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jeudi 15 mai 2008

Un peu de confusion latérale

Accueil des enfants à l'école les jours de grève, augmentation de la redevance... Une fois encore, je vous fais part de mon désarroi.

Hemispheres_2 Assurément, Commentaires & vaticinations est devenu un blog de droite. Refusant déjà, hier, de grimper dans le wagon des opposants par principe aux OGM, le voici qui se demande en quoi l'accueil des enfants dans les écoles un jour de grève est une atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales du citoyen.

Inutile de me resservir les arguments anti-accueil : ils sont admirablement synthétisés dans l'édito du jour de Libé, Didier Pourquery estimant (en substance) qu’une grève est censée gêner le patron et que, après tout, dans le service public, le patron, ben c’est le contribuable. CQFD. Bon, il reconnaît aussi que les familles sont bien emmerdées et qu’il n’est pas scandaleux de faire quelque chose pour elles, mais pas comme ça… Ah bon. Et comment, alors ?

Quoi qu’il en soit, mes propres gosses, qui fréquentent une école privée, ne sont pas concernés. Com-vat est de droite, on vous dit !

*

Dans la seconde affaire du jour, je ne sais pas encore si je suis de gauche ou de droite. Ou disons que mon point de vue devrait logiquement être considéré comme étant « de gauche », mais qu’il risque bien d’être qualifié de pré-fasciste par les classificateurs autorisés... Je parle ici de l’augmentation de la redevance télé, que la commission Copé repère enfin comme le moyen le plus logique de booster les finances de l’audiovisuel public.

Voyons voir : j’ai toujours été pour l’existence de télés et de radios hors-marché (de gauche). Je suis partisan d’un financement de ces médias par une taxe spécifique dont le montant correspondrait réellement à leurs besoins et progresserait chaque année, plutôt que par une dotation budgétaire soumise aux caprices du gouvernement du moment (de gauche). Je suis également favorable à la suppression de la pub, en parallèle d’une obligation d’autofinancement partiel de France Télévisions via la vente de programmes, BBC-style (encore de gauche, mais un peu limite tout de même, cette idée de gagner de l’argent…).

Mais voici que c’est la droite qui décide de faire un sort à la pub, une initiative immédiatement désignée comme ringarde (la réclame à la télé publique ne serait plus un vrai problème au troisième millénaire) et impossible à mettre en œuvre (les exemples étrangers sont autant de trompe-l’œil). Quant à l’augmentation de la redevance et au rattrapage des niveaux atteints en Grande-Bretagne et en Allemagne, c’est désormais une idée de droite puisqu’elle revient à taxer davantage les foyers modestes.

Bah, je vais quand même m’en tenir à mes principes et je verrais bien de quel côté du bastingage ils me font pencher. Mais tout de même, quelle angoisse ! Heureusement que je n’ai pas à me casser la tête pour faire garder les gosses les jours de grève, par dessus le marché…

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mercredi 14 mai 2008

Quand le sage montre l'OGM, l'imbécile regarde le couac parlementaire

Le pataquès parlementaire d'hier marque surtout le triomphe de l'obscurantisme. A quand l'interdiction du bouturage et de l'élevage sélectif des bovins ?

Frankenfood_2 Incroyable ! Nicolas Sarkozy se révèle incapable de faire adopter un texte par son armée de godillots. Comme hyperprésident, il se pose un peu là… Bientôt, il ne sera même plus en mesure de rappeler Rama Yade à l'ordre lorsqu'elle se pique de prendre son job au sérieux. D'ailleurs, les journaux sont tous d’accord sur ce point : l'affaire de la motion de procédure du député communiste Chassaigne est le symbole du « malaise » qui règne à l’intérieur de la majorité. Une « fronde », suggère même Laurent Joffrin derrière une Une évoquant un « camouflet pour l’Elysée ». C’est qu’ils semblent avoir enfin compris, nos élus de droite, à quel point les OGM sont devenus impopulaires auprès des Français ― de tous les Français. Les OGM, rendez-vous compte, ces horribles petits monstres de Frankenstein que l’axe FNSEA-Monsanto cherche à glisser dans nos assiettes !

Mais qu’importe : Sarkozy a beau être le laquais des puissances de l’argent, un consensus trans-partis s’est établi autour du refus des OGM en pleine nature (c’est bien la moindre des choses), mais également en laboratoire (à quoi bon faire des expériences puisque l’on sait déjà que les OGM sont une abomination ?). L’idéal serait même d’interdire tout débat sur la question, les arguments pro-transgénèse étant nécessairement répandus par d’affreuses crapules bourrées d’arrière-pensées. Et pendant que l’on pontifie sur la mécanique du couac parlementaire (absentéisme, vengeance et divisions à ma droite ; créativité, combativité et conscience écologique à ma gauche), sur les leçons politiques à tirer de l’événement du jour ou encore sur le précédent du PACS, on ne perd pas son temps à parler du fond.

C’est étrange, pourtant, la facilité avec laquelle l’opinion française a été retournée comme une crêpe par le josébovisme ambiant. A ce rythme, on se demande si les marchands de poudre à laver et de dentifrice accepteront longtemps de voir leurs produits vantés par des types en blouse blanche dans les tunnels publicitaires de TF1. C'est sûr, entre la vache folle, la couche d’ozone et le 11-Septembre, les « gens » ont fini par comprendre à quel point les sympathiques professeurs Nimbus d’antan s’étaient transformés en docteurs Folamour. Hum, comment ça le 11-Septembre n’a rien à voir avec les OGM ? Tout ça, c’est du pareil au même…

Que les OGM soient, dans de nombreux cas, la réponse à des besoins de réduction d’utilisation des pesticides au Nord et à la pénurie d’eau au Sud n’entre même plus en ligne de compte. Qu’ils permettent de produire vaccins et médicaments, encore moins. Ils font peur en général. On n’en veut pas. Et il faudra sans doute attendre la déferlante des discours anti-nanotechnologies pour déclencher un tel unanimisme anti-scientifique.

― Mais enfin, vous savez bien que les multinationales phytosanitaires et pharmaceutiques ne souhaitent pas faire le bonheur de l’humanité mais cherchent seulement à s’en mettre plein les poches ?
― Oui, tout comme les fabricants de lave-vaisselle ou de consoles de jeu. Faut-il les interdire aussi ?
― Mais enfin, vous savez bien que les semenciers OGM forcent les agriculteurs à racheter leurs semences chaque année ?
― Ah, parce que les agriculteurs n’y sont pas déjà contraints avec les semences non-OGM ?
― Mais enfin, vous savez bien que les OGM sont antinaturels ?
― Oui, à peu près autant que le bouturage en pépinière et l’élevage sélectif des bovins. Mais pas tellement plus que l’automobile, le chauffage central ou les soins aux cancéreux…

Bon, à la décharge des « gens », on les a tellement privés de débat avec le nucléaire (longtemps formidable, puis diabolique), l’hormone de croissance (idem) ou le cannabis (perpétuellement diabolique) qu’ils en ont perdu l’habitude de penser. Ou du moins de penser autrement qu’en termes de bon/mauvais, gentils/méchants, droite/gauche (le gène de la résistance à la pyrale est manifestement d’extrême-droite). Bah, Nicolas Sarkozy et le dernier carré de grognards restés fidèles à la rupture se débrouilleront sans doute pour faire adopter le texte à l’arrache. Un texte de toute manière suffisamment mal ficelé pour ne régler aucune question, y compris du point de vue des amoureux de la recombinaison d’ADN. Les gazettes en remettront alors une couche sur la terrible manœuvre politicarde, éviteront prudemment d’entrer dans un débat de fond et la France pourra rester ce vert paradis ou s'ébattent les pesticides et roucoulent les engrais. Bon appétit !

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mercredi 07 mai 2008

Sauver Le Monde

En jargon de presse quotidienne, Bad Godesberg se dit Wapping.

Lino Au milieu des années 80, la presse quotidienne britannique est dans de sales draps. Plombée (sic) par la version locale du Livre-CGT, qui lui impose de n'employer que ses propres troupes et interdit le passage à la photocomposition, elle fait se bidonner jusqu’aux patrons de presse français. C'est dire…

Avec ses coûts de fabrication ridiculement élevés, sa productivité anémique et sa distribution désorganisée, elle n'a pas besoin d’Internet pour passer pour moribonde. A l’époque, les journaux sont composés sur linotype ― c'est-à-dire sur de grosses machines dont le clavier commande la transformation de lingots de plomb en lignes de caractères ― et « maquettés » par des ouvriers typographes sur de lourds cadres métalliques. L’informatique éditoriale a beau être en plein boom, elle n’a pas droit de cité du côté de Fleet Street : qu’un journaliste s’avise de toucher à un clavier d’ordinateur, et c’est la grève ; qu’un journal recrute un ouvrier imprimeur qui ne soit  pas membre de la National Graphical Union (NGA) sur une fonction nouvelle, et c’est la grève.

C’est d’ailleurs la grève tout le temps, pour dire la vérité. Et les quotidiens britannique ont beau tenter de contourner le système du « closed shop » ou expliquer aux linotypistes qu’en troquant leur clavier de métallo pour celui d’un traitement de texte ils s’épargneront le saturnisme, rien n’y fait. La NGA est la vraie boss du secteur et n’a aucune envie d’introduire le loup informatique dans la bergerie. Et si les journaux doivent en crever, so be it.

En 1986, l’affreux Rupert Murdoch, propriétaire du Times, mais également d’une tripotée d’autres titres plus ou moins prestigieux, décide pourtant de balancer un grand coup de pied dans la fourmilière. Il fait construire, le plus discrètement possible, une sorte de complexe industrialo-tertiaire dans une banlieue de Londres ― le fameux Wapping ―, y transfère ses journaux, ses salariés volontaires et des ouvriers imprimeurs membres d’une organisation syndicale marginale dans le secteur, l’EETPU.

Que croyez-vous qu’il arrivât ? La grève bien sûr. Mais pas n’importe quelle grève. Non : une méga grève. La mère de toutes les grèves, même, la NGA se battant pour sa survie. Mais nous sommes dans les années Thatcher et la gauche assimile rapidement ce combat à celui des mineurs, dont le mouvement vient d’être brisé par la Dame de Fer. Car enfin, Murdoch est bien un méchant, non ? Et les ouvriers du Livre ont beau être des crapules aux salaires de ministres défendant les pratiques les plus archaïques qui soient, ils sont nécessairement le sel de la terre, aren't they ?

Bon, les journaux de gauche, The Guardian, The Observer, restent un peu en retrait du match de catch et se contentent surtout de compter les points. Tiens, The Independent, un quotidien centriste, en profite même pour se lancer, recrutant les journalistes de chez Murdoch hostiles au coup de force mais acceptant de venir travailler dans un journal rejetant les pratiques de la NGA ! Bah, il s’en fout, le magnat from down under. Sa bataille, il la gagne : la grève se transforme en un incroyable blocus de ses immeubles par le syndicat du Livre, dont les troupes tabassent à l’occasion les salariés non-grévistes (les flics tabasseront eux-mêmes les syndicalistes avec un grand enthousiasme, avouons-le), mais s’achève sur une victoire dont vont profiter tous les titres du pays. Le plomb est remplacé par l’informatique, le monopole d’embauche est supprimé et les journaux peuvent reprendre leur essor.

*

A l'orée des années 2010, la presse britannique est florissante. Ses tirages ridiculisent ceux de la presse française, ses journalistes sont deux fois mieux payés que leurs homologues gaulois et, ironie du sort, elle emploie bien davantage d’ouvriers du Livre que nos canards tout en leur offrant de meilleures conditions... Ce qui n’empêche pas la CGT, de ce côté-ci du Channel, de rester aussi inflexible que la NGA de l’époque en matière d’organisation, de pratiques et de défense de ses « acquis ». Oh, bien sûr le plomb a également déserté nos ateliers, mais il y a tellement d’autres moyens de mettre le secteur en coupe réglée. Contrôler l’impression et la distribution de 80% des journaux d’un pays, ça donne tout de même un certain entregent.

En tout cas, ça en donne plus que lorsqu'on se contente de l’écrire, le journal. D’où l’incroyable situation dans laquelle se trouve Le Monde, un quotidien dont le seul moyen de réagir à une crise structurelle est de décimer sa rédaction. Pas en agissant sur ses coûts de fabrication pour empêcher la transformation du Monde en produit de luxe : trop risqué. Pas en s’affranchissant du monopole de distribution des NMPP qui l’empêche d’être diffusé de manière efficace : impensable… Non, en postulant qu’un journal qui en donnera encore moins à ses lecteurs a de l’avenir !

A la décharge d’Eric Fottorino,  nouveau patron, virer des journalistes est à peu près le seul levier sur lequel il puisse effectivement peser. Et dans ce contexte, autant choisir de garder les « meilleurs » en sélectionnant lui-même les partants. A la décharge des journalistes, exiger un maximum de départs volontaires est humain : les « meilleurs », justement, ceux qui savent qu’ils retrouveront un poste ailleurs sans trop de difficulté, ou les plus vieux, ceux qui empocheront les indemnités les plus copieuses sont donc des candidats logiques. Mais j’ai beau tendre l’oreille, je n’entends ni les uns ou les autres évoquer l’hypothèse d’un déménagement vers quelque Wapping francilien comme alternative, histoire de changer le plomb en or. Bah, c’est le petit côté PS de nos journaux : Bad Godesberg, ça n’est pas dans notre culture.

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lundi 05 mai 2008

Go East, young man !

L'ANPE propose désormais à nos jeunes diplômés d'émigrer vers l'Inde pour un salaire de misère. Bravo ! Il était temps qu'elle se mette au parfum…

Indian_programmers_2 Les gazettes faisaient semblant de s'indigner, il y a quelques jours, des propositions de reclassement pour le moins exotiques (Brésil, Turquie…) offertes à ses salariés par une entreprise s'apprêtant à fermer un site en France. Pour mémoire, la loi impose à toute société ayant procédé à un licenciement économique de réembaucher ses anciens salariés en priorité, dès lors qu’un poste correspondant à leurs compétences est vacant et, surtout, quelle qu’en soit la localisation.

Il va sans dire que nul n’est tenu d’accepter de s’installer à soixante-douze heures d’avion de son domicile pour préserver son job de tourneur-fraiseur. Cette disposition permet toutefois d’être informé des emplois éventuellement disponibles à portée de bicyclette, mais dont votre patron préfère taire l’existence (c'est qu'ils sont joueurs, les patrons). Elle contribue également à établir l’unité économique d’un groupe florissant dont seule votre filiale est en perdition ― ce que les prud’hommes seront susceptibles d’apprécier au moment opportun…

Clairement, cet aspect du Code du Travail est à l’avantage des salariés et en dénoncer les effets secondaires anecdotiques revient à demander l’élimination des derniers lambeaux de la loi de Modernisation sociale jospinienne ! Bah, on a vu que le débat français se réduisait souvent à un jeu de rôles et, vu le succès de Grand Theft Auto IV, peut-être est-il temps d’élaborer une version pour Playstation de nos routines économiques et sociales…

Mais ce lundi, c’est un autre type de proposition « scandaleuse » qui frappe mes confrères progressistes. L’ANPE aurait ainsi accepté de diffuser l’annonce d’une société basée à Pondichéry ― ex-comptoir français des Indes ―, annonce proposant à un concepteur de sites Web (bac +2) de s’expatrier pour un salaire compris entre 160 et 320 euros par mois (10 000 à 20 000 roupies). 160 à 320 euros par mois ! Rendez-vous compte ! Accepter qu’une offre pareille soit publiée par l’ANPE, quelle terrible dérive mondialiste ! Franchement, on se demande s’il n’est pas temps d’envoyer le facteur joufflu à l’Elysée si nous en sommes là !

Sauf que, sauf que, après réflexion, permettons-nous de rappeler qu’il existe des centaines, sinon des milliers, de concepteurs de sites Internet fraichement équipés d’un BTS ou d’un DUT et employés comme « stagiaires » à des tarifs inférieurs ou tout juste égaux à ce que proposent nos exploiteurs pondichéryens. Suggérons aussi que, pour un jeune diplômé entreprenant, l’idée d’aller passer un an ou deux dans un pays en plein boom technologique et économique pour un salaire localement raisonnable n’a rien de débile. Précisons enfin que l’inflation salariale est telle, en Inde, que notre jeune ami a toutes les chances de voir sa rémunération en roupies crever le plafond du smic français (son seul horizon s’il reste à Guéret ou à Saint-Brieuc) en à peine quelques mois.

La mondialisation, comme on ne le dit pas souvent chez nous, est un machin bizarre et complexe dont l’appréciation univoque qu’en font les commentateurs moyens est loin d’être éclairante. Bon, la solution au sous-emploi des jeunes diplômés français n’est certainement pas de les fourguer aux Indiens et l’on aimerait que nos entreprises hi-tech puissent leur offrir des conditions salariales californiennes pour les retenir. A Pondichéry, on semble être sur ce chemin.

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mardi 29 avril 2008

Fais-moi peur !

L'arrivée du Livret A dans les réseaux bancaires est la première étape vers la privatisation de France Inter. Elle menace également le droit à l'avortement.

Scared Nous sommes en octobre 2003. Le désamiantage de la Maison de la Radio impose la migration temporaire d'une partie des services de Radio France vers un immeuble voisin. On suppose qu'une telle initiative réjouira les syndicats d’un complexe au moins aussi pollué que le campus de Jussieu, autre grand paquebot para-public farci à l’amiante. D'autant plus qu’une étude de la Préfecture assure que la tour centrale n’est plus aux normes et qu’elle ne mettrait que quelques minutes à se consumer en cas d’incendie...

Les syndicats, effectivement, vont marquer le coup ― à leur façon. En grève huit jours durant, ils vont expliquer que ce déménagement n’est qu’un prétexte, qu’il y a forcément « anguille sous roche », qu’il permet surtout de fragmenter les services et qu’il n’est qu’une étape vers la privatisation de France Inter et la vente des terrains à un promoteur immobilier pour une somme rondelette. « Privatisation », « spéculation immobilière » : deux  concepts puissants, effectivement très efficaces à l’heure de déclencher une grève. Bien entendu, aucun argument sérieux ne permet alors d’étayer l’une ou l’autre thèse. Et le fait qu’il soit difficile de démanteler Radio France et de vendre sa station vedette à je ne sais quel marchand de canons dans la discrétion, à la faveur d’innocents travaux de rénovation et sans débat national, ne semble pas perturber les syndicats de la « maison ronde ».

De fait, personne n’y croit vraiment, à ces fantasmes que leur dénonciation vigoureuse par Jean-Marie Cavada, alors président du groupe Radio France, ne fait que renforcer. « S’il dit que ce n’est pas vrai, c’est qu’il ment ! » répliquent d’ailleurs les petits malins à qui on ne la fait pas. Bon précisons qu’il ne faut pas grand monde pour paralyser l’antenne avenue du Président-Kennedy : deux techniciens sont en pétard et, pof, nous voici forcés de migrer sur Europe pour entendre les nouvelles du jour et s’infliger dix minutes de promo pour Intermarché par quart d’heure d’info…

Nous sommes en avril 2008. La rénovation de la Maison de la Radio n’est toujours pas terminée, mais les rumeurs de privatisation de France Inter et de transformation de France Culture en annexe de Rire & Chansons ne se sont pas concrétisées. Rassurant ? Que nenni ! C’est même la preuve que quelque chose de vraiment terrible se prépare, s’ils n’en parlent pas. De vraiment terrible.

*

Nous sommes en avril 2008, donc, et sans quitter Radio France de l’œil, on ne sait jamais, c’est sur le Livret A qu’il convient maintenant de se pencher pour décrypter les intentions mondialo-libérales du gouvernement et de ses alliés objectifs de la gauche réformiste. Produit d’épargne éminemment populaire, le fameux petit carnet dont le taux de rémunération est fixé par l’Etat pourra désormais être distribué par l’ensemble des réseaux bancaires. La Poste, la Caisse d’Epargne et le Crédit Mutuel continueront néanmoins de l’offrir à leurs clients dans les mêmes conditions qu’autrefois, alimentant ainsi, via la Caisse des Dépôts, le financement du logement social en France.

Catastrophe ! clame-t-on pourtant depuis des mois en assurant que les banques, dont on connaît la propension à engranger les profits, vont faire exploser ce bel édifice et ruiner le pays. D’abord, la banalisation du Livret A conduira fatalement les banquiers à proposer à leurs clients d’échanger ce placement pépère contre des parts dans un hedge fund basé à Macao. Le hedge fund se révélera alors une arnaque et les pauvres malheureux perdront leur chemise.

Mais ce n’est pas tout : la Société Générale, la BNP et autres LCL investiront probablement ce qui restera de la collecte du Livret A dans la bulle immobilière des Emirats, mettant un coup d’arrêt à la construction de logements aidés en France et condamnant des milliers de familles à la rue. Les banques refuseront également d’accueillir les pauvres gens pour lesquels ce produit d’épargne fait office de compte courant, les privant d’un service jusqu’ici universel. Last but not least, comme on dit à la City, il faut s’attendre à la fermeture de milliers de bureaux de poste et d’agences de la Caisse d’Epargne en zone rurale ou dans les quartiers défavorisés, une fois les clients traditionnels de ces établissements naïvement passés à l’ennemi…

Pour les Jean-Marie Cavada du secteur, ces craintes n’ont pas de sens. D’abord, on comprend mal ce qui pourrait persuader le titulaire d’un Livret A de La Poste de transférer ses 200 euros d’encours moyen vers Macao. Avec ses 3,5% net d’impôt, son placement fétiche ridiculise de toute manière les livrets de type ING-Orange dont les taux d’appels gonflés sont temporaires, fiscalisés et exigent souvent le blocage à moyen ou long terme de sommes élevées. On s’interroge aussi sur la capacité des méchants spéculateurs à priver la Caisse des Dépôts de sa manne : 70% de la collecte lui sera obligatoirement versée et affectée aux mêmes missions de construction de logements sociaux qu'auparavant. Quant à la fin du service bancaire universel et à la fermeture des bureaux de poste, là encore, on saisit mal comment les plus misérables d’entre nous se débrouilleront pour, simultanément, se voir refuser l’accès à une banque standard et lâcher leur agence postale de Clichy-sous-Bois…

Mais bon, à quoi bon contester ce qui est une évidence : Sarkozy s’en prend au Livret A par idéologie et à la demande des banques. Il ne peut donc sortir que du mauvais de cette affaire. « A la demande des banques ? » s’étonneront encore les Jean-Marie Cavada de la finance : « Mais pas du tout puisqu’il s’agit d’une exigence européenne visant à améliorer la concurrence bancaire en France ! » Hum, à d’autres ! On nous a déjà fait le coup avec le traité constitutionnel, qui refusait cyniquement de garantir le droit à l’avortement pour mieux le liquider un de ces quatre matins : il n'y a pas de fumée sans feu !

― Et s'il n'y a même pas de fumée ?
― Ben c'est pire, voyons ! Tss, quel gros naïf !

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lundi 28 avril 2008

Euh…

J'ai généralement un avis sur tout. C'est même ma marque de fabrique. Le dernier livre de Guillemette Faure me plonge pourtant dans la perplexité.

Bb Ce qu'il y a d’agaçant, avec le bouquin de Guillemette Faure sur les nanas qui cherchent à faire un bébé en solo, c'est qu'il finit par répondre à toutes les remarques que le lecteur se fait à lui-même à la lecture d’un chapitre dès le suivant : c’est son côté exhaustif. Ce qu’il y a de déconcertant, avec le bouquin de cette journaliste de Rue89 spécialisée dans la politique américaine et les sujets rigolos (comment ça, c’est la même chose ?), c’est qu’on le referme sans vraiment savoir ce qu’on pense de la question qu'il pose en titre : c’est son côté « démerdez-vous ! ».

J’avoue ne jamais m’être intéressé à ces histoires d’inséminations artificielles, de banques du sperme ou de fécondations in vitro au-delà de leur dimension technique. Tout amateur de science-fiction qui se respecte se tient forcément au courant de la vitesse à laquelle nous nous rapprochons du Meilleur des mondes. D’un autre côté, tout fils de sage-femme spécialisée dans le suivi des grossesses pathologiques se doit également de participer, de temps à autre, à d’édifiantes conversations sur la durée de conservation des paillettes et la fréquence des naissances multiples chez les adeptes de la procréation assistée.

D'ailleurs, pour la technique, avec Guillemette, on est servi. On apprend tout des procédures permettant à une célibataire occidentale du début du troisième millénaire d’avoir un bébé sans homme : c’est compliqué, coûteux et en plus ça ne marche pas à tous les coups. On apprend aussi à quel point la France est en décalage avec de nombreux pays en ce qui concerne l’accès aux soins par les femmes seules, nos comités d’éthique traditionnels, ceux qui postulent que le cannabis et l’euthanasie sont les premières étapes vers l’apocalypse, ne s’occupant que des couples comme-il-faut.

Mais pour l’interrogation existentielle, on n’est pas déçu non plus. Parce qu’elle a choisi de vous raconter son propre parcours de mère potentielle tout au long d’une vraie enquête pleine de statistiques et de témoignages de médecins amateurs de sculpture figurative, on en vient à se demander comment on se serait comporté si les hasards de sa propre existence n’avaient pas rendu la paternité si facile. Et l’on ressent bien à quel point ce qui apparaît comme une évidence  (on fait le zouave quelques années, on rencontre quelqu’un « pour de bon », on fait des gosses, on se plaint des emmerdes qu’ils occasionnent), n’en est pas une pour tout le monde.

Le livre de Guillemette Faure ― même très marrant, même très documenté ― est pourtant comme la fameuse plus belle fille du monde, vous savez, celle qui ne peut donner que ce qu’elle a. Il ne vous permet pas de décider si, oui ou non, il sera confortable pour un gosse d’être le rejeton du donneur n° 315, tout comme une tripotée d’autres gamins de par le monde compte tenu de la popularité de cet athlétique étudiant en maths aux yeux bleus. Il ne vous dit pas non plus s’il est raisonnable de se gaver d’engrais hormonaux pour stimuler une fertilité défaillante. Il ne vous dit pas, enfin, s’il est légitime, ou moral, ou même « normal » de chercher à avoir un bébé coûte que coûte quand on est une femme seule et qu’on a laissé tourner son horloge biologique trop longtemps. Il raconte juste que, dans la vie, il y a des questions compliquées auxquelles personne ne saurait apporter de réponse définitive. Mais clairement, poser les bonnes questions, comme on dit dans la Haggadah de Pessah, c’est déjà pas si mal.   

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vendredi 25 avril 2008

La carte Familles nombreuses sera-t-elle valide au Tibet ?

Nicolas Sarkozy découvre à quel point « faire président » est compliqué : on arrive plein de bonnes intentions et tout le monde vous balance des bâtons dans les roues.

Sarkozy Je me suis demandé, en regardant Nicolas Sarkozy hier soir à la télé, si le processus de déraybanisation récemment initié est vraiment sous contrôle. Que l'hyperprésident décide enfin de se comporter en vrai chef d'Etat, tout le monde s’en félicite. Mais qu'il s'imagine que le remplacement de ses tenues en lamé Dolce & Gabbana par un costume en tergal de chez Armand-Thierry suffira à subjuguer son homologue chinois est assez ahurissant.

Interrogé sur la position française dans l’affaire tibétaine, Sarkozy a joué les honest brokers, les vieux sages susceptibles de s’interposer entre les uns et les autres pour mieux disperser les nuages qui planent sur la grande fête du sport et du Coca-Cola. Un peu comme si la Slovénie, profitant de la tenue du Mondial de la pétanque à Marseille, nous proposait son aide dans la gestion du malaise corse : on imagine qu’elle serait reçue les bras ouverts à l’Elysée…

Pour autant, je ne fais pas partie de ces gens qui minorent le poids de la France dans le monde. Je suis convaincu que son histoire, son prestige et sa dimension économique lui permettent encore de peser sur des dossiers qui seraient hors de portée d’une Italie ou même d’une Allemagne. L’idée d’une médiation française au Tibet n'en est pas moins absurde.

« Vous ne voulez tout de même pas que je reste sans rien faire ? » s’est indigné le boss lorsque Vincent Hervouet, le seul de ses interviewers donnant l’impression de connaître un poil les sujets qu’il abordait, a osé se montrer sceptique. Non, évidement, on ne veut pas que la France reste sans rien faire. Surtout lorsque qu’elle se retrouve en position de punching ball dans les manifs nationalistes faute d’avoir su se faire respecter du régime chinois. Mais l’on souhaite que le « pays des droits de l’Homme » se débrouille, au moins autant que les Britanniques ou les Américains, pour dire stop quand c’est nécessaire sans pour autant remettre en cause ses relations commerciales avec un pays de 1,5 milliard d’habitants dont la croissance est de 12% par an.

Hum, comment ça, c’est difficile ? Comment ça, c’est comme s’attaquer à la quadrature du cercle et vous voudriez bien m’y voir ? Ben oui, c’est difficile. Mais quand on veut « faire président », on ne s’attend pas à ne régler que des embrouilles de cartes Familles nombreuses.

D’ailleurs, puisqu’on en est à parler de cartes Familles nombreuses, j’ai toujours été intrigué par notre propension à prôner le « dialogue constructif » dans le vaste monde ― de Jérusalem à Lhassa, de Bagdad à Bogota ― et par notre incapacité à le mettre en œuvre à la maison. Les retraites, le déficit ou la politique familiale sont-ils des chantiers plus complexes que celui de l’appartenance du Tibet à la Chine ? Sur ces thèmes, Nicolas Sarkozy déçoit pourtant les gens de droite qui le prenaient pour un libéral et désespère les gens de gauche qui, sans avoir voté pour lui, lui accordaient nolens volens le bénéfice du doute.

Son intervention d’hier, plutôt pas mauvaise sur la forme, était-elle celle d’un homme enfin focalisé sur la réussite de sa mission de redressement économique de la France, ou le dernier numéro en date d’un transformiste sans substance ? Personnellement, j’ai tranché depuis un moment et je ne pense pas qu’il soit en mesure de faire avancer quoi que ce soit, à Pékin ou à Paris, même si je ne m’en réjouis pas. Mais qui sait, les petits télégraphistes expédiés en Chine reviendront peut-être avec une bonne nouvelle de leur voyage : on dit le président Hu Jintao très intéressé par le concept d’une carte de réduction familiale pour la ligne de chemin de fer la plus haute du monde

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Le livre de l'année !

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