« Je l'aurai un jour, je l'aurai… »
Libération veut la peau du marché immobilier français. Mais jusqu'ici, c'est le directeur du Palace qui gagne…
Il y a un peu moins d'un an, le 27 octobre 2007 pour être précis, Libération publiait un dossier catastrophiste sur la question immobilière et prédisait, outre une crise de l'immobilier sans précédent, une propagation au marché français des problèmes liés aux prêts « subprimes » américains.
L'idée générale était que les ménages français verraient, tout comme les Californiens ou les Floridiens, leur finances déséquilibrées par la hausse des taux d’intérêt et de leurs échéances. Ils seraient alors forcés de vendre leur maison à perte et se retrouveraient sous les ponts… Mais le marché du crédit immobilier français (où les banques s’entourent de garanties si nombreuses qu’il est plus facile d'entrer à l’ENA que de décrocher un prêt et où les crédits sont consentis à taux fixes ou à taux variables capés) étant ce qu’il est, les chances de voir les terribles prédictions de Libé se réaliser étaient assez ténues. Il ne s’est d’ailleurs absolument rien passé.
Aujourd’hui, le 28 août 2008, nos amis de la rue Béranger récidivent et nous alertent sur le « krach immobilier » qui serait « au coin de la rue ». Première observation, la Une de ce numéro est quasiment identique à celle de l’année dernière et l’on comprend bien, à ce choix d’un pavillon tout neuf posé sur une pelouse bien taillée, tout le mal que la rédaction (ou au minimum son iconographe) pense du concept bourgeois de propriété immobilière en général, et de propriété immobilière individuelle en particulier.
Mais que dit précisément le dossier de ce matin, une fois poussé ce terrible cri d’alarme ? Toujours rien. Ou plutôt une chose, que résume d’ailleurs fort bien le cliché dont même Jean-Marc Sylvestre ne se sert plus mais qui ouvre pourtant l’éditorial de Didier Pourquery : « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ».
Le marché français de l’immobilier, après avoir connu plus de dix années de forte hausse est en train de se calmer. C’est-à-dire que les prix ont tendance à reculer un peu ici, à stagner là, mais à progresser légèrement en d’autres endroits. Confondant volontairement la baisse du nombre de transactions et de mises en chantier avec celles des prix (qui, en région parisienne, là où vivent tout de même 20% des Gaulois, progressent gentiment de 3% en moyenne et de 9,4% à l'intérieur du périphérique), Libé tente de traduire en mauvais français les commentaires de la presse espagnole, irlandaise, britannique ou américaine sur des situations sans commune mesure avec la nôtre ― l'utilisation du mot krach étant certainement plus pertinente à Dublin ou à Madrid qu'à Dijon ou à Lille...
Comparé au prix de la pierre celte ou ibère, le mètre carré français reste en outre relativement bon marché. La solvabilité des acheteurs n’est pas aussi affectée qu’ailleurs, puisqu’il est toujours possible de devenir propriétaire pour 3,5 fois ses revenus annuels (contre 4 ou 5 chez les voisins les plus mal en point). Enfin, les stocks de logements neufs invendus ne sont pas non plus un dossier majeur et, ajoutée aux aides à l’achat pour les plus modestes ou à la possibilité de déduire les intérêts de son prêt de ses impôts (le fameux paquet fiscal, remember), une pause dans la hausse des prix est plus une bonne nouvelle qu’un cauchemar.
C’est sûr, à force d’annoncer la fin du monde à la manière d’un grand prêtre du Temple solaire, Libé finira par avoir raison. Une montre arrêtée n’est-elle pas à l’heure deux fois par jour ? Et sans doute sa contribution à la baisse du moral des Français, dont nous apprendrons sans doute d’ici quelques jours, dans le même journal, qu’elle vient de franchir un nouveau record, devra-t-elle être reconnue. Mais pour le moment encore, c’est le directeur du Palace qui gagne...
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