Que se passe-t-il dans la tête d’Ariel Sharon, « emblème du mal » favori des bien-pensants depuis quelques années (en dépit de la concurrence acharnée que lui livre George Bush pour décrocher cette timbale) ? Se serait-il subitement transformé en colombe ? Aurait-il décidé, comme le suggère ironiquement The Economist, de se parfumer l’haleine au rameau d’olivier ?
Difficile à dire… Mais le fait est que la manière dont il est en train de passer en force sur la question du retrait de Gaza interroge. L’homme, dit-on parfois, se prend pour de Gaulle et se plait à comparer les territoires occupés à l’Algérie pré-indépendante. Oh, non pas qu’il se projette en visionnaire de la décolonisation, opérant ce parallèle pour mieux démontrer l’évidence historique que représente la création d’un Etat palestinien... Bien au contraire. Lorsqu’il se réfère au grand Charles, c’est plutôt dans sa version juin 58 (« Je vous ai compris… »), préférant s’accrocher au rêve d’Arabes enfin « pacifiés », acceptant gracieusement de mettre leurs ambitions nationales au rancart en échanges de quelques concessions.
En tout état de cause, en décrétant le démantèlement des colonies de Gaza et en bouleversant les équilibres politiques israéliens, il effectue un véritable premier pas vers un règlement du dossier. Jusqu’à présent, les choses semblaient pourtant claires : champion de la cause du Grand Israël, l’ancien général, adossé à une improbable collection de fanatiques (ultra-orthodoxes, partis "russes", extrême-droite…) n'était là que pour financer le développement des implantations, mater brutalement une Intifada déclenchée par ses propres soins, construire un mur et, accessoirement, avoir l’air méchant sur les photos…
Les pessimistes (qui ont bien des raisons de l’être, avouons-le), feront pourtant la fine bouche en qualifiant cette initiative de « simple manœuvre », Sharon ne reculant sur Gaza que pour mieux affirmer son emprise sur la Cisjordanie. Après tout, Dov Weisglass, ancien chef de cabinet du gros, aurait lui-même déclaré que ce retrait n’était que du « formol » visant à endormir les détracteurs d’Israël.
Mon point de vue ― résolument optimiste ― est le suivant : si les propos de ce Weisglass visent à endormir qui que ce soit, ce serait plutôt l’extrême-droite israélienne qu’il convient peut-être de ne pas trop désespérer quand la menace d’une guerre civile est parfois évoquée. Le retrait de Gaza, quoi qu’on en dise, est effectivement un retrait de Gaza, c’est-à-dire une fermeture des colonies conduisant au départ des 7 000 colons qui occupent encore quelque 23% de la zone (1,5 million de Palestiniens s’entassant tant bien que mal sur les 77% qui restent).
Imaginer que les multiples raisons qui poussent aujourd’hui Sharon à prendre cette décision (pression de la communauté internationale, coût économique et militaire de la protection des colons, démographie, pression d’une gauche israélienne déconfite mais capable de reprendre du poil de la bête, désir de normalité de la population israélienne…) s’évanouiront après le départ de Gaza est tout simplement absurde. Imaginer que, une fois le Goush Katif évacué, le leader du Likoud pourra reprendre tranquillement le bétonnage de la ligne verte ne tient pas debout...
Evidemment, nul ne saurait se satisfaire d’une situation à peine améliorée, où les Palestiniens seraient sommés de se satisfaire de ce mouchoir de poche coincé entre la Méditerranée, les check-points israéliens et l’Egypte. Mais peut-être a-t-on le droit de se réjouir d’une avancée qui, pour une fois, ne relève pas uniquement de la poignée de main historique pour photographes de la presse internationale.
J’entendais ce matin sur France-Culture un israélien (de gauche) expliquer que « seul un homme de droite pouvait faire avancer les choses à ce point sans provoquer un raz-de-marée politique ». J’avoue ne pas avoir beaucoup de sympathie pour cette théorie selon laquelle seule la droite serait en mesure de faire une politique de gauche et vice-versa, théorie qui ramène l’action politique à sa seule dimension marketing. Et d’ailleurs, la possibilité d’une catastrophe politique à la suite du retrait doit encore être envisagée, les assassins de Rabin étant toujours dans les parages.
Mais pour quiconque est convaincu qu’un règlement réel du dossier est inéluctable, deux Etats souverains devant un jour coexister dans des conditions de stabilité à peu près satisfaisantes (la possibilité d’une réconciliation à l’Européenne pouvant même être envisagée à très long terme par les plus optimistes), le départ de Gaza est une étape de première importance ― quelles que soit les arrière-pensées des uns et des autres.
©Commentaires & vaticinations
salut cousin,
toujours au fait de l'actualite, et maintenant le monde entier -francophone- peut avoir ton avis !
un reve exauce ?
bon, j'essaye de faire ta pub a droite a gauche
(dans toutes les acceptions)
et encore chapeau pour les 1h47 !
bon vent
Rédigé par : Tof | mercredi 27 octobre 2004 à 11:43
Certains sont d'avis que si un gouvernement conservateur peut faire passer l'abandon de la bande de Gaza, c'est parce qu'un gouvernement libéral n'aurait jamais pu rassembler assez de vois pour faire passer ce vote à la Knesset.
Le gouvernement Sharon a pu compter sur le vote de ses partisans, plus celui de l'opposition libérale, à eux deux assez important pour pouvoir contrer les ultra de tous bords.
D'autres font également remarquer que l'abandon de la bande de Gaza est in fine un moindre mal, la zone étant incolonisable sauf au prix d'une guerre sans fin, à un "prix" exorbitant. Sans rapport en tout cas avec l'intérêt de ce territoire.
Gaza servant de monnaie d'échange par rapport à d'autres territoires plus stratégiques pour Israël d'un point de vue militaire ou de ressources (le contrôle de l'eau).
Rédigé par : LaVitaNuda | mercredi 27 octobre 2004 à 17:16
Commentaires, vaticinations et... paradoxes.
Après Sarkozy en social-démocrate et Sharon en colombe de la paix, je propose Chirac en garant de la morale publique, Seillière en défenseur des intérêts (bien compris) des salariés, Jean-Marc Sylvestre en nouveau philosophe, Bush en nouveau Jésus et le pape en Dom Juan des temps modernes... Et pourquoi pas ?
Attention : la recherche systématique du paradoxe est dangereuse pour la santé. Une consommation abusive tue et peut même rendre impuissant. Car comme l'a dit Proust, "les paradoxes d'aujourd'hui sont les préjugés de demain"
Sans rire, j'apprécie votre style et votre humour. Et j'ai une sympathie toute particulière pour votre ami Michel B. même si je ne peux évidemment pas comprendre qu'il se refuse à réagir directement sur le blog, dans les zones prévues à cete effet. Je continuerai à vous lire... avec vigilance.
Rédigé par : Franck K. | jeudi 28 octobre 2004 à 03:07