Je commence à me demander (naïvement ?) si le débat sur le Traité constitutionnel, au moins à l'intérieur du PS, a réellement d'autres enjeux que la mise en orbite présidentielle de celui-ci ou de celui-là...
Comprenons-nous bien : je suis moi-même convaincu de l'importance du « Oui » mais, à un an du référendum, je suis déjà fatigué de ressasser les mêmes arguments en face des mêmes objections dans un dialogue de sourds sans fin. Pour quelqu’un qui se propose de participer, avec un groupe de bloggers fous, à la mise en place d'un site entièrement consacré à la défense de la Constitution, cet état d’esprit est peut-être alarmant.
D'une certaine manière, les extraits des derniers bouquins de DSK et de Fabius publiés par Libé sont assez symptomatiques de cette impasse. Lorsque les arguments politiques se transforment en exégèse biblique, chacun se balançant à la figure ce qu’il voit comme autant d’évidences de la dérive libérale des uns ou de l’aveuglement gauchiste des autres, c’est le vide qui prévaut.
Au risque de paraître monomaniaque dans ma défense des propositions du rapport Camdessus, je rêve d’un discours politique qui accepterait d’intégrer une série de positions fermes et fondamentales sur le projet de société global qu’il sous-tend (économie, politique, social, justice, relations internationales...). DSK, à mon avis, est le mieux placé pour produire ce genre de discours, mais je dois dire que je ne suis pas particulièrement épaté, ces derniers temps, par son impact sur le débat public.
D’ailleurs, maintenant que tout a été dit sur l’élection américaine, un constat moyen émerge : l’adéquation de la vision bushienne du monde aux aspirations de la grande majorité des Américains. De l’autre côté de l’eau, les gens demandent donc plus de sécurité intérieure et extérieure, moins d’Etat, plus de Dieu, moins d’impôts… Kerry, qui proposait, selon les interprétations, à peu près la même chose en moins radical ou le contraire exact, a donc été battu.
Mais ici, chez les Européens subtils, que veut-on au juste ? Quel projet pour la France et pour l’Union ? Quand le PS en est encore à arbitrer sur les mérites éventuels d’une rupture avec l’économie de marché, quant Sarkozy se demande si une société basée sur la morale religieuse n’est pas plus légitime qu’une société de mécréants, on se demande où se situe le consensus global de notre société si raffinée. Dans le temps, Giscard faisait marrer tout le monde avec son credo du « Deux Français sur trois ». Pour lui, la France aspirait à être gouvernée par une sorte de centrisme mou qui ne ferait de tort à personne. La réponse française au bushisme serait-elle là, dans un entre-deux stérile ?
De mon côté, mais je ne représente évidemment pas grand monde, j’ai des convictions et je parviens généralement à définir à quoi ressemblerait ma France idéale, dans une Europe idéale, dans un monde idéal... Je perçois, d’après ce que je lis et j’entends, que notre ami DSK a quelque chose en tête qui ressemble assez à cette vision du monde. Je perçois aussi que pas mal de gens partagent, grosso modo, ce type de points de vue (pour faire court : une France dynamique, innovante et fraternelle, dans une Europe « fédérale » politiquement et stratégiquement capable de promouvoir ses valeurs de justice sociale vers l’extérieur, etc.).
Le Traité, l’approche économique du rapport Camdessus, la Turquie dans l’Union, la question énergétique ou les OGM… Tout ça c’est un peu la même chose. Si DSK et Fabius s’empoignent sur les virgules du Traité, ça ne nous dit pas ce qu’ils veulent faire de la France et de l’Europe et comment ils se proposent de le faire concrètement. Quand Bush dit « je vais faire la guerre », il fait effectivement voter des crédits qui lui en donnent les moyens.
Quand Fabius dit : « je vote contre le Traité pour en faire émerger un autre encore mieux », il ne dit ni ce que serait ce nouveau Traité, ni comment il ferait pour l’imposer aux autres. Il dit non, c’est tout. Il est « pur ».
Quand DSK dit « oui », il nous dit juste qu’il est indispensable de ne pas bloquer la marche en avant de l’Europe et que l’on verra bien comment on fera avancer les choses le moment venu. Moi, je suis assez d’accord avec ça, Ok, mais pourquoi ne pas nous livrer, en prime, sa vision de ce vers quoi nous avançons ultimement ?
Dans Le Monde 2 de ce week-end, il y a une citation de Nicole Notat qui me plait beaucoup, citation datant de l’époque où, à la tête de la CFDT, elle se faisait conspuer par ses propres troupes dans les manifestions pour « collaboration avec l’ennemi » : « la révolution est l’ennemi du changement, c’est une idéologie, à présent caduque, qui consiste à différer tous les possibles jusqu’à une étape impossible ».
Tout ça est bel et bon. Mais l’action syndicale est une chose et l’action politique en est une autre. Le job de DSK, c’est de nous dire ce qu’est l’étape impossible tout en mettant tous les possibles en œuvre.
© Commentaires & vaticinations
bonsoir,
extrait puis texte complet sur mon blog
"""L’Europe souffre de ne pas avoir de pensée, de vision, de visionnaires quant à la politique étrangère mais aussi et surtout la politique intérieure. Les valeurs et le modèle économique. Pour revenir à l’Histoire, la réélection de Bush pourrait bien être à contre-courant et sans doute un accident dû aux attaques du 11 septembre. Voilà peut-être à quoi tient une élection. Quant à l’Europe, si elle se détermine contre Bush et la machine bushiste, alors elle échappe aussi à un destin historique ou du moins, en étant obsédée par l’Amérique, elle s’interdit de penser son propre progrès.
Car telle est la situation actuelle sur laquelle nous devrions méditer. Nous avons perdu le progrès depuis une décennie et actuellement, l’évolution se fait comme une modernisation régressive pour une bonne partie des citoyens. Est-ce acceptable ? Non, car l’Europe sombre lentement si elle ne réagit pas rapidement et pour réagir, rien de tel que d’inventer une doctrine de gauche, sans doute humaniste et même chrétienne, ancrée dans l’historicité de ce continent, et capable de constituer le cas échéant une machine de guerre contre la machine bushiste. Et ses émissaires parcourant la France ? Mais kidonc au fait ?"""
Rédigé par : Fulcanelli | lundi 08 novembre 2004 à 18:18
C'est justement un enjeu de ce oui ou non cette question de rupture avec la rupture:Que le ps soit au point de réfléchir à la rupture à l'économie de marché ou pas pose la nécessité du oui pour que le socialisme français casse définitivement avec la posture de la radicalité qui n'améne qu'aux lendemains qui déchantent.
Rédigé par : socdem | mardi 09 novembre 2004 à 02:05
Je viens de lire attentivement,vos commentaires,qui rejoignent ma décision.Cela n'a pas été sans mal pour un béotien de province.Je rejette avec vigeur "le tentaculaire parisianisme qui phagocyte" le bon sens provincial.Je puis vous assurer ,que dans LE PAYS DE CAUX(a part Fabius qui est "le local de l'étape",le pékin n'y comprends rien.Alors qu'il aurait si simple dès le début de dire :le OUI va mener l'état(dire détails)le non !!catastrophes incalculabes.Cherche bon skiper:COURAGE
Rédigé par : hedouin | dimanche 01 mai 2005 à 16:23
plus le temps passe et plus les différences entre
Fabius et DSK s'accentuent
ce référendum nous aura donné l'occasion de souligner l'engagement Européen de DSK: il fut un des 1ers à dire OUI, par l'intermédiaire de son BLOG il a assumé, la parution de son DVD ces
jours-ci le confirme: convaincre est son mot d'ordre
a l'opposé Laurent Fabius en pronant un NON tardif, a choisi de s'isoler, c'est son droit le plus strict; mais il y a perdu en crédibilité
je reconnais enfin que les autres opposants socialistes se sont très tot illustrés par leur
réactivité en assumant pleinement leur NON.
Rédigé par : rosalie | lundi 02 mai 2005 à 13:44