Les promoteurs de l’improbable cocktail du Non français affirment voir leur position confortée par le scrutin régional allemand et le possible Nee hollandais... Pour autant, et même à l’échelle européenne, le shaker ne convainc guère.
Je n’ai évidemment aucune difficulté à reprendre à mon compte la sortie de Jospin sur le contenu aussi monstrueux qu’improbable du « shaker noniste ». L’idée qu’un consensus puisse s’établir entre un Besancenot et un Le Pen, un Villiers et une Buffet, sur la rédaction d’un nouveau traité constitutionnel « à la française » est, de mon point de vue, à peu près aussi absurde que celle qui consiste à attendre des viticulteurs du Roussillon qu’ils réfléchissent sereinement à l’évolution du goût des consommateurs avant de mettre une préfecture à sac...
Je ne peux donc que me préparer à assister à un intéressant pugilat entre gauchistes et fascistes, au soir du 29 mai, les uns et les autres tentant d’accaparer la victoire, de plus en plus certaine, des damnés de la terre sur les nantis. Car selon Le Monde, le socle du Non serait en effet constitué, à parts rigoureusement égales, de souverainistes droitiers et de révolutionnaires marxistes.
Mais ce genre de considération ne semble pas devoir embarrasser la gauche authentique, laquelle se sent, au contraire, confortée par l’évolution du climat politique chez certains de nos voisins. La montée en puissance du Nee néerlandais, par exemple, serait le meilleur exemple du désir qu’ont les compatriotes des Van Gogh (Vincent et Théo) de botter le cul du libéralisme. Quant à la récente défaite des sociaux démocrates de l’ignoble Schröder, elle serait la marque d’une évidente allergie aux théories ricardiennes des Westphaliens du nord.
Evoquées hier du côté de Martigues, dans le cadre d’un ultime meeting œcuménique rassemblant, entre autres carpes et lapins du pôle radical, trotskistes et staliniens, écolos austères et musicos libertaires, ces rébellions cousines ne manquent effectivement pas d'un certain charme. A condition, toutefois, de ne pas s’étendre trop longuement sur les motifs qui les sous-tendent, moins appétissants qu’un sandwich aux merguez ingurgité rapidement avant d’entonner l’Internationale les larmes aux yeux, émotion et harissa aidant.
Aux Pays-Bas, le Non prospère en fait sur le fertile terreau du populisme et du racisme – incompréhensions communautaires en toile de fond. Et les Hollandais sont à ce point tétanisés par une « Europe ouverte aux quatre vents », menaçant leur confort de producteurs de tulipes et d’administrateurs portuaires, qu'ils en oublieraient jusqu'à leur légendaire tolérance. Mais, clairement, la critique du néolibéralisme, dans un pays (b)ataviquement favorable aux échanges commerciaux internationaux, ne semble pas figurer au menu de ces nonistes en sabots. Le borgne et le vicomte, en revanche, ne se sentiraient pas forcément dépaysés dans un meeting des héritiers de Pym Fortuyn, auteur de la mémorable stance anti-immigrés : « Les Pays-Bas sont pleins ».
Mais l’Allemagne, où les socialistes réformistes viennent d’être électoralement secoués... L'Allemagne où l’oncle Gerhard en est réduit à organiser des législatives anticipées, véritable arrêt de mort potentiel du socialisme bad-godesberien... N'apporte-t-elle pas, elle, au moins, sa pierre à la cause du Nein ? Ne fait-elle pas souffler le vent de la révolution du côté des facteurs et des retraitées du Crédit Lyonnais ?
Hum… Faut voir. D’abord, le SPD n’a pas été exactement « laminé », même si la perte d’un fief historique n’est jamais une expérience agréable. Demandez donc à Chirac si ça ne lui fait pas drôle de voir Delanoë occuper le bureau dont il avait confié les clés à Tiberi. Et Michel Giraud, hein, vous croyez que ça lui fait plaisir de passer ses journées au tribunal, à répondre à des questions tordues sur le financement de la rénovation des lycées d’Ile de France pendant que Jean-Paul Huchon se pavane dans les salons du Conseil régional ? Non, évidemment.
Donc, du côté de Düsseldorf, la gauche de gouvernement fait la gueule mais, avec 43,2% (37,1% pour le SPD, 6,1% pour les Verts) des suffrages, elle peut encore se permettre de faire la nique à n’importe laquelle de nos formations politiques. Et, à l’inverse de ce qui se passe de ce côté-ci du Rhin, la victoire est loin d'être revenue à quelque collection d’extrémistes disparates et ferait plutôt le bonheur d'une droite traditionnelle, réformiste, atlantiste et résolument favorable au traité constitutionnel (44,8% pour la CDU ; 6% pour les libéraux)… Pour la révolution venue de France, désolé, mais il faudra repasser.
Le shaker jospinien, on le voit, s’européanise avec style. Mais pour Chirac, prochain grand chef du front du refus, la tâche sera rude au moment de faire la synthèse de ces Non-s bien de chez nous, d’agglomérer, autant que faire se peut, la substantifique moelle du Non batave à ce ragoût, et d’aller présenter tout ça pour renégociation à 23 pays ayant, eux, ratifié le texte initial sans sourciller. Et tout ça sur fond de mésentente avec une Angela Merkel entre temps devenue la première femme chancelier de l'Histoire de l'Allemagne...
Bah, Chirac, déjà premier ministre il y a trente ans, à l’époque ou Blair usait encore ses fonds de culottes sur les bancs d'un college d’Oxford, a certainement plus d’un tour dans son sac. Il devrait donc se sortir sans encombre de cette nouvelle péripétie… Et quel progrès pour l'Europe sociale !
© Commentaires & vaticinations
Ah, Hugues, toujours la même verve ironique voire parfois sarcastique.
Les 58% de sympathisants/"électeurs" socialistes et 71% des sympathisants/"électeurs" verts qui selon le dernier sondage sorti ce soir (CSA-Le Parisien) s'apprêteraient à voter Non seront ravis d'apprendre qu'ils sont de dangereux révolutionnaires marxistes. Il faut vraiment que tu pousses ton mentor DSK à fonder un nouveau PS, que vous pourriez appeler PSD commme social-démocrate ou come Dominique parce qu'avec autant de crypto-communistes dans votre électorat vous êtes vraiment mal barrés!
Rédigé par : Krysztoff | jeudi 26 mai 2005 à 20:01
Cher Hugues,
Je crois me souvenir que vous vous gaussiez naguère du recours à l'homme "providenciel" . Non, non, ce n'est pas une faute, j'écris volontairement providenCIEL, comme tombé du ciel.
Mais votre tout nouveau ralliement au Jospinisme tendance shakerienne ne pourrait-il apparaître comme prémices de ce recours que vous décriiez si fort?
Reverrons-nous le chantre du social-libéralisme remontant son rocher, tel Sisyphe, pour s'offrir en holocauste sur les ruines du TCE balayé par la racaille gaucho-fachisante ?
N'oublions pas que c'est bien entendu cette même engeance qui fit perdre notre héros lors de la dernière bataille.
Finalement, si le NON au TCE pouvait donner à Jospin l'occasion de se présenter en réunificateur du PS, dimanche soir, qui c'est qui l'aurait dans l'os??? Et à qui profiterait le crime???
Pensez-y, le tour de l'île de Ré à vélo, c'est quand même moins dur que l'ascension de la roche de Solutré !
Mais
N'oublions pas non plus que ce foutu rocher finit toujours par redescendre.
Rédigé par : Michel | jeudi 26 mai 2005 à 23:44
@Krystoff: il serait plus simple que les dicidents PS rejoignent le PCF ou, plutôt, la LCR (dont l'internationalisme me séduit nettement plus que le nationalisme du PCF) ;-) Bon, Fabius à la LCR, ça risque de faire rire...
Rédigé par : Philippe | vendredi 27 mai 2005 à 00:23
Il n'est pas encore certain que le non passe. En prétendant à tour de bras que le non va passer, les médias risquent de démobiliser les nonistes. Ce qui leur plairait !
Mais, supposons qu'il passe. Ce sera la démocratie. Peut-être que Hughes pense qu'il s'agit d'un concept désuet, que le monde d'aujourd'hui est trop complexe pour laisser son sort entre les mains du simple citoyen. Qu'il faut laisser aux élites le soin de faire le bien sur la terre. Je conçois qu'on tienne un tel discours, je peux en deviner les arguments. Mais, il faut avoir le courage de l'avancer clairement.
Rédigé par : emmanuel | vendredi 27 mai 2005 à 09:00
Il n'y a jamais eu de dynamique du NON Socialiste
le nouveau PS n'a pas fait campagne, Nouveau Monde s'est partagé en trois, quand aux electeurs
et sympathisants socialistes ils seront très peu
nombreux à se retrouver Place du Colonel Fabius.
Quant à La LCR et le Parti communiste, ils ont toujours été contre l'Europe, ils ont voté contre
Maastricht, ils étaient contre l'Euro, contre
l'entrée de l'Espagne (voir MG Buffet hier soir
face à Dany)
On ne fera pas un nouveau traité sur les position des NON, la Gauche ne reviendra jamais
au pouvoir sur un NON à l'Europe.
Il peuvent continuer à clamer leurs différences
les NON, mais au final comme l'a dit Bayrou hier
soir, les NON vont s'additioner et cela je n'en
veux pas parce que c'est la désillusion qui se
prépare, c'est l'Europe en panne.
Donc Dimanche ne nous trompons pas d'élection,
défendons l'EUROPE avec notre OUI.
Rédigé par : rosalie | vendredi 27 mai 2005 à 09:25
Désolé Rosalie, mais les grandes désillusions ne sont pas en préparation : elles ont déjà éclaté au grand jour. La désillusion existe déjà parce qu'en 1992, le PS disait déjà : notre europe, c'est l'europe sociale. On connait la suite.
Le NON ,socialiste n'avait pas besoin de dynamique : l'électorat socialiste, contrairement à la direction du PS qui a la science infuse et qui sait que demain tout ira mieux grace au OUI ou que tout ira mal à cause du NON, est en plein doute. Il est capable, lui de remettre en cause les compromis historiques dont les auteurs reviennent pathétiquement d'entre les morts pour les défendre, avec comme unique objectif de conserver leurs places dérisoires dans l'histoire.
Certains pensent que le jeu en valait la chandelle et que le processus peut être repris en main sans crise. D'autre pense que nous nous sommes enfermés dans des compromis qui nous sont structurellement défavorable.
En fait, tu viens juste de découvrir, ce que n'impoirte quel militant du PS aurait pu te dire, que le PS n'est pas représentatif, dans se composition, de la gauche française et de son électorat. Controler un appareil est plus facile qu'un électorat.
Je crains que certains OUI eurobéats ne nous préparent encore de belles heures pour le populisme et l'europhobie.
Rédigé par : Simon | vendredi 27 mai 2005 à 16:18
Un référendum militant au PS a eu lieu, ce sont les minoritaires qui l'ont demandé, que certains
s'en affranchissent a considérablement enervé
l'électorat socialiste, je peux te l'affirmer.
Ceux qui ont souhaité la scission s'en mordront les droits, dans mon entourage personne ne croit
au mythe révolutionaire, tous diront OUI Dimanche
pour les avancées de cette Constitution c'est notre conviction d'hommes et de femmes de Gauche.
Rédigé par : rosalie | vendredi 27 mai 2005 à 18:06
Moi j'appartiens à cette tendance désuette qui prétend qu'être de gauche et voter Non, c'est pas possible. Un extrèmiste, un radikal ouiouiste si tu préfére
http://egoborone.free.fr/
Rédigé par : Eviv Bulgroz | vendredi 27 mai 2005 à 18:59
On connaît donc ce soir le choix de nos concitoyens.
Rédigé par : emmanuel | lundi 30 mai 2005 à 00:21
Ce que j'aurais appris pendant cette campagne, c'est avant tout combien les gens ne sont pas satisfaits de leur vie et combien ils en tiennent le monde pour responsable (et surtout pas eux-mêmes).
Leur aigreur et leur amertume me font mal.
Rédigé par : Alice | lundi 30 mai 2005 à 15:54
C'est vrai cher Alice : ceux qui naissent à Bobigny l'ont choisi, et on choisi d'être pauvre, on subi d'être riche ...
Rédigé par : Simon | lundi 30 mai 2005 à 20:03
@simon
Je ne suis pas riche du tout. Je ne suis pas né riche non plus. Je suis au chomage si ça vous émeut. Je veux lutter contre les "inégalités". Pas être un xénophobe cryto-post-colonialiste. Et autres dégénérescences.
http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=149
Rédigé par : Eviv Bulgroz | lundi 30 mai 2005 à 20:26
Ben moi j'ai appris deux choses :
1) j'ai voté oui, je suis "social-traître"
2) Demain matin les PEUPLES d'Europe (traduisez : "les européens qui sont d'accord avec les thèses d'ATTAC") vont élire une constituante. Et même que ça va se passer à 17h34, et que tous les copains seront là, il y aura même du banga et des fraises tagada.
Rédigé par : coco | mardi 07 juin 2005 à 18:32