparition du bonhomme Michelin ; un type qui, à tout prendre, faisait plutôt partie de l’espèce des patrons de multinationales à visage humain. Mais bon, clairement, j’étais-là, quoi... Au même endroit, au même moment, à bord d’un bateau secoué comme un milkshake par de sérieux coups de vent... Pas de quoi s’en glorifier, je sais, mais merde, on peut quand même le mentionner sur son blog, non ?

Enfin, on pouvait. Mais en fait on ne devrait plus. Ainsi, j’étais moi-même en train de raconter mon aventure à mon amie Jane K. lorsque ma femme est intervenue : « Mais ce naufrage, c’était le vendredi, non ? Et toi, c’est bien le jeudi que tu es allé à Sein, non ? »

Putain, on n’est jamais si bien trahi que par les siens.

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Comment t'as failli me foutre les jetons !!!!

Si un patron adepte du licenciement boursier est un patron à visage humain, on peut savoir comment tu qualifierais un patron (même pas hypothétique; tiens, Philippe Amaury est mort la même semaine dans l'indifférence générale) qui jugerait plus important de donner du boulot à ses employés plutôt que des dividendes à ses actionnaires?

Un patron à visage humain, c'est bien. Un bon patron, c'est mieux. Et la lutte des classes, c'est une grille d'interprétation qui en vaut décidément une autre.

Tu es vraiment gonflé ; Michelin™ est crevé est c'est tout ce que tu trouve à dire. Tu ne pneu vraiment pas t'empêcher de railler, ce sont tes lecteurs qui te mettent la pression pour écrire ces billets déjantés ? En tout cas la carcasse du bâteau est retrouvée, ceux qui doutent ne manquent pas d'air.
Meyssan proteste, on a toujours pas retrouvé les ailes du navire.

[le commentaire qui a échappé à POIL S.A]

Qui l'eut cru : bibendum ne flotte même pas...

Bon c'est pas si drôle vu le contexte mais je me suis senti obligé de la faire.

Ok, ok, je tente juste de rendre à ce blog un peu de sa légèreté perdue au fil des mois. Mais je crois que les lecteurs à dominante politique sont déconcertés.

Allons, allons.
J'en ai connu qui, il n'y a pas si longtemps, pouvait déclarer fièrement :
"Les reproches qui me sont régulièrement adressés, en commentaires ou par mail, lorsque je m’autorise une escapade sur le terrain de la futilité ne me font, clairement, ni chaud ni froid."

Hé hé, c'est vrai. Et je reste du même avis... J'ai d'ailleurs quelques idées du même acabit à traiter. Chirac, Sarkozy et Mélenchon devront se débrouiller sans moi dans l'intervalle.

quelle idée d'aller à la pêche au bar par un temps pareil.

Deuuuh quoi ? La Bretagne, un climat homogène toujours au gris pluvieux ?

C'est absolument faux voyons ! Sur les côtes notamment, le vent permet que le temps change très fréquemment, et il est rare qu'on ne trouve pas un rayon de soleil dans une journée. Ou alors c'est qu'on a mal cherché. Et dans le Morbihan, il fait souvent très beau. D'abord. (et je suis même pas breton).

Et puis en plus, en Albion c'est pire, na.

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