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vendredi 12 novembre 2004

Irak et Côte d'Ivoire : si loin, si proche

Afrique_de_louestLes immenses précautions prises par la presse française pour commenter l’affaire ivoirienne sont assez intrigantes, rapportées à l’unanimisme de la couverture des campagnes bushiennes. Après tout, il serait tout à fait raisonnable de faire une lecture « irakienne » de ce qui se passe en ce moment en Côte d’Ivoire, en réduisant l’intervention française à une énième ingérence de l’ancienne puissance coloniale dans les affaires intérieures d’un Etat souverain.

Ainsi, là où les Américains n’interviendraient en Irak que pour sécuriser l’accès au pétrole du Golfe, renforcer leur influence politique et militaire au Moyen-Orient, ouvrir ou maintenir des marchés pour leurs grands groupes industriels (Bechtel, Halliburton…) et soutenir Israël comme avant-poste occidental en terre fondamentaliste, les motivations des Français pourraient être parfaitement identiques (ou au moins « superposables »).

Dans cette logique, Chirac n’aurait envoyé la troupe que pour défendre l’implantation dans la région des grandes entreprises tricolores (banques, ingénierie, transport, négoce de matières premières…), contribuer à stabiliser certains régimes voisins assez cruciaux (le Gabon, pré carré de l’ex-Elf) et, surtout, consolider un prestige diplomatique international largement fondé, historiquement, sur une présence en Afrique de l’Ouest.

Favorable, personnellement, aux efforts des Français en Côte d’Ivoire et plutôt opposé à la guerre en Irak, j’ai le sentiment que, au moins depuis les accords de Marcoussis, la France a clairement joué le rôle d’un « gendarme bienveillant » et qu’elle avait davantage à perdre qu’à gagner dans l’aventure. Accusée, au Rwanda, d’être quasiment co-responsable du génocide des Tutsis pour ne l’avoir pas empêché militairement, elle s’est volontairement impliquée dans un conflit que personne d’autres ne voulait approcher – une évolution à la Libéria / Sierra Léone étant toujours possible.

Quant à ses intérêts économiques supposés, un article de Stephen Smith dans Le Monde du 9 novembre a plus ou moins remis les pendules à l’heure en rappelant que les stocks d’investissements français dans le pays avaient fondus en 20 ans (3,5 milliards d’euros au total), que les « expats » au sens propre n’étaient plus que 300 et que la communauté française était passée de 50 000 à moins de 10 000 personnes (dont une grande partie de binationaux n’ayant jamais vécu en France). De fait, c’est désormais la communauté d’origine libanaise, très importante dans le pays, qui aurait pris la place qu’occupait autrefois les Français dans la machine économique ivoirienne.

Ceci posé, et au plan formel, la France a tout de même pris sur elle de forcer Gbagbo, un président « démocratiquement » élu, à s’entendre avec des rebelles s’apprêtant prendre le pouvoir par les armes. Que le Gbagbo en question tienne plus du dictateur, spécialiste des escadrons de la mort et de l’assassinat politique, ne change rien à l’affaire.

La France a également choisi d’intervenir sans demander son avis à la communauté internationale, n’obtenant la légitimation de son action par les Nations-Unies qu’a posteriori. Elle n’a même pas eu, elle, à envoyer un Powell armé d’une petite fiole de colorant pour jus de fruit à New-York pour mobiliser les foules.

Le fait est que, toute « vertueuse » qu’elle soit, l’intervention française est le type même de l’action unilatérale perpétrée par un Etat occidental puissant, démocratique, pétri de valeurs morales estampilées « Siècle des Lumières », militairement et technologiquement sur-compétent, à l’encontre d’un petit pays du tiers-monde où l’on aimerait bien s’étriper en toute souveraineté.

La question se pose donc de savoir si un pays, « moralement » (au moins dans sa pratique démocratique) et militairement supérieur à un autre, est légitime dans ses interventions. Il me semble que oui, sauf à trouver que l’incroyable indifférence mondiale à l’égard du Darfour devrait faire école. Et je ne suis d’ailleurs pas le seul à penser ça, le concept d’ingérence humanitaire n’ayant pas été disqualifié, loin s’en faut, par l'éclatement de la Yougoslavie.

Mais pour en revenir à l’analyse de la Côte d’Ivoire par la presse française, c’est l’entre-deux qui prévaut. Libé, Le Monde, Le Figaro, La Croix, tout le monde est d’accord pour trouver la situation dramatique et l’intervention des Français à peu près bienvenue. Mais tout de même, cette idée de soldats blancs, avec leur gros canons, en train de « sécuriser des périmètres » et d’affronter une foule en colère, ç’est difficile à avaler.... Surtout lorsque les Américains approuvent benoîtement la démarche française et estiment, par exemple, que la destruction de l’aviation ivoirienne était légitime. Dans l'affaire irakienne, dénoncée, on le sait, par la totalité des commentateurs français et par près de 288% des Français, on aurait aimé un peu plus de doute, un peu moins de certitudes, un peu plus de sens de la complexité. L'attitude américaine, observée sans complaisance mais de manière moins caricaturale, aurait peut-être pris d'autres couleurs...

© Commentaires et vaticinations

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Voici les sites qui parlent de Irak et Côte d'Ivoire : si loin, si proche:

» Les militaires français restent muets from Reflexive-Blog
Pourquoi aucun, à ma connaissance, soldats français ne s’exprime individuellement sur ces énervements via un blog et des photos ? Pour y répondre, demandons nous pourquoi les soldats américains le font concernant leurs missions en Irak. [Lire la suite]

Commentaires

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Voir le point de vue d'un critique inlassable de l'attitude française en Afrique, qui montre bien ce qui dans la situation actuelle rend l'action de la France utile.

http://survie67.free.fr/Afrique/Cote_Ivoire/IvoirienneConf_FXV_11_01_03_fichiers.PDF

Si même Survie dit qu'il y a des utilités à cette intervention ,c'est que c'est vraiment le cas !

Bon il y a toujours des parallélles à faire entre des intevs étrangéres bien sur mais ici la France est intervenue avec l'accord des deux parties, au sujet d'une guerre civile, ce qui n'est pas le cas en Irak.

Que des gens avec qui nous sommes en désacords puissent être ponctuellement ok avec nos actions ne nous transforment pas en soi.

Ici la situation est simple:Personne chez les deux chefs des bellligérants n'a demandé le départ des français.
Les seuls qui veulent ce départ sont ceux qui veulet en découdre.

Comme je le disais sur le blog de Phersu, au Rwanda, les milices huttues Interhamwame (Protégée par une intervention française beaucoup moins claire que celle-ci et refusée par le FPR à l'époque) ne cherchaient qu'une chose pour lancer le génocide:Que l'Onu parte pour agir...

Très bon article....

Loin de moi l'idée de légitimer ni d'excuser (je n'ai jamais pratiquer le pardon si facilement accordé par les africains eux mêmes) les exactions qui ont été commises lors des événements tragiques récents (à Abidjan notamment).

Mais oublier d'où vient la crise, et surtout les causes récentes de ce blocage, oublier que ce beau pays, la Côte d'Ivoire, a été agressée par une bande "d'aventuriers" (les mêmes ou presque qui ont joué aux cow boys toute l'année 2000 à Abidjan - je le sais j'ai vécu à Abidjan de 1997 à tout récemment) auxquels se sont joints des opportunistes, dans une rébellion armée est faire montre de courte vue d'analyse.

Mettez vous un peu à la place des ivoiriens et autres habitants de la Côte d'Ivoire qui ont leur pays coupé en deux, qui ne peuvent se développer normalement, travailler sereinement, parce qu' « on » (la France en premier lieu) n'a pas voulu intervenir en septembre 2002, malgré les appels pressants du pouvoir d'alors, souhaitant faire jouer les accords de défense de 1960 qui devraient être "caducs" puisque n'ayant servi à rien (et alors que ferait le 43e BIMA à Port Bouet ?). Pour ensuite voir reconnaître ces mêmes rebelles avec une rapidité qui laisse pantois (la fameuse visite de D. DE VILLEPIN à BOUAKE puis MARCOUSSIS).

J’étais d’ailleurs au SENEGAL au moment de la signature des accords de MARCOUSSIS. Et ce sont les sénégalais avec qui j’en discutais qui m’ont expliqué le malaise qui venait d’être créé. Avec des mots simples. « Donc, il suffit de prendre les armes pour devenir ministre ? Mais c’est grave ça. »

Deux ans de frustration après, j’en suis toujours à me poser la question suivante. Qui a financé cette rébellion ? A qui profite le crime ? La machine à travestir la réalité et la vérité fonctionne à plein (tout comme elle fonctionne encore sur la part de responsabilité française au Rwanda il y a dix ans et que je n’arrive pas à accepter, pour « non assistance à population en danger ») avec des affirmations du genre « le Nord s’est soulevé contre le Sud en 2002 » ou « le Nord musulman contre le Sud chrétien », oubliant qu’il y a proportionnellement plus de musulmans au Sud qu’au Nord de la Côte d’Ivoire. Oubliant que cette crise est avant tout socio économique. Que faisons nous en France, pour une partie des gens du moins, lorsque nous avons des problèmes de chômage ? On accuse les étrangers et cela fait 18% pour un Le Pen à la présidentielle et un fameux 21 avril 2002 (soit dit en passant, peu de temps avant cette fameuse rébellion arrivée à point nommé pour stopper le processus d’appel d’offres pour les concession CIE (électricité) ou SODECI (eau) à ABIDJAN (et j’en passe).

Nous avons la manie de vouloir toujours tout cataloguer, simplifier et théoriser pour comprendre. Mais comprenons nous l’habitant de Côte d’Ivoire moyen qui en a ras le bol de voir son pays dans cet état à cause d’une rébellion installée dans un confort de brigands, et dont on oublie complètement la psychologie quand on réagit aussi violemment, bombardant des symboles (le palais d’Houphouët à Yamoussoukro par exemple, on n’a pas encore mesuré les dégâts que cela a occasionné pour notre crédibilité), omettant d’appeler le président Gbagbo après la mort des 9 soldats français de la paix (croyez moi, l’immense majorité des ivoiriens savent ce que faisaient comme travail admirable les soldats français pour leur pays) pour essayer de comprendre ce qui s’était passé tout en immobilisant l’aviation ivoirienne sans toute cette brutalité (qui a humilié une fois de trop Gbagbo et les extrémistes qui l’entourent).

Avoir réagi comme cela, c’était mettre en danger la communauté française et au delà (et c’est plus grave) étrangère (je pense notamment au burkinabé) et faire fondre complètement le crédit de l’armée française en Côte d’Ivoire, ce qui n’a pas manqué. Sans compter que je m’interroge. Où étaient les casques bleu pendant ces deux dernières semaines folles ? Vous me direz, que quand vous lisez le témoignage d’un Général Dallaire sur sa mission au Rwanda en 1993-1994, cela fait froid dans le dos, tellement l’ONU est inefficace dans ce genre de situation (voir aussi ce qui se passe en RDC, les exemples ne manquent pas). Maintenant, après tout ce gâchis que j’impute autant au président GBAGBO qu’au président CHIRAC (mal conseillé lui aussi semble-t-il par le « soldat » ALLIOT MARIE), et tous ses tabous violés (viols, agressions physiques de français par des africains, ivoiriens tués par des balles françaises – n’oublions pas les morts du pont Houphouët la nuit du 6 au 7 novembre en plus des morts de l’hôtel Ivoire -, escarmouches entre militaires français et militaires ivoiriens), après tout ces drames, comment voulez vous retrouver une sérénité nécessaire à un règlement pacifique et rapide de cette crise ?

Je terminerai cette intervention confuse peut être (j’ai mille autres choses à dire sur cette crise ivoirienne) en vous expliquant mon cas. Je suis français, j’ai demandé la nationalité ivoirienne au début de cette année, laquelle m’a été accordée mais cela n’a pas pu être officialisé (mon dossier étant bloqué administrativement – et je précise qu’aucun petit cadeau n’était attendu par aucun fonctionnaire à ce stade) et ma femme est ivoirienne (son fils aussi). Maintenant, je peine à essayer de lui faire comprendre que ce sont des intérêts qui nous dépassent qui font qu’il y a eu ces drames, et que les soldats français présents en ce moment à ABIDJAN ne sont pas ses ennemis. Et je suis immensément triste pour ce pays que j’aime et qui ne mérite pas le sort qui est le sien par la faute d’une classe politique ivoirienne « nulle à chier » (excusez cette vulgarité) et aussi par des intérêts économiques « supérieurs » (sans parler des américains pas forcément seulement spectateurs).
Les habitants de la Côte d’Ivoire sont des gens accueillants, gentils, conviviaux, pas hostiles et qui n’aspirent qu’à une chose dans leur immense majorité : la Paix et l’Harmonie. Aidons les sans leur donner de leçon. Merci.

j'aime bien les poils à gratter... et votre façon d'écrire !
je me suis donc permis de parler de cet article dans mon blog..

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