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jeudi 28 août 2008

« Je l'aurai un jour, je l'aurai… »

Libération veut la peau du marché immobilier français. Mais jusqu'ici, c'est le directeur du Palace qui gagne…

Lib_1_2 Il y a un peu moins d'un an, le 27 octobre 2007 pour être précis, Libération publiait un dossier catastrophiste sur la question immobilière et prédisait, outre une crise de l'immobilier sans précédent, une propagation au marché français des problèmes liés aux prêts « subprimes » américains.

L'idée générale était que les ménages français verraient, tout comme les Californiens ou les Floridiens, leur finances déséquilibrées par la hausse des taux d’intérêt et de leurs échéances. Ils seraient alors forcés de vendre leur maison à perte et se retrouveraient sous les ponts… Mais le marché du crédit immobilier français (où les banques s’entourent de garanties si nombreuses qu’il est plus facile d'entrer à l’ENA que de décrocher un prêt et où les crédits sont consentis à taux fixes ou à taux variables capés) étant ce qu’il est, les chances de voir les terribles prédictions de Libé se réaliser étaient assez ténues. Il ne s’est d’ailleurs absolument rien passé.

Lib_2_2 Aujourd’hui, le 28 août 2008, nos amis de la rue Béranger récidivent et nous alertent sur le « krach immobilier » qui serait « au coin de la rue ». Première observation, la Une de ce numéro est quasiment identique à celle de l’année dernière et l’on comprend bien, à ce choix d’un pavillon tout neuf posé sur une pelouse bien taillée, tout le mal que la rédaction (ou au minimum son iconographe) pense du concept bourgeois de propriété immobilière en général, et de propriété immobilière individuelle en particulier.

Mais que dit précisément le dossier de ce matin, une fois poussé ce terrible cri d’alarme ? Toujours rien. Ou plutôt une chose, que résume d’ailleurs fort bien le cliché dont même Jean-Marc Sylvestre ne se sert plus mais qui ouvre pourtant l’éditorial de Didier Pourquery : « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ».

Le marché français de l’immobilier, après avoir connu plus de dix années de forte hausse est en train de se calmer. C’est-à-dire que les prix ont tendance à reculer un peu ici, à stagner là, mais à progresser légèrement en d’autres endroits. Confondant volontairement la baisse du nombre de transactions et de mises en chantier avec celles des prix (qui, en région parisienne, là où vivent tout de même 20% des Gaulois, progressent gentiment de 3% en moyenne et de 9,4% à l'intérieur du périphérique), Libé tente de traduire en mauvais français les commentaires de la presse espagnole, irlandaise, britannique ou américaine sur des situations sans commune mesure avec la nôtre ― l'utilisation du mot krach étant certainement plus pertinente à Dublin ou à Madrid qu'à Dijon ou à Lille...

Comparé au prix de la pierre celte ou ibère, le mètre carré français reste en outre relativement bon marché. La solvabilité des acheteurs n’est pas aussi affectée qu’ailleurs, puisqu’il est toujours possible de devenir propriétaire pour 3,5 fois ses revenus annuels (contre 4 ou 5 chez les voisins les plus mal en point). Enfin, les stocks de logements neufs invendus ne sont pas non plus un dossier majeur et, ajoutée aux aides à l’achat pour les plus modestes ou à la possibilité de déduire les intérêts de son prêt de ses impôts (le fameux paquet fiscal, remember), une pause dans la hausse des prix est plus une bonne nouvelle qu’un cauchemar.

C’est sûr, à force d’annoncer la fin du monde à la manière d’un grand prêtre du Temple solaire, Libé finira par avoir raison. Une montre arrêtée n’est-elle pas à l’heure deux fois par jour ? Et sans doute sa contribution à la baisse du moral des Français, dont nous apprendrons sans doute d’ici quelques jours, dans le même journal, qu’elle vient de franchir un nouveau record, devra-t-elle être reconnue. Mais pour le moment encore, c’est le directeur du Palace qui gagne...

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mercredi 27 août 2008

En attendant Godot

Pendant que la gauche se cherche, Nicolas Sarkozy assure l'intérim…

Godot Je n'y crois pas beaucoup, à ce « congrès de la dernière chance » dont parle Pierre Moscovici dans Le Monde de ce soir. Pas plus que je ne crois à la capacité du PS à « se ressaisir »… Bon, ce n'est pas la fin de l'histoire et la gauche « de gouvernement » finira bien, d'une manière ou d'une autre, par sortir la tête de l'eau. Mais pas tout de suite. Pas avant qu’une génération nouvelle ne s'impose à la tête du parti, une génération dont la réflexion ne sera pas constamment polluée par un passé mythifié de révolutions radicales et d’intransigeance sectaire.

Elle n’aurait d’ailleurs aucun intérêt à guérir trop vite, cette gauche qui aspire à revenir aux affaires. Electoralement privée d’oxygène par le nouveau parti du facteur joufflu, elle se rénoverait pour rien si elle n'attendait pas que le soufflé gauchiste retombe. Enfin : s’il retombe. Besancenot est bien capable, après tout, de construire l’union sacrée de tous les mécontentements progressistes comme Le Pen avait su agréger tout ce que le pays compte de nostalgiques de Vichy, de cathos intégristes et de cafetiers aigris. Dans un tel contexte, même les socialistes les plus intelligents du monde plafonneraient à 20%. Alors les nôtres…

Cela dit, la montagne de Port-Leucate est toujours susceptible de n’accoucher que d’une toute petite souris : ce ne serait pas la première fois, dans l’histoire récente, qu’un Le Pen de gauche essaie d’émerger et se prend les pieds dans les tapis. Un échec des chavistes de l’Aude ne résoudrait pas les problèmes du PS, mais ça serait toujours ça de pris.

*

D’autres y ont certainement pensé avant moi, mais je suis un peu lent et ça vient tout juste de me frapper : le choix de la sous-préfecture de la Marne pour le congrès précédant l’élection d’un nouveau Premier secrétaire a tout du boulevard symbolique pour Ségolène. Une Royal sacrée à Reims, c’est dans l’ordre des choses.

*

Le financement du RSA par la fiscalité sur le capital est exactement le type de mesure qu’une gauche pragmatique aurait pu proposer. Mettre les placements financiers au service des centaines de milliers de personnes coincées dans les fameuses trappes à pauvreté que génère l’empilage des allocations, peut-on être contre ?

Ok, on augmente encore un peu les impôts, mais c’est pour la bonne cause et ça n’affecte pas les revenus du travail. Dans un monde idéal, on se préoccuperait d’abord d’aller traquer les niches fiscales et autres passe-droits archaïques pour permettre à un État fauché de remplir ses missions. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal. Nous sommes dans un monde ou la gauche est en morceaux, n’a pas d’idées, n’a pas de patron… Nous sommes dans un monde où c’est de Nicolas Sarkozy qu’il faut attendre qu’il aille chercher les hommes de gauche capables de mettre en œuvre des réformes de gauche. Tiens, même François Hollande est d’accord avec moi.

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lundi 25 août 2008

French cynicism

Barack Obama n'est pas Harry Potter. Et de toute manière, l'usage de la magie en politique n'est pas constitutionnellement admis aux Etats-Unis.

Thecontender_2 C'est sous les applaudissements de nos voisins de table que nous sommes sortis du restaurant où nous venions, l'autre soir, de déguster un excellent couscous. Oui, sous les applaudissements ! Il faut dire qu'ils n’étaient pas fâchés de nous voir lever le camp, les voisins, notre conversation sur les mérites réels ou supposés de Barack Obama ayant fini par les gonfler quelque peu… D'autant plus que nous avons le verbe haut (une expression que je tiens de ma grand-mère), Guetty Félin et moi. Et que le sous-sol voûté qui sert de salle-à-manger à L'Homme bleu (1) n’est pas le meilleur des endroits où hurler ses convictions sans déranger l’amateur apolitique de gastronomie orientale. Après tout, c'est bien grâce à l'excellente acoustique des caves de Saint-Germain des Prés que le jazz a conquis Paris...

Réalisatrice de documentaires, américaine, Guetty vient justement de terminer un film (2) sur les primaires démocrates, véritable déclaration d’amour au sénateur de l’Illinois. « Tu es trop cynique, trop français pour comprendre ce qui se passe avec lui ! », s’indignait-elle alors je m’étonnais du manque d’intérêt de son champion pour les « hard issues ». Je ne crois pourtant pas être très original en constatant à quel point la fulgurante ascension de Barack Obama dans l’opinion américaine est fondée sur sa capacité à éviter d’entrer dans les détails. L’homme va changer l’Amérique et même le monde, entend-on clamer un peu partout, mais il serait vulgaire de lui demander comment il s’apprête à le faire. Un certain nombre d’obstacles fiscaux, politiques, constitutionnels, économiques, juridiques et même philosophiques risquent pourtant de se trouver sur le chemin de celui qui, jusqu’à nouvel ordre, est passé par Harvard plutôt que par la Hogwarts School of Wizardry

Mais que l’on ne s’y trompe pas : comme tous les Français et, à vrai dire, comme à peu près tous les habitants de la planète qui ne votent pas aux États-Unis, je serais très heureux de le voir entrer à la Maison-Blanche même si je lui préférais Hillary. D’abord parce qu’il semble qu’un consensus se soit enfin établi chez les démocrates pour la création d’un système d’assurance maladie digne d’un pays développé, mais ensuite parce les États-Unis ont bien besoin d’une alternance après huit ans de bushisme et de Guantanamo.

Pour le reste, ma défense acharnée de Ségolène ne m’ayant jamais fait perdre la tête au point de la voir en Madonne ou en Jeanne d’Arc, je ne suis ni épaté par son côté rock star, ni séduit par ses appels répétés aux bons sentiments et à la bonne volonté. Enfin, disons que j’aime bien les bons sentiments et la bonne volonté, mais qu’ils ne font pas tout un grand repas... Mais surtout, et c’est un énormissime point d’achoppement avec Guetty, je ne suis pas du tout sur la même longueur d’onde qu’elle sur la question raciale : s’il était élu, je n’attendrais pas d’Obama qu’il se présente comme le « premier président noir » mais plutôt comme le premier président who happens to be black. Pas plus qu’il ne me viendrait à l’idée de soutenir un candidat juif, breton ou marseillais à la présidence de la République française ― trois des composantes de ma psyché qui, pour essentielles qu’elles soient, ne m’empêchent pas d’abhorrer l’essentialisme ―, je ne peux me faire à l'argument d’un taux de mélanine comme moyen d'arbitrage politique.

En tout état de cause, et je crois qu’il est bon de le rappeler aux 200 000 pékins ayant manifestement confondu le candidat américain avec Ben Harper lors de son passage à Berlin,  une fois élu, s’il est élu, ce qui n’est pas gagné, il sera d'abord le président des Américains. Non, il sera seulement le président des Américains. Une tautologie qui implique que son job consistera essentiellement à défendre les intérêts de son pays y compris lorsqu’ils ne coïncident pas avec ceux des voisins ou leur sont antagonistes. Incredibeul, non ?

Mieux, il situera son action intérieure dans le registre culturel US, restera favorable à la peine de mort, à la possibilité de détenir des armes à feu, au renforcement de la lutte contre l’immigration illégale, aux subventions aux exportateurs de coton ou à l’idée que, couverture maladie universelle ou pas, c’est de l’effort individuel que naît la prospérité… Hum, Guetty, comment dit-on  « travailler plus pour gagner plus » en obamien ?

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(1) L’Homme bleu,  55 bis rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e
(2) « Obama, plus près du rêve », de Guetty Felin et Hervé Cohen. Diffusé hier soir sur France 5, il sera à nouveau le 4 septembre

samedi 23 août 2008

Géorgie : y a-t-il un petit indien pour sauver le débat ?

L'affaire BHL éclipsera-t-elle la récupération sanglante de son « étranger proche » par la Russie dans les médias français ? Bison Futé ne le pense pas...

Bison_fut_2 On avait déjà pu remarquer à quel point nos journaux ― ou nos blogs, d'ailleurs ― avaient du mal à s'intéresser à l'invasion de la Géorgie par les troupes russes. D'abord parce que la situation est complexe et qu'il est difficile de définir clairement qui sont les méchants et les gentils dans le foutoir caucasien, mais aussi parce que les vieux réflexes anti-américains (la Géorgie est candidate à l’OTAN) et pro-russes (Moscou brille encore mystérieusement de mille feux dans les yeux de certains) sont manifestement à l’œuvre.

Ajoutons qu’au mois d’août, les rédactions fonctionnent au ralenti compte tenu de la transformation en tracts de huit pages des principaux quotidiens ― quotidiens par ailleurs introuvables puisque la plupart des kiosques sont fermés. Clairement, tout ça n’aide pas beaucoup à se forger une opinion…

Mais la nature à horreur du vide et ce que les journalistes ne font pas, d’autres s’en chargent. D’où l’affaire du fameux article de Bernard-Henri Lévy dans Le Monde, sorte de long reportage ouvertement subjectif dont le ton et manière seraient probablement plus familiers aux lecteurs du New Yorker qu’à ceux d’une publication française. Accueilli avec les sarcasmes que suscite immanquablement le philosophe à la chemise blanche chaque fois qu’il s’avise d’ouvrir la bouche, ce texte prenait, semble-t-il, quelques libertés avec la réalité ― ce que Rue89 vient d’établir.

Ainsi, BHL n’a pas exactement vu Gori flamber (en fait, « essentiellement des champs » situés pour la plupart « dans les faubourgs » de la cité géorgienne, précise-t-il désormais), ni même de reporters se faisant dépouiller à un checkpoint par d’affreux soudards cosaques. Il le laisse pourtant entendre et ça n’est pas bien. Remarquons tout de même que Rue89 admet se livrer, en vérifiant la véracité de ce reportage, à l’exercice que « les confrères anglo-saxons appellent "fact-checking" » ― exercice qu’il est malheureusement impossible de nommer en français puisqu’aucune publication gauloise n’a jamais employé le moindre « fact checker ». Remarquons également que nul n’a jamais tenté de faire passer une tribune de BHL dans Le Monde pour du journalisme au sens où on l'enseigne à l’ESJ de chez Danyboon…

Bernard-Henri Lévy est un écrivain engagé dont le parti pris négatif à l’égard de l’intervention russe ne fait (et ne faisait) aucun doute. Son témoignage fleuri tient donc de l’acte militant et Le Monde ne le propose qu'en tant que tel à ses lecteurs, au même titre que les centaines de prises de position publiées chaque année dans les pages Débat. Tiens, même votre serviteur à eu l’occasion de donner son avis dans cette rubrique avec à peu près autant de subjectivité que l’auteur de la Barbarie à visage humain sans que l’on songe à lui demander qui payait les factures de ses promenades en jet privé…

Que l’on exige d'un essayiste (dans un pays où les couples journalistes-politiques occupent autant de place que les duos d’acteurs dans les hebdos people, où l’on annonce périodiquement la mort de gens bien vivants, où l’on invente des interviews de chefs d’Etat, où les faits sont régulièrement travestis pour mieux servir la cause) le respect d’une déontologie bafouée avec un surprenant enthousiasme par les professionnels eux-mêmes est tout simplement absurde.

Sans aucun doute, Rue89 était dans son rôle en obtenant de BHL qu’il précise ceci ou cela, même s’il appert que, pour la députée européenne qui l’accompagnait dans son aventure géorgienne, « l’essentiel, c’est vraiment d’y aller pour soutenir les Géorgiens et leur montrer que nous, démocrates, les soutenons ». Car c’est peut-être là que le que bât blesse, dans ce kidnapping du débat français sur la situation caucasienne par l’anecdotique et le futile, par le vide et la bêtise qui constituent, par exemple, 80% des commentaires de lecteurs publiés sous la version en ligne du reportage original, sous sa parodie dans Rue89, où encore sous les différents articles évoquant les petits arrangements avec la vérité de BHL…

Je ne crois d’ailleurs pas être très loin d’une bonne synthèse de ces éructations en reproduisant celle d’un certain Bernard G., dénichée sur lemonde.fr :

« Il n'est plus besoin de préciser après un tel "reportage" que BHL est un "valet" de l'impérialisme américain (il était pour la guerre en Irak) qui donne dans l'hystérie anti-russe, le tout agrémenté d'un sionisme aveugle. J'exagère ? Non, car c'est ainsi que BHL voit les choses et le monde, c'est son problème. En revanche, c'est notre droit et notre devoir de dénoncer cette propagande qui se drape dans le mythe pseudo intello, les paillettes "people" et l'argent. BHL n'est pas SARTRE hélas ».

On cherchera pourtant en vain le « sionisme aveugle » dans le récit du philosophe. On cherchera aussi à comprendre en quoi la haine qui sourd de ces commentaires a le moindre rapport avec la situation qu’il décrit, que l’on soit ou non d’accord avec lui. Mais surtout, on se demandera comment les questions les plus importantes dérivent si fréquemment vers le n’importe quoi sous nos latitudes.

Remercions toutefois l’armée russe de ne pas s’être immédiatement retirée de Géorgie, ou même les indépendantistes abkhazes d’avoir attendu la fin du mois d’août pour manifester leur propre impatience : les rédactions françaises étant sur le point de se repeupler (Bison Futé assure que ce dimanche sera une très grosse journée pour les retours de vacances de journalistes), peut-être avons-nous quelques chances de les voir se pencher plus avant sur ce qui se passe dans le Caucase plutôt que sur le respect de la règle des cinq W par un simple témoin en chemise blanche…

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jeudi 21 août 2008

La géopolitique pour les nuls

Aujourd'hui, bloc-notes plein de noms d'endroits exotiques et de menaces terrifiantes pour la planète.

Geopol La question de la présence militaire occidentale en Afghanistan, c'est un peu comme celle de la réaction européenne à l'affaire russo-géorgienne : on sait bien ce que devraient être les objectifs (imposer le respect des frontières internationales dans le Caucase ; éliminer les bases terroristes en Asie centrale), mais on ne voit absolument pas comment les atteindre. Mieux, on sait qu'il n'existe probablement aucun moyen de les atteindre…

Du coup, en Géorgie, on en reste aux vœux pieux. On espère seulement que les Russes, maintenant qu’ils savent à quel point ils ont les coudées franches dans le quartier, en resteront là et n’iront pas titiller les Ukrainiens ou les Baltes. Mais c’est loin d’être gagné : le dossier abkhaze s’ouvrant avant la fermeture du dossier ossète, même la Finlande est en droit d’avoir quelques sueurs froides.

Pour l’Afghanistan, dont la moitié de la population est, soit favorable aux Talibans, soit membre de l’ethnie qui alimente ce mouvement en combattants, on constate à quel point il est illusoire de jouer les State builders depuis une caserne à Kaboul. Et après tout, tous les experts répétant en boucle que ce pays n’a jamais été contrôlé par qui que ce soit ont peut-être quelques arguments valables à faire valoir... Mais quelle conclusion en tirer ? Que les Alliés n’ont rien à faire là-bas ? Que ce n’est pas si grave, si Al-Qaeda reconstitue son QG à deux pas d’un Pakistan nucléaire et plus instable que jamais ? Que les bombes qui explosent en Algérie n’ont rien à voir avec la diffusion du terrorisme fondamentaliste depuis les grottes pachtounes ? Evidemment pas.

De fait, les militaires français sont complètement à leur place en Afghanistan, au côté des Américains, des Britanniques, des Italiens, des Allemands ou de la cinquantaine de nations qui, à un moment ou à un autre, ont contribué à chasser les Talibans du pouvoir et à désorganiser la fourmilière qaediste. Ils sont à leur place et ils en paient le prix. On se demande seulement si être « à sa place » sert vraiment à quelque chose et si la mort de ces dix soldats n’est pas comparable, en plus tragique, à la médiation française en Géorgie : l’agitation dérisoire d’arbitres impuissants.

*

Très marrante, la parodie du reportage de BHL en Géorgie par Zineb Dryef de Rue89. Très marrante et sans doute assez bien vue pour ce qui est du style et du narcissisme du philosophe. Mais les limites de l’exercice sont vite atteintes, compte tenu de ce que dit vraiment le texte original de la situation à Tbilissi. La presse française produit malheureusement assez peu de ce genre de reportages-fleuve, écrits à la première personne et volontairement dégagés des obligations d’objectivité et de rigueur que prétendent s’imposer nos journaux. Non, ce qu’elle aime bien, la presse française, c’est copier-coller de l’AFP entre deux éditoriaux convenus dont on sait exactement ce qu’ils vont dire avant même d’avoir ouvert son Libé ou son Figaro.

BHL est agaçant, ce n’est pas nouveau. Il ne loupe jamais une occasion de nommer les puissants avec lesquels il fraye lorsqu’il part en vadrouille à Kaboul, à New York ou à Saint-Germain des Prés. Mais l’on finit par ne plus faire attention à ce qu’il raconte réellement et c’est très dommage.

Le consensus, à son sujet, est qu’il n'est qu'un « faux philosophe » (mais qui donc attribue les cartes de « vrai philosophe » ?) et qu’il occupe indûment un terrain médiatico-intellectuel autrefois réservé aux penseurs authentiques — Sartre en tête. Outre que ses contempteurs l’ont rarement lu et vont répétant les mêmes clichés à son endroit comme ils réduisent trente ans de parcours de Bernard Kouchner à ce fameux sac de riz sur l'épaule, ils font l’impasse sur la vraie fonction des philosophes de la télé : donner l’alerte. Eliminez-les et c’est à Jean-Pierre Pernaut qu’il reviendra d’éclairer les Français sur ce qui cloche dans le monde. C'est sûr, on peut aussi le parodier, Jean-Pierre Pernaut, mais bon…

*

Le signaler est un peu facile, mais ça ne mange pas de pain. Une fois encore, FN et LCR se retrouvent en totale harmonie dans leur analyse de la présence de soldats français en Afghanistan. Je résume : on ne combat pas le terrorisme par la force et la France est la remorque des Américains qui ne sont là-bas que pour le pétrole. Qui a dit que la géopolitique était une chose compliquée ?

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mardi 19 août 2008

Fiddler(s) on the roof

Une Europe sûre de ses valeurs aurait autre chose à offrir qu'une médiation timide dans l'affaire russo-géorgienne.

Fiddler_on_the_roof Ce qu'il y a d’amusant avec la crise russo-géorgienne — si je peux me permettre de signaler quelque chose d'amusant en marge de ce qui restera peut-être dans l’histoire comme l'équivalent d'un assassinat d'archiduc —, c’est le flottement dans les commentaires et l’analyse. Clairement, le puissant moteur V12 des pages Débats s’est transformé en diesel poussif ces derniers jours, les arguties sur la définition technique du mot récession occupant plus d’espace médiatique que les troupes russes de terrain géorgien.

Difficile, en effet, d’adopter une position tranchée sans identification claire et incontestable des méchants et des gentils. Mais c’est sans doute qu’il s’agit, justement, de l’une de ces situations sans méchants ni gentils, l’une de ces situations où tout recours aux dogmes comme outils de traduction devient sans objet. Alain Joxe, ce matin sur France Inter, tentait bien d’expliquer de quelle manière les Américains sont ultimement responsables du bordel ossète, mais l’on sentait qu’il manquait de conviction : les néo-conservateurs amateurs de choc des civilisations sont de bons clients, mais il y a tout de même des limites au nombre de chapeaux que l’on peut leur faire porter.

Toute tentative de rationalisation de la crise ressemble d’ailleurs à la façon dont le pater familias du Fiddler on the Roof (Un violon sur le toit) pèse le pour et le contre avant d’accepter de marier sa fille. « On the other hand… », passe-t-il son temps à répéter chaque fois qu’un nouvel argument favorable ou pas à son gendre potentiel lui traverse l’esprit. Dans la comédie musicale, il finit par accorder sa bénédiction au jeune couple ; dans l’affaire caucasienne, on ne sait même pas qui est le jeune couple...

Ossètes et Abkhazes, ainsi, aimeraient bien obtenir leur indépendance, leur appartenance à la Géorgie n’étant jamais qu’un bricolage géopolitique à la Yougoslave. Nous devrions donc soutenir cette légitime aspiration à l’émancipation de ces deux petits peuples, a fortiori lorsqu’ils s’opposent à cette crapule pro-américaine de Mikheïl Saakachvili. On the other hand, peut-on vraiment en vouloir aux Russes de regarder d’un mauvais œil la transformation de leur « étranger proche » en base avancée de l’OTAN ? Et n’ont-ils pas le devoir — autant que nous l’avions de défendre les Kosovars contre les Serbes — de soutenir leurs petits frères dans le besoin ?

Hum, on the other hand, on a du mal à croire à la générosité toute neuve de Moscou, que l’on a connu moins bien disposé à l’égard des prétentions irrédentistes de ses micro-voisins. Les massacreurs de Tchétchènes font-ils désormais dans l’humanitaire ? Non, évidemment. Mais on the other hand, les Géorgiens ont attaqué les premiers et leur traitement barbare des Ossètes ne valait guère mieux que celui de leurs civils par les cosaques…

Méchants ? Gentils ? Méchants et gentils ? Mon propre point de vue se rapprocherait assez de celui de Paul Kagan, l’homme qui aime diviser la sphère occidentale entre Américains « hobbesiens » et Européens « kantiens », à savoir entre pragmatiques capables de regarder les horreurs du monde en face et idéalistes convaincus de la force d’un « droit international » illusoire. Enfin, disons qu’il s’en rapproche jusqu’à un certain point puisque je me refuse encore à le suivre jusqu’au bout dans sa description de la médiation française comme un nouveau Munich.

Sauf à envoyer des troupes en Ossétie, déclarer la guerre à la Russie ou, au minimum, décider de rompre toutes relations commerciales et diplomatiques avec elle (merci l’augmentation du prix du gaz le mois prochain !), ni la France ni l’Europe n’ont le moindre moyen de pression sur une puissance nucléaire agressive et déterminée à contrôler ses marches sans partage — aujourd’hui comme jadis. C’est affreux, c’est insupportable, c’est terrible, mais c’est la dure loi du rock’n’roll, celle que sont bien forcés d’accepter les faibles, les pusillanimes et les isolés.

Oh, bien sûr, il est toujours possible de rêver d’une Union européenne efficace et sûre de ses valeurs démocratiques, à laquelle ses presque 500 millions d’habitants et son statut de Michael Phelps économique  offrirait autre chose qu’un ministère de la parole dans la gestion des affaires du monde. Il est toujours possible de fantasmer sur une Union européenne dont le poids et le prestige feraient réfléchir jusqu’aux héritiers d’Ivan le Terrible et de Staline à l'heure de faire donner la troupe… Mais cette Europe-là étant entrée en coma végétatif un certain 29 mai, on voit mal de quelle manière elle rappellera ses obligations de membre du « concert des nations » (Société des Nations ?) à un pays où anciens apparatchiks et nouveaux oligarques font la loi. Jusqu'à nouvel ordre, le Fiddler on the roof européen sait surtout pisser dans son violon. Géorgiens et Tibétains feraient mieux de s'en souvenir.

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lundi 18 août 2008

Ça va péter !

Les vacances se terminent. Le hâle estival des Français sera bientôt remplacé par la pâleur de leur désespérance. Une rentrée comme on les aime...

Lib_recession_3 Le cataclysme économique que Libé nous promettait en janvier ne s'étant pas concrétisé (la France devait être engloutie dans le maelström des subprimes dès le premier semestre), voici qu'un nouvel effort de divination dépressive est initié par les Cassandre de la rue Béranger.

C'est sûr, nous nous porterions mieux avec un peu plus de croissance et un peu moins d’inflation. Mais force est de constater que nous ne nous en tirons pour le moment pas si mal, eu égard à ce qui se passe chez les voisins... Ainsi, il faut pas mal de mauvaise foi pour affirmer que « la France est particulièrement fragilisée » en Europe quand ce sont les stars d’hier, les Espagne, Irlande et autres Grande-Bretagne, qui font vraiment les frais du merdier ambiant compte tenu de l’impact spécifique de la chute des prix de l’immobilier sur leurs économies respectives. Et il faut carrément de l’aveuglement pour continuer à se plaindre des fameux « 15 milliards de cadeaux fiscaux » tout en félicitant Zapatero de lancer un plan comparable à 20 milliards d’euros !

Bon, on me reprochera à nouveau de préférer la méthode Coué aux discours millénaristes de Libération, mais je reste convaincu que cette incapacité à observer des phénomènes concrets autrement qu’en fonction du dogme est dangereuse — tout comme l’entretien régulier d’une désespérance déconnectée des faits ou la complaisance pour les spécialistes du « Ça va péter ! »

Incidemment, je discutais récemment avec Eric Meyer — un Gaulois de Californie plus connu pour son flair entrepreneurial que pour sa perméabilité au baratin d’Invest in France —, de l’installation de sa nouvelle start-up à Paris plutôt qu’à Los Angeles. « En ce moment, vu les difficultés à bâtir un tour de table aux États-Unis, m’expliquait-il sans même prendre la mesure de l'énormité de ses propos, la France est une excellente base d'où lancer un projet. D’abord, la création d’entreprise n’est plus aussi complexe que par le passé et la plupart des contraintes administratives ont été simplifiées. Ensuite, on peut bénéficier de tout un tas d’aides au démarrage qui n’existent pas ailleurs. Mais surtout, c’est la loi TEPA qui permet aux gens qui payent l’ISF de réduire leur impôt s’ils investissent dans une start-up qui fait qu'il y a de l’argent… » Hum, on se demande ce qu'en dirait Loïc Le Meur : l'ex-monsieur Web de Nicolas Sarkozy ne s'est-il pas précipité à San Francisco, une  fois son champion installé à l'Elysée, pour y monter sa nouvelle boîte ? Va comprendre...

Moi-même, mais on l’aura déjà remarqué, je me suis temporairement placé en congé de la gauche « Normes Françaises » même si je ne me projette absolument pas en compagnon de route de l’UMP (je sais, je sais : c’est difficile à comprendre puisque notre débat politique se joue dans les mêmes termes que la philosophie camorriste du « pour nous ou contre nous »). Du coup, je tente de regarder comment les choses se passent pour de vrai, bonnes ou mauvaises. Et forcément, ça tranche peu sur Libé, parfaite synthèse de ce qui se dit et se pense chez les gentils de toutes obédiences, des éditos hollandistes (sic) aux commentaires mélanchonistes glanés sur l'édition Web.

Ah, au fait, comment vos vacances se sont-elles passées (si vos finances en berne vous en permis d’en prendre, évidemment) ? Etes-vous bien reposés (s’il vous restait au moins une chaise-longue après le passage de l’huissier, ça va sans dire) ? Etes-vous prêts à affronter la terrible rentrée sociale qui s’annonce ? On en reparle entre deux grèves générales…

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Le livre de l'année !

www.com-vat.com : blog de gauche ?

Aviez-vous lu ça ?

OJD

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