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mercredi 23 novembre 2005

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Voici les sites qui parlent de Tous ensemble, ouais ! :

» Grève à Libé : on en parle... de versac
La grève, phénomène symbolique, pense Hugues :En fait, il y a fort à parier que la grève de Libération soit surtout, dans la logique bien française du conflit héroïque, une sorte d’action symbolique sans finalité concrète, une manière de catharsis... [Lire la suite]

Commentaires

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Je partage tout à fait vos remarques. Je me demande bien en effet quel sont les "objectifs" de cette grève. Car il ne semble pas en avour dautre que "symboliques". C'est là un travers bien français qui consiste à agir sur une idée que l'on se fait de la réalité et non pas sur la réalité elle-même.

Libération en colère
N'ayant pas Rothschild sous la main, les journalistes en lutte on décidé de séquestrer Florence Aubenas jusqu'à ce que... jusqu'à quoi déjà ?

... jusqu'à que ce que Serge July vienne la délivrer... ?
Non, ce scénario ne va pas du tout.
... jusqu'à ce que Eric Dahan obtienne une chronique quotidienne, jusqu'à ce que Patrick Sabatier écrive des éditos aussi longs que Serge July quand il y a un 22 avril ou un 29 mai, jusq'à ce que Delanoé fasse des couloirs de bus pour les poussettes à trois roues dans le Marais et aux alentours du Canal Saint martin ?
C'est le scénario rose, parfait mais peu probable.
... jusqu'à ce que les lecteurs perdus de Libértion décident se remettre à lire Libération...
C'est le scénario rose bonbon, le moins probable.

Vous avez des billes pour avancer une analyse aussi catégorique? Des collègues dans la place?

Pour la remise en question il faudra attendre le prochain plan social ou le suivant :
http://www.libelutte.org/

Scope,
Effectivement, les commentaires sur le blog de l'intersyndicale sont assez croquignolets. Je relève qu'un fan suggère aux lecteurs de payer deux fois leur journal pour le sauver de la ruine. Proposition intéressante, qui séduira sans doute les aficionados purs et durs mais certainement pas les gens normaux, qui au moment d’arbitrer entre Métro et Libé, à qualité et contenu à peu près égaux, choisissent le gratuit.

El,
Ben je suis comme toi : je suis arrogant dans mes analyses...
Mais oui, effectivement, j'ai des billes plein mon (énorme) cartable à roulettes et je connais assez bien la problématique de Libération. Et puisque tu es fan de Bourdieu (je n'écris pas Saint-Bourdieu car je ne crois pas que son procès en canonisation soit déjà terminé), il est dommage que le papier que Les Echos avaient consacré à l'arrivée de Rothschild ne soit pas accessible gratuitement sur le Web : les témoignages sur les conditions de vie des journalistes étaient dignes de "La Misère du monde".

http://www.lesechos.fr/info/rew_comm/200046026.htm

Tiens des chamailleries :-)


Euh dans le lien de scope vous avez lu le billet du "Soutien du Pôle de Renaissance Communiste en France"

C'est une blague du second degré quelque chose dans le genre. Ca ne peut pas être sérieux, si ? Franchement marrant quoiqu'il en soit.

j'ai une vieille affection pour libé, donc bon, fais chier. Mais c'est vrai que c'est très dépêches afp ces temps-çi...

Hey, c'est lui qui a commencé...

Mais j'ai vu le texte de ce "pôle de renaissance". C'est pas mal. Je me demande s'ils me prendraient dans leur groupe. Car il existe vraiment : http://www.initiative-communiste.fr/wordpress/

Arfff

Y a même un comité Honecker :-))))

http://www.comite-honecker.org/

Je ferais une remarque :

- Un titre de moins dans la presse quotidienne nationale, c'est d'autant moins de concurrence dans ce secteur.

- Moins de concurrence, c'est une perspective d'amélioration des profits pour l'employeur survivant.

- Le seul moyen pour un salarié d'espérer voir ses revenus augmenter est de voir ceux de son employeur augmenter.

- Tous les journalistes ne sont pas égaux, mais peuvent parfaitement passer d'un journal à l'autre, se mettre en concurrence avec les journalistes de leurs concurrents, surtout dans un marché du travail plus flexible.

Conclusion : les meilleurs journalistes de Libé aspirant à un statut salarié ont intérêt à ce que Libé coule. Après tout, il me semblerait logique que les journalistes, dont le rôle consiste notamment à commenter l'économie, sachent déterminer ce qui est bon pour eux à titre individuel ou collectif, et tranchent en fonction des perspectives de gains offertes dans les deux stratégies (conciliables l'une avec l'autre, comme l'a montré Hayek).

je crains de sentir une certaine jubilation dans vos constats, comme si la quasi-mort de libé vous réjouissait. Mais je me trompe sans doute. En revanche puisque vous connaissez bien la maison, qu'est-ce qui coûte le plus cher à l'actionnaire (hors les dégâts d'image, le fait que les gens iront voir ailleurs et ne reviendront peut-être pas, etc...) : sortir le journal au niveau actuel et catastrophique de pertes, ou ne pas sortir du tout ? Si c'est du même ordre, on peut se dire que l'actionnaire n'est peut-être pas fâché par ce conflit, qui lui permet de sortir July et sans doute à la sortie d'imposer son plan de restructuration. Qu'en pensez-vous ?

Bandito,
De la jubilation ? Certainement pas. Je ne suis évidemment pas du genre à me réjouir à l’idée que le journal puisse mourir et que ses salariés puissent perdre leur job. Et je ne pense pas avoir laissé entendre une chose pareille.

Mais imaginer que « l’actionnaire » puisse se satisfaire de la situation est tout aussi absurde et en dit long sur l’incompréhension qui règne dans cette affaire, à l’intérieur comme à l’extérieur du journal. Clairement, l’actionnaire en question n’a rien à gagner de la faillite d’une entreprise dans laquelle il a investi 20 millions d’euros.

Encore une fois, les problèmes de Libé n’ont rien à voir avec un quelconque ennemi anonyme issu du grand capital, suppôt maléfique de la mondialisation ultralibérale et auxiliaire du complot réactionnaire... Libé est mal parce qu’il n’a pas assez de lecteurs. Il lui faut donc en trouver, comme n’importe quelle entreprise a besoin de clients pour exister, payer ses fournisseurs et rémunérer ses salariés.

En essayant de contourner cet axiome de base et en suggérant que le méchant Rothschild est en fait le véritable responsable de la situation -- cette crise servant ses noirs desseins capitalistes -- vous entretenez la fiction qui est à l’origine même des difficultés du journal. Et à en juger par la teneur des « messages de solidarité » déposés sur le blog de l’intersyndicale, vous n’êtes pas le seul.

Pourquoi est-il si difficile de comprendre que l’intérêt d’un actionnaire passe plus par la bonne santé et le développement de l’entreprise dans laquelle il investit plutôt que par sa disparition au nom de mécanismes obscurs que vous seriez bien en peine de décrire ? Que voudrait-il faire de Libé ? Une marque de chaussettes ? Une chaîne de magasins d’articles de sport ? Un journal de droite ?

En ce qui me concerne, j’ai plutôt tendance à me scandaliser de l’état de la presse française, une presse sous perfusion permanente de l’Etat (aides directes et indirectes, routage, etc.), sans lecteurs, sans annonceurs, sans diffuseurs. De fait, Libé peut se féliciter d’être tombé sur un nouveau pigeon ayant accepté de remplacer Seydoux dans son tour de table. Après tout, c’est ce qui lui a évité d’en arriver aux mêmes extrémités qu’un autre grand blessé de la presse comme l’Huma (dont TF1 et Lagardère sont actionnaires).

Remarquable analsye.

Je me suis mal fait comprendre. Je ne pense pas que l'actionnaire cherche la faillite, au contraire. Quand à la mondialisation le complot maléfique tout ça c'est pas du tout mon sujet. Ma question est bêtement tactique. Sachant que EdR est assisté par Agnès Touraine, qui n'est pas réputée pour être une tendre, je me demande simplement si la grève ne fait pas d'une certaine manière son jeu. Je ne juge pas. Je partage votre diagnostic sur l'état de la presse française, ainsi que sur l'impossibilité pour un journal de survivre à des baisses de 8 % de son lectorat tous les ans s'il n'y a pas des changements. Hors de tout pathos idéologique, ma question est purement financière et disons "tactique" pour employer un vilain mot. Il est possible que devant l'impossibilité de faire bouger les choses l'actionnaire ait décidé d'aller au carton. Pas pour "casser l'outil" ou toute autre raison de ce genre. Ca s'est déjà vu. Si poser cette question c'est "suggérer que le méchant Rotschild est en fait le responsable de la situation" et si ça fait de moi un dangereux gauchiste, tant pis. Mais ma question de base était bcp plus simple.

Quid de la situation de la presse dans les autres pays? La baisse de la diffusion existe-t-elle? Si oui est-ce dans les mêmes proportions? Ou bien la crise actuelle de la presse est-elle un mal typiquement français?

Personnellement je n'achète plus libé ni le monde ni aucun quotidien. Je consulte tout en ligne. Je suis sûrement une complice objective de la crise de la presse écrite.

@ Hugues

"Pourquoi est-il si difficile de comprendre que l’intérêt d’un actionnaire passe plus par la bonne santé et le développement de l’entreprise dans laquelle il investit plutôt que par sa disparition au nom de mécanismes obscurs que vous seriez bien en peine de décrire ?"

Certes ce n'est sûrement pas le cas pour Libé, mais je ne saurais trop te conseiller de jeter un coup d'oeil sur l'histoire des chaussures Charles Jourdan ou encore Stéphane Kélian. Et tu découvriras qu'effectivement, par des mécanismes financiers obscurs, qui passent d'ailleurs souvent par la Suisse, contrée réputée pour son obscurité financière, il est tout à fait concevable pour un actionnaire de faire disparaitre une entreprise tout en en retirant quelque profit...

L'analyse est effectivement intéressante... Mais croyez-vous que les journalistes de Libé ignorent que leur intérêt passe par la bonne santé du journal et que la grève fait perdre à la boîte 120.000 € par jour ? Pourtant, aujourd'hui 211 salariés sur 230 ont voté pour la poursuite de la grève. Pourquoi ? Voici une double piste pour le Rubik's cube : l'esprit de solidarité et le rapport de force.

Le plan de la direction prévoit 52 suppressions de postes (14 par externalisation de trois services et 38 par suppressions d'emploi). Il est d'abord humain, et j'oserais dire plutôt sain, à Libé ou ailleurs, de s'opposer au départ de ses collègues, des personnes bien identifiées, qu'on côtoie tous les jours, et pas seulement un élément de masse salariale, à sacrifier sur l'autel de la rentabilité.

Deuxièmement, la grève est malheureusement souvent le seul moyen d'obtenir des concessions de la part de la direction d'une entreprise. Pour négocier, il faut être deux. Les syndicats de Libé cherchent manifestement à obtenir un guichet des départs volontaires dans de bonnes conditions financières (et ils l'obtiendront sans doute). C'est de bonne guerre. Et tout le monde sait bien que dans ce monde, si on ne réclame pas et si on ne force pas l'écoute... Voilà, c'est assez simple et assez prosaïque mais je pense que la plupart des contributeurs de ce forum, y compris notre hôte (quoiqu'il en pense), auraient été dans les 211 sur 230.

Je vous trouve bien sévère avec Libé. D'abord, il n'a pas le monopole de la crise des quotidiens nationaux français, qui est générale. Ensuite, compte tenu de son positionnement, sa diffusion est condamnée à rester inférieure à celles du Monde (avec son côté institutionnel et cercle de la raison) et du Figaro (l'Huma de la droite). Libé n'a pas non plus le monopole du recyclage de dépêches AFP. Aujourd'hui, 90 à 95% de l'info du Monde, de Libé et du Figaro est contenue dans les dépêches (AFP, Reuters, AP) figurant dans la rubrique actualités de Yahoo. A mon avis, Libé doit conserver son positionnement particulier qui explique justement son aura (qui, comme le fait remarquer Hugues, va bien au-delà de sa puissance de diffusion). Ensuite, pour ce qui est de la rentabilité, c'est vrai que c'est beaucoup une question de nombre de personnes nécessaires pour faire le canard... Aujourd'hui, dans la presse écrite française, les données économiques sont telles qu'il faut être intelligent, innovant et cibler les moyens sur la vraie valeur ajoutée du journal...

Sur la crise des quotidiens: tous, sauf deux je crois (l'équipe et aujourd'hui/leparisien),ont du mal;
les hebdo vont bien par contre...

je crois qu'il faut le comprendre: l'info au quotidien c'est la télé, et maintenant l'internet... pour réfléchir et éditorialiser par contre, le rythme de la semaine semble bon...
Notre ressource rare c'est le temps, (encore plus que l'argent), nous ne pouvons pas lire autant qu'avant la télé... ce sont les quotidiens qui font les frais de cet arbitarge...
Libé devrait, à mon sens, se préparer à cette évolution: site internet et hebdo, comme "le monde" pour combler les pertes inévitables du quotidien...
et pourquoi ces journaux ne se mettraient pas d'accord pour proposer au gouvernement de faire la fameuse chaîne d'infos française la CII??
FRANCIS

Compte-tenu de l'arrêt de la grève et de nouvelles discussions ouvertes entre salariés et direction, il semble bien qu'il y avait un enjeu à ce mouvement de grève. Et que les représentants des salariés sont en voie d'obtenir d'une part un assouplissement des mesures de licenciements (départ à la retraite anticipée et non plus licenciements secs) et augmentation substantielle des "primes" de licenciement. Par ailleurs, l'intersyndicale déclare souhaiter participer aux réflexions quant à l'avenir et l'évolution de Libération.

Conclusion provisoire de l'histoire, plus on tourne et on retourne la question de la grève en France, plus on se demande si le problème ne vient pas plutôt de l'incapacité chronique des partenaires sociaux (syndicats ET directions) à arriver à des accords avant la solution extrême de la grève. La responsabilité me parait très souvent largement partagée, alors que le discours "pensée unique" vise à stigmatiser systématiquement les syndicats...

Krysztoff,
It takes two to tango, c'est sûr. Et le Medef n'est pas autre chose qu'une CGT de patrons, c'est à dire une structure concentrée sur la défense des intérêts les plus étroits de ses membres et sans considération pour l'intérêt général.

Mais dans le cas de Libé, que tu assimiles peut-être un peu rapidement à une usine de petits pois détenue par un consortium multinational enregistré aux Bahamas, on pouvait imaginer que le dialogue puisse se nouer avant la grève plutôt qu'après. Il est d'ailleurs curieux de constater que dans certains pays, mêmes les restructurations impliquant une usine de petits pois détenue par un consortium multinational enregistré aux Bahamas en passent par une négociation avant la grève.

Les concessions obtenues auraient pu l'être (allaient l'être, même) sans ce psychodrame inutile et cette fragilisation supplémentaire du journal. Je ne fais pas partie des gens qui pensent que notre culture du conflit est indépassable et qu'une bonne grève est le seul moyen de trouver des solutions.

Je fais partie des gens qui pensent que la grève est l'arme ultime, à n'utiliser que lorsque tout à échoué. La CGT, à la SNCF ou à la RTM, pourrait d'ailleurs méditer sur ce thème.

Pour négocier il faut en effet être deux
J'ai le sentiment qu'à la SNCF, la CGT n'avait pas envie de négocier(pour plein de raisons)
Et qu'à la RTM, c'est la mairie qui n'avait pas envie de négocier
Notamment parce qu'elle souhaite casser l'emprise de la CGT sur l'entreprise

J'ai toujours pensé que les patrons ont en face d'eux les syndicats qu'ils méritent, ou les syndicats qu'ont mérité leurs prédécesseurs.
Mais quand on dirige un service public, qu'on a une tutelle qui privilégie le "pas de vague" et qui change son positionnement tous les quatres matins, ce n'est pas simple!

Épilogue : Le PDG de "Libération", Serge July, a annoncé, mardi, son "départ forcé et contraint" du journal lors d'une réunion du comité de rédaction, a rapporté l'un des participants à cette réunion, le délégué du syndicat SNJ, François Wenz-Dumas. (AFP)
Ça sent le sapin, non ?
(Je ne lisais plus Libé depuis un bon moment mais, je ne sais pas pourquoi, je me sens touché par cette nouvelle. Est-ce que les grosses chaleurs me rendraient sentimental ?)

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